Pinoncelli, vandalisme ou iconoclasme ?

Publié le 9 février 2007 par adeline dans Analyse d'image, Réflexions

l'urinoir de DuchampEn 1917 Marcel Duchamp présente un urinoir pour une exposition à New York. Refusé. Trois jours plus tard la galerie 291 du photographe Alfred Stieglitz l’accepte, et il trône aujourd’hui au Centre Pompidou. Un artiste, Pierre Pinoncelli, après avoir uriné dedans en 1993, a été condamné pour l’avoir ébréché avec un marteau en 2006.

Je ne ferais pas l’historique des différentes étapes des interventions de l’artiste mais j’analyserai plutôt les questions qu’elles posent. En effet, le dernier procès le condamne à trois mois de prison ferme et à une amende moins importante que prévue, le Centre Pompidou parle de vandalisme puisque l’artiste s’est attaqué à l’urinoir de Duchamp exposé au Musée le 4 janvier 2006. Le terme de vandalisme utilisé par le Musée permet de penser qu’on ne peut pas analyser l’action de Pinoncelli. Car de fait le terme classe l’intervention du côté de la morale et donc clôt le débat. Car il y a bien débat car au delà de l’aspect moral de l’affaire, il s’agit de comprendre pourquoi cela gêne l’institution et par extension le public.

Lorsque l’artiste urine en 1993 sur Fountain (1917), il remet en cause cet objet trivial devenu sculpture sur un socle et exposé dans un musée qui par cette action l’objet d’art redevient simple urinoir. Ou récemment encore lorsqu’il donne un coup de marteau , il casse cet objet devenu art avec tout ce que cela implique, à savoir un prix sur le marché n’ayant plus grand chose avoir avec le processus de création qui présidait lors de l’exposition de La Society of Independant Artists. Celle-ci fut organisée sur la base de “No jury, no prizes”. Duchamp voulu tester le principe et se rend chez un grand fournisseur de plomberie à New York et achète un urinoir. Fountain est refusé ” aux raisons que l’objet est “obscène, indécent, n’est pas une oeuvre originale, n’est pas de l’art”.

Le processus est enclenché, si l’artiste peut utiliser des objets manufacturés qu’il n’a pas créé de ses propres mains, qu’est-ce qui est de l’art? Est-ce que l’art peut se réduire à un objet? C’est ce que Pinoncelli interroge à travers ses actes. Fountain au fond est devenu avec le temps, l’institution, l’assimilation culturelle, un objet sacré qui n’interroge plus le visiteur. Il est entré au Musée, lieu de la sacralisation par excellence. Pinoncelli devient alors un iconoclaste, celui qui s’oppose à l’adoration et au culte des images saintes. Celles-ci sont aujourd’hui les images , le culte dévolu à l’ART qu’il ne faut plus toucher, contester.

Bonne lecture, voir l’article de Libération du10 février et du Monde
Adeline Besson

Un commentaire pour “Pinoncelli, vandalisme ou iconoclasme ?”

  1. The Art Pack dit :

    Un sujet video sur Pierre Pinoncelli:
    http://www.dailymotion.com/video/x5balu_the-art-pack-m-pinoncelli-et-lurino_creation

Laisser un commentaire

kuda