« Histoires sentimentales sur un banc public », Hanokh Levin
14 05 2008
Je suis tombée par hasard sur les Histoires de Hanokh Levin, en me baladant l’été dernier sur un petit marché de Bretagne. Des livres à petit prix et quand on sait ce que vaut un Stock ou un Acte sud… Là, j’ai pu satisfaire ma curiosité sans remord.
Je ne connaissais pas l’auteur, alors je l’ai emporté.Et là, merveille des merveilles, ce moment de pur plaisir qui prend au ventre quand, dès la première phrase, le style vous explose en tête comme un feu d’artifice.
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre n’était que chaos et les ténèbres régnaient sur la surface de l’abîme et l’esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit : Que la lumière soit ! Et tout resta noir. [...] «
La langue de Levin, vive, agile, pleine de gouaille et d’ironie mordante sonne comme un réveil aux morts. Aux morts que nous sommes, tous, bien à l’aise dans nos petits quotidiens gris, nos uniformes étriqués et nos vagues désirs sans suite.
C’est outrancier, grinçant, jubilatoire. Et parfaitement délicieux.
Pourquoi la veuve pleure-t-elle ? Le fossoyeur n’en veut rien savoir, tout occupé qu’il est à reluquer les mollets ronds et blancs et – salive affleurant à sa bouche ouverte – une culotte rose dévoilant quelques poils follets. Bondir hors du trou et la renverser sur le sol, là, tout de suite !
La renverser ? C’est aussi ce que désire à en crever debout l’ami de la famille. Mais elle s’est renversée seule, languide éplorée, sur le canapé du salon. Et elle reste là, les yeux à demi-clos, savourant comme seules savent le faire les femmes, cet instant de pure convoitise qu’elle tient dans le regard de l’homme. Une lubricité tendue qu’elle sait sans conséquence mais dont elle jouit, la garce, offerte dans son abandon intouchable.
Levin… un poète des pulsions frustrées ou fantasmées. C’est à lire, vraiment.

