Quand la démarche fait corps avec le sujet
Publié le 22 octobre 2007 par adeline dans Analyse d'image, Réflexions
Voici une partie de la série de Claude Monet sur la Cathédrale de Rouen de 1892 à 1894. Le Salon de 1859 coincide avec la disparition progressive du sujet puisque le sujet n’est plus “optiquement restitué”. Il est littéralement effacé mais toujours présent au profit d’un processus créatif plus visible. Les artistes se tournent vers la fabrication de l’image et moins vers le sujet. La grande découverte chez Monet notamment c’est le refus de la “couleur locale”. On considérait à l’époque que chaque objet matériel était doté d’une couleur avec qelques variations. Mais dans le tableau“Impression, soleil levant” de 1872, le peintre montre que chaque chose brille et reçoit de la lumière et donc des couleurs qui changent tous le temps. De plus les lignes de contours sont supprimées, il n’est plus question d’ isoler la forme de ce qu’il l’entoure tant la peinture est complexe. Mais ce qui est vraiment nouveau c’est non seulement de peintre le sujet à toutes les heures de la journée et donc d’introduire par la série la dimension du temps dans l’ espace en deux dimensions. Cette démarche apparaît dans la série des “Meules”. L’obsession du sujet, répété à l’infini permet à l’artiste de travailler le processus créatif.
Ce qui fait dire à Monet que nous n’apprécions pas la réalité en soi mais l’instant unique, une immersion au coeur des sensations. La contemplation statique basée sur un point de vue unique n’est plus il faut se déplacer, s’éloigner, se rapprocher vers la série.

Autre époque, autre démarche, le fameux Andy Warhol utilise la série dans “les disasters”. Green car crash de 1963 n’est plus fait à la main. Le peintre se sert des moyens de son époque. La sérigraphie est utilisée pour la publicité et reprise par Warhol qui est lui-même un ancien dessinateur publicitaire. Ce procédé mécanique permet d’utiliser la photographie. Mais surtout il met à mal la notion d’original par sa manière de travailler et de reproduire mécaniquement des photographies qui n’appartiennent pas à l’auteur lui-même. L’artiste reporte par la sérigraphie ces images sur la toile lui conférent un statut artistique. Ces productions de masse de l’ère industrielle ont rejoint le monde l’art dans les galeries et les musées. Le principe du “ready-made” de Duchamp est réutilisé avec ces nouvelles images issues de la culture de masse. Ces images stéréotypées, décontextualisées deviennent la métaphore d’une société qui à force d’images de toutes sortes, banalise les faits. Les sérigraphies à force d’être répétées, disparaissent et sont brouillées. Le sujet s’efface au profit d’une démarche qui sappe le concept de l’originalité et du génie du XIX° siècle, seul sur sa montagne. La démarche remet en cause le concept même d’art.
Dans les deux démarches il ne s’agit pas simplement de regarder le sujet mais de le questionner au regard de l’ensemble. Le sujet n’est pas seulement considéré comme l’illustration d’un propos mais il est travaillé de manière quasi-obsessionnelle (en série) pour aboutir à des questions qui dépassent l’art lui-même. Dans l’oeuvre de Monet c’est le temps qui apparaît en filigrane et dans Warhol ce sont les mécanismes de la société médiatique et consumériste.
En d’autres termes, le style ne se résume pas au sujet représenté mais à la démarche. Le processus de la série détermine chez les deux artistes une démarche singulière avec leur contexte social.
La série peut être utilisée pour faire comprendre le principe de la démarche artistique notamment dès la classe de troisième.
Bonne lecture,
Adeline Besson

Compteur
22 novembre 2007 à 9:01
[...] Flavin pour les tubes fluorescents qui éclairent les vitrines. Andy Warhol pour la notion de répétition. Joseph Cornell pour avoir enfermé des animaux morts. Jannis [...]