Ecorchée, Adèle Hartley

25 08 2008

Pendant les vacances, plusieurs lectures ; lectures plaisir et lectures professionnelles, certaines naviguant aux frontières des genres.

En premier lieu, un polar, Ecorchée, d’Adèle Hartley, que j’ai emporté sur la plage, puis dès la fin du 1er chapitre, abandonné. Trop noir, trop atroce, trop… pour une fin d’année épuisante.

D’emblée, le lecteur plonge dans une scène de crime atroce, assiste à une débauche d’actes de barbarie, détaillés par l’auteur avec une complaisance malsaine.

Le ton est donné : il faut avoir le cœur bien accroché pour poursuivre.

Deuxième essai.

2ème chapitre, deuxième instance narrative.

Avec le changement de narrateur, l’atmosphère s’allège : je rentre enfin dans l’histoire, récits parallèles, celui d’un psychopathe obsédé par la recherche d’une âme sœur, et de l’amitié de deux jeunes filles, dont l’une sera la proie du monstre, il est facile de le deviner.

Car les ficelles sont évidentes et la trame, légère.

L’auteur semble hésiter constamment entre le roman d’éducation, le thriller psychologique et le polar noir. Pour s’être trop attachée au caractère des personnages et à l’évocation de leur passé, Adèle Hartley a manqué l’objectif du suspense et de l’horreur. Des débordements et crises d’angoisse de Cassie aux agissements odieux du tueur, tout est prévisible.

Quant à la longue narration de l’enfance des trois personnages principaux, elle paraît accessoire en définitive, puisqu’elle ne trouve pas sa justification dans la chute, rapide et plate, qui laisse en bouche un goût d’inachevé en abandonnant chaque personnage à son sort.

Un roman inégal donc, où l’excès côtoie l’esquisse.

Reste qu’il s’agit pour Adèle Hartley d’un premier roman et qu’en dépit de ses longueurs et de ses faiblesses, Ecorchée se lit facilement et vaut par la description des caractères et la relation touchante que nouent les deux jeunes filles.

Certaines scènes du quotidien féminin et les monologues intérieurs du personnage principal, Cassie, sont également très réussis.

Paradoxalement, dans leur langue souple, simple et vive c’est dans les passages comiques ou loufoques que le talent d’Adèle Hartley s’exprime le mieux.


A charge pour le service de correction des éditions First, le défaut de relecture du texte qui comporte encore des erreurs d’orthographe et des incohérences (Cassie devient Allie page 165)

Ecorchée, Adèle Hartley, éd. First, 2008



Philéas Fog(g) et madame Jourdain

18 06 2008

Aujourd’hui, alors que je discutais avec lui d’un article de l’Express lu chez le docteur, mon Loulou m’a dit que j’étais « la madame Jourdain du Cloud computing« … Comprenez  » tu fais du cloud sans le savoir ».

Humpf. Je trouve cette affirmation goguenarde, perfide et très injuste : je sais ce qu’est le fog, voire le smog (que je ne confonds pas avec Smaug) ; je sais que « Web » désigne par métaphore une toile tendue sur le monde ; je vois à peu près ce qu’est un nuage de poussière interstellaire, et je connais, pour avoir fréquenté trop assidûment Gillot-Pétré même d’une oreille distraite, le nom en -us des grands nuages. Mais de cloud computing, je suis à peu près sûre de n’avoir jamais vu la queue d’un (en revanche les perturbations cataclysmo-informatiques, je connais : mon ordinateur opère ses propres choix, de manière unilatérale : il passe en Qwerty tout seul et bouffe les espaces de mes documents Word. Quant aux joyeusetés qu’il me réserve à la maintenance de ce Journal, lecteur, prends pitié !)…

Eh bien toi, qui fais le malin derrière ton écran mais n’entrave pas plus que moi, sache que ce nuage désigne la faculté de l’informatique de demain à garder mémoire de tes données sur des ordinateurs tiers et à te les transmettre où tu veux, quand tu veux (bientôt, il t’appellera « chéri »).

En effet, quand tu crées un fichier Google, tu fais du Cloud computing : tu peux avoir accès à ton fichier, sans clé USB, depuis n’importe quel ordinateur. En un clic, d’Inde, de Chine ou d’Europe, tu as tout ton stock d’infos dispo 24h/24.

Philéas Fogg en eût avalé son chapeau.

