Le Musée du Quai Branly en question

31 12 2007

Image de couverture

La revue Débat, numéro 147 a fait paraître son numéro de novembre et décembre 2007 sur Le moment du Quai Branly.

Les articles ont le mérite pour la plupart de dépasser la polémique qui a suivi l’ouverture du musée qui porte le nom de son lieu de construction. Son nom est assez révélateur d’un musée qui cherche encore ses marques. Baptisé Musée des Arts Premiers puis Musée des Cultures extra-européennes, le musée peine à se trouver ou bien a du mal à s’assumer. Car le musée dans son ensemble, plateau des collections et expositions temporaires, sont en fait un musée des Arts primitifs.

Au-delà des polémiques d’un musée qui n’assumerait pas son passé colonial, il s’agit plutôt d’un musée dans lequel le contenu s’est construit autour d’une architecture, celle de Jean Nouvel. Cette architecture, cette scénographie, n’ont pas été construites autour des collections qui existaient mais d’un espace conçu à partir d’une vision toute personnelle de l’art primitif. J’emploie ce terme car le lieu est conçu en-dehors du temps. Par exemple sur le plateau des collections au niveau de l’aire océanienne, on retrouve des peintures aborigènes du XXème siècle et des objets datés de la période des premiers explorateurs occidentaux ou d’autres objets de l’aire africaine datant de la Préhistoire.

Plateau des collections, Océanie Vision d'ensemble du Plateau des collections

Les collections sont mises en scène dans un espace hors du temps. L’espace se situe dans un imaginaire géographique avec sa rivière, ses couleurs terres et sa pénombre. D’ailleurs Jean Nouvel assume très bien cet imaginaire. La dématérialisation des vitrines renforce cette impression sur la visiteur. Le directeur Stéphane Martin a été le seul interlocuteur pour la construction de ce musée. Et il semble être plus un collectionneur d’art primitif, donc il a plutôt un rapport émotionnel et d’esthète avec ces objets.

Alors y a-t-il une corrélation entre ces protagonistes et l’effet de ce musée qui est essentiellement esthétique ? Mais alors de quelle esthétique s’agit-il ? Une esthétique basée sur un regard occidental qui veut faire rentrer ces collections dans le système artistique voire le système de type Beaux-Arts: pièce unique et rare, beauté formelle et objets spectaculaires.

Il serait intéressant de confronter la question de l’esthétique et notamment les différentes conceptions du beau non seulement dans la culture occidentale mais aussi avec les autres cultures présentes sur le Plateau des collections. C’est de cette confrontation que la notion d’altérité pourra avoir un sens ou pour reprendre le grand « dada » du Musée du Quai Branly: « C’est là où les cultures dialoguent ».

Autrement dit, il faut inventer une nouvelle anthropologie de l’art.

A bientôt,

Adeline Besson



La culture artistique chez les politiques (humeur)

17 11 2007

La lettre de mission de Nicolas Sarkozy adressée à Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, je le rappelle est parue le 1er août 2007 (voir la publication sur La Croix). Le ton général est à la stabilisation du budget de ce ministère mais il s’agit d’assainir les finances.

Voilà pour le ton général, un certain nombre de thèmes sont balayés rapidement et d’autres sont expliqués de manière précise. L’éducation culturelle et artistique à l’école notamment, est mise en avant. Car le ministère ne s’est pas assez appuyé sur l’école. Jusque-là rien de nouveau, il s’agit de (…) « transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d’aimer l’histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays-condition pour se sentir menbres d’une même Nation (…). »

Cette argumentation se retrouve dans la lettre aux instituteurs de Jules Ferry mais ce qui est vraiment nouveau et qui serait une composante des derniers gouvernements de droite, c’est la création d’un enseignement obligatoire d’histoire de l’art qui serait le support d’une éducation culturelle. Un peu plus loin, on peut lire qu’il faut que les élèves aient une pratique artistique effective.

