Retours de la Biennale de Venise (séquence 0/2)

6 11 2007

site de la Biennale de Venise

Plusieurs billets sur les expositions à Venise seront publiés.

Je les nommerais par séquence en référence au titre de l’exposition « Séquence 1″ du Palazzo Grassi de notre collectionneur français, François Pinault.

La Biennale de Venise se termine le 21 novembre 2007. Une programmation inégale, placée sous le signe d’un art politique. Mais les dispositifs des artistes sont parfois très lourds de sens et utilisent souvent les moyens (utilisation massive de la photographie et de la vidéo) comme les médias. C’est-à-dire qu’ils font fonctionner les moyens comme un outil publicitaire ou informatif et non comme un véritable médium. Le travail du moyen (dessin, photographie, vidéo ou sculpture…) est la condition même pour arriver à la création artistique. Le moyen devient alors un véritable médium.

Francesco Vezzoli (pavillon italien)

Pour donner des exemples concrets, dans le cas du Pavillon italien situé à l’Arsenale, Francesco Vezzoli présente une installation vidéo intitulé « Democrazy ». Ici l’utilisation de la vidéo comme un média fait partie du dispositif. Deux faux spots de campagne présidentielle américaine d’une minute sont placés face à face.

L’artiste utilise l’actrice Sharon Stone (Patricia Hill) dans le premier spot et dans l’autre Bernard Henri-Lévy, le philosophe français médiatique (Patrick Hill). Les spots parlent d’eux-mêmes, tous les clichés sont réunis: lâchers de ballons, slogans stéréotypés, sourires ultrabright et poignées de mains convaincantes.

On assiste à une mise en abyme du système médiatique international où les acteurs très médiatisés eux-mêmes: entre la représentante de la femme fatale de Basic Instinct et l’autre le médiatique humaniste BHL d’American Vertigo jouent ou se jouent de leur propre caricature en rejouant une présidentielle américaine.

Willie Doherty et Gerard Byrne (pavillon Irlande+Irlande du Nord)

De l’autre, représentant l’Irlande du Nord (événements collatéraux: traduction littérale de l’italien) les vidéos de Willie Doherty qui ne sont pas inintéressantes mais trop littéraires et elles pouvaient être travaillées avec d’autres moyens que la vidéo.
Par contre le travail conceptuel de Gerard Byrne en vidéo est à regarder et à écouter attentivement mais sa scénographie laisse à désirer et c’est ce qui manque à la plupart des artistes de cette Biennale, c’est la manière dont ils mettent en relation leurs oeuvres par rapport aux autres. Ce qui est étonnant car ces oeuvres sont souvent conceptuelles et minimales et donc requièrent un mécanisme subtil de mise en relation.

Explication sur la démarche de l'artiste

Dans la vidéo « Hommes à femmes » datée de 2005, l’artiste fait jouer à l’acteur Michel Debrane une interview de Jean Paul Sartre de 1960. Au fur et à mesure le spectateur se rend compte même si les mouvements de la caméra sont filmés sous l’angle du documentaire/interview que la parole est trop écrite pour être vraie.

Adel Abidin (pavillon nordique)

Dans le Pavillon Nordique, Adel Abidin nous fait découvrir « le fabuleux voyage à Bagdad ». Passé le petit sourire en coin, le message ironique est très lourd et le travail d’installation manque de finesse… On repassera pour le travail sur le médium. Mais le fascicule est convaincant.

Site de Adel Abidin Site de l'artiste

Angela Ferreira (pavillon portuguais)

L’utilisation de la photographie de manière documentaire est parfois difficile à comprendre. Par exemple, le Pavillon Portuguais représenté par Angela Ferreira met en scène les restes de la Maison Tropicale de Jean Prouvé installée à Brazzaville, et à Niamey au Niger. Enfin les restes (c’est peu dire car il ne reste que l’emplacement car la maison a été rapatriée en France après la redécouverte de l’architecture moderniste dans les années 90). L’installation de l’artiste a du mal à fonctionner car le visiteur a du mal à faire le lien entre les photographies et les éléments architecturaux. La maison est démantelée sous la forme d’un caisson où le visiteur rentre et découvre les photographies du site où il ne reste que les fondations en terre de la construction. Le propos est très intéressant et parle de l’après colonialisme.