Selon Bill Gates, le cloud computing est la technologie qui transformera notre mode de vie de manière plus profonde que tout ce que l’on a pu connaître de changements au cours des 20 dernières années. Il vient d’annoncer, le 4 juin dernier, le projet de Microsoft d’installer un réseau de millions de serveurs qui gèreront, dans des centres de données, les logiciels installés dans les ordinateurs personnels (dont le tien et le mien).

Le miracle de l’informatique ? Faire de vous un être technologiquement évolué à votre insu. Vous permettre de vous servir d’outils que si on vous dit le nom, vous soupçonniez même pas que ça pouvait exister.

Fini l’entretien de ces machines du diable qu’on devait envoyer chez le docteur à la moindre panne ! Plus besoin de se rééquiper intégralement tous les 5 ans ! Juste un écran, un stylet façon Nintendo DS et hop ! le tour est joué.

Bon, OK, si un bug chez Google met au jour tous mes fichiers ultra confidentiels, ma mère me renie illico. Il y a des risques aussi pour que le Très-serviable mais Très-commerçant Google « prête » l’accès à mes données perso. Je serai bonne alors pour voir ma boîte mail saturée de pubs pour sex-toys.

Le mercantilisme dans les nuages. La Jérusalem céleste façon IBM/Google/Microsoft.

 

Crédits et remerciements à mon Loulou pour son assistance technique. Sans toi, mon amour, non seulement ce Journal n’aurait jamais vu le jour, mais j’aurais toujours le nez dans l’Express à tenter en vain de comprendre cet article



« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles…

18 06 2008

Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles »

 

Le 4 juillet, l’Armada 2008 remonte la Seine pour venir s’ancrer à Rouen. La ville aux cent clochers devient la ville aux cent mâts jusqu’au 14 juillet.Les plus beaux navires du monde, les plus impressionnants aussi. Ils viennent de tous les coins du globe, ils sont navire-école, voilier de marine marchande ou bâtiments de guerre et leurs noms appellent le vent du large : frégate, ketch, goélette, trois-mâts, brick, aviso, croiseur…

Le merveilleux Amerigo Vespucci à la coque noire et or, un quatre-mâts portugais, le Créoula, trois croiseurs de la marine japonaise, l’Etoile sans sa Belle poule…tous, ils vous seront ouverts le temps de l’armada.

Je vous laisse imaginer l’ambiance à Rouen pendant la quinzaine… non seulement les équipages y prennent leurs quartiers et leurs aises, mais la ville vit au rythme des concerts. Sont attendus Tiken Jah Fakoly, Iggy Pop, Cali, Gilberto Gil, Bashung, Aaron, Ridan, Rose, Wax taylor… concert tous les soirs dans les lumières du feu d’artifice qui sera tiré depuis la presqu’île Rollet à 23h15.

Vous voulez un conseil de qui n’a manqué aucune des Voiles de Rouen depuis la première édition en 1989 ? Le 3 juillet en fin d’après-midi, rendez-vous à Jumièges. Baladez-vous sur le petit chemin des haleurs, le long des propriétés qui longent la Seine et choisissez votre coin. Là, dans une boucle du fleuve, vous verrez, mieux que quiconque, l’élégant et racé Tuiga annoncer la venue du géant noir, l’Amerigo Vespucci.

Dernier conseil pour un spectacle inoubliable, le départ de l’Armada, tous les marins dans les gréments et toutes les voiles qui se gonflent pour prendre le vent du large.

A noter :

- le 2 juillet, concours d’ofni (objet flottant non identifié) ! La plus farfelue, la plus rigolote, la plus improbable… c’est l’embarcation la plus originale qui emportera le vote du jury. Lecteur, à ton bouchon de liège !

- le 10 juillet, grand footing marins-rouennais. Si tu veux te mesurer aux gabiers et aux marins les plus rapides, lecteur ! voici qui va te plaire. Bon, il te faut être téméraire ET lève-tôt : départ à l’aube (8h30).

- le 12 juillet : pour ceux qui veulent tâter du pompon rouge. Défilé des équipages en centre ville avant la grande parade, deux jours plus tard.

L’Armada 2008, du 4 au 14 juillet, sur les quais de la Seine.



« J’avais atteint l’âge de mille kilomètres… »

16 06 2008

 

 

Je viens de terminer Le monde inverti de Christopher Priest, une œuvre de SF dans l’ensemble riche et bien ficelée.

