Nostalgie…

15 06 2008

Deux semaines après notre retour, un petit coup de nostalgie : les souvenirs des moments partagés sont si présents encore et s’éloignent déjà si vite.

Il y a tant de choses dont j’aurais aimé parler ici…

Les moments de fou rire entre profs, le soir, quand tous sont couchés (et la bouteille de champ’ sifflée en cachette des zélés dans notre QG de l’escalier, le deuxième soir, vous en souvenez-vous ?!), les diableries des zélés qui font le souk jusque tard dans la nuit et leurs cernes bleus le matin au réveil, les crises de fou rire et les coups de gueule aussi devant les réactions de certains numéros, les profs transformés en infirmiers, le séjour aux Urgences d’Avignon, les distributions de médoc du matin, la foire dans le resto de l’auberge et les engueulades qui nous valent le sourire des gendarmes qui sont là en stage, l’ordi portable que l’on emprunte chaque soir au charmant Brésilien et les remarques goguenardes entre collègues … tant de souvenirs que nous avons partagés.

A la rentrée, le lundi, il est clair que les rapports ont changé, une complicité s’est installée et même les élèves que nous avons houspillés tout le séjour nous croisent avec un sourire banane.

Nos petits zélés savent reconnaître le roman du gothique, angustifolia de latifolia, ils ont appris, aussi, à gérer les crises de larmes, la nuit, parce que papa et maman sont loin, les disputes et les batailles de dortoir, la promiscuité… Ils ont grandi, nos zélés.

Je les embrasse.



Le pont d’Avignon, l’Arlésienne et les chevaux de Camargue

13 06 2008

L’Arlésienne, c’est ce compte-rendu qui intervient si après notre retour de Provence que l’on se demandait s’il finirait par voir le jour. Mais, lecteur impatient, c’est que j’étais sur le pont (d’Avignon) ! occupée à l’orientation de mes zélés zélèves de 3ème.

Mais c’est de Provence que je veux vous parler aujourd’hui.

Partis de Rouen avec 48 enfants de 6e et 5e (dont un épileptique, un anti-dépresseurs, un diabétique et un éclopé qui gardera toute sa scolarité le doux nom de Trois-Pattes) le dimanche 18 mai, à 9h nous sommes arrivés en Avignon quelque 4 heures plus tard, TGV oblige. Dès l’arrivée en gare d’Avignon, les enfants retirent leurs pulls et rangent les manteaux dans les valises : on a gagné facilement 5 degrés sur la Normandie.

Le temps d’un court trajet en bus et nous prenons possession de nos quartiers, dans l’auberge Bagatelle située sur l’île de la Barthelasse, juste en face du Palais des papes. Les enfants s’égayent comme une volée de moineaux, ils s’installent, s’interpellent, se chamaillent… ils sont enchantés de ce premier quartier libre. Qu’ils en profitent ! car dès ce moment, ils sont pris dans le programme très chargé que nous leur avons concocté, et un second temps libre ne leur sera proposé que le troisième jour…

Allez, Franchimandaïo, une virade en Prouvenço et vous reviendrez avè l’acssin !

Notre programme pour ce séjour d’une semaine :

dimanche 18 : départ de Rouen et arrivée en Avignon. Visite de la ville et du Palais des Papes. Une visite en audio-guide très difficile à suivre pour la plupart de nos zélés qui ne disposent pas encore du bagage culturel suffisant pour comprendre l’intérêt historique et religieux du bâtiment.

Entendu au passage : « Waaaaah regarde, ya toutes leurs photos, là, aux papes ! Viens, je vais te dire celui avec qui je me serais mariée. »

Au final, c’est beaucoup plus rigolo de faire des glissades dans la grande salle du réfectoire. Grand moment de solitude des enseignants.

lundi 19 : sur les traces de Pagnol, d’Aubagne à La Treille, le village de Lili des Bellons et du petit Marcel, juste sous le Garlaban… puis grande virade dans la garrigue ; on y voit presque Manon se rafraîchir à la source et Marcel brandir les bartavelles qui feront la gloire de son père ! Et depuis les hauteurs du massif du Garlaban, vue imprenable sur les calanques de Marseille… au fond, tout là-bas, c’est Notre-Dame de la Garde.
Les enfants ont raffolé de cette journée dans les parfums de résineux et de romarin, elle reste leur préférée.

Mardi 20 : Dur réveil pour nos pauvres zélés qui en ont plein les pattes depuis leur virade dans la garrigue. Sans pitié, nous leur annonçons que c’est aujourd’hui la visite d’Arles et de son patrimoine architectural qui est à l’honneur. Nous entendons les filles râler que, quand même, pour une fois qu’on va dans une ville, on pourrait les laisser faire du shopping. Mais du Musée de l’Arles antique à l’ancien hôpital de Van Gogh, du portail de l’église St-Trophime (pour les 5e) aux ruines du théâtres d’Arles (pour les 6e), ils sont attentifs et curieux. Leçon sur la voûte en croisée d’ogive et la clef de voûte qui sera réinvestie dès l’après midi même…

En plein midi, le soleil tape fort dans le cirque antique d’Arles… « Les enfants, pouvez-vous me dire qui l’on trouvait au cirque à l’époque, pour des jeux célèbres… ?