Angela Ferreira Site du Pavillon

Et bientôt d’autres expositions dans la séquence 1 (Sophie Calle, Bill Viola, Giuseppe Penone)…

Bonne lecture,

Adeline Besson



Wagner au regard des arts plastiques

28 10 2007

La Cité de la Musique propose une exposition très pédagogique qui donne à voir l’appropriation que les artistes souvent plasticiens ont fait de l’oeuvre de Wagner: « Richard Wagner – Visions d’Artistes ».

Le parcours est chronologique, il va de 1840 à nos jours. Le spectateur alterne entre les opéras de Wagner et les oeuvres visuelles des différents artistes. Ce que n’aurait pas renié Wagner lui-même car il ne voyait pas les arts plastiques autonomes sans le secours de l’opéra pour les mettre en scène. En d’autres termes, il croyait au concept d’art total, en allemand la gesamtkunstwerk.

Mais ce qui fascine les nombreux artistes qu’ils soient musiciens ou plasticiens c’est le caractère d’une musique très visuelle. Les premières oeuvres alternent entre romantisme allemand et symbolisme français.

Parsifal Parsifal

Deux manières d’interpréter Parsifal, l’un spectaculaire grandiloquant de Jean Delville (1890) et l’autre perdu et inquiet d’Odilon Redon (1892) qui révolutionna l’art graphique du pastel en son temps. Je vous invite d’ailleurs à aller faire un petit tour du côté au cabinet d’art graphique du Musée d’Orsay.

Ou bien un art contemporain qui ne fait pas que utiliser Wagner mais qui fait rentrer l’art vidéo dans l’oeuvre du compositeur comme les « tableau vidéos » de Bill Viola. Un seul reproche l’oeuvre n’est pas contextualisée car Viola a joué le scénographe pour un opéra de Wagner.

Tristan et Yseult Vidéo dans l'exposition
Et d’autres qui utilisent l’oeuvre de Wagner comme ils respirent: l’artiste Anselm Kiefer s’approprie le vocabulaire de Wagner comme un des éléments de l’ inconscient collectif allemand. Cet inconscient se mélange avec la Shoah et l’utilisation littérale qu’en on fait les nazis à un moment donné.

Les oeuvres de Kiefer sont à l’honneur au Louvre car l’Etat français a fait une commande à l’artiste.

Bref une exposition a découvrir sur le blog d’Hugo (le jardin des retours).

Consultez aussi le site Richard Wagner, Visions d’artistes.

A bientôt,

Adeline Besson



« Le laboratoire » une initiative ambitieuse

23 10 2007

Nouveau lieu, nouveau concept mais vrai lieu d’expérimentation. Le laboratoire, c’est le nom de ce lieu à Paris juste en face du Ministère de la Culture. Le concept est ambitieux: à chaque fois deux expositions qui présentent deux manières de produire une interaction entre deux mondes en apparence éloignés. C’est-à-dire l’art et la science.

Vous me direz, ce n’est pas nouveau mais ici le parti pris est clairement annoncé.

Une des oeuvres de Fabrice Hyber

Le premier est un échange entre un scientifique et un artiste: Fabrice Hyber (artiste français reconnu internationalement) + Robert Langer (travaille sur les cellules souches au Mit, Harvard). De cette collaboration naît une scénographie créée par Hyber regroupant plusieurs types de pièces (toiles, volumes, installations).

Bel air de Lehanneur

L’autre est un travail en commun entre un designer et un scientifique: Mathieu Lehanneur et David Edwards (lui-même fondateur du lieu et du concept et scientifique touche à tout).

interview de Fabrice Hyber

La première expérience est clairement une manière de réinterroger un travail artistique au regard d’une démarche scientifique. Le point de départ était de travailler sur la transformation d’une cellule souche et de son développement. Pour reprendre l’explication de la plaquette, « une cellule souche a en elle le potentiel pour devenir n’importe quelle cellule active, cela en fonction de son environnement, des aliments qu’elle reçoit et des informations qui lui sont données. »

L’exposition ou plutôt la propre scénographie de l’artiste apparaît comme un joyeux capharnaüm mais le choix de Fabrice Hyber est plus que bienvenu. Car si le visiteur a du mal à se repérer dans le dédale des toiles, installations et autres volumes, la scénographie est à l’image de la pensée de l’artiste. Car ce que montre Hyber ce n’est pas une illustration de ce qu’il a pu apprendre, comprendre lors des différentes rencontres avec le scientifique mais la manière dont il a digéré par analogies, par métaphores une démarche scientifique qui a priori ne lui est pas familière.

