Une tĂȘte maorie fait parler d’elle

Image de la tĂȘte Maori

La France a dĂ©cidĂ© de ne pas rendre la tĂȘte maorie conservĂ©e au MusĂ©e de Rouen. Suite Ă  la dĂ©cision du tribunal administratif, le ministĂšre de la culture a bloquĂ© le transfert de la tĂȘte tatouĂ©e, offerte en 1875 au MusĂ©e d’Histoire Naturelle de Rouen par un collectionneur français. Le New Zealand Herald s’allarme de cette dĂ©cision, considĂ©rant l’objet comme un reste humain (donc liĂ© au sacrĂ©) et non comme une oeuvre d’art (voir l’article dans le Courrier International du 07 janvier 2008).

Oeuvre d’art ou reste humain? Le sujet est plus complexe que la polĂ©mique soulevĂ©e par le journal. Il correspond Ă  deux visions diffĂ©rentes du musĂ©e. Ces deux visions seraient une vision française et une autre anglo-saxonne comme le Canada, l’Australie et bien sĂ»r, La Nouvelle ZĂ©lande. Autrement dit, d’un cĂŽtĂ© il y aurait le MusĂ©e du Quai Branly Ă  Paris, et de l’autre le MusĂ©e de Te Papa Tongarera en Nouvelle- ZĂ©lande.

La premiĂšre conception - celle du Quai Branly - valorise l’esthĂ©tique de l’objet qui devient chef-d’oeuvre au mĂȘme titre que les chefs-d’oeuvre du Louvre. La deuxiĂšme conception - celle du Te Papa Tongarera - existe dans les anciennes colonies anglo-saxonnes ; ces “musĂ©es ont Ă©tĂ© amenĂ©s Ă  Ă©laborer des protocles pour l’exposition des objets” (propos de Brigitte Derlon, anthropologue), considĂ©rant que respecter la tĂȘte maorie est rendre sa dignitĂ© au peuple maori. Ces musĂ©es sont le fruit d’une politique restituant la culture des peuples autochtones.

Ces deux conceptions sont intĂ©ressantes et Ă  dĂ©couvrir, mais ce qui me semble grave est que le visiteur ne sait pas toujours que le contenu de ces musĂ©es fait le grand Ă©cart entre rĂ©cupĂ©ration politique et construction occidentale du chef-d’oeuvre.

Je reprendrai les propos d’Andras Zempleni, africaniste qui a conclu lors des rencontres inaugurales du Quai Branly que” c’est avant tout pour les gens qui fabriquent les objets qu’il faut avoir du respect, et pas pour les objets en eux-mĂȘmes.” On sait que lors des cĂ©rĂ©monies malangans en Nouvelle Irlande par exemple, les objets sont construits en l’honneur d’un mort, offerts symboliquement, considĂ©rĂ©s Ă  ce moment-lĂ  comme “beaux”, puis normalement dĂ©truits. Lorsqu’ils ne le sont pas, ils sont considĂ©rĂ©s comme sources d’Ă©change avec les occidentaux.

En d’autres termes, la culture occidentale s’est essentiellement construite sur des objets matĂ©riels qui ont changĂ© de fonction entre leur crĂ©ation, leur usage et leur exposition. Les enjeux d’aujourd’hui sont identitaires et politiques.

A méditer,

A bientĂŽt,

Adeline Besson

Commentaires (2)

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Hina Nui Roomataaroath février 2008 at 1:35

Je trouve inadmissible que la France s’octroie le droit de garder, au nom de l’art ou de la conservation d’un patrimoine ou au nom de tout ce que vous voulez, ce mokomoko (tĂȘte maori). Au-delĂ  du fait que les Anglo-saxon la considĂšrent comme sacrĂ©e du fait qu’il s’agisse d’un reste humain (tiens, c’est nouveau ça chez les anglo-saxon!) ou que les Français la considĂšre comme un objet d’art, il y a une chose que ces deux colonisateurs semblent avoir omis dans leur dĂ©bat sur la question: et les maoris, qu’est-ce qu’ils en pensent?
aujourd’hui, la Nouvelle-ZĂ©lande comme d’autres Ăźles de la grande PolynĂ©sie (je pense au triangle PolynĂ©sien) possĂšdent des musĂ©es aux normes de conservation identiques Ă  l’Europe, pourquoi ne pourrions nous pas rĂ©cupĂ©rer les objets (que vous appelez dĂ©sormais objet d’art, mais ceci est une notion occidentale) de notre patrimoine culturel? je dis “nous” car je suis PolynĂ©sienne et j’assiste depuis trop longtemps Ă  un pillage culturel de mon patrimoine par des occidentaux (français, amĂ©ricains)! et nous restons impuissants!
savez-vous seulement ce que vous volez au peuple maori ou maohi? ça ne vous a pas suffit de coloniser nos terres, il faut aussi que vous soyez propriĂ©taire de nos valeurs?c’est bien lĂ  votre erreur, car vous garder les objets et pour vous ils resteront des objets, vous pourrez faire toutes les Ă©tudes que vous voulez Ă  leur sujet, vous ne pourrez jamais, jamais les voir autrement que des objets, vous ne pourrez pas en connaĂźtre ni en savourer la valeur! alors Ă  quoi bon les garder!

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