Voici le texte de quatrième :

« Helward Mann avait atteint l’âge de mille kilomètres. Il allait entrer dans la prestigieuse guilde des Topographes du Futur. Au prix d’un serment terrible : il ne révélerait jamais ce qu’il pourrait voir du monde hors de la Cité Terre. A quoi servait la Traction ? Et la Pose des Voies ? Et la Construction des Ponts ?

Helward le sut dès sa première sortie. Lentement, difficilement, la Cité progressait sur le sol inconnu d’une planète effrayante. Pour survivre, il fallait se rapprocher d’un point situé dans le Futur : l’Optimum. Et l’Optimum se dérobait sans cesse. Impossible de s’écarter du chemin, la réalité physique se disloquait aussitôt. Un ravin se refermait, une montagne s’élargissait ou s’aplanissait, les êtres vivants eux-mêmes étaient soumis à des métamorphoses monstrueuses. Dans cet univers-là, le temps se comptait en kilomètres. Et il ne s’arrêtait pas. »

L’idée d’un monde parabolique, toujours en mouvement est fantastique.

Certaines images sont très belles et frappent l’imagination, ainsi la première phrase « J’avais atteint l’âge de mille kilomètres », qui nous plonge d’emblée dans un monde où les perceptions de la réalités sont déformées, perverties. La mesure du monde ne sera pas la même pour le narrateur et pour le lecteur.

En revanche le style et l’économie générale du roman montrent des longueurs et quelques maladresses. L’auteur a manifestement voulu que la forme de son récit rende compte de la distorsion de la réalité perçue et il a multiplié les changements de point de vue et de perspective narrative. Ce choix, loin de renforcer la cohésion du roman, en éclate le sens et diminue la tension dramatique.

L’explication des phénomènes naturels propres à la Ville Terre m’a semblée « parachutée » par l’auteur qui a parfois choisi la facilité. Un personnage apparaît pour apporter une explication physique aux distorsions du réel, à grands coups de formules mathématiques. Tardive, très didactique, et traitée trop rapidement, cette explication est ardue et difficilement intelligible par un lecteur non scientifique. Au final, elle n’entraîne pas l’adhésion.

La chute laisse sans réponse de nombreuses questions et c’est dommage.

Mais l’ensemble se laisse lire avec plaisir car les personnages sont attachants et l’intrigue est prenante.

L’idée de fond soulève bon nombre de questionnements métaphysiques, politiques et sociaux et donne à réfléchir.

Chacun voit midi à sa porte.

C’est vrai au fond, mon soleil n’est pas le même que le vôtre…



Nostalgie…

15 06 2008

Deux semaines après notre retour, un petit coup de nostalgie : les souvenirs des moments partagés sont si présents encore et s’éloignent déjà si vite.

Il y a tant de choses dont j’aurais aimé parler ici…

Les moments de fou rire entre profs, le soir, quand tous sont couchés (et la bouteille de champ’ sifflée en cachette des zélés dans notre QG de l’escalier, le deuxième soir, vous en souvenez-vous ?!), les diableries des zélés qui font le souk jusque tard dans la nuit et leurs cernes bleus le matin au réveil, les crises de fou rire et les coups de gueule aussi devant les réactions de certains numéros, les profs transformés en infirmiers, le séjour aux Urgences d’Avignon, les distributions de médoc du matin, la foire dans le resto de l’auberge et les engueulades qui nous valent le sourire des gendarmes qui sont là en stage, l’ordi portable que l’on emprunte chaque soir au charmant Brésilien et les remarques goguenardes entre collègues … tant de souvenirs que nous avons partagés.

A la rentrée, le lundi, il est clair que les rapports ont changé, une complicité s’est installée et même les élèves que nous avons houspillés tout le séjour nous croisent avec un sourire banane.

Nos petits zélés savent reconnaître le roman du gothique, angustifolia de latifolia, ils ont appris, aussi, à gérer les crises de larmes, la nuit, parce que papa et maman sont loin, les disputes et les batailles de dortoir, la promiscuité… Ils ont grandi, nos zélés.

Je les embrasse.



Le pont d’Avignon, l’Arlésienne et les chevaux de Camargue

13 06 2008

L’Arlésienne, c’est ce compte-rendu qui intervient si après notre retour de Provence que l’on se demandait s’il finirait par voir le jour. Mais, lecteur impatient, c’est que j’étais sur le pont (d’Avignon) ! occupée à l’orientation de mes zélés zélèves de 3ème.