- beuh… des clowns ? (mine consternée de notre guide, les profs pouffent sous cape : encore une gaffe de Jules à noter dans un coin)

L’après-midi : Après un pique-nique sur les bords du Rhône, nous prenons le petit train des Alpilles qui n’est ouvert que pour nous et doit nous emmener à Fontvieille. On entend le vent et les oiseaux chanter, nous sommes aux portes de la Camargue et traversons des champs gagnés sur les marécages. En chemin, l’abbaye de Montmajour se découvre, elle se dresse au dessus de la frondaison des arbres, toute blanche dans son écrin vert. Le train s’arrête pour nous laisser en plein champ et toute la troupe finit à pieds vers l’abbaye, petits pèlerins babilleurs et gais.

L’abbaye de Montmajour est une splendeur d’architecture. Notre guide nous accueille et fait installer les zélés sur un monticule percé de cavités dans lesquelles ils s’empressent de se vautrer… le temps que le guide, avec un sourire en coin, leur explique qu’ils se trouvent sur la nécropole rupestre de l’abbaye et qu’ils ont posé leurs fesses là où avaient été inhumés auparavant les moines morts. Cris horrifiés de nos zélés qui se décalent tous, fascinés de se trouver plongés en plein roman gothique. Pour un peu, ils s’attendraient à voir surgir la Nonne sanglante !

Très rapidement, nos petits pèlerins ont repéré les éléments d’architecture romane, puis gothique. Leurs profs ne sont pas peu fiers ! Un ensemble de bâtiments les laisse perplexes, ils ont été refaits au XVIIe siècle. Les voici, nos zélés, dans la lumière du cloître de Montmajour.

En fin d’après midi, le petit train des Alpilles nous attend pour nous conduire gentiment jusqu’à Fontvieille, au moulin de Daudet.

Les enfants avancent d’un bon pas, ils commencent à prendre goût à ces balades en plein air, eux qui, en bon citadins, ne connaissent que la voiture pour aller chercher le pain. Avec le décamètre de leur prof de maths, ils relèvent la mesure du périmètre du moulin et dessinent sa forme géométrique… c’est dommage, on n’aperçoit pas la queue d’un lapin ! Ce sont eux qui ont dû être étonnés de voir débarquer tout un groupe de zélés en goguette !

Mercredi 21 : Nous partons à l’assaut du mont Ventoux ! Direction Sault, le pays de la lavande pour une randonnée dans les champs et un atelier scientifique. S’ils ne sont pas emballés par l’atelier, trop didactique à leur goût, nos zélés sont désormais incollables sur la lavande. Lavandin, lavandula latifolia ou angustifolia, c’est sûr ! ils sauront reconnaître l’espèce qui pousse dans leur jardin en Normandie !

Jeudi 22 : Debout en fanfare, nous partons au pont du Gard ! Les zélés ont pris le rythme, les profs, eux, n’ont pas leur compte de sommeil et ils commencent à traîner la patte… Au pique-nique, à l’ombre du grand pont, il nous prend une envie de faire la sieste !… je crois qu’il ne faudrait pas que notre excursion provençale se prolonge trop, ou nous finirions par adopter le rythme d’ici.

Regarde, lecteur, comme ils sont beaux, nos zélés zélèves !

L’après midi : Direction le Mas des Tourelles, non loin du pont, où notre guide nous accueille dans sa superbe propriété pour nous faire découvrir (et aux adultes déguster) le succulent et antique vin romain. Les enfants sont fascinés par le pressoir énorme et enchantés de leur visite. Les questions fusent, les réponses aussi… qui ont le mérite de faire s’écrouler de rire la majorité de la troupe.

« Les enfants, dites-moi si vous savez qui a succédé à Jules César ?

- c’est Jacques Chirac, M’dame ! »

Enfin, avant de regagner Bagatelle, un tour en Camargue ! Nous craignons un peu de ne pas voir grand chose, mais nous avons pris au passage un guide qui nous fait remarquer les différents animaux. Son oeil exercé n’en manque pas un, des aigrettes, des hérons, des flamands roses, des chevaux et les manades !

Le plus vieux taureau de la manade, celui que tous suivent et que l’on fait entrer dans l’arène lorsque le taureau ne veut pas sortir, c’est le Simbeù… Désormais, c’est aussi le nom du prof qui a monté ce projet ! Fou rire entre nous.

Vendredi 22 : C’est le jour du retour. Les enfants ont de plus en plus de mal à se lever le matin, mais aujourd’hui, ils sont nostalgiques et la perspective du retour les attriste un peu.

Pourtant, c’est dans la bonne humeur que tous bouclent leur valise et se rendent, une dernière fois, prendre leur petit déjeuner au restaurant de l’auberge. Avant le départ, une dernière visite ! Nous partons à Orange, admirer le grand théâtre antique.

