VERS UNE GALAXIE DOCUMENTAIRE qui ne soit pas trop … ‘blanche’ !

25 09 2008

note perso : ‘tention je ne suis pas du tout un apôtre de la repentance. Mais, si le passé est mort, il vit parfois en nous à l’insu de not’ plein gré.

Anecdote.
Martine [
prénom modifié] est une amie nantaise, elle a 63-64 ans.
Fille de petits fabricants de meubles. elle se marie trop jeune, et, qui plus est, avec un alcoolo qui ne lui convient pas du tout. Elle en a deux filles qui le lui reprocheront en refusant finalement tout contact : elle ne connaît pas ses petits enfants.
Après différentes expériences professionnelles, elle se retrouve instit’ en retraite et conjointe d’un compagnon qui pète la forme et l’aide à reprendre pied.
Elle se met à étudier sa propre histoire et elle découvre deux secrets de famille ignorés y compris de ses frères et sœurs -
avec qui elle n’a très peu de relations.
Elle apprend qu’un de leurs aïeux au XIXème siècle a été bagnard.
Cette honte transmise inconsciemment a
bouffé la vie de son père qui ignorait lui aussi le fait.
Et, surtout, elle a retrouvé les traces d’autres ancêtres qui furent de riches armateurs dans un
commerce géométrique jadis florissant.
Le trop fameux trafic nantais entre la France, l’Afrique dire ‘noire’ et l’Amérique avait en quelque sorte marqué sa famille d’un sceau invisible, mais intériorisé d’infamie .

Ainsi “la HALDE” vient de découvrir que les manuels scolaires français étaient encore un peu trop ‘blancs’.

Ayant enseigné -ce n’était pas un hasard !- en Algérie durant cinq ans, et ayant enseigné par la suite en zone dite ’sensible’ où la population scolaire était pour le moins multicolore, j’ai toujours ‘coloré’ mes problèmes des maths en donnant aux héros des énoncés des prénoms d’outremer. Les Ali, Mustapha, Djavet, et autres Almeida peuplaient les classes et mes textes !
Sauf en géométrie ? Oui, effectivement.

C’est pourquoi il faut de suite aller sur le blog qui suit … vous ne serez pas déçu-e du voyage !
- http://
keke.hautetfort.com/album/paludisme-et-colonialisme/

Nouveau ! A partir d’un document [concernant l'Algérie] de 1923, nous présentons l’expression de la pensée coloniale (voire raciste) d’une époque au travers d’un fascicule de lutte contre cette maladie : il y a là matière à débat sur les bienfaits de la colonisation.
— - - - > cliquer ensuite sur Keke en haut à gauche

- http://keke.hautetfort.com : il s’agit ici de l’action notamment sanitaire de l’association ENTR’AIDE FRANCE MALI dans la commune de Niansanary dont le village Kéké fait partie.

[* : blog qui commence à comporter des éléments intéressants comme celui mentionné sur le paludisme].
En route vers les 200 consultations.

- http://beleko.hautetfort.com : Béléko est le thème d’une étude (thèse d’ethnologie) dont ce blog donne le résumé. Les relations familiales, le mariage, la dot, l’excision, la répudiation, … en sont le contenu. Des lecteurs originaires de Béléko se sont pris au jeu de coopérer à préciser certains détails.

[*** : lecture difficile, très exigeante mais passionnante]. près de 250 consultations.
Un nouvel album photos “PUTAIN D’AFRIQUE” est en cours de construction en relation avec les voyages d’Albert LONDRES en Afrique ‘Noire’.

- http://crdp.ac-lille.fr/sceren/kouloun/site/Accueil.htm : ce site explique par le détail les deux premières expériences menées en 2003 et 2004 ; il est hébergé par le SCEREN DE Lille.

[*** : site dense qui offre plusieurs niveaux de lecture, agréable de présentation et disposant d'un menu, bien qu'un peu touffu, il donne l'expression d'une aventure passionnante ].
En route vers les 2 400 consultations.

- http://kouloun.hautetfort.com : ce blog décrit les actions du Lycée Turgot de ROUBAIX concernant l’électrification de bâtiments communaux de la commune de Kouloun, près de Kayes. Et surtout, la formation d’un électricien du village de Gabou.

[*** : blog complet un peu brouillon, très intéressant].
Plus de 1 400 consultations.

->Dans ce même blog, vous pouvez trouver différents éclairages pèle-mêle sur :
(voir ci-dessous sur cette même page)

- THIAROYE, Histoire d’un massacre méconnu.

Histoire vraie et dramatique de tirailleurs sénégalais à la fin de la guerre 39-45.

- La coopérative multifonctionnelle de Somankidi (Kayes MALI)

Histoire vraie et plus réjouissante que la précédente de travailleurs migrants de la sous région Ouest qui à la fin des années 1960 reviennent au pays s’investir et créent un outil de développement qui existe toujours.