Car contrairement à ce que l’on peut croire le processus scientifique n’est pas si éloigné du processus artistique puisque les deux utilisent l’analogie et autres modes de pensée que la rationalité elle-même. Bruno Latour l’a démontré dans deux ouvrages de référence.

Bruno Latour Bruno Latour

Le médium le plus utilisé par Hyper est le dessin mais ce dessin est à la fois dessein, c’est-à-dire projet.

Download link

La deuxième expérience concrète est celle de Mathieu Lehanneur et David Edwards. Il s’agit de s’appuyer sur les observations scientifiques de la NASA. Suite à de nombreux vols spatiaux, les astronautes sont revenus avec un taux important de composés toxiques dans leur organisme. Ces toxiques sont produits par les matières plastiques, fibres de verre et autres matériaux isolants. Notre habitat est soumis à ces mêmes toxiques. Le film du designer montre que chaque objet respire/expire ces toxiques même plusieurs années après leur production. La NASA a identifié plusieurs plantes qui étaient capables d’absorber ces toxiques.

Le designer propose une grosse capsule qui renferme une de ses plantes. Le Bel-Air aspire et renvoie l’atmosphère d’un lieu afin de filtrer les toxiques. Un film très parlant montre les toxiques qui se dégagent de tous les objets d’une pièce de vie. Leur modélisation sur l’écran correspond à leur déplacement dans l’atmosphère (de la chaise en plastique au canapé).

Bref, deux expériences qui donnent à penser, à réfléchir non seulement sur notre quotidien mais aussi sur les deux processus scientifique et artistique.

Bonne exposition et pour aller plus loin consultez les interviews.

Adeline Besson



L’art contemporain à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration

13 10 2007

L’exposition conçue par la muséographe Lydia Elhabad et le scénographe Pascal Payeur n’a rien de spectaculaire. Elle est le résultat d’un parti pris qui mélange plusieurs types de documents: des documents historiques, géographiques et d’autres personnels ou qui adoptent un point de vue artistique sur les migrations. Ce savant mélange de documents donne une richesse pédagogique à l’ensemble. Du coup le parcours qui pourrait être simplement linéaire (de 1850 à 2000) est plus un butinement entre tous ces documents.

L’art contemporain ouvre un regard personnel sur l’immigration en France et en Europe.

Ce regard est souvent poétique. Les cadrages de Thomas Mailaender en sont un exemple.

Les Voitures cathédrales datées de 2004 , sont le nom que les dockers marseillais donnent aux voitures qui font la traversées pour le Magreb. Le but étant d’amener le plus possible de choses au « bled ». Mais les tirages sont réalisés en chambre, l’artiste élimine le contexte comme dans les photographies des allemands Bernd et Hilla Bercher qui accumulent tout le patrimoine industriel en noir et blanc où l’on ne voit plus que les formes de ces architectures.

De même le photographe parle du transit, de ces kilos de marchandises qui ne seraient plus bonnes en Europe, qui défient le ciel comme des cathédrales.

Karim kAL, Alger

Les photographies Images d’Alger, 2002 de Karim Kal sont imprimées à grand tirage sur grand format et installées comme une marchandise sur une palette. Les images de bleus sont en transit, elles sont peut-être la promesse d’un ailleurs meilleur?

Climbing down 2004

Les oeuvres sont parfois humoristiques et caricaturent la situation précaire du logement. Avec Climbing down, 2004 Barthélémy Toguo donne à voir une situation ubuesque sous la forme d’une installation avec les fameux sacs vendus chez Tati qui viennent se greffer sur la superstructure.

D’autres artistes préfèrent l’aspect à la fois documentaire et personnel de l’immigration. Olivier Jobard suit la parcours d’un jeune camerounais, Kingsley, qui émigre vers l’Europe en proposant une installation photographique comme un journal de bord.

Olivier Jobard

Bonne exposition permanente à La Cité.

