“Le laboratoire” une initiative ambitieuse
Publié le 23 octobre 2007 par adeline dans Expositions, actualitéNouveau lieu, nouveau concept mais vrai lieu d’expérimentation. Le laboratoire, c’est le nom de ce lieu à Paris juste en face du Ministère de la Culture. Le concept est ambitieux: à chaque fois deux expositions qui présentent deux manières de produire une interaction entre deux mondes en apparence éloignés. C’est-à-dire l’art et la science.
Vous me direz, ce n’est pas nouveau mais ici le parti pris est clairement annoncé.
Le premier est un échange entre un scientifique et un artiste: Fabrice Hyber (artiste français reconnu internationalement) + Robert Langer (travaille sur les cellules souches au Mit, Harvard). De cette collaboration naît une scénographie créée par Hyber regroupant plusieurs types de pièces (toiles, volumes, installations).
L’autre est un travail en commun entre un designer et un scientifique: Mathieu Lehanneur et David Edwards (lui-même fondateur du lieu et du concept et scientifique touche à tout).
La première expérience est clairement une manière de réinterroger un travail artistique au regard d’une démarche scientifique. Le point de départ était de travailler sur la transformation d’une cellule souche et de son développement. Pour reprendre l’explication de la plaquette, “une cellule souche a en elle le potentiel pour devenir n’importe quelle cellule active, cela en fonction de son environnement, des aliments qu’elle reçoit et des informations qui lui sont données.”
L’exposition ou plutôt la propre scénographie de l’artiste apparaît comme un joyeux capharnaüm mais le choix de Fabrice Hyber est plus que bienvenu. Car si le visiteur a du mal à se repérer dans le dédale des toiles, installations et autres volumes, la scénographie est à l’image de la pensée de l’artiste. Car ce que montre Hyber ce n’est pas une illustration de ce qu’il a pu apprendre, comprendre lors des différentes rencontres avec le scientifique mais la manière dont il a digéré par analogies, par métaphores une démarche scientifique qui a priori ne lui est pas familière.
Car contrairement à ce que l’on peut croire le processus scientifique n’est pas si éloigné du processus artistique puisque les deux utilisent l’analogie et autres modes de pensée que la rationalité elle-même. Bruno Latour l’a démontré dans deux ouvrages de référence.

Le médium le plus utilisé par Hyper est le dessin mais ce dessin est à la fois dessein, c’est-à-dire projet.
La deuxième expérience concrète est celle de Mathieu Lehanneur et David Edwards. Il s’agit de s’appuyer sur les observations scientifiques de la NASA. Suite à de nombreux vols spatiaux, les astronautes sont revenus avec un taux important de composés toxiques dans leur organisme. Ces toxiques sont produits par les matières plastiques, fibres de verre et autres matériaux isolants. Notre habitat est soumis à ces mêmes toxiques. Le film du designer montre que chaque objet respire/expire ces toxiques même plusieurs années après leur production. La NASA a identifié plusieurs plantes qui étaient capables d’absorber ces toxiques.
Le designer propose une grosse capsule qui renferme une de ses plantes. Le Bel-Air aspire et renvoie l’atmosphère d’un lieu afin de filtrer les toxiques. Un film très parlant montre les toxiques qui se dégagent de tous les objets d’une pièce de vie. Leur modélisation sur l’écran correspond à leur déplacement dans l’atmosphère (de la chaise en plastique au canapé).
Bref, deux expériences qui donnent à penser, à réfléchir non seulement sur notre quotidien mais aussi sur les deux processus scientifique et artistique.
Bonne exposition et pour aller plus loin consultez les interviews.
Adeline Besson


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