La quête des origines (1)

Publié le 2 octobre 2006 par adeline dans Réflexions
 


Au détour d'une conversation avec un marchand d'art africain, je fis un rapprochement entre deux moments de l'art occidental. C'est en regardant sa dernière présentation de sculptures NOK , pièces très anciennes car certaines remontent au VIème siècle avant J-C, ce qui est plutôt rare car la plupart des pièces exposées dans les musées, notamment africaines, sont pour les plus anciennes datées du XVème siècle, que j'osais poser une question.

Est-ce qu'au départ les sculptures étaient polychromes? Il me répondit qu'elles l'étaient bien et que d'ailleurs il gardait dans son bureau, l'une d'entre elles qui révelait bien que plusieurs pigments vifs étaient utilisés pour la fabrication des terres cuites NOK. Mais il me précisa qu'il ne pourrait pas la vendre car les amateurs préféraient les pièces vieillies par le temps et que la couleur naturelle et brute de la terre cuite se rajoutait à l'authenticité des sculptures. Il rajouta qu'il préférait garder pour lui cette fameuse rareté.

Voilà le décor était planté, l'amateur éclairé appréciait la pureté des origines, celle préservée par le lit, les alluvions du fleuve plus que la vérité de l'objet. Soudain, je fis le rapprochement avec le XVIIIème siècle et la fin du XIXème qui firent naître un nouvel engouement pour l'art antique. En effet, la découverte de plusieurs sites de fouilles, de POMPEI à HERCULANUM provoqua un tel engouement que les premiers pas de méthodologie en histoire de l'art se constituèrent. Le néoclassicisme de la fin du XVIIIème est issu de ces idées théorisées par WINCKELMANN sur l'art antique.

 Oui mais voilà, les études de cet historien allemand s'appuient tout d'abord sur la sculpture car très peu de peintures ont été retrouvées et la plupart des pièces considérées comme grecques sont en fait des copies d'originaux grecs perdus, réalisés à Rome. L'Apollon du Belvédère incarne pour Winckelmann le beau idéal. Cette oeuvre permet de connaître la définition du beau pour l'historien. "Un beau corps sera d'autant plus beau qu'il est plus blanc." Voici le principal malentendu, toutes les sculptures ne sont pas toutes d'une blancheur immaculée. Le goût antique est né et avec lui son cortège de théories plus au moins justes. En tout cas cette Antiquité fantasmée légitime l'art de son époque. Le travail de DAVID devient alors l'apogée de ce monde originel.

De la même manière le début du XXème siècle est marqué par la recherche de nouvelles solutions formelles. Les artistes s'approprient les formes d'art primitif afin de s'éloigner de l'académisme et de l'idée occidentale de la beauté . Mais si la fin du XVIIIème siècle recherche la pureté antique dans des formes proches de l'imitation de la nature et de la grâce, le XXème siècle, se base sur un autre présupposé idéaliste qui veut que l'art primitf n'ait pas été corrompu par l'occident. Ce monde originel est inauguré par GAUGUIN à Tahiti.  Mais aussi le groupe allemand DIE BRÜCKE ( "le pont") représente le noyau originel de l'expressionisme et s'inspire de cet idéal, les violents contrastes chromatiques crus "primitifs" sont la marque de fabrique du groupe. Ou encore PICASSO qui s'approprie les techniques et représentations de l'art primitif.

Marqué par sa visite au musée du Trocadéro, l'artiste reprend à la fois la pose quasi photographique et la déformation des visages qu'il observe dans l'art africain à l'été 1907. Mais si les premiers artistes s'inspirent dans un premier temps des formes pour transfomer la représentation, vers le milieu du XXème siècle, c'est le geste lui-même qui fait référence au "primitivisme". Ce n'est plus seulement la représentation qui est chamboulée mais la manière de peindre qui est remise en question. J. POLLOCK pose son support sur le sol et répand sa peinture. Le rapport à la peinture en est bouleversé. L'acte de peindre rejoint celui du premier geste de l'art pariétal. Le geste devient originel.

L'histoire de l'art et son regard sur les arts nommés extra-occidentals ne s'arrêtent pas aux années 1950. Mais ce que l'on peut dire c'est que d'une part le goût de l'époque change selon le temps avec le regard porté sur l'histoire de l'art occidental. A savoir pour la fin du XVIIIème siècle, une Antiquité basée sur des textes littéraires relatant l'histoire des peintres dont les oeuvres ont disparu (Zeuxis et Apelle) ainsi que la pureté des sculptures grecs qui ne sont que des copies romaines. Ou bien le XXème/début du XXIème siècle qui par un goût de l'art primitif et de l'objet proche de l'idéologie du "bon sauvage" se retourne non plus sur sa propre histoire mais sur l'histoire de l'Autre. Et je rajouterai des Autres, glissant vers une autre idéalisme qui est celui de l'universalisme.

Cette comparaison permet de relever la quête des origines des amateurs, collectionneurs et artistes d'un monde disparu, ancien à moins qu'il n'ait jamais existé et qu'il reste un monde impossible à atteindre; une utopie. Mais est-ce que cette utopie ne permet pas d'espérer, de rêver ou dépasser les clivages d'une société. Bref de transcender le quotidien, chacun à sa manière?

Bonne lecture

Adeline Besson 

Un commentaire pour “La quête des origines (1)”

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