Adeline BESSON



Erice/Kiarostami: une exposition jubilatoire

13 10 2007

Victor Erice/Abbas Kiarostami

Image du catalogue

Les expositions établissent rarement des correspondances entre les artistes. C’est le cas pour cette exposition qui a une double entrée: soit l’entrée du cinéaste espagnol Victor Erice soit celle de l’iranien Abbas Kirostami. Mais il y a bien d’autres correspondances , notamment avec le cinéaste Erice et le peintre Antonio Lopez. Erice a conçu un véritable accompagnement pour le visiteur avec du son et de la lumière afin de rompre avec le face à face traditionnel des tableaux de Lopez.

Antonio Lopez, Grande Via
Les tableaux de Lopez ne sont pas loin d’un regard cinématographique.

Le spectateur se laisse bercer de film en film tant la mise en scène de l’exposition est à la fois pensée et poétique de part la nature des oeuvres des deux cinéastes. Au fur à mesure les films se répondent: l’utilisation de l’enfance, du paysage et surtout du temps sont les clefs des films qui plongent le spectateur à l’intérieur de lui-même. Car si les deux points de vue sur le monde sont différents, il reste cette manière de filmer qui dissout le temps et dans un même temps nous le révèle.

Les deux cinéastes nous font prendre conscience d’une contradiction: ce temps à la fois suspendu et qui glisse sans que l’on s’en aperçoive.

A noter une initiative réjouissante de l’Institut de recherche du Centre Pompidou qui approfondit le travail qui a été réalisé lors de cette exposition et qui revient sur les films des cinéastes. Le travail du critique Alain Bergala sur l’utilisation du paysage de Kiarostami et de Erice ainsi que des initiatives pédagogiques en milieu scolaire. Cliquez-ici.

L’exposition se prolonge jusqu’au 7 janvier 2008, allez-y vous ne serez pas déçus.

Bonne exposition,

Adeline BESSON



Les artistes flamands s’inquiètent de la crise en Belgique

21 09 2007

Carrousel de Carsten Holler 2005

L’oeuvre intitulée « Carrousel » de Carsten Holler a été présentée la même année (2005) à Art Basel et à l’exposition « La Belgique visionnaire: c’est (vraiment) arrivé près de chez vous «  en référence au film où joue Benoît Poelvoorde au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Ce carrousel tournait lentement dans un sens puis dans l’autre et semblait être la métaphore des incessantes hésitations de la politique belge.

Les artistes flamands font part de leur inquiétude dans un article du Monde qui vient de paraître. L’idée de la séparation entre Wallons et Flamands et les relents de régionalisme ne leur conviennent pas. L’artiste conceptuel Wim Delvoye nous livre une des plus intéressantes réflexions sur la notion de « belgitude ». « Je suis un artiste belge et le néerlandais est ma première langue. Mais je ne veux pas d’un pouvoir qui voudrait me forcer à être « flamand ». Je veux rester un compatriote de Magritte, Ensor, Rops ou Amélie Nothomb. » Cette notion est reprise par l’écrivain Tom Lannoye qui « veux être flamand pour être belge. Mon style, mes influences mon biotope, mes thèmes sont ceux de la « belgitude ». »

Mais au fait qu’est-ce que la belgitude ?

Ce sont peut-être les deux cochons tatoués de Wim Delvoye baptisés Boris et Vladimir que l’on a pu voir lors de l’exposition de « La Belgique visionnaire ».

Cochons tatoués, Win Delvoye Cochons tatoués, Win Delvoye

Le cochon à la fois symbole de la luxure, de la matérialité et de la dérision avec leurs tatouages. L’artiste oscille entre le trivial, l’obscénité et le kitsch de ce tatouage du motif Vuitton. Le porc rejoint le cortège des animaux familiers puisque lui aussi est tatoué à la manière des humains. Marie Deparis commentant l’exposition, définit le « belge attitude » comme un « subtil mélange de rigueur et d’irrévérence, de sérieux et d’autodérision, de ferveur religieuse et de trivialité, de sens pratique et d’un extraordinaire penchant naturel au surréalisme. »

L’écrivain Lannoye va plus loin et pense que beaucoup d’Européens pensent que cette crise est surréaliste mais « le surréalisme belge est à la fois frivole et très sérieux ». Il étend le problème à l’Europe:  » (…) il faut considérer que les forces à l’oeuvre dans ce pays sont celles que l’Europe a mises a mal pour pouvoir s’unifier. L’Europe, elle aussi, sera une mosaïque. Ou ne sera rien. »