Si l’on comprend bien il s’agit de détacher l’histoire de l’art de la pratique artistique. Mais l’histoire de l’art est utilisée par les enseignents d’arts plastiques pour valider des connaissances acquises lors d’une pratique artistique ou bien la pratique artistique prend appui sur l’histoire de l’art pour démarrer un travail, non ??? Et c’est sans compter les professeurs d’histoire-géographie qui utilisent l’histoire de l’art, soit pour construire une analyse historique, soit pour réveler la polysémie d’une situation historique car l’oeuvre d’art est polysémique par nature et permet de comprendre certains aspects d’une situation complexe. Et bien d’autres enseignants utilisent l’histoire de l’art mais elle est utilisée dans un contexte particulier, elle ne vient pas comme un cheveu sur la soupe !!! L’histoire de l’art est traversée par plusieurs disciplines et elle est très difficile à enseigner en tant que telle surtout pour des élèves de collège, par exemple.

A l’heure où les sciences sociales se sont propagées dans le grand public, il ne s’agit plus de rajouter un autre domaine qui serait autonome mais au contraire de travailler les diciplines de l’école sous l’angle pluridisciplinaire. Il faut arrêter le « saucissonnage » des matières à l’école qui conditionne les élèves à penser qu’il n’y a pas de convergences entre les matières enseignées. Les TPE aux lycéens
( initiative du ministre de l’époque: Jack Lang) ont été supprimés en terminale. Cette initiative lorsqu’elle était sérieusement menée, permettait de palier à ce état de fait et à préparer les élèves au travail à l’université.

Les gouvernements de gauche (qui n’ont pas le monopole de la culture) ne proposent pas toujours mieux car « l’éducation au goût », cheval de bataille de Lang n’a pas été du meilleur goût justement. Quel goût? Le bon goût ? Le goût des institutions en place ? Mais est-ce que le goût a à voir avec la pratique artistique ? Je montre, j’enseigne des oeuvres que je n’apprécie pas forcément mais qui sont intéressantes dans le contexte du cours, du dispositif que je mets en place !

Et le goût n’a rien à voir avec l’art lire « La critique de la faculté de juger » de Kant.

Dans cette lettre, le Président veut mobiliser l’école mais aussi tous les acteurs de la vie culturelle (radios, télévisions, établissements culturels). Ce qui est tout à fait louable mais il faut une vraie volonté politique pour imposer à ces organismes, de la culture.

Car à part deux ou trois émissions littéraires à la télévision, évidemment à une heure de grande écoute, et des établissements culturels qui n’ont pas compris qu’ils devaient accueillir du public scolaire et j’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises, il reste beaucoup de travail!!!

Plus que des cours d’histoire de l’art il faudrait l’éducation aux images ne soit pas réservée qu’aux médias. C’est-à-dire une éducation critique face aux images et pas seulement celles qui sont du fait artistique. Mais les politiques ont parfois du mal à faire le point sur les besoins réels des enseignants.

Pour une réaction salutaite, consultez la contre-lettre de mission adressée à la ministre sur le blog ci-dessous:

http://lacontrelettre.over-blog.com/A bientôt,

Adeline Besson



Quand la démarche fait corps avec le sujet

22 10 2007

Série Claude Monet

Voici une partie de la série de Claude Monet sur la Cathédrale de Rouen de 1892 à 1894. Le Salon de 1859 coincide avec la disparition progressive du sujet puisque le sujet n’est plus « optiquement restitué ». Il est littéralement effacé mais toujours présent au profit d’un processus créatif plus visible. Les artistes se tournent vers la fabrication de l’image et moins vers le sujet. La grande découverte chez Monet notamment c’est le refus de la « couleur locale ». On considérait à l’époque que chaque objet matériel était doté d’une couleur avec qelques variations. Mais dans le tableau« Impression, soleil levant » de 1872, le peintre montre que chaque chose brille et reçoit de la lumière et donc des couleurs qui changent tous le temps. De plus les lignes de contours sont supprimées, il n’est plus question d’ isoler la forme de ce qu’il l’entoure tant la peinture est complexe. Mais ce qui est vraiment nouveau c’est non seulement de peintre le sujet à toutes les heures de la journée et donc d’introduire par la série la dimension du temps dans l’ espace en deux dimensions. Cette démarche apparaît dans la série des « Meules ». L’obsession du sujet, répété à l’infini permet à l’artiste de travailler le processus créatif.

