Le nu ou l’innocence (suite)
Publié le 17 septembre 2006 par adeline dans docu TVSuite de notre documentaire télé sur arte , troisième volet dévolu à l’histoire de l’art du nu.
Le réalisateur pose la question de l’innocence à l’aide de quatre tableaux:
-“La Maja nue” et la “Maja vêtue” de F. GOYA (1797)
-“La Liberté guidant le peuple” d’E.DELACROIX (1830)
-”Les Demoiselles d’Avignon” de P.PICASSO (1907)
Malheureusement, le réalisateur Rudij Bergmann ne problématise pas vraiment le nu présent dans tous ces tableaux avec le thème de l’innocence, alors le spectateur reste un peu sur sa faim.
Dans le premier tableau, “La Maja nue” de GOYA, le nu féminin regarde le spectateur de manière insistante. Cette réprésentation qui paraît tout à fait innocente aujourd’hui est traquée par la censure espagnole. Celle-ci poursuit le peintre. Car GOYA prend de gros risques, outre la peine d’emprisonnement, la confiscation des biens, le peintre risque la mort. Il doit habiller la Maja. Pourtant, ce nu de femme n’est pas le premier à regarder le spectateur, LE TITIEN a employé le même dispositif dans la “La Vénus d’Urbino” mais voilà la jeune femme alanguie sur un lit, porte le nom de Vénus… En effet, la MAJA n’est plus une Vénus. S’agit-il de la Duchesse d’Albe qui fut un temps la maîtresse et le modèle du peintre ? Quelques dessins nous mettent sur la piste, une des esquisses, plus que suggestive, nous montre la duchesse tournée de dos, découvrant ses fesses nues au maître. Vers la fin du 18ème siècle GOYA devient premier peintre de la Cour d’Espagne. Cette liaison avec la Duchesse, presque officialisée par son portrait daté de 1795 où elle est représentée en femme émancipée et à ses pieds GOYA inscrit “sola goya”, ne dure pas. Les deux “MAJA” se retrouvent, un peu plus tard dans la collection du premier ministre de Charles IV, Manuel Godoy, nouvel amant de la Duchesse d’Albe. Goya a commencé à craqueler le vernis de l’hypocrisie en montrant une maîtresse, une femme comme les autres et non une vénus se cachant sous les traits de l’innocence. Après tout, les amours illégitimes étaient une norme à la Cour d’Espagne à cette époque. Le peintre ouvrait ainsi la voie à bon nombre d’artistes, comme “Olympia” de Manet.
“La Liberté guidant le peuple” de DELACROIX met en scène la Révolution de Juillet 1830. Si le spectateur a l’impression de voir un instantané ou un reportage, le peintre a parfaitement réparti les rôles, tant au niveau des personnages qu’au niveau de la composition du tableau. Le Parlement et le roi sont en conflit. Charles X veut imposer sa volonté par la force et il se fait assurer par le préfet que le peuple de Paris ne bougera pas. Mais la “Révolution de Juillet” éclate, DELACROIX représente la liberté sous les traits d’une simple concierge. Il n’y a plus de figures héroîques, le gamin, l’ouvrier, les déserteurs de la Garde Nationale s’élancent à travers les barricades vers le spectateur. Le profil de la jeune femme rappelle l’Antiquité. Le ruban qui lui soutient les seins flotte au vent et fait écho aux cheveux de la Vénus de BOTTICELLI . Le couple Liberté/Gavroche se rapprochant du mythe romain de Vénus et Cupidon. Même DELACROIX s’invite dans son propre tableau. Mais bientôt, les cadavres , comme dans le “Dante et Virgile” du même peintre, viennent clore la composition et annoncer la prochaine Révolution, celle de 1848. Si la “Liberté” se fait déesse, emprunte d’érotisme, elle se gagne au prix de la mort. Le nu a perdu son innocence sur les barricades mais a conquis son indépendance en tant que symbole.
Dans “Les Demoiselles d’Avignon”, PICASSO veut conquérir un nouveau monde. Il faut clore les périodes bleue et rose. Les figures au nombre de cinq apparaissent comme sculptées au burin. Pas de débauche de couleurs, les dessins préparatoires indiquent deux autres personnages masculins : un étudiant et un matelot . Les femmes de ce bordel de Barcelone situé rue d’Avignon, se présentent sous des formes archaîques, nées de la fascination qu’a PICASSO pour les formes dites primitives. Certains visages renvoient à des masques africains. Ces cultures en provenance des colonies françaises permettent au peintre de prendre ses distances face à un monde qui a perdu ses origines. L’artiste va faire renaître un autre monde. En bas, au milieu des cinq personnages féminins, PICASSO place une coupe de fruits, symbole du plaisir éphémère. Le réalisateur fait une longue digression sur la syphilis de PICASSO, fait qui n’apporte pas vraiment à l’explication du nu. Il compare ce tableau à “La Joie de vivre ” de Matisse qui serait le pendant apaisé des “Demoiselles d’Avignon”.
PICASSO fait clairement appel au nu, sujet classique dans la peinture pour détruire un monde ancien et reconstruire un autre proche d’une culture primitive. Mais si le sujet a perdu son innocence dans le registre des formes archaïsantes, il a regagné celle-ci dans une quête des origines perdues.
Bonnes lectures
Adeline Besson




Compteur
27 novembre 2006 à 12:20
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