- Il est un village sahélien nommé Gabou

Ce sont les migrants de ce village qui sont à l’origine de notre coopération au Mali et en particulier avec la commune de Kouloun.

- Le Sahel…d’après “L’homme et la sécheresse” de Monique MAINGUET

Il s’agit d’un résumé partiel d’un ouvrage consacré aux problèmes qui concernent les ami-e-s que nous connaissons maintenant.

->Quelques pages complémentaires abordent
(voir le bandeau ci-dessus)

- Les langues maliennes :

il s’agira en réalité d’évoquer succinctement le soninké langue commune à une part du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie.

- L’aventure de Boubacar :

c’est le feuilleton qui vient de débuter racontant l’histoire d’un migrants qui désire retourner dans son pays.

- Le climat sahélien :

nous y ajouterons aux données concernant des informations voisines exemple ici un aperçu des aventures et actions de Wangari MAATHAI, prix NOBEL de la Paix 2004.

CETTE GALAXIE DOCUMENTAIRE EST A VOTRE SERVICE
ET DÉDIÉE A L’Afrique
, AUX Afriques, AUX africain-e-s, …

OBJECTIF :
- donner des éléments concrets de connaissance notamment sur les zones sahéliennes ou confrontées à la déforestation.
COMMENT :
- en ABORDANT tous les sujets, l’Histoire, la Géographie, …
- en UTILISANT des Biographies ou Monographies, …
- vers un TABLEAU MOSAÏSTE et auquel vous pouvez ajouter des éléments par des commentaires, des suggestions qui seront intégrés aux textes.

Voir aussi : sur lewebpédagogique le forum “profs” rubrique “VIVE L’AFRIQUE DE L’OUEST !

Je recycle mes papiers avec Elise

Recommandé par des Influenceurs
pour contacter l’auteur : mhousez@nordnet.fr


THIAROYE, Histoire d’un massacre méconnu. Par P.Housez

4 05 2008

L’épisode le plus connu de l’histoire de Thiaroye est celui d’un massacre.

Le village de Thiaroye (prononcer tia-roi ou mieux tia roïe) a été fondé vers 1800.

Thiaroye fait partie des épisodes peu glorieux de l’Histoire de l’Humanité, et d’autant moins glorieux et surtout révoltant qu’ils participent d’une Histoire cachée, oubliée, inconnue ou à tout le moins méconnue.
Depuis quelques années, la situation évolue. Mais, des progrès sont encore à faire.

- Récemment le premier ministre canadien a présenté aux indien-ne-s, premiers occupant-e-s, les excuses de l’État du Canada.
- En Australie depuis 1997, le 26 mai est devenu la journée nationale du pardon. Elle a été instituée pour faire connaître les torts causés aux premiers habitant-e-s nommés ‘aborigènes‘ [= habitants premiers].
- En France, « Indigènes », le film de Rachid Bouchareb, sorti en 2006, a permis une évolution remarquable du regard de la société française sur certains de ses anciens combattants méconnus et oubliés. Et en effet, le 27 septembre suivant, le gouvernement Dominique de Villepin a annoncé que les 80 000 anciens combattants de l’Empire français encore vivants percevront à nouveau les mêmes retraites que leurs compagnons d’armes français.

La question du paiement des arriérés (sur une période de plus de 40 ans) et des intérêts demeuraient cependant en suspens. Leur retraites avaient été gelées au moment même où leurs pays respectifs devaient indépendants.
- En 2008, l’ambassadeur de France s’est rendu à Sétif pour reconnaître le massacre de 1945.

Le massacre de THIAROYE fait partie de ces histoires peu connues de l’Histoire.
Voici donc ce que l’on en connaît.

Fin novembre 1944, 1 280 soldats africains originaires de différents pays (*) de l’Afrique occidentale française – communément appelés tirailleurs sénégalais – sont regroupés dans un camp de transit à une quinzaine de kilomètres du centre de Dakar. Ils ont affronté l’attaque allemande de mai-juin 1940 en première ligne avec un taux de perte voisin de 10% (contre 4% en moyenne pour les troupes métropolitaines).
Il faut savoir aussi que certains d’entre eux, faits prisonniers et quand bien même blessés, ont simplement été exécutés par les troupes d’élite du Reich vexées d’être contenues par des Noirs (voir le Tata sénégalais de Chasselay à savoir tata = « enceinte de terre sacrée », où l’on enterre les guerriers morts au combat.).