Ce qui fait dire à Monet que nous n’apprécions pas la réalité en soi mais l’instant unique, une immersion au coeur des sensations. La contemplation statique basée sur un point de vue unique n’est plus il faut se déplacer, s’éloigner, se rapprocher vers la série.

Andy Warhol, Green car crash Electric chair

Autre époque, autre démarche, le fameux Andy Warhol utilise la série dans « les disasters ». Green car crash de 1963 n’est plus fait à la main. Le peintre se sert des moyens de son époque. La sérigraphie est utilisée pour la publicité et reprise par Warhol qui est lui-même un ancien dessinateur publicitaire. Ce procédé mécanique permet d’utiliser la photographie. Mais surtout il met à mal la notion d’original par sa manière de travailler et de reproduire mécaniquement des photographies qui n’appartiennent pas à l’auteur lui-même. L’artiste reporte par la sérigraphie ces images sur la toile lui conférent un statut artistique. Ces productions de masse de l’ère industrielle ont rejoint le monde l’art dans les galeries et les musées. Le principe du « ready-made » de Duchamp est réutilisé avec ces nouvelles images issues de la culture de masse. Ces images stéréotypées, décontextualisées deviennent la métaphore d’une société qui à force d’images de toutes sortes, banalise les faits. Les sérigraphies à force d’être répétées, disparaissent et sont brouillées. Le sujet s’efface au profit d’une démarche qui sappe le concept de l’originalité et du génie du XIX° siècle, seul sur sa montagne. La démarche remet en cause le concept même d’art.

Dans les deux démarches il ne s’agit pas simplement de regarder le sujet mais de le questionner au regard de l’ensemble. Le sujet n’est pas seulement considéré comme l’illustration d’un propos mais il est travaillé de manière quasi-obsessionnelle (en série) pour aboutir à des questions qui dépassent l’art lui-même. Dans l’oeuvre de Monet c’est le temps qui apparaît en filigrane et dans Warhol ce sont les mécanismes de la société médiatique et consumériste.

En d’autres termes, le style ne se résume pas au sujet représenté mais à la démarche. Le processus de la série détermine chez les deux artistes une démarche singulière avec leur contexte social.

La série peut être utilisée pour faire comprendre le principe de la démarche artistique notamment dès la classe de troisième.

Bonne lecture,

Adeline Besson



Un cliché de Nan Goldin saisi par la justice

4 10 2007

Sir Elton John a finalement renoncé à exposer l’installation photographique « Thankgiving » de l’artiste américaine Nan Goldin dans le centre d’art contemporain Gastehead dans le nord est de l’Angleterre puisqu’un des clichés « Klara et Edda faisant la danse du ventre »a été saisie par la police afin d’examiner s’il peut être classé comme une infraction à la législation sur la pornographie infantile.

La démarche de la police reste curieuse car ce cliché avec les autres d’ailleurs est une toute petite partie d’une installation beaucoup plus importante. Donc il n’est pas isolé et il est montré dans un contexte précis où les photographies se répondent les unes avec les autres. D’autre part, l’installation est toujours montrée dans un cadre artistique et non dans les journaux ou sur des affiches publicitaires. Nan Goldin n’a jamais fait la promotion de son style de vie même si ses photographies sont largement autobiographiques et intimes. C’est là toute la démarche de l’artiste: son intimité rejoint parfois notre universel.

Photographies des années 80 Photographies des années 80

De plus, le cliché incriminé date de 1998, et il a été mainte fois vendu dans de grandes ventes aux enchères sans que personne ne proteste pour incitation à la pornographie infantile.

Oui les photographies de l’artiste peuvent déranger car elles montrent une intimité qu’on ne montre pas généralement sur des photos. On assiste parfois à des moments de grâce qui s’apparentent parfois à des tableaux du peintre américain Edward Hopper. Les deux artistes se rejoignent alors pour parler de la solitude. La solitude des grandes villes pour Hopper et la solitude avec les autres pour Goldin.

Guidon on the dock Hopper

Il serait temps de distinguer les images produites dans un contexte précis, appartenant à une démarche artistique et les autres qui appartiennent à la promotion publicitaire.

Bonne lecture,

Adeline Besson



Les séries américaines: la face cachée de l’Amérique

30 09 2007

Là où les films hollywoodiens cessent d’être créatifs, les séries télévisées prennent le relais. Les Sopranos, 24 heures chrono, Nip Tuck, Lost ou encore plus récemment Weeds, font éclatées les codes du politiquement correct aux Etats-Unis.

Elles ont en commun de se présenter sous des dehors déjà codifiés, à savoir une bonne dose de politiquement correct en apparence qui cache des dessous insoupçonnés voire complètement improbables. D’ailleurs, le chef mafieux des Sopranos se cache bien sous des dehors de père de famille respectable et a même une psychanalyste pour confier ses angoisses. Dans Weeds, la famille élargie tente presque coûte que coûte de se fondre dans le décor de la banlieue américaine à moins que ce soit pour mieux vendre la marijuana à toute cette banlieue qui s’ennuie à mourir. Dès le début , le générique place le décor : les habitants semblent tous faire la même chose au même moment. Ce début ironique ne peut que déraper.

Weeds

Mais ces séries plus au moins récentes ne sont pas les premières à dynamiter le politiquement correct. L’une des premières dans les années 80 a vu le jour sous la plume et la caméra de David Lynch. La série Twin Peaks se situe au niveau de l’image entre les Feux de l’amour et Dallas.

Twin Peaks

Sauf que les acteurs évoluent dans une petite ville qui semble tout à fait paisible mais le meutre de Laura Palmer vient troubler les archétypes de la bonne société américaine. En grattant un peu l’inspecteur découvre des personnages plus au moins dérangés, déjeantés ou inquiétants. La femme à la bûche qui fait parler celle-ci afin de répondre aux questions de l’inspecteur.Femme à la bûche

Sous les images trop sucrées, saturées le spectateur voit poindre au fil des épisodes l’obsession du mal, thème cher à Lynch. Laura l’adolescente ravissante et naîve à son revers.

Laura Palmer Laura Palmer morte

Si la série Twin Peaks est inachevée pour différente raisons, l’Amérique était-elle encore prête à se voir si vilaine dans ce miroir? Autre époque, dans les années 90, une autre série fait une apparition éclair. Elle se nomme Mr Profit.

Couverture du DVD

Le scénario est machiavélique à tel point que le spectateur semble presque à chaque fois dérouté. Les tabous tombent l’un après les autres au cours des épisodes. L’histoire démarre sur un fait divers: à la mort de sa mère le héros est élevé par son père dans un carton d’emballage où le géniteur pour le nourrir lui jette ses propres déchets par dessus le carton. La seule fenêtre vers l’extérieur c’est la télévision qu’il voit à travers un trou percé à travers le carton. Ce carton appartient à la marque gracen and gracen. Détail qui paraît insignifiant mais qui va déterminer toute l’ascension sociale de Mr Profit. Car le cadre enfin entré dans la multinationale du même nom ne va pas cesser de saper les fondements de la firme.

La série devenue culte dans l’histoire de la série télé a été arrêtée prématurément. Peut-être parce que le héros n’avait pas de porte de sortie à savoir la rédemption. Avec cette série, le héros n’est plus positif et ne cherche pas à plaire ou à provoquer la compassion. Le danger vient peut être du fait que le spectateur ressent un plaisir non dissimulé à suivre ce machiavel de la stratégie sans se préocupper de la moralité du héros.

Etait-ce encore trop tôt pour les années 90 ?

Les séries genre « Le destin de Lisa » ont encore du chemin à faire…

Bonne série,

Adeline Besson



Petite leçon de portrait avec Daniel Richter

27 09 2007

Peinture de Richter Peinture de Richter

La superstar de la peinture allemande s’est rendue sur le parvis du Centre Pompidou pour tirer le portrait à quelques touristes de passage. Pour situer un peu la carrière de l’artiste qui a commencé la peinture à tout juste trente ans, il s’agit de rappeler qu’un de ses dessins peut être vendu au minimum à 6500 euros. Et qu’il est considéré comme l’un des peintres allemands les plus doués de sa génération avec Neo Raush.

Peinture de Néo Raush

Mais alors qu’est-ce qui peut pousser l’artiste à entreprendre ce genre de démarche ? S’agit-il de parasiter le marché de l’art en vendant ses portraits à 5 euros? Ou est-ce une performance de l’artiste ? Ou encore une manière de se confronter au quotidien de ses dessinateurs de portraits qui officient sur le parvis ?

Ces questions en appellent une autre plus fondamentale: qu’est-ce que cela veut dire que se faire tirer le portrait au XXIème siècle ?

Le peintre n’a pas reçu de formation classique en ce qui concerne le portrait. De plus, ses peintures n’utilisent pas la ressemblance au modèle. Richter ne sait pas comment s’y prendre: faut-il imiter le modèle ou tirer parti de celui-ci afin qu’il ne serve pas au modèle mais bien au dessin lui-même. Le dilemme résume assez bien la période prémoderne comme l’appelle Peter Richter dans son article paru dans le grand quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le portrait qui était en vogue au XVIIIème perd ses lettres de noblesse au XIXème siècle. Du coup la position du Richter sur la parvis de Pompidou est plus proche du XVIIIème siècle: la valeur de l’artiste se mesure au degré de ressemblance par rapport au modèle. D’autres critères jouent : certains se méfient de la vitesse d’exécution de Richter…

Pour résumer ce qui se passe sur la parvis: Peter Richter dit: « Les touristes qui se confient au Taiwanais Chuang ressemblent à Penelope Cruz, ceux qui se laissent caricaturer par Said finissent, avec un peu de chance, par ressembler à Dominique de Villepin. Quant aux modèles de Martinus, originaire du Massif Central, ils ont généralement l’air d’avoir un peu trop bu ou de se regarder dans une glace déformante. »

Le genre du portrait est devenu désuet à l’heure de la photographie numérique, il n’y a plus que Lucian Freud pour scruter la ressemblance de ses modèles ou il n’existe plus comme genre ou seulement comme démarche ironique.

Bonne Lecture,

Adeline Besson



Les artistes flamands s’inquiètent de la crise en Belgique

21 09 2007

Carrousel de Carsten Holler 2005

L’oeuvre intitulée « Carrousel » de Carsten Holler a été présentée la même année (2005) à Art Basel et à l’exposition « La Belgique visionnaire: c’est (vraiment) arrivé près de chez vous «  en référence au film où joue Benoît Poelvoorde au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Ce carrousel tournait lentement dans un sens puis dans l’autre et semblait être la métaphore des incessantes hésitations de la politique belge.

Les artistes flamands font part de leur inquiétude dans un article du Monde qui vient de paraître. L’idée de la séparation entre Wallons et Flamands et les relents de régionalisme ne leur conviennent pas. L’artiste conceptuel Wim Delvoye nous livre une des plus intéressantes réflexions sur la notion de « belgitude ». « Je suis un artiste belge et le néerlandais est ma première langue. Mais je ne veux pas d’un pouvoir qui voudrait me forcer à être « flamand ». Je veux rester un compatriote de Magritte, Ensor, Rops ou Amélie Nothomb. » Cette notion est reprise par l’écrivain Tom Lannoye qui « veux être flamand pour être belge. Mon style, mes influences mon biotope, mes thèmes sont ceux de la « belgitude ». »

Mais au fait qu’est-ce que la belgitude ?

Ce sont peut-être les deux cochons tatoués de Wim Delvoye baptisés Boris et Vladimir que l’on a pu voir lors de l’exposition de « La Belgique visionnaire ».

Cochons tatoués, Win Delvoye Cochons tatoués, Win Delvoye

Le cochon à la fois symbole de la luxure, de la matérialité et de la dérision avec leurs tatouages. L’artiste oscille entre le trivial, l’obscénité et le kitsch de ce tatouage du motif Vuitton. Le porc rejoint le cortège des animaux familiers puisque lui aussi est tatoué à la manière des humains. Marie Deparis commentant l’exposition, définit le « belge attitude » comme un « subtil mélange de rigueur et d’irrévérence, de sérieux et d’autodérision, de ferveur religieuse et de trivialité, de sens pratique et d’un extraordinaire penchant naturel au surréalisme. »

L’écrivain Lannoye va plus loin et pense que beaucoup d’Européens pensent que cette crise est surréaliste mais « le surréalisme belge est à la fois frivole et très sérieux ». Il étend le problème à l’Europe:  » (…) il faut considérer que les forces à l’oeuvre dans ce pays sont celles que l’Europe a mises a mal pour pouvoir s’unifier. L’Europe, elle aussi, sera une mosaïque. Ou ne sera rien. »

Les régionalismes et nationalismes créent des catégories artificielles qu’ils tentent de hiérarchiser à coup d’oppositions et de simplifications. La belgitude n’est pas un nationalisme mais une manière personnelle de se jouer des catégories. Le célèbre curateur suisse, malheureusement décédé, Harald Szeemann a tenté de montrer non pas des catégories mais une culture complexe et riche où les vestiges du Musée du Slip de Jan Bucquoy étaient présentés face une sculpture réaliste de Constantin Meunier.

Calendrier de Jan Bucquoy

L’Europe devrait-elle s’inspirer de la crise belge pour réfléchir à sa futur constitution ?

A bientôt,

Adeline Besson

 

 

 

 



Vous avez dit: « art dégénéré »?

18 09 2007

Joachim Meisner, cardinal de Cologne n’est plus à sa première bavure verbale. Vendredi dernier, dans son prêche il a prononcé la petite phrase de trop. Je cite: » Là où la culture est découplée du culte, de la vénération de Dieu, le culte se fige dans le ritualisme et la culture dégénère.« Le terme « d’art dégénéré » a provoqué en Allemagne, une volée de bois vert. Car depuis la Seconde Guerre Mondiale, le pays est très attentif aux formules à l’emporte pièce. L’archevêché a démenti en laissant entendre qu’il n’y avait pas de référence à l’idéologie et la conception artistique des nationaux-socialistes.

Hitler, Goering et Goebbels à l'exposition d'art dégénéré

Pourtant les termes font appel à la politique culturelle de ce régime entre 1933 et 1945. Les Nazis avaient décidé d’écarter un bon nombre d’oeuvres modernes considérées comme « art dégénéré » et organisent notamment l’exposition d’art dégénéré en 1937 à Berlin.

L’explication de l’archevêché tente de rattraper la petite phrase: lorsque l« on sépare l’art et la religion, les deux en pâtissent. » Mais cette phrase a le mérite de poser plusieurs questions: qu’est-ce que le rituel? Le rituel tombe-t-il toujours dans le ritualisme lorsqu’il n’est pas lié à la religion ? L’art a-t-il perdu de sa sacralité en se séparant de la religion ?

Bref, de vraies questions de philosophie de terminale, je me souviens qu’une des questions posées au bac était de savoir si l’on pouvait comparer l’art et la religion. Dans le contexte actuel et dans ceux des périodes précédentes où la religion et l’art était plus intimement liés, nous ne pouvons pas réduire ces deux mondes à une simple opposition. Le contexte social est toujours intimement lié à l’art et à la religion même lorsque le sacré n’est plus officiellement réservé à la religion. L’immanent et le transcendant ne sont pas forcément opposés. Vers le milieu du XVIIIème siècle (Les Lumières), les artistes font le va et vient entre ces deux notions, laissant ainsi une grande liberté à la création.

En attendant, voici « Sainte dans un vitrail » (1940), de Paul Klee, artiste qui fut un temps considéré comme tenant de « l’art dégénéré » qui disait: « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. »

Bonne lecture pour d’autres informations sur la petite phrase de trop du Cardinal, consultez l’article du Monde.

