
L’artiste anglais fait parler de lui après qu’une ses pièces, intitulée The physical impossibility of death in the mind of someone living (L’impossibilité physique de la mort dans un esprit vivant) daté de 1992, se soit décomposée dans son aquarium. Le travail de conservation du requin-tigre n’a pas été très bien réalisé et quinze ans après, il faut recommencer l’opération car le corps de l’animal s’est déformé et l’eau de l’aquarium s’est troublée au fil des années. Donc, un nouveau requin tué a fait le voyage en cargo-congélateur pour remplacer l’ancien. Les aventures de cette oeuvre sont détaillées sur le site de Courrier International.
Cet article permet de revenir sur le travail de Damien Hirst car finalement les écrits parlent assez peu des oeuvres et mettent en exergue la provocation et les sommes dépensées par les collectionneurs qui entourent les oeuvres. Si l’on parle de provocation c’est surtout que l’artiste utilise des techniques et par extension des présentations qui sont utilisées par les sciences naturelles et autre anatomie comparée qu’il transpose dans des musées et des galeries d’art contemporain.

Dans cette oeuvre In his infinite wisdom, exposée à la Tate Gallery à Londres, Hirst met en scène un veau conservé dans le formol. De la même manière, Géricault transposait un sujet d’actualité dans le Radeau de la Méduse dans la peinture d’histoire, ce qui provoqua le scandale car le sujet, un événement non idéalisé devenait une oeuvre d’art. Ici, l’artiste va plus loin en transposant des sujets, formes utilisées par les sciences dans l’espace de l’art.

Vous allez me dire que ce n’est pas nouveau et Marcel Duchamp l’a fait avant lui en montrant un urinoir sur un socle( objet le plus quotidien montré comme une sculpture) dans un contexte artistique. Mais ce qui est réellement nouveau et Damien Hirst n’est pas le seul à le faire, c’est que l’art contemporain utilise les méthodes et les images appartenant à d’autres domaines: à savoir, dans le cas de Hirst les sciences naturelles ou l’anthropologie et même par exemple les codes de la mode (un autre domaine appartenant aux arts appliqués).
Ce phénomène qui ne cesse de grandir est la preuve qu’au lieu de brouiller les domaines scientifiques ou culturels, il marque l’ouverture de l’art contemporain à tous les savoirs et savoir-faires du monde qui nous entoure. De la même manière si la Renaissance et le XVIIIème ont puisé dans l’Antiquité pour s’inventer une Antiquité qui leur convenait afin de regénerer l’art de l’époque, les artistes contemporains puisent dans des domaines proches ou très éloignés pour se les approprier et alimenter l’art d’aujourd’hui.
Je reprendrai une citation en forme de conclusion de Nathalie Heinich et Jean-Marie Shaeffer dans leur ouvrage Art, création, fiction entre sociologie et philosophie, publié en 2004: ” l’interdisciplinarité n’a de sens et d’intérêt qu’à condition: non pas de viser au brouillage des limites entre les diciplines, mais profiter de leur mise en forme pour assurer leurs fondements”.
Même si l’interdisciplinarité se fait à l’intérieur des oeuvres de Hirst, l’enseignement peut contribuer à créer les conditions de cette interdisciplinarité entre plusieurs discilpines afin que la demande d’interdisciplinarité qui provient du Ministère de l’Education Nationale ne soit pas simplement une utopie mais une réalité à l’heure où les savoirs et savoir-faires des disciplines sont remis en cause par cette même institution.
Cette réflexion fera suite à plusieurs propositions de cours sur l’interdisciplinarité.
A bientôt et bonne lecture,
Adeline Besson