Quand le musée devient une oeuvre

J’ai dĂ©couvert un artiste amĂ©ricain, Fred Wilson, qui est très peu connu en France mais qui a pourtant beaucoup de choses Ă  nous dire.

“The Mining Museum” en 1993, est une exposition temporaire, nĂ©e de la rencontre entre les responsables d’un musĂ©e d’art contemporain “The Contemporary” et de la très classique institution “The Marineland American Society” Ă  Baltimore. Le conservateur de ce dernier musĂ©e voulait dĂ©poussiĂ©rer son musĂ©e et s’adresser Ă  un public plus reprĂ©sentatif de la population de Baltimore. Et on lui conseille d’inviter l’artiste afro-amĂ©ricain, Fred Wilson.

Le conservateur du MusĂ©e lui donne carte blanche en sachant que l’artiste a dĂ©jĂ  sĂ©vi puisqu’il a prĂ©sentĂ© une autre exposition dans sa galerie “Rooms with a view” Ă  la fin des annĂ©es 80. Il prĂ©sentait alors des objets d’art primitif avec des productions d’artistes africains contemporains dans trois contextes diffĂ©rents: une galerie contemporaine, un musĂ©e dethnographie et un salon victorien. L’exposition montrait beaucoup d’ ambiguitĂ©s. A tel point que les galeristes n’avaient pas reconnu les productions contemporaines dans l’espace dĂ©volu au musĂ©e d’ethnographie. Car souvent, les cartels de ces musĂ©es sont assez vagues et les artistes restent anonymes.

Le conservateur du musĂ©e historique de Baltimore donne carte blanche Ă  l’artiste et lui demande de faire une exposition Ă  partir de la collection du musĂ©e.

Salle d'exposition

Le conservateur n’allait pas ĂŞtre déçu, l’artiste fouille dans les rĂ©serves du musĂ©e, fait travailler une centaine de personnes et notamment des historiens. L’une des salles montre des effigies indiennes qui annoncent les marchands de tabac mais elles sont tournĂ©es vers les murs de la salle. Ces figures qui n’ont pas grand-chose Ă  voir avec la communautĂ© indienne sont mis en face d’une carte de Baltimore oĂą Ă©tait situĂ©e les anciennes rĂ©serves indiennes de la rĂ©gion. A cĂ´tĂ©, des photographies en noir et blanc sont accrochĂ©es elles aussi en vis Ă  vis. Elles montrent des images de la communautĂ© indienne actuelle ( portraits du quotidien).

L’image de l’indien idĂ©alisĂ© fait face aux images d’une communautĂ© qui a Ă©tĂ© oubliĂ©e, et par l’histoire et par les habitants eux-mĂŞmes. Wilson a demandĂ© au personnel du musĂ©e si il y avait des indiens Ă  Baltimore et ceux-ci semblaient avoir oubliĂ© que les indiens existaient encore Ă  Baltimore.

Première salle d'exposition

Pour le première salle, l’artiste trouva un trophĂ©e, une sorte de coupe que l’on offrait dans les annĂ©es 20 au nom de “la vĂ©ritĂ© en publicitĂ©” (si, si, c’est le slogan). La coupe arbore le mot “truth” plaquĂ© or. Celle-ci est entourĂ©e de socles en plexiglas qui ne soutiennent aucun objet. Le cartel indique l’anonymat du socle. Puis de chaque cĂ´tĂ© de la “vĂ©ritĂ©”, trois socles noirs vides et trois socles blancs avec des bustes sont disposĂ©s dans la salle. L’allusion est facile Ă  comprendre mais Wilson s’est bien servi de la collection du musĂ©e. D’un cĂ´tĂ©, des bustes notamment celui de Bonaparte qui n’a rien Ă  voir avec l’histoire de Baltimore et de l’autre, de simples cartels identifiant des hommes et des femmes noirs qui ont une importance dans l’histoire de Baltimore. Le pionnier du Jazz, Eubie Blake par exemple.

Bien d’autres salles de l’exposition mettent en scène l’oubli d’objets dans les rĂ©serves, soit parce qu’ils sont passĂ©s sous silence car pas politiquement correct pour une population a dominante blanche qui veut oublier son passĂ© esclavagiste ou bien parce que certains objets abĂ®mĂ©s sont relĂ©guĂ©s dans les rĂ©serves car pas assez esthĂ©tiques. L’artiste ne fait pas de hiĂ©rarchie entre les objets mais part de l’objet pour montrer les petits secrets de Baltimore. Les hommes noirs placĂ©s Ă  la pĂ©riphĂ©rie des tableaux du XVIIIème siècle sont mis en lumière par Wilson.

Le musĂ©e devient oeuvre par la vision personnelle de Fred Wilson car l’artiste prĂ©vient au dĂ©but de l’exposition que la vĂ©ritĂ© est contestable. Ou plutĂ´t, c’est la collection avec sa classification et ses objets qui permet de faire oeuvre.

A bientĂ´t,

Adeline Besson

Commentaires (1)

MY Artsth janvier 2008 at 3:14

Merci de nous avoir fait découvrir Fred Wilson!

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kecoa

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