Projet Land Art au Landy (1)

10 01 2009

Voilà plusieurs années que je cherche à faire vivre à mes élèves ce que peux être la conception d’un vrai projet artistique de A à Z. Cet été, j’ai découvert le travail de Jean-Paul Ganem en Dordogne. Mais ce qui a provoqué le déclic ce sont ses différents projets au Canada et au Brésil.

Projet Canada

Projet Brésil

Le quartier du Landy où une partie de mes élèves vivent, est une zone que l’on pourrait qualifier en reprenant le politiquement correct: « de zone en devenir ». Celle-ci est ponctuée de logements insalubres, d’entreprises et de terrains vagues. Ces derniers peuvent être encore exploités car ils ne sont pas tous construits. Il fallait s’engager dès la rentrée car le quartier est en plein bouleversement urbain entre la construction de logements, de magasins et du centre nautique…le quartier doit être entièrement bétonné d’ici 5 ans.

La première phase du projet consistait à contacter l’artiste et à demander l’appui de la mairie afin de proposer le choix d’un terrain vague rue Emile Augier en plein coeur du Landy qui pourrait convenir pour réaliser un projet de Land Art. Les interventions accolées au Land Art sont  habituellement appliquées dans l’histoire de l’art à de très beaux paysages dignes d’êtres imprimés sur cartes postales. Or dans ses derniers projets, Ganem intervient sur des terrains qui sont laissés à l’abandon dans un contexte plutôt urbain.

Loin d’idéaliser le paysage en sublimant ses caractéristiques, il s’en sert pour réhabiliter un paysage urbain oublié par le regard.

Bien sûr, la séquence pédagogique a évolué en fonction des aléas inhérents à ce type de projet. A l’heure actuelle nous attendons avec l’artiste et son  producteur l’accord de Plaine Commune afin d’avoir l’autorisation d’intervenir sur le terrain vague car le site a subi différentes pollutions au cours du 20ème siècle.

Dans un prochain article, je décrirais les différentes étapes pédagogiques du projet Land Art au Landy.

A bientôt,

Adeline Besson



« Quand le couloir d’un collège devient fantastique »

13 03 2008

Premier billet sur une expérience réalisée avec les 3 classes de quatrième des élèves du collège Rosa Luxembourg à Aubervilliers.

Le titre du billet est en fait la petite phrase qui a donné lieu à la fin d’une longue séquence terminée avant les vacances d’hiver.

Le but était de d’appréhender l’espace sous toutes ses coutures, aussi bien l’espace en deux dimensions sur un format que l’espace en trois dimensions avec des matériaux divers et enfin l’espace réel différent des deux espaces précédents qui étaient des espaces représentés.

Passons les termes un peu fastidieux, les élèves par groupe de 4 devaient concevoir une production, un travail afin de l’installer dans le couloir qui conduit à la salle d’arts plastiques pour que l’atmosphère devienne fantastique. Et pour ce faire ils devaient réaliser une seule photographie avec un appareil numérique pour garder une trace de cette installation. Je mets pêle-mêle les photographies sans faire de hiérarchie entre les expériences.

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Ce qui est intéressant c’est que les élèves ont dû se poser la question de la démarche. Comment rendre le couloir fantastique avec un grand format blanc, de la gouache, du fusain, des pastels, de la colle, des ciseaux et du scotch ?

Deux possibilités s’offraient à eux : soit ils réalisaient quelque chose de fantastique avec les moyens et le matériel ( image de la diablesse) soit ils produisaient quelque chose qui n’avait rien à voir avec le couloir et créer ainsi un décalage donc du fantastique ( image de la marelle).

Les photographies le montrent assez bien mais une autre chose vient s’ajouter à ce dispositif. La photographie ainsi réalisée montre un autre aspect du fantastique selon le point de vue, la lumière, l’architecture du lieu. Et ce qui au départ n’était pas fantastique, pouvait l’être en réalisant une installation. Certains élèves qui n’avaient pas forcément compris pouvaient réajuster leur démarche grâce à l’espace réel du couloir.

La fin de la séquence s’est déroulée par rapport à une installation de Pignon Ernest intitulée Soweto-Warwick où comment une représentation prend sens dans un espace réel à savoir ce fameux quartier d’Afrique du Sud.

A bientôt,

Adeline Besson



Arts plastiques et histoire-géo: « le rapport au réel » en classe de Seconde

1 02 2007

Dans un premier temps, nous avons choisi de présenter une séquence interdisciplinaire au lycée entre la discipline d’Arts plastiques et celle d’Histoire-géographie.

Si la composante culturelle revient à plusieurs reprises dans une bonne partie des programmes (quelle que soit la dicipline), elle est bien présente en histoire notamment en classe de seconde comme « fondement du monde contemporain ». En d’autres termes, toujours selon le programme il s’agit « de construire une culture et pas seulement d’accumuler des connaissances factuelles ». Alors comment faire le lien entre la culture artistique des arts plastiques qui prend appui sur la pratique des élèves et un programme d’histoire qui ne va pas au delà du XIXème siècle?

