Une tête maorie fait parler d’elle
Publié le 9 janvier 2008 par adeline dans actualité, musées
La France a décidé de ne pas rendre la tête maorie conservée au Musée de Rouen. Suite à la décision du tribunal administratif, le ministère de la culture a bloqué le transfert de la tête tatouée, offerte en 1875 au Musée d’Histoire Naturelle de Rouen par un collectionneur français. Le New Zealand Herald s’allarme de cette décision, considérant l’objet comme un reste humain (donc lié au sacré) et non comme une oeuvre d’art (voir l’article dans le Courrier International du 07 janvier 2008).
Oeuvre d’art ou reste humain? Le sujet est plus complexe que la polémique soulevée par le journal. Il correspond à deux visions différentes du musée. Ces deux visions seraient une vision française et une autre anglo-saxonne comme le Canada, l’Australie et bien sûr, La Nouvelle Zélande. Autrement dit, d’un côté il y aurait le Musée du Quai Branly à Paris, et de l’autre le Musée de Te Papa Tongarera en Nouvelle- Zélande.
La première conception - celle du Quai Branly - valorise l’esthétique de l’objet qui devient chef-d’oeuvre au même titre que les chefs-d’oeuvre du Louvre. La deuxième conception - celle du Te Papa Tongarera - existe dans les anciennes colonies anglo-saxonnes ; ces “musées ont été amenés à élaborer des protocles pour l’exposition des objets” (propos de Brigitte Derlon, anthropologue), considérant que respecter la tête maorie est rendre sa dignité au peuple maori. Ces musées sont le fruit d’une politique restituant la culture des peuples autochtones.
Ces deux conceptions sont intéressantes et à découvrir, mais ce qui me semble grave est que le visiteur ne sait pas toujours que le contenu de ces musées fait le grand écart entre récupération politique et construction occidentale du chef-d’oeuvre.
Je reprendrai les propos d’Andras Zempleni, africaniste qui a conclu lors des rencontres inaugurales du Quai Branly que” c’est avant tout pour les gens qui fabriquent les objets qu’il faut avoir du respect, et pas pour les objets en eux-mêmes.” On sait que lors des cérémonies malangans en Nouvelle Irlande par exemple, les objets sont construits en l’honneur d’un mort, offerts symboliquement, considérés à ce moment-là comme “beaux”, puis normalement détruits. Lorsqu’ils ne le sont pas, ils sont considérés comme sources d’échange avec les occidentaux.
En d’autres termes, la culture occidentale s’est essentiellement construite sur des objets matériels qui ont changé de fonction entre leur création, leur usage et leur exposition. Les enjeux d’aujourd’hui sont identitaires et politiques.
A méditer,
A bientôt,
Adeline Besson

Compteur
9 janvier 2008 Ã 4:00
[...] vitamineart placed an observative post today on Une tête maorie fait parler d’elleHere’s a quick excerpt [...]
15 février 2008 à 1:35
Je trouve inadmissible que la France s’octroie le droit de garder, au nom de l’art ou de la conservation d’un patrimoine ou au nom de tout ce que vous voulez, ce mokomoko (tête maori). Au-delà du fait que les Anglo-saxon la considèrent comme sacrée du fait qu’il s’agisse d’un reste humain (tiens, c’est nouveau ça chez les anglo-saxon!) ou que les Français la considère comme un objet d’art, il y a une chose que ces deux colonisateurs semblent avoir omis dans leur débat sur la question: et les maoris, qu’est-ce qu’ils en pensent?
aujourd’hui, la Nouvelle-Zélande comme d’autres îles de la grande Polynésie (je pense au triangle Polynésien) possèdent des musées aux normes de conservation identiques à l’Europe, pourquoi ne pourrions nous pas récupérer les objets (que vous appelez désormais objet d’art, mais ceci est une notion occidentale) de notre patrimoine culturel? je dis “nous” car je suis Polynésienne et j’assiste depuis trop longtemps à un pillage culturel de mon patrimoine par des occidentaux (français, américains)! et nous restons impuissants!
savez-vous seulement ce que vous volez au peuple maori ou maohi? ça ne vous a pas suffit de coloniser nos terres, il faut aussi que vous soyez propriétaire de nos valeurs?c’est bien là votre erreur, car vous garder les objets et pour vous ils resteront des objets, vous pourrez faire toutes les études que vous voulez à leur sujet, vous ne pourrez jamais, jamais les voir autrement que des objets, vous ne pourrez pas en connaître ni en savourer la valeur! alors à quoi bon les garder!