Les régionalismes et nationalismes créent des catégories artificielles qu’ils tentent de hiérarchiser à coup d’oppositions et de simplifications. La belgitude n’est pas un nationalisme mais une manière personnelle de se jouer des catégories. Le célèbre curateur suisse, malheureusement décédé, Harald Szeemann a tenté de montrer non pas des catégories mais une culture complexe et riche où les vestiges du Musée du Slip de Jan Bucquoy étaient présentés face une sculpture réaliste de Constantin Meunier.

Calendrier de Jan Bucquoy

L’Europe devrait-elle s’inspirer de la crise belge pour réfléchir à sa futur constitution ?

A bientôt,

Adeline Besson

 

 

 

 



Arcimboldo était-il un ovni?

20 09 2007

LE PRINTEMPS l'automne
Les tableaux les plus connus de Giuseppe Arcimboldo sont la série allégorique sur les saisons datée de 1563 ne sont qu’une infime partie de son oeuvre. Cet artiste est avant tout un artiste de cour. Il s’exile à la cour des Habsbourg pour faire carrière à Vienne. Là il y découvre une cour renaissante riche, composée d’artistes, de scientifiques et d’intellectuels. Ce milieu (et pas seulement Arcimboldo) est fasciné par la « Wunderkammer » qui est à la fois une réalité (cabinet de curiosité) et un concept en soi.

représentation de cabinet de curiosité

Ce cabinet réunit aussi bien les merveilles de la nature ( les animaux et végétaux) que les productions faites par l’homme. Ce concept d’accumulation apparaît dans les cours princières pendant la Renaissance. Il s’agit de réunir dans un même lieu ce que la culture et la nature peuvent produire de plus étrange et unique à la fois. La conquête de l’Amérique est une occasion d’explorer, d’inventorier ce nouveau monde. Maximilien II et Rodolphe II ont constitué ces cabinets de l’art et des merveilles.

Arcimboldo se sert de cet inventaire qui pourrait être à la Prévert pour sa série des quatres saisons. La démarche artistique consiste à représenter les richesses d’un Nouveau Monde et à les réunir en un portrait.

Cliquez ici avant d’aller plus loin: « L’eau » (1566) sur le site de La Croix

Dans « L’eau » daté de 1566, il est presque fastidieux d’énumérer tous les animaux aquatiques qui composent ce portrait. Le crabe sert d’ornement pectoral, la tortue s’immisce sous le collier et rejoint l’énorme coquillage qui figure l’autre épaule puis celle-ci est complétée par une pieuvre, en haut une squille tient lieu de sourcil tandis que la bouche est représentée par un requin….Le monde animal se mêle presque charnellement avec le monde humain.

Bref, Arcimboldo qui jouit d’une grande notoriété à la cour est loin d’être un ovni car si l’on reprend les poèmes composés par Giovanni Battistia Fonteo qui parlent des quatre Saisons et des quatre Eléments, il se borne pas seulement à une description mais font référence à des allusions qui ont trait à la vie de la cour. Le peintre est aussi l’organisateur de quelques cortèges et tournois voire de fêtes, à l’image de Léonard de Vinci qui était un grand concepteur de fêtes notamment pour la Cour de François Ier.

Si les allusions liées à l’époque ont disparu, il nous reste la démarche du peintre.

Pour prolonger le plaisir, l’exposition a lieu au Musée du Luxembourg jusqu’au 13 janvier 2008.

Il faut absolument lire les articles de Sabine Gignoux dans La Croix sur l’exposition. Ce journal consacre un dossier très complet sur l’artiste et l’exposition.

Bonne lecture et bonne exposition.

Adeline Besson



Helen LEVITT à la Fondation Cartier-Bresson

13 09 2007

Helen Lewitt

Si on voulait résumer un peu vite le travail de la photographe américaine Helen Levitt, on pourrait la comparer aux photographies d’enfants de Robert Doisneau. Mais là s’arrête la comparaison car si Doisneau photographie plus volontiers les enfants dans un contexte scolaire, Lewitt les cadre lorsqu’ils s’adonnent à leurs jeux ou dans leur vie quotidienne parfois précaire.

