“Présumés innocents”
Publié le 21 décembre 2006 par adeline dans Expositions, Réflexions
Non le titre ne renvoie pas à une instruction mais au titre d’une exposition d’art contemporain du CAPC de Bordeaux, qui a eu lieu en 2000. Près d’un mois après la fermeture de l’exposition, une association agenaise, La Mouette, de protection de l’enfance porte plainte contre les organisateurs, les artistes et les organismes prêteurs, à savoir le Centre Pompidou, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, les Fonds national et régionaux d’art contemporain ainsi que plusieurs grands musées étrangers. Il y a un mois, le magistrat instruisant l’affaire mettait en examen Monsieur Cousseau alors ancien directeur du CAPC au motif “diffusion d’images à caractère pédopornographique” et “corruption de mineurs par exposition de documents portant atteinte à la dignité des enfants”. Mardi 19 décembre, les commissaires de l’exposition ont été mis en examen pour les mêmes motifs.
L’exposition avait pour but de faire un bilan des rapports que l’art avait entretenu avec l’enfance. Les deux commissaires ont décrit les oeuvres incriminées, qui ne pouvaient pas être suspectées de lien avec la “pédopornographie”. Les oeuvres de Nan Goldin (américaine), d’Ugo Rondione (suisse), de Elke Krystufef (autrichienne) sont exposées dans les plus grands centres d’art et ne posent aucun problème sauf à Bordeaux. D’ailleurs à l’époque, le maire de Bordeaux, Alain Juppé qui avait financé l’exposition, refusa d’être présent à l’inauguration.

Ces mises en examen plus de 6 ans après cette plainte posent la question non seulement d’un retour de la question de l’éthique et de la morale dans le débat de l’art contemporain mais aussi du financement des expositions qui ne plaisent pas toujours à tout le monde parce que posant des questions parfois délicates. Après la grande foire à la démocratisation de l’art dans les années 80, nous assistons à un retour de l’éthique, à savoir nous voulons nous contribuables, bien payer pour l’art contemporain mais pas celui qui nous déplaint ou qui nous dérange. Ce même débat a refait surface lors du Festival d’Avignon confié à l’artiste belge Jan Fabre qui provoqua la polémique parce qu’il montrait un peu trop ses obessesions et ses autres délires sur scène. Si les uns (contribuables, politiques) et les autres (associations, lobbys) suppriment ce qui les dérangent, qu’est-ce qui nous reste pour réfléchir, faire de la poésie, espérer? Le divertissement, l’abrutissement avec des sentiments pré-fabriqués….bref une liberté sous surveillance!
Pour plus d’informations, lire l’article d’Edouard Launet sur Libération.fr.
Bonne lecture, Adeline Besson.
Compteur
5 février 2007 à 10:23
Bonjour,
je n’ai pas vu l’expo, mais au vu des artiste présentés et des témoignages lus sur le net je ne doute pas un instant du coté morbide et peu intéressant de cette exposition. Depuis longtemps l’art contemporain subventionné s’est enfermé dans une bouillabaisse morbide qui ne prend jamais position. Non, l’art contemporain ne dénonce rien, il “intérroge” selon l’expression consacrée. Est-il pour ou contre la pédophilie? Non, il interroge. Les prêtres de cette nouvelle église ne font qu’interroger et “investir l’espace” selon l’autre formule non moins consacrée. En tant qu’artiste je me méfie autant des censeurs que de cet art officiel qui a cette prétention de vouloir apprendre à penser aux artistes. “Art officiel”: N’y a t’il pas un paradoxe dans ce terme?
Je vous invite à visiter mon site: ou je me fais un devoir de faire réfléchir sur un art institutionnel devenu creux et totalement non représentatif de la réalité des plasticiens.
Jean-Christophe Rabiller, artiste.
7 février 2007 à 12:09
Très bonne expo pourtant, de celles qui manquent cruellement en france depuis quelques années.
Non seulement dommage de se retrouver face à un obscurantisme aussi étriqué (socialement parlant), mais en plus de mauvais augure pour l’état de l’art (devenu art d’état ?) en france.
Pour une fois qu’une expo sortait des clichés..
Pareil pour les perspectives d’avenir laissées aux jeunes artistes.
Si Goldin, Krystufek et Rondinone se font épingler voire perquisitionner, alors les illustres inconnus du marché de l’art…
Regrettable, donc, que l’une des expos les plus dynamiques, riches, fournies et denses, ayant eu lieu depuis ces… 5 ? 10 ? 12 ? dernières années, soit traduite en justice pour pédopornographie, alors que concrètement parlant, il suffit d’avoir un peu de fric et de relations pour pouvoir pratiquer la pédophilie sans risquer jamais d’être inquiété par la justice française.
Mais c’est un autre débat.
Cela dit, cet evenement pose la question très intéressante de :
Mais comment on a fait pour en arriver à ce que les propos d’artistes soient pris au premier degré, que la lecture d’une exposition puisse être aussi frontale, sans le moindre recul ni la moindre capacité à lire à travers les codes de représentation ??
En attendant une réponse, on ira voir des expos intelligentes chez nos voisins européens, ou ailleurs, en esperant le degel, et on se contentera de rire (jaune) sur les affiches d’une énième rétrospective Tintin et Milou à Pompidou, qui, quant à elle, ne rique pas de susciter de grosses difficultés de compréhension (même si c’est Clement Rosset le curateur).
Après tout c’est un parti pris pour l’art contemporain : “alors chérie, ce weekend, on emmène les enfants à Disneyland ou à Pompidou ?”
Ahhhh que je rieuh de me voireuh si belleuh en ce miroireuh…
7 mars 2007 à 6:38
comment porter un jugement sur une expo dont je n’arrive pas a trouver le contenu
pouvez vous me dire ou trouver des images de l’expo que je me fasse ma propre oinion
9 mars 2007 à 7:37
Pour l’exposition, il faut prendre appui sur le catalogue mais je rappelle qu’une exposition c’est aussi une scénographie particulière ce que l’association “La mouette” n’a pas tout à fait compris puisqu’on ne peut isoler des images sorties de leur contexte.
Adeline Besson
1 juin 2007 à 9:36
Colère mal digérée, mal dirigée.
Je « retire » ce que j’ai écrit plus haut, à propos du Centre Pompidou.
Réaction stupide de ma part.
Ca sert à rien de tirer sur une ambulance.