Mais c’est de Provence que je veux vous parler aujourd’hui.

Partis de Rouen avec 48 enfants de 6e et 5e (dont un épileptique, un anti-dépresseurs, un diabétique et un éclopé qui gardera toute sa scolarité le doux nom de Trois-Pattes) le dimanche 18 mai, à 9h nous sommes arrivés en Avignon quelque 4 heures plus tard, TGV oblige. Dès l’arrivée en gare d’Avignon, les enfants retirent leurs pulls et rangent les manteaux dans les valises : on a gagné facilement 5 degrés sur la Normandie.

Le temps d’un court trajet en bus et nous prenons possession de nos quartiers, dans l’auberge Bagatelle située sur l’île de la Barthelasse, juste en face du Palais des papes. Les enfants s’égayent comme une volée de moineaux, ils s’installent, s’interpellent, se chamaillent… ils sont enchantés de ce premier quartier libre. Qu’ils en profitent ! car dès ce moment, ils sont pris dans le programme très chargé que nous leur avons concocté, et un second temps libre ne leur sera proposé que le troisième jour…

Allez, Franchimandaïo, une virade en Prouvenço et vous reviendrez avè l’acssin !

Notre programme pour ce séjour d’une semaine :

dimanche 18 : départ de Rouen et arrivée en Avignon. Visite de la ville et du Palais des Papes. Une visite en audio-guide très difficile à suivre pour la plupart de nos zélés qui ne disposent pas encore du bagage culturel suffisant pour comprendre l’intérêt historique et religieux du bâtiment.

Entendu au passage : « Waaaaah regarde, ya toutes leurs photos, là, aux papes ! Viens, je vais te dire celui avec qui je me serais mariée. »

Au final, c’est beaucoup plus rigolo de faire des glissades dans la grande salle du réfectoire. Grand moment de solitude des enseignants.

lundi 19 : sur les traces de Pagnol, d’Aubagne à La Treille, le village de Lili des Bellons et du petit Marcel, juste sous le Garlaban… puis grande virade dans la garrigue ; on y voit presque Manon se rafraîchir à la source et Marcel brandir les bartavelles qui feront la gloire de son père ! Et depuis les hauteurs du massif du Garlaban, vue imprenable sur les calanques de Marseille… au fond, tout là-bas, c’est Notre-Dame de la Garde.
Les enfants ont raffolé de cette journée dans les parfums de résineux et de romarin, elle reste leur préférée.

Mardi 20 : Dur réveil pour nos pauvres zélés qui en ont plein les pattes depuis leur virade dans la garrigue. Sans pitié, nous leur annonçons que c’est aujourd’hui la visite d’Arles et de son patrimoine architectural qui est à l’honneur. Nous entendons les filles râler que, quand même, pour une fois qu’on va dans une ville, on pourrait les laisser faire du shopping. Mais du Musée de l’Arles antique à l’ancien hôpital de Van Gogh, du portail de l’église St-Trophime (pour les 5e) aux ruines du théâtres d’Arles (pour les 6e), ils sont attentifs et curieux. Leçon sur la voûte en croisée d’ogive et la clef de voûte qui sera réinvestie dès l’après midi même…

En plein midi, le soleil tape fort dans le cirque antique d’Arles… « Les enfants, pouvez-vous me dire qui l’on trouvait au cirque à l’époque, pour des jeux célèbres… ?

- beuh… des clowns ? (mine consternée de notre guide, les profs pouffent sous cape : encore une gaffe de Jules à noter dans un coin)

L’après-midi : Après un pique-nique sur les bords du Rhône, nous prenons le petit train des Alpilles qui n’est ouvert que pour nous et doit nous emmener à Fontvieille. On entend le vent et les oiseaux chanter, nous sommes aux portes de la Camargue et traversons des champs gagnés sur les marécages. En chemin, l’abbaye de Montmajour se découvre, elle se dresse au dessus de la frondaison des arbres, toute blanche dans son écrin vert. Le train s’arrête pour nous laisser en plein champ et toute la troupe finit à pieds vers l’abbaye, petits pèlerins babilleurs et gais.