Helen Levitt

Les clichés semblent pris sur le vif. Elle opte d’ailleurs, sur les conseils d’un autre grand photographe américain, Walker Evans pour un petit appareil discret. Les lieux privilégiés de la photographe sont les rues de New York mais son oeuvre est plus que documentaire. Car si quelques signes nous permettent de penser à une grande métropole (escaliers, bas de magasins, trottoirs et bitume), les cadrages sont rarement généraux mais plutôt centrés sur les enfants ou ce que les enfants laissent derrière eux.Helen Levitt

La force de ses photographies oscille entre le particulier et l’universel. Dans la première photographie couleur datée de 1980, le hors champ de la voiture verte amplifie un instant d’intimité. De l’autre la photographie en noir et blanc de 1940 (portrait en pied) sur les deux enfants montre le melting pot américain que l’on peut saisir dans quelques quartiers de New York. Cette même image semble hors du temps et c’est ce qui fait la force du travail d’Helen Levitt. Nous ne sommes pas dans la catégorie du photojournalisme ou dans celle du documentaire que l’on peut retrouver dans l’oeuvre de Weegee avec plus de violence mais nous évoluons à l’intérieur d’un regard singulier et poétique.

L’exposition Helen Lewitt à la Fondation Cartier Bresson a lieu jusqu’au 23 décembre 2007 et autre exposition de photographie avec Weegee au Musée Maillol jusqu’au 15 octobre 2007.

Bonnes expositions,

Adeline Besson



Yinka Shonibare MBE, une installation au Quai Branly

22 04 2007

Affiche de l'exposition

Les différentes mises en scène empruntées aux tableaux de Fragonard sont présentées dans un labyrinthe.

L’amant couronné, La poursuite et Les lettres d’amour donnent une drame pour réunir deux univers apparemment séparés. Le premier appartenant à la culture européenne (le marivaudage des Lumières) et le second est celui de l’esclavage ( utilisation du tissu Wax produit de l’industrie occidentale et vendu dans toute l’Afrique). La société aristocratique qui se présente sous la forme de mannequins à la tête coupée va connaître une partie de son essor économique avec l’esclavage et les produits de terres lointaines. L’artiste pointe les contradictions de sociétés étroitement mêlées qui rêvent de liberté et de jouissance selon les clichés que nous avons tendance à généraliser lorsqu’il s’agit des Lumières. Mais ces mêmes Lumières ont inventé le concept du mal. Entre Sade, Rousseau et Fragonard, Shonibare se sert-il des généralités appliquées à cette période pour pointer la complexité de cette même époque? Ou est-ce qu’il veut simplement dénoncer le colonialisme qui cherche à maîtriser la nature par l’art des jardins comme il a tenté de civiliser « le bon sauvage »?

Réflexion à suivre… l’artiste d’origine nigériane a reçu récemment une haute distinction britannique et a rajouté à son nom le sigle MBE ( Member of British Empire), une nouvelle manière de pointer les contradictions de l’Histoire.

L’exposition est visible jusqu’au 8 juillet 2007.

Bonne visite,

Adeline BESSON



Michel Blazy au Palais de Tokyo

21 04 2007

Installation mousse

Qui a dit que l’art devait être stable et défini? L’artiste Michel Blazy met en scène le caractère éphémère et parfois repoussant de la pourriture. Au Palais de Tokyo une odeur nous parvient tout de suite au nez. Cette odeur nous assaille, un sentiment contradictoire poursuit le visiteur. Celui-ci oscille entre dégoût et fascination pour cette oeuvre éminemment plastique. Car les micro-organismes donnent cet effet plastique que produit le putrescible mais aussi transforment les installations puisque à chaque nouvelle visite, le visiteur peu découvrir une nouvelle exposition. Des photographies de l’exposition sont consultables sur le site du Palais.

Le processus vivant des installations échappe à l’artiste parfois. Celui-ci n’est plus le démiurge qui tire les ficelles d’un monde qu’il contrôlerait mais l’opérateur qui réglerait les oeuvres en train de se faire ou de se défaire sous ses yeux et ceux des visiteurs.

L’exposition est présentée jusqu’au 6 mai.

Bonne visite,

Adeline BESSON