L’ArlĂ©sienne, c’est ce compte-rendu qui intervient si après notre retour de Provence que l’on se demandait s’il finirait par voir le jour. Mais, lecteur impatient, c’est que j’Ă©tais sur le pont (d’Avignon) ! occupĂ©e Ă l’orientation de mes zĂ©lĂ©s zĂ©lèves de 3ème.
Mais c’est de Provence que je veux vous parler aujourd’hui.
Partis de Rouen avec 48 enfants de 6e et 5e (dont un Ă©pileptique, un anti-dĂ©presseurs, un diabĂ©tique et un Ă©clopĂ© qui gardera toute sa scolaritĂ© le doux nom de Trois-Pattes) le dimanche 18 mai, Ă 9h nous sommes arrivĂ©s en Avignon quelque 4 heures plus tard, TGV oblige. Dès l’arrivĂ©e en gare d’Avignon, les enfants retirent leurs pulls et rangent les manteaux dans les valises : on a gagnĂ© facilement 5 degrĂ©s sur la Normandie.
Le temps d’un court trajet en bus et nous prenons possession de nos quartiers, dans l’auberge Bagatelle situĂ©e sur l’Ă®le de la Barthelasse, juste en face du Palais des papes. Les enfants s’Ă©gayent comme une volĂ©e de moineaux, ils s’installent, s’interpellent, se chamaillent… ils sont enchantĂ©s de ce premier quartier libre. Qu’ils en profitent ! car dès ce moment, ils sont pris dans le programme très chargĂ© que nous leur avons concoctĂ©, et un second temps libre ne leur sera proposĂ© que le troisième jour…
Allez, FranchimandaĂŻo, une virade en Prouvenço et vous reviendrez avè l’acssin !
Notre programme pour ce sĂ©jour d’une semaine :
dimanche 18 : dĂ©part de Rouen et arrivĂ©e en Avignon. Visite de la ville et du Palais des Papes. Une visite en audio-guide très difficile Ă suivre pour la plupart de nos zĂ©lĂ©s qui ne disposent pas encore du bagage culturel suffisant pour comprendre l’intĂ©rĂŞt historique et religieux du bâtiment.
Entendu au passage : “Waaaaah regarde, ya toutes leurs photos, lĂ , aux papes ! Viens, je vais te dire celui avec qui je me serais mariĂ©e.”
Au final, c’est beaucoup plus rigolo de faire des glissades dans la grande salle du rĂ©fectoire. Grand moment de solitude des enseignants.
lundi 19 : sur les traces de Pagnol, d’Aubagne Ă La Treille, le village de Lili des Bellons et du petit Marcel, juste sous le Garlaban… puis grande virade dans la garrigue ; on y voit presque Manon se rafraĂ®chir Ă la source et Marcel brandir les bartavelles qui feront la gloire de son père ! Et depuis les hauteurs du massif du Garlaban, vue imprenable sur les calanques de Marseille… au fond, tout lĂ -bas, c’est Notre-Dame de la Garde.
Les enfants ont raffolé de cette journée dans les parfums de résineux et de romarin, elle reste leur préférée.

Mardi 20 : Dur rĂ©veil pour nos pauvres zĂ©lĂ©s qui en ont plein les pattes depuis leur virade dans la garrigue. Sans pitiĂ©, nous leur annonçons que c’est aujourd’hui la visite d’Arles et de son patrimoine architectural qui est Ă l’honneur. Nous entendons les filles râler que, quand mĂŞme, pour une fois qu’on va dans une ville, on pourrait les laisser faire du shopping. Mais du MusĂ©e de l’Arles antique Ă l’ancien hĂ´pital de Van Gogh, du portail de l’Ă©glise St-Trophime (pour les 5e) aux ruines du théâtres d’Arles (pour les 6e), ils sont attentifs et curieux. Leçon sur la voĂ»te en croisĂ©e d’ogive et la clef de voĂ»te qui sera rĂ©investie dès l’après midi mĂŞme…
En plein midi, le soleil tape fort dans le cirque antique d’Arles… “Les enfants, pouvez-vous me dire qui l’on trouvait au cirque Ă l’Ă©poque, pour des jeux cĂ©lèbres… ?
- beuh… des clowns ? (mine consternĂ©e de notre guide, les profs pouffent sous cape : encore une gaffe de Jules Ă noter dans un coin)
L’après-midi : Après un pique-nique sur les bords du RhĂ´ne, nous prenons le petit train des Alpilles qui n’est ouvert que pour nous et doit nous emmener Ă Fontvieille. On entend le vent et les oiseaux chanter, nous sommes aux portes de la Camargue et traversons des champs gagnĂ©s sur les marĂ©cages. En chemin, l’abbaye de Montmajour se dĂ©couvre, elle se dresse au dessus de la frondaison des arbres, toute blanche dans son Ă©crin vert. Le train s’arrĂŞte pour nous laisser en plein champ et toute la troupe finit Ă pieds vers l’abbaye, petits pèlerins babilleurs et gais.
L’abbaye de Montmajour est une splendeur d’architecture. Notre guide nous accueille et fait installer les zĂ©lĂ©s sur un monticule percĂ© de cavitĂ©s dans lesquelles ils s’empressent de se vautrer… le temps que le guide, avec un sourire en coin, leur explique qu’ils se trouvent sur la nĂ©cropole rupestre de l’abbaye et qu’ils ont posĂ© leurs fesses lĂ oĂą avaient Ă©tĂ© inhumĂ©s auparavant les moines morts. Cris horrifiĂ©s de nos zĂ©lĂ©s qui se dĂ©calent tous, fascinĂ©s de se trouver plongĂ©s en plein roman gothique. Pour un peu, ils s’attendraient Ă voir surgir la Nonne sanglante !
Très rapidement, nos petits pèlerins ont repĂ©rĂ© les Ă©lĂ©ments d’architecture romane, puis gothique. Leurs profs ne sont pas peu fiers ! Un ensemble de bâtiments les laisse perplexes, ils ont Ă©tĂ© refaits au XVIIe siècle. Les voici, nos zĂ©lĂ©s, dans la lumière du cloĂ®tre de Montmajour.