A l’arrivée, les enfants sont ravis : la musique moderne tonitrue sous les murailles cyclopéennes du théâtre et à ses pieds, des jeunes préparent le tournoi de beach volley de l’après-midi. Pour un choc des civilisations…

La viside en audioguide est aussi difficile à suivre, pour certains, que celle du palais des Papes d’Avignon, mais comme il fait très chaud, ils ont laissé parler leur machine et se font dorer au soleil sur les gradins du grand théâtre… C’est bon d’être au soleil de Provence… Profitez, petits zélés, tout à l’heure, nous regagnons notre verte Normandie et ses brouillards matinaux…



« Se canto, que canto. Canto pas per you…

17 05 2008

…Canto per ma mio qu’es allen de you. »

 

Après l’Aiguille d’Etretat, la Provence…Ce seul nom chante l’eau, le soleil et les cigales. Le Chant du monde dans le camaïeu des bleus de Provence.
Les chants de Char, de Mistral et d’Aubanel. De Giono, de Pagnol, de Daudet. Et les sombres bleuités de la montagne Sainte-Victoire…

Nous partons dimanche avec des enfants, qui ne connaissent de la Provence que le parfum de l’extrait de lavande qu’ils ont distillé en chimie, les fautes d’orthographe de Lili et les bartavelles de Pagnol, la terrible soif de liberté qui tenaille la petite chèvre de monsieur Seguin et l’accent tout ensoleillé de l’un de leurs professeurs.

Dimanche, à l’heure de la sieste, nous prendrons nos quartiers en Avignon. De là, nous rayonnerons pendant une semaine à travers la Provence, le pays d’Aix, la Camargue, Tarascon, Aubagne…

Alors, pour vous faire patienter, quelques cigales…

(quelques cigales et, comme promis, un beau Se canto à vous faire écouter… )

« … Sian tout d’ami galoi e libre,
Que la Prouvènço nous fai gau ;
Es nàutri que sian li felibre,
Li gai felibre prouvençau !… »

(Chant des félibres, F. Mistral)

(Tous des amis, joyeux et libres, /De la Provence tous épris, /C’est nous qui sommes les félibres, /Les gais félibres provençaux !)

« … Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.
..

…Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon… » (La Sorgue, R. Char)

 » Si jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la cabro de moussu Seguin, que se battègue touto la neui emé lou loup, e piei lou matin lou loup la mangé.

Tu m’entends bien, Gringoire: E piei lou matin lou loup la mangé. »

(« La chèvre de monsieur Seguin », Lettres de mon moulin, A. Daudet)

Dou gotique Avignoun
Palais e tourrihoun
Fan de dentello
Dins lis estello.
Avignoun, grasiha,
de l’escandiho
Tambèn, de fès, que i’a
Lou jour soumiho !
Mai, s’acampo au soulèu
S, gai felibre lèu
Es di cigalo la capitalo…

(Chanson des felibres, T. Aubanel)

(Du gothique Avignon, palais et tourelles font des dentelles dans les étoiles..Avignon grillé de rayons tout de même quelquefois le jour sommeille ! Mais, s’il assemble au soleil ses gais felibres, vite il devient des cigales la capitale.)



« C’est le plus grand des voleurs…

15 05 2008

… oui mais c’est un gentleman… »

Aujourd’hui, virée à Etretat avec mes élèves. Je les emmène sur les traces d’Arsène Lupin, à la chasse au trésor de l’Aiguille creuse !Au rapport ce soir, pour un compte-rendu de la journée.

20h, LE COMPTE-RENDU EN QUESTION :

Où, lecteur ébaubi, tu découvres le parallèle surprenant entre Maurice Leblanc et Johnny Weissmüller…

Ce matin, visite du Clos Lupin, la superbe maison de Maurice Leblanc à Etretat. Celle dont il disait lui-même qu’elle était son « meilleur Lupin », celle qui a vu naître ses oeuvres préférées, L’Aiguille creuse et L’Agence Barnett, celle aussi qui fut témoin de ses heures les plus sombres.

 » Il me suit partout. Il n’est pas mon ombre, je suis son ombre. C’est lui qui s’assied à cette table quand j’écris. Je lui obéis. « 

Leblanc, dont la mère avait été accouchée par Flaubert père, et qui vouait au fils une admiration profonde, avait l’ambition d’écrire des romans et des nouvelles dont la langue, simple et élégante, toucherait le cœur du public. Une langue belle comme celle de Maupassant.

Mais tous ses livres sont rejetés, le public lui réclame Lupin, toujours Lupin. Alors il le fait mourir et décapite dans un accès de folie toutes les statues du parc de sa maison d’Etretat. Mais rien n’y fait, le public impitoyable réclame son héros et Leblanc est tenu de le faire reparaître. Alors, il l’enferme symboliquement à l’intérieur de sa maison. Le claquemure derrière une porte qu’il condamne.

Rencontré à Etretat un homme charmant qui a connu Maurice Leblanc vers la fin de sa vie et prétend nous montrer du doigt le cauchemar de l’écrivain : « Venez, dit-il, je vais vous montrer… »
Effectivement, sur l’un des côtés de la maison, dissimulée à la vue dans une rue dérobée, la porte apparait toute couturée de clous. « Vous voyez ? Il avait tellement peur de Lupin, qu’il l’a enfermé. »