Petite leçon de portrait avec Daniel Richter

Publié le 27 septembre 2007 par adeline dans Réflexions, actualité

Peinture de Richter Peinture de Richter

La superstar de la peinture allemande s’est rendue sur le parvis du Centre Pompidou pour tirer le portrait à quelques touristes de passage. Pour situer un peu la carrière de l’artiste qui a commencé la peinture à tout juste trente ans, il s’agit de rappeler qu’un de ses dessins peut être vendu au minimum à 6500 euros. Et qu’il est considéré comme l’un des peintres allemands les plus doués de sa génération avec Neo Raush.

Peinture de Néo Raush

Mais alors qu’est-ce qui peut pousser l’artiste à entreprendre ce genre de démarche ? S’agit-il de parasiter le marché de l’art en vendant ses portraits à 5 euros? Ou est-ce une performance de l’artiste ? Ou encore une manière de se confronter au quotidien de ses dessinateurs de portraits qui officient sur le parvis ?

Ces questions en appellent une autre plus fondamentale: qu’est-ce que cela veut dire que se faire tirer le portrait au XXIème siècle ?

Le peintre n’a pas reçu de formation classique en ce qui concerne le portrait. De plus, ses peintures n’utilisent pas la ressemblance au modèle. Richter ne sait pas comment s’y prendre: faut-il imiter le modèle ou tirer parti de celui-ci afin qu’il ne serve pas au modèle mais bien au dessin lui-même. Le dilemme résume assez bien la période prémoderne comme l’appelle Peter Richter dans son article paru dans le grand quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le portrait qui était en vogue au XVIIIème perd ses lettres de noblesse au XIXème siècle. Du coup la position du Richter sur la parvis de Pompidou est plus proche du XVIIIème siècle: la valeur de l’artiste se mesure au degré de ressemblance par rapport au modèle. D’autres critères jouent : certains se méfient de la vitesse d’exécution de Richter…

Pour résumer ce qui se passe sur la parvis: Peter Richter dit: “Les touristes qui se confient au Taiwanais Chuang ressemblent à Penelope Cruz, ceux qui se laissent caricaturer par Said finissent, avec un peu de chance, par ressembler à Dominique de Villepin. Quant aux modèles de Martinus, originaire du Massif Central, ils ont généralement l’air d’avoir un peu trop bu ou de se regarder dans une glace déformante.”

Le genre du portrait est devenu désuet à l’heure de la photographie numérique, il n’y a plus que Lucian Freud pour scruter la ressemblance de ses modèles ou il n’existe plus comme genre ou seulement comme démarche ironique.

Bonne Lecture,

Adeline Besson

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