L’abbaye de Montmajour est une splendeur d’architecture. Notre guide nous accueille et fait installer les zélés sur un monticule percé de cavités dans lesquelles ils s’empressent de se vautrer… le temps que le guide, avec un sourire en coin, leur explique qu’ils se trouvent sur la nécropole rupestre de l’abbaye et qu’ils ont posé leurs fesses là où avaient été inhumés auparavant les moines morts. Cris horrifiés de nos zélés qui se décalent tous, fascinés de se trouver plongés en plein roman gothique. Pour un peu, ils s’attendraient à voir surgir la Nonne sanglante !

Très rapidement, nos petits pèlerins ont repéré les éléments d’architecture romane, puis gothique. Leurs profs ne sont pas peu fiers ! Un ensemble de bâtiments les laisse perplexes, ils ont été refaits au XVIIe siècle. Les voici, nos zélés, dans la lumière du cloître de Montmajour.

En fin d’après midi, le petit train des Alpilles nous attend pour nous conduire gentiment jusqu’à Fontvieille, au moulin de Daudet.

Les enfants avancent d’un bon pas, ils commencent à prendre goût à ces balades en plein air, eux qui, en bon citadins, ne connaissent que la voiture pour aller chercher le pain. Avec le décamètre de leur prof de maths, ils relèvent la mesure du périmètre du moulin et dessinent sa forme géométrique… c’est dommage, on n’aperçoit pas la queue d’un lapin ! Ce sont eux qui ont dû être étonnés de voir débarquer tout un groupe de zélés en goguette !

Mercredi 21 : Nous partons à l’assaut du mont Ventoux ! Direction Sault, le pays de la lavande pour une randonnée dans les champs et un atelier scientifique. S’ils ne sont pas emballés par l’atelier, trop didactique à leur goût, nos zélés sont désormais incollables sur la lavande. Lavandin, lavandula latifolia ou angustifolia, c’est sûr ! ils sauront reconnaître l’espèce qui pousse dans leur jardin en Normandie !

Jeudi 22 : Debout en fanfare, nous partons au pont du Gard ! Les zélés ont pris le rythme, les profs, eux, n’ont pas leur compte de sommeil et ils commencent à traîner la patte… Au pique-nique, à l’ombre du grand pont, il nous prend une envie de faire la sieste !… je crois qu’il ne faudrait pas que notre excursion provençale se prolonge trop, ou nous finirions par adopter le rythme d’ici.

Regarde, lecteur, comme ils sont beaux, nos zélés zélèves !

L’après midi : Direction le Mas des Tourelles, non loin du pont, où notre guide nous accueille dans sa superbe propriété pour nous faire découvrir (et aux adultes déguster) le succulent et antique vin romain. Les enfants sont fascinés par le pressoir énorme et enchantés de leur visite. Les questions fusent, les réponses aussi… qui ont le mérite de faire s’écrouler de rire la majorité de la troupe.

« Les enfants, dites-moi si vous savez qui a succédé à Jules César ?

- c’est Jacques Chirac, M’dame ! »

Enfin, avant de regagner Bagatelle, un tour en Camargue ! Nous craignons un peu de ne pas voir grand chose, mais nous avons pris au passage un guide qui nous fait remarquer les différents animaux. Son oeil exercé n’en manque pas un, des aigrettes, des hérons, des flamands roses, des chevaux et les manades !

Le plus vieux taureau de la manade, celui que tous suivent et que l’on fait entrer dans l’arène lorsque le taureau ne veut pas sortir, c’est le Simbeù… Désormais, c’est aussi le nom du prof qui a monté ce projet ! Fou rire entre nous.

Vendredi 22 : C’est le jour du retour. Les enfants ont de plus en plus de mal à se lever le matin, mais aujourd’hui, ils sont nostalgiques et la perspective du retour les attriste un peu.

Pourtant, c’est dans la bonne humeur que tous bouclent leur valise et se rendent, une dernière fois, prendre leur petit déjeuner au restaurant de l’auberge. Avant le départ, une dernière visite ! Nous partons à Orange, admirer le grand théâtre antique.