En fin d’après midi, le petit train des Alpilles nous attend pour nous conduire gentiment jusqu’Ă Fontvieille, au moulin de Daudet.
Les enfants avancent d’un bon pas, ils commencent Ă prendre goĂ»t Ă ces balades en plein air, eux qui, en bon citadins, ne connaissent que la voiture pour aller chercher le pain. Avec le dĂ©camètre de leur prof de maths, ils relèvent la mesure du pĂ©rimètre du moulin et dessinent sa forme gĂ©omĂ©trique… c’est dommage, on n’aperçoit pas la queue d’un lapin ! Ce sont eux qui ont dĂ» ĂŞtre Ă©tonnĂ©s de voir dĂ©barquer tout un groupe de zĂ©lĂ©s en goguette !
Mercredi 21 : Nous partons Ă l’assaut du mont Ventoux ! Direction Sault, le pays de la lavande pour une randonnĂ©e dans les champs et un atelier scientifique. S’ils ne sont pas emballĂ©s par l’atelier, trop didactique Ă leur goĂ»t, nos zĂ©lĂ©s sont dĂ©sormais incollables sur la lavande. Lavandin, lavandula latifolia ou angustifolia, c’est sĂ»r ! ils sauront reconnaĂ®tre l’espèce qui pousse dans leur jardin en Normandie !
Jeudi 22 : Debout en fanfare, nous partons au pont du Gard ! Les zĂ©lĂ©s ont pris le rythme, les profs, eux, n’ont pas leur compte de sommeil et ils commencent Ă traĂ®ner la patte… Au pique-nique, Ă l’ombre du grand pont, il nous prend une envie de faire la sieste !… je crois qu’il ne faudrait pas que notre excursion provençale se prolonge trop, ou nous finirions par adopter le rythme d’ici.
Regarde, lecteur, comme ils sont beaux, nos zélés zélèves !

L’après midi : Direction le Mas des Tourelles, non loin du pont, oĂą notre guide nous accueille dans sa superbe propriĂ©tĂ© pour nous faire dĂ©couvrir (et aux adultes dĂ©guster) le succulent et antique vin romain. Les enfants sont fascinĂ©s par le pressoir Ă©norme et enchantĂ©s de leur visite. Les questions fusent, les rĂ©ponses aussi… qui ont le mĂ©rite de faire s’Ă©crouler de rire la majoritĂ© de la troupe.
“Les enfants, dites-moi si vous savez qui a succĂ©dĂ© Ă Jules CĂ©sar ?
- c’est Jacques Chirac, M’dame !”
Enfin, avant de regagner Bagatelle, un tour en Camargue ! Nous craignons un peu de ne pas voir grand chose, mais nous avons pris au passage un guide qui nous fait remarquer les diffĂ©rents animaux. Son oeil exercĂ© n’en manque pas un, des aigrettes, des hĂ©rons, des flamands roses, des chevaux et les manades !
Le plus vieux taureau de la manade, celui que tous suivent et que l’on fait entrer dans l’arène lorsque le taureau ne veut pas sortir, c’est le SimbeĂą… DĂ©sormais, c’est aussi le nom du prof qui a montĂ© ce projet ! Fou rire entre nous.
Vendredi 22 : C’est le jour du retour. Les enfants ont de plus en plus de mal Ă se lever le matin, mais aujourd’hui, ils sont nostalgiques et la perspective du retour les attriste un peu.
Pourtant, c’est dans la bonne humeur que tous bouclent leur valise et se rendent, une dernière fois, prendre leur petit dĂ©jeuner au restaurant de l’auberge. Avant le dĂ©part, une dernière visite ! Nous partons Ă Orange, admirer le grand théâtre antique.
A l’arrivĂ©e, les enfants sont ravis : la musique moderne tonitrue sous les murailles cyclopĂ©ennes du théâtre et Ă ses pieds, des jeunes prĂ©parent le tournoi de beach volley de l’après-midi. Pour un choc des civilisations…
La viside en audioguide est aussi difficile Ă suivre, pour certains, que celle du palais des Papes d’Avignon, mais comme il fait très chaud, ils ont laissĂ© parler leur machine et se font dorer au soleil sur les gradins du grand théâtre… C’est bon d’ĂŞtre au soleil de Provence… Profitez, petits zĂ©lĂ©s, tout Ă l’heure, nous regagnons notre verte Normandie et ses brouillards matinaux…