La plupart subiront leur captivité en France ; en effet, les Nazis refusent de les voir sur leur sol et ils sont utilisés comme main d’œuvre forcée au mépris des conventions de Genève.
Certains seront concentrés en Frontstalag (ou « camp de prisonniers du front »), dans le cas présent en France, seront employés dans des fermes. Ils sont employés dans des exploitations agricoles en France, encadrés par des prisonniers de guerre métropolitains. Ils attirent curiosité et sympathie par l’exotisme qu’ils représentent. Avec trois fois rien, ils se confectionnent des outils et surtout des instruments de musique.
D’autres, moins chanceux au final, seront exploités en Bretagne, à Morlaix notamment, et amenés à contribuer à la production d’armement destiné au front russe. Cependant, ils ont les contacts avec leurs ‘collègues’ métropolitains leur permettront de comprendre certains ressorts de la vie en Europe. Ils finissent par comprendre une évidence : face aux vainqueurs allemands, prisonniers métropolitains et prisonniers coloniaux subissent tous un sort semblable : ils sont à égalité … loin de ce qui se passe en Afrique.

Quelques-uns même feront partie des maquis de résistants.

Alors que la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée, ils sont parmi les premiers prisonniers libérés.
Mais afin de ‘blanchir’ [terme utilisé à l’époque] les troupes françaises, il est décidé de les démobiliser.

Ils devraient logiquement toucher un petit magot constitué de leurs arriérés de solde, du pécule de prisonnier de guerre et surtout de la prime de démobilisation. Le tout représente une somme que, au pays, même les colons blancs sont rares à posséder.

Au lieu de les démobiliser en France, le ministre des colonies leur promet de le faire à Dakar où ils arrivent le 21 novembre 1944.
Cependant, la mentalité coloniale locale est tout simplement restée raciste, ils sont sujets aux mauvais traitements et aux vexations. Qui plus est, faute de transmission d’ordres clairs en ce sens ou de fonds en cette période confuse, la juste rétribution de leurs services (pourtant accordée aux soldats métropolitains) leur est finalement refusée. En outre, l’avance qu’ils ont reçue à leur départ à Bordeaux suscite versée en francs métropolitains doit être changée en francs CFA. On leur propose un taux de change infamant.

Ils se mutinent le 30 novembre et prennent en otage le général français Danian qu’ils libèrent peu après. Le lendemain, le bataillon de Saint-Louis de l’armée française donne de nuit, l’assaut du camp (désarmé) faisant d’après le rapport officiel trente-cinq tués et autant de blessés. Une trentaine de survivants, considérés comme meneurs sont condamnés à des peines de un à dix ans de prison. Ils auront une amende de 100 francs de l’époque et perdent leurs droits à l’indemnité de démobilisation. Ils seront graciés en 1947, lors de la venue à Dakar de Vincent Auriol, président de la République, mais sans recouvrer leurs droits à leur retraite militaire.

Cet épisode de la guerre 39-45 est méconnu en France.

De la même façon que les massacres de Madagascar de 1949 où l’on évoque 89 000 morts civils.

Voir le film CAMP DE THIAROYE (1988) de Sembène OUSMANE (décédé le 9 juin 2007) qui retrace cette affaire de manière recomposée à partir de témoignages.

Voir “DES TRANCHÉES DE VERDUN A L’ÉGLISE St BERNARD” (2003) le livre de Bakari KAMIAN, agrégé d’Histoire. Il y évoque les troupes coloniales impliquées dans les conflits du XXème siècle.

(*) pays d’Afrique Occidentale Française ou A.O.F. : Côte d’Ivoire, Dahomey (Bénin), Haute Volta (Burkina Faso), Mauritanie, Niger, Togo, Sénégal, Soudan Français (Mali).

pays d’Afrique Occidentale Française ou A.E.F. : Congo (Brazzaville), Gabon, Oubangui-Chari (Centrafrique) Tchad.



La coopérative multifonctionnelle de Somankidi (Kayes MALI) par Pierre Housez

5 04 2008

Pour le bien, il faudrait retourner sur place et passer un moment en journaliste pour y recueillir des données très précises avec noms et prénoms, dates et lieux exacts, et surtout des données chiffrées.

Mais voici ce que nous avons appris en février 2004 (voir kouloun.hautetfort.com )

Fin des années soixante début septante.
Il était une fois … une quinzaine de travailleurs migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest (maliens, sénégalais, mauritaniens, guinéens, …).
Ouvriers chez Renault à Billancourt, ils sont aussi anticolonialistes, plus ou moins syndiqués à la CGT, et se cotisent pour soutenir la révolte d’Amilcar CABRAL.

Ils soutiennent aussi leurs familles restées au pays. Mais, paysans ils sont nés, paysans ils restent et décident de revenir au pays avec les moyens financiers qu’ils auront mis en commun.
Qui plus est, par des complicités diverses, ils obtiennent de faire un stage de formation professionnelle de six mois dans des exploitations agricoles françaises -en Champagne, notamment-. Bien sûr qu’il n’était pas prévu de faire faire des stages agricoles à des ouvriers migrants de l’industