La culture artistique chez les politiques (humeur)
La lettre de mission de Nicolas Sarkozy adressée à Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, je le rappelle est parue le 1er août 2007 (voir la publication sur La Croix). Le ton général est à la stabilisation du budget de ce ministère mais il s’agit d’assainir les finances.
Voilà pour le ton général, un certain nombre de thèmes sont balayés rapidement et d’autres sont expliqués de manière précise. L’éducation culturelle et artistique à l’école notamment, est mise en avant. Car le ministère ne s’est pas assez appuyé sur l’école. Jusque-là rien de nouveau, il s’agit de (…) “transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d’aimer l’histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays-condition pour se sentir menbres d’une même Nation (…).”
Cette argumentation se retrouve dans la lettre aux instituteurs de Jules Ferry mais ce qui est vraiment nouveau et qui serait une composante des derniers gouvernements de droite, c’est la création d’un enseignement obligatoire d’histoire de l’art qui serait le support d’une éducation culturelle. Un peu plus loin, on peut lire qu’il faut que les élèves aient une pratique artistique effective.
Si l’on comprend bien il s’agit de détacher l’histoire de l’art de la pratique artistique. Mais l’histoire de l’art est utilisée par les enseignents d’arts plastiques pour valider des connaissances acquises lors d’une pratique artistique ou bien la pratique artistique prend appui sur l’histoire de l’art pour démarrer un travail, non ??? Et c’est sans compter les professeurs d’histoire-géographie qui utilisent l’histoire de l’art, soit pour construire une analyse historique, soit pour réveler la polysémie d’une situation historique car l’oeuvre d’art est polysémique par nature et permet de comprendre certains aspects d’une situation complexe. Et bien d’autres enseignants utilisent l’histoire de l’art mais elle est utilisée dans un contexte particulier, elle ne vient pas comme un cheveu sur la soupe !!! L’histoire de l’art est traversée par plusieurs disciplines et elle est très difficile à enseigner en tant que telle surtout pour des élèves de collège, par exemple.
A l’heure où les sciences sociales se sont propagées dans le grand public, il ne s’agit plus de rajouter un autre domaine qui serait autonome mais au contraire de travailler les diciplines de l’école sous l’angle pluridisciplinaire. Il faut arrêter le “saucissonnage” des matières à l’école qui conditionne les élèves à penser qu’il n’y a pas de convergences entre les matières enseignées. Les TPE aux lycéens
( initiative du ministre de l’époque: Jack Lang) ont été supprimés en terminale. Cette initiative lorsqu’elle était sérieusement menée, permettait de palier à ce état de fait et à préparer les élèves au travail à l’université.
Les gouvernements de gauche (qui n’ont pas le monopole de la culture) ne proposent pas toujours mieux car “l’éducation au goût”, cheval de bataille de Lang n’a pas été du meilleur goût justement. Quel goût? Le bon goût ? Le goût des institutions en place ? Mais est-ce que le goût a à voir avec la pratique artistique ? Je montre, j’enseigne des oeuvres que je n’apprécie pas forcément mais qui sont intéressantes dans le contexte du cours, du dispositif que je mets en place !
Et le goût n’a rien à voir avec l’art lire “La critique de la faculté de juger” de Kant.
Dans cette lettre, le Président veut mobiliser l’école mais aussi tous les acteurs de la vie culturelle (radios, télévisions, établissements culturels). Ce qui est tout à fait louable mais il faut une vraie volonté politique pour imposer à ces organismes, de la culture.
Car à part deux ou trois émissions littéraires à la télévision, évidemment à une heure de grande écoute, et des établissements culturels qui n’ont pas compris qu’ils devaient accueillir du public scolaire et j’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises, il reste beaucoup de travail!!!
Plus que des cours d’histoire de l’art il faudrait l’éducation aux images ne soit pas réservée qu’aux médias. C’est-à -dire une éducation critique face aux images et pas seulement celles qui sont du fait artistique. Mais les politiques ont parfois du mal à faire le point sur les besoins réels des enseignants.
Pour une réaction salutaite, consultez la contre-lettre de mission adressée à la ministre sur le blog ci-dessous:
http://lacontrelettre.over-blog.com/A bientôt,
Adeline Besson
Compteur