Le nu, l’homme (suite et fin)
Publié le 5 octobre 2006 par adeline dans docu TV
La série documentaire d’ARTE s’est achevée sur le nu masculin. Le réalisateur R.Bergmann réalise une boucle qui commence par le “DAVID” de MICHEL-ANGE (1501/1504) et se termine par une installation vidéo de Marie-Jo LAFONTAINE, intitulé “Les larmes d’acier” (1987). La thématique propose enfin une réflexion grâce à cette boucle. Le propos est étayé par deux autres oeuvres d’art, à savoir “L’Amour victorieux” du CARAVAGE (1601/1602) et de F. LERGER, “Nus dans la forêt” (1909/1910).
Le “DAVID” de MICHEL-ANGE est une sculpture de marbre commandée par la ville de Florence. L’oeuvre devient le symbole de la jeune République résistante. En effet, David est celui qui a vaincu Goliath, il a sauvé Israel de la destruction, c’est l’élu de Dieu, le prolongement de celui-ci se réalisant dans ce corps antique, maître étalon de l’art de cette période. Le héros devient alors canon de beauté.
“L’Amour victorieux” du CARAVAGE ne représente pas un homme mais le corps d’un adolescent. Le tableau est ambigu. Ce regard s’adresse-t-il au spectateur? Le sourire de ce jeune homme est embarrassé. Pourquoi des instruments de musique, en bas à gauche de la composition? Le réalisateur rappelle la réputation sulfureuse du CARAVAGE. Non seulement, le peintre ne cache pas sa préférence pour les jeunes éphèbes mais il fréquente les bas-fonds et ne rechigne pas à la bagarre, ce qui provoquera sa fuite et sa disgrâce de Rome. Cette même ville qui se considère comme l’héritière de la tradition antique qui veut que “le vérité et le sexe se [lient] dans la forme de la pédagogie, par la transmission, corps à corps, d’un savoir précieux; le sexe servait de support aux initiations de la connaissance.”( Histoire de la sexualité I de M. FOUCAULT) Mais voilà, les musiciens sont partis, l’amour a-t-il triomphé? La couronne est à terre, ses charmes ont-ils opérés? Le corps masculin devient support du désir au même titre que celui de la femme.
Le tableau de F. LEGER aborde le corps d’une autre manière. Pas de mortels ni de héros mais des titans qui défrichent une forêt pétrifiée. Les corps sont asexués, point d’érotisme mais une thématique récurrente chez l’artiste, à savoir l’homme au travail. Cet homme qui est en train de créer un espace où la civilisation pourra s’édifier. En effet, le peintre utilise le cubisme non pas comme PICASSO pour montrer des jeunes filles et des mandolines à cette même période mais utilise des formes cylindriques, des tubes , des barres. La civilisation devient mécanique. LEGER rend hommage, après la 1ère Guerre Mondiale à ses camarades de combat dans son tableau les “Fumeurs” . L’édification d’une société nouvelle se réalise grâce au travail. Le travail est une fête, les acrobates et les ouvriers participent à l’utopie de LEGER. Le corps devient le support de l’utopie.
L’installation vidéo de Marie-jo LAFONTAINE intitulé les “larmes d’acier” est une installation monumentale qui diffuse sur 27 moniteurs des images d’athlètes masculins qui souffrent, images presque voluptueuses sur la musique de “Norma” de Bellini, interprété par Maria Callas. Cette oeuvre est présentée à la grande manifestation de la Documenta 8 de Kassel. Les séances de musculation, loisir jouissif où l’effort physique devient presque érotique. Chez la vidéaste, la séduction, la beauté sont intimement liés à la violence et à la mort. “Las cinco de la tarde” (1984) en est un exemple. Le corps de l’athlète fait écho à celui du corps du DAVID renaissant. Mais voilà les héros deviennent des idiots bien bâtis, adorateurs fétichistes de leur propre musculature. Les 27 écrans affirment le plaisir solitaire du narcisse. Nous assistons au déclin du désir masculin dont le corps de la femme est l’origine.
Bonne lecture et pour autre interprétation du nu consultez le site d‘ARTE TV dans la rubrique archives.
Adeline Besson

Compteur
27 novembre 2006 à 12:22
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