A l’arrivée, les enfants sont ravis : la musique moderne tonitrue sous les murailles cyclopéennes du théâtre et à ses pieds, des jeunes préparent le tournoi de beach volley de l’après-midi. Pour un choc des civilisations…

La viside en audioguide est aussi difficile à suivre, pour certains, que celle du palais des Papes d’Avignon, mais comme il fait très chaud, ils ont laissé parler leur machine et se font dorer au soleil sur les gradins du grand théâtre… C’est bon d’être au soleil de Provence… Profitez, petits zélés, tout à l’heure, nous regagnons notre verte Normandie et ses brouillards matinaux…



« Se canto, que canto. Canto pas per you…

17 05 2008

…Canto per ma mio qu’es allen de you. »

 

Après l’Aiguille d’Etretat, la Provence…Ce seul nom chante l’eau, le soleil et les cigales. Le Chant du monde dans le camaïeu des bleus de Provence.
Les chants de Char, de Mistral et d’Aubanel. De Giono, de Pagnol, de Daudet. Et les sombres bleuités de la montagne Sainte-Victoire…

Nous partons dimanche avec des enfants, qui ne connaissent de la Provence que le parfum de l’extrait de lavande qu’ils ont distillé en chimie, les fautes d’orthographe de Lili et les bartavelles de Pagnol, la terrible soif de liberté qui tenaille la petite chèvre de monsieur Seguin et l’accent tout ensoleillé de l’un de leurs professeurs.

Dimanche, à l’heure de la sieste, nous prendrons nos quartiers en Avignon. De là, nous rayonnerons pendant une semaine à travers la Provence, le pays d’Aix, la Camargue, Tarascon, Aubagne…

Alors, pour vous faire patienter, quelques cigales…

(quelques cigales et, comme promis, un beau Se canto à vous faire écouter… )

« … Sian tout d’ami galoi e libre,
Que la Prouvènço nous fai gau ;
Es nàutri que sian li felibre,
Li gai felibre prouvençau !… »

(Chant des félibres, F. Mistral)

(Tous des amis, joyeux et libres, /De la Provence tous épris, /C’est nous qui sommes les félibres, /Les gais félibres provençaux !)

« … Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.
..

…Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon… » (La Sorgue, R. Char)

 » Si jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la cabro de moussu Seguin, que se battègue touto la neui emé lou loup, e piei lou matin lou loup la mangé.

Tu m’entends bien, Gringoire: E piei lou matin lou loup la mangé. »

(« La chèvre de monsieur Seguin », Lettres de mon moulin, A. Daudet)

Dou gotique Avignoun
Palais e tourrihoun
Fan de dentello
Dins lis estello.
Avignoun, grasiha,
de l’escandiho
Tambèn, de fès, que i’a
Lou jour soumiho !
Mai, s’acampo au soulèu
S, gai felibre lèu
Es di cigalo la capitalo…

(Chanson des felibres, T. Aubanel)

(Du gothique Avignon, palais et tourelles font des dentelles dans les étoiles..Avignon grillé de rayons tout de même quelquefois le jour sommeille ! Mais, s’il assemble au soleil ses gais felibres, vite il devient des cigales la capitale.)



« C’est le plus grand des voleurs…

15 05 2008

… oui mais c’est un gentleman… »

Aujourd’hui, virée à Etretat avec mes élèves. Je les emmène sur les traces d’Arsène Lupin, à la chasse au trésor de l’Aiguille creuse !Au rapport ce soir, pour un compte-rendu de la journée.

20h, LE COMPTE-RENDU EN QUESTION :

Où, lecteur ébaubi, tu découvres le parallèle surprenant entre Maurice Leblanc et Johnny Weissmüller…

Ce matin, visite du Clos Lupin, la superbe maison de Maurice Leblanc à Etretat. Celle dont il disait lui-même qu’elle était son « meilleur Lupin », celle qui a vu naître ses oeuvres préférées, L’Aiguille creuse et L’Agence Barnett, celle aussi qui fut témoin de ses heures les plus sombres.

 » Il me suit partout. Il n’est pas mon ombre, je suis son ombre. C’est lui qui s’assied à cette table quand j’écris. Je lui obéis. « 

Leblanc, dont la mère avait été accouchée par Flaubert père, et qui vouait au fils une admiration profonde, avait l’ambition d’écrire des romans et des nouvelles dont la langue, simple et élégante, toucherait le cœur du public. Une langue belle comme celle de Maupassant.

Mais tous ses livres sont rejetés, le public lui réclame Lupin, toujours Lupin. Alors il le fait mourir et décapite dans un accès de folie toutes les statues du parc de sa maison d’Etretat. Mais rien n’y fait, le public impitoyable réclame son héros et Leblanc est tenu de le faire reparaître. Alors, il l’enferme symboliquement à l’intérieur de sa maison. Le claquemure derrière une porte qu’il condamne.

