« J’avais atteint l’âge de mille kilomètres… »
16 06 2008

Je viens de terminer Le monde inverti de Christopher Priest, une œuvre de SF dans l’ensemble riche et bien ficelée.
Voici le texte de quatrième :
« Helward Mann avait atteint l’âge de mille kilomètres. Il allait entrer dans la prestigieuse guilde des Topographes du Futur. Au prix d’un serment terrible : il ne révélerait jamais ce qu’il pourrait voir du monde hors de la Cité Terre. A quoi servait la Traction ? Et la Pose des Voies ? Et la Construction des Ponts ?
Helward le sut dès sa première sortie. Lentement, difficilement, la Cité progressait sur le sol inconnu d’une planète effrayante. Pour survivre, il fallait se rapprocher d’un point situé dans le Futur : l’Optimum. Et l’Optimum se dérobait sans cesse. Impossible de s’écarter du chemin, la réalité physique se disloquait aussitôt. Un ravin se refermait, une montagne s’élargissait ou s’aplanissait, les êtres vivants eux-mêmes étaient soumis à des métamorphoses monstrueuses. Dans cet univers-là, le temps se comptait en kilomètres. Et il ne s’arrêtait pas. »
L’idée d’un monde parabolique, toujours en mouvement est fantastique.
Certaines images sont très belles et frappent l’imagination, ainsi la première phrase « J’avais atteint l’âge de mille kilomètres », qui nous plonge d’emblée dans un monde où les perceptions de la réalités sont déformées, perverties. La mesure du monde ne sera pas la même pour le narrateur et pour le lecteur.
En revanche le style et l’économie générale du roman montrent des longueurs et quelques maladresses. L’auteur a manifestement voulu que la forme de son récit rende compte de la distorsion de la réalité perçue et il a multiplié les changements de point de vue et de perspective narrative. Ce choix, loin de renforcer la cohésion du roman, en éclate le sens et diminue la tension dramatique.
L’explication des phénomènes naturels propres à la Ville Terre m’a semblée « parachutée » par l’auteur qui a parfois choisi la facilité. Un personnage apparaît pour apporter une explication physique aux distorsions du réel, à grands coups de formules mathématiques. Tardive, très didactique, et traitée trop rapidement, cette explication est ardue et difficilement intelligible par un lecteur non scientifique. Au final, elle n’entraîne pas l’adhésion.
La chute laisse sans réponse de nombreuses questions et c’est dommage.
Mais l’ensemble se laisse lire avec plaisir car les personnages sont attachants et l’intrigue est prenante.
L’idée de fond soulève bon nombre de questionnements métaphysiques, politiques et sociaux et donne à réfléchir.
Chacun voit midi à sa porte.
C’est vrai au fond, mon soleil n’est pas le même que le vôtre…
Catégories : Lettres
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