Les peintres de la vie moderne (2)
12 11 2006Suite à l’expostion du même nom ( se reporter à l’article 1 ), j’ai découvert la dernière série de l’artiste MAC ADAMS.
L’artiste fabrique littéralement des ombres avec les moyens du bord. En l’occurence dans Predator, il utilise aussi bien une botte de paille, des fruits que la table en verre du salon. Mais ce qui est réllement intéressant, c’est qu’il montre le dispositif, à savoir la réunion de ce bricolage avec l’ombre produite par l’intermédiaire de la photographie.
Ce qui en résulte est un décalage entre les outils qui ont servi à réaliser l’ombre qui est souvent une représentation clairement identifiable. Du coup, loin d’être un simple jeu optique l’ambivalence entre ce qui est représenté (l’ombre) et la présentation des outils pour la fabriquer devient la source de multiples interprétations.
Dans la deuxième photographie le chandelier et les fleurs semblent être dressés de manière solennelle sur la table alors qu’ils produisent eux-mêmes l’ombre d’un chien endormi. Nous sommes un peu dans La Caverne de Platon: il faut se méfier des déductions hâtives. Dans ce sens, Adams nous questionne sur notre propre perception et notre rapport à la réalité par la fabrication de l’ombre.
Cette même ombre que l’on retrouve dans l’histoire de l’Antiquité et qui trouve des permanences dans l’histoire de l’art du XVIIIème siècle. En effet, Le mythe de la peinture formulé par Pline dans Histoire Naturelle (livre XXXV) s’appuie sur l’ombre:
« En utilisant lui aussi la terre, le potier Butadès de Sicyone découvrit le premier l’art de modeler des portraits en argile; cela se passait à Corinthe et il dut son invention à sa fille, qui était amoureuse d’un jeune homme; celui-ci partant pour l’étranger, elle entoura d’une ligne l’ombre de son visage projetée sur le mur par la lumière d’une lanterne (…) »
Charles Perrault s’en empare au XVIIème siècle dans son poème La peinture. Celui-ci transforme la fille du potier de Corinthe en bergère de l’île de Paphos:
« Sur la face du mur marqué de cette trace,
Chacun du beau berger connut l’air et la grâce,
Et l’effet merveilleux de cet événement
Fut d’un art si divin l’heureux commencement. »
L’ombre chez les deux auteurs est assimilée à la réalité. Le portrait ainsi fabriqué, presque de façon magique va remplacer l’amant parti au loin. Mais si Adams se sert consciemment ou non de l’histoire de l’art, notamment dans la scupture La mort de Marat en référence au tableau de David. Il n’utilise pas l’histoire de l’art comme point d’appui mais l’histoire de nos perceptions et en proposant une image inattendue à l’aide d’objets appartenant plus à la nature morte qu’au portrait.
De la même manière, Cindy Sherman ou Joachim Mogarra utilisent l’histoire de notre perception en allant piocher dans l’histoire de l’art, le photo-journalisme … Mais si les Grecs utilisaient le mythe pour résoudre les contradictions inhérentes au réel, les artistes contemporains tentent de les concilier en démontant et en montrant les dispositifs qui mènent à la fabrication des différentes images qu’elles soient médiatiques, sociales ou historiques. Dans les deux cas, à deux périodes différentes, il s’agit de penser en même temps l’ambivalence des images et les multiples interprétations qui en découlent. Du coup, un dispositif simple comme chez Adams est autrement plus complexe qu’il n’y paraît.
Bonne lecture,
Adeline Besson



Compteur
[...] Lire cet article sur le blog VitamineArt [...]
oui je me rappelle bien des photos de Mac Adams, tout à fait délicieuses c’est vrai