L’enjeu est d’interroger la culture artistique au regard de l’histoire, voire d’interroger à la fin de la séquence, l’actualité au regard de l’histoire par l’intermédiaire de la pratique artistique (de la création). Cette question est à mi-chemin entre deux notions « le rapport du réel » ( programme de seconde en arts plastiques) qu’entretient l’élève avec les images et la question de la perception/interprétation de celles-ci.

La séquence s’ appuie sur quatre oeuvres d’art:

le sacre de Napoléon 1er

* Le sacre de Napoléon 1er par David – 1808

President Elect

* President Elect de Rosenquist (1960-61)

Camp palestinien

* Le camp palestinien à Chatilah de Mogarra (1982)

La pieta du sida

* Soweto-Warwick de Pignon-Ernest (2002)

La séquence se déroule selon cinq phases. Les deux premières se font en parallèle dans les deux disciplines. Les dernières se déroulent en commun.

Phase 1: en Arts plastiques

Le professeur demande aux élèves avant le cours de collecter des images et des écrits d’un même événement (journaux, magazine, internet…). Les élèves doivent rendre compte d’un événement à partir de leurs collectes. Ils ont à disposition un rouleau de Kraft blanc qu’ils peuvent couper et les élèves doivent choisir les moyens adaptés au format et à leur production. (2 heures)

Phase 1: en Histoire-géographie

Le professeur avec les élèves et à l’oral, prend appui sur un groupement d’images qui ont trait à l’image du pouvoir et comme point central le « Sacre de Napoléon 1er » de David. L’objectif est de marquer les différences entre la perception rendue par les images et les faits réels. Les notions de point de vue interne et externe sont abordées. Une trace écrite est conservée par les élèves sous le forme de prise de notes. (1 heure)

Phase 2: en Arts plastiques

Les élèves accrochent leurs productions. L’évaluation se fait à l’oral avec le professeur. Les questions posées sont: comment a été géré le format? Comment les images ont-elles été utilisées? Quels effets plastiques, graphiques pour quel événement? (1heure)

Phase 2: en Histoire-géographie

Le professeur demande aux élèves de faire un plan détaillé (correspondant au processus d’apprentissage de la composition) à partir des images/oeuvres qu’ils ont vues au dernier cours afin d’établir la correspondance entre propagande et pouvoir grâce aux documents. (1 heure)

Phase 3 : en Arts plastiques et Histoire-géographie

1/ Analyse croisée entre deux oeuvres aux démarches différentes, à savoir le tableau de David et l’installation de Pignon-Ernest, « Soweto-Warwick ». Dans un premier temps, les élèves travaillent par groupe pour analyser les deux documents, un rapporteur est chargé de résumer le travail (45 minutes pour l’analyse et 10 minutes pour le rapporteur). Il est spécifié que l’analyse doit se baser sur les deux disciplines même si une seule a été analysée (en histoire).

2/ A la fin du dispositif, les deus professeurs ont rédigé un résumé en commun. Il est dit à l’oral et les élèves doivent prendre des notes. (2 heures)

Phase 4: en Arts plastiques et Histoire-géographie

Les élèves et les deux professeurs visitent l’exposition du Musée du Jeu de Paume intitulée L’événement, les images comme acteurs de l’histoire.

Les élèves doivent choisir un événement sous la forme de notes et de croquis. Les élèves savent qu’ils vont faire un travail à partir de ce choix.

Phase 5: Arts plastiques et Histoire-géographie

Le réinvestissement se fait sur un objet commun qui se concrétise sous la forme d’une création artistique.

Les élèves doivent interroger l’événement qu’ils ont choisi lors de l’exposition au regard de l’actualité. Ils retrouvent le même support que pour la phase 1, le rouleau de papier kraft et les moyens adaptés à leur production.

Dernière phase avec les deux professeurs/évaluation

Les élèves présentent leurs productions et les professeurs les interrogent à l’oral: sur les parallèles entre les deux images (passées/présentes), sur les modalités d’association entre les deux images (assimilation/incrustation/séparation), sur le rôle de la mise en forme de la production (installation/composition ou organisation).

Les objectifs principaux sont d’agréger les différents savoirs à la notion de perception/interprétation par rapport aux images actuelles et passées et par leur mise en forme de plus en plus complexe.

Les objectifs spécifiques sont de reprendre les différentes opérations, à savoir la composition, l’organisation et l’installation in situ afin de se les approprier pour une phase de réinvestissement (cinquième phase). Prendre conscience du statut de l’image dans un monde médiatique, artistique, historique.

Si vous expérimentez cette proposition – qui n’a pas valeur d’exemple – merci d’en rendre compte ici.

A bientôt

Adeline Besson (Arts Plastiques) et Hugo Billard (Histoire-Géographie)