Adeline Besson



« Le destin de Lisa » ou la Belle sans les bois dormant…

13 09 2007

Lien vers un site de fans...Pourquoi un tel engouement pour ce sitcom qui a germé à l’origine en Amérique Latine dans la tête de quelques scénaristes ? Par curiosité je me suis collée lamentablement devant la télé et pas qu’une fois. Si le générique du sitcom ressemble à s’y méprendre à une bande annonce de film d’action, c’est que le concept tient dans ce même générique. C’est dire l’intérêt du concept. Mais « l’effet chewing gum » dont parle Godard à propos de la télévision réside dans ce peu de contenu. Le spectateur veut savoir si Lisa, l’héroîne laide de ce soap va finalement se transformer en Belle au bois dormant (ou en Cendrillon) et se marier avec son prince de patron (entreprise familiale de prêt à porter). En fait le crapaud du conte de fée que l’on connaît bien est en fait le patron de Lisa et ce même patron serait le pendant masculin de la princesse qui embrasse le crapaud.

Le succès de ce sitcom consiste à réadapter un conte de fée à la sauce contemporaine. Le scénario n’est pas le seul responsable de cet effet féérique mais les couleurs flashy, les vêtements années 80 et le montage ne font que renforcer un monde improbable avec des homosexuels qui deviennent subitement des hétérosexuels, des belle-mères acariâtres qui ressemblent au conte de Blanche-neige et des personnages stéréotypés qui ont des pensées intérieures proches du vide intersidéral.

Bref, une série à court terme car la fin vous la devinez, non? ….

Si vous voulez regarder une série qui a du contenu, « Lost » c’est bien moins nunuche.

A bientôt

Adeline Besson



Conceptualiser grâce aux arts plastiques

5 09 2007

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai pu découvrir un article intitulé « Conceptualiser aussi grâce aux arts plastiques » qui vient de paraître dans Le Monde de l’Education ce mois-ci (septembre 2007, encart « spécial parents » p.VII-VIII) sous la plume d’Edouard Dequeker. En effet la presse qui n’a pas pour habitude d’étaler sa réflexion dans ce domaine lui consacre quelques lignes . Ce petit article bien qu’il soit très intéressant, recueille quelques propos d’une professeur d’arts plastiques et légitime l’apport intellectuel par les neurosciences. Je m’efforcerai d’arriver au même raisonnement mais par la pratique de professeur d’arts plastiques.

Le premier paragraphe bien qu’il traite de la méthodologie des arts plastiques apparaît pour le commun des mortels assez obscur. Si le lecteur note que l’élève évolue dans un situation donnée avec des règles et des contraintes établies par le professeur, il ne sait toujours pas concrètement de quoi il est question. Car dans un dispositif d’arts plastiques, il s’agit pour l’élève de l’évoluer à partir d’une « incitation » que l’on pourrait qualifier de sujet et de différentes consignes, contraintes. Ce dispositif a lui même plusieurs objectifs qui sont fixés par le professeur. Les travaux, sortes de réponses à une question posée (l’incitation), sont un va et vient entre ce qui est formulé au départ ( l’incitation) qui est de l’ordre du mental avec les contraintes c’est-à-dire les matériaux, supports et l’espace qui sont mis à disposition. C’est-à-dire le réel.

Il en résulte et je reprendrais à peu près le cheminement de Joêlle Gonthier, chercheuse au CNRS en neurosciences: c’est bien « un va-et-vient entre le réel et le mental » (page VIII) qui va permettre à l’élève de conceptualiser donc de réfléchir. A l’inverse d’autres disciplines, la conceptualisation vient d’une activité concrète, il ne nécessite pas forcément un apprentissage préalable ou de codes déjà préétablis. C’est pour cela que l’élève qui a des aptitudes au dessin n’est pas toujours récompensé de ses efforts car s’il ne fait pas ce va-et-vient entre ces deux mondes il peut passer à côté du dispositif. Les arts plastiques à l’école sont avant tout un contexte d’apprentissage pour chaque élève et non une professionnalisation vers un métier artistique.

Bonne lecture,

Adeline Besson