Rencontré à Etretat un homme charmant qui a connu Maurice Leblanc vers la fin de sa vie et prétend nous montrer du doigt le cauchemar de l’écrivain : « Venez, dit-il, je vais vous montrer… »
Effectivement, sur l’un des côtés de la maison, dissimulée à la vue dans une rue dérobée, la porte apparait toute couturée de clous. « Vous voyez ? Il avait tellement peur de Lupin, qu’il l’a enfermé. »



« Le Journal d’un lecteur »… évidemment.

14 05 2008

Cher visiteur, n’entends-tu pas comme un écho ?

Alberto Manguel, vous pour qui « la lecture est une conversation », je vous dois en partie l’idée de ce blog.

J’aime votre simplicité érudite et curieuse, et votre écriture précise et élégante qui a la chaude sérénité d’une conversation entre amis.

Oui, « la lecture est une conversation », c’est vrai.

Des personnages que j’ai aimés m’accompagnent comme des amis très fidèles. Un événement réveille en moi le vers d’un poète, une conversation me fait ressouvenir d’un article lu…

La lecture est un dialogue constant avec le monde et avec soi.

Une phrase lue suscite dix pensées qui se trouvent liées à d’autres discours, d’autres livres, d’autres actes et d’autres gens.

La lecture : connecting people.

Non, effaçons cela, c’est hideux.

Et pourtant…

J’ai appris hier que l’une de mes élèves, une petite fille de 12 ans, fait chaque nuit des crises d’angoisse et veut mourir parce que son exigence de réussite scolaire la hante.

La lecture, cette « tâche confortable, solitaire, lente et sensuelle » est un lieu de repli sur soi pour cette enfant et beaucoup d’autres.

Comment leur permettre d’accéder, eux aussi, à ce plaisir de la conversation ? Dans quel espace de lecture trouveraient-ils à s’épanouir ? Quel sésame métamorphoserait le pensum en chemins de traverse de l’école buissonnière ?

Pour trouver ce sésame, monsieur Manguel, je fais comme vous : je converse, je discute, je tiens journal, donc je tiens mémoire, de mes lectures et j’en fais part. Je partage.

Pourquoi suis-je bêtement heureuse que vous ayez choisi un petit village français pour y vivre ?



Petite grenouille…

14 05 2008

A offrir ou à s’offrir, ces petits chefs-d’œuvre de la littérature jeunesse d’Iwamura Kazuo.

Ma vie de grenouille, Les Réflexions d’une grenouille, Les nouvelles réflexions d’une grenouille et Les Rêves d’une grenouille.

Quatre albums magnifiquement illustrés par Iwamura, que les adeptes de l’Ecole des Loisirs connaissent sûrement puisqu’Iwamura est l’illustrateur des aventures de La famille Souris, notamment.

Avec sa petite grenouille qui réfléchit longuement, les bras croisés dans le dos, Iwamura crée un personnage tendre et touchant, en proie à une curiosité dévorante. Une petite grenouille que rien ni personne ne parvient à détourner de ses questionnements.

Des questions existentielles, de celles que les enfants aiment à poser.

La petite grenouille pense.

Elle pense à voix haute.

Pour elle-même.

Et parfois, elle prend son amie Souris à témoin et l’interroge : Pourquoi il pleut. Où est la vie. Pourquoi est-on joyeux ou en colère. Comment la vie naît de la vie…

Des illustrations aux couleurs douces, des phrases brèves. Une illustration très dépouillée, centrée sur les expressions et les postures des personnages. Des vignettes à lire de bas en haut et une progression très lente de l’action et du développement logique.

Les réflexions sont une succession de scènes qui semblent se dérouler en temps réel et suivre le cheminement de pensée de la petite grenouille. Une toute petite grenouille, un peu philosophe et un peu poète, exaltée parfois, qui se laisse aller à de grands éclats de rire en se tenant le ventre quand elle tient la réponse à la question qui la taraude.

Et puis elle paraît si proche et si vivante, avec ses expressions renfrognée ou rêveuse, spontanée ou réfléchie.

Ma fille de 7 ans l’adore.

Moi aussi.

Ma vie de grenouille, d’Iwamura Kazuo, chez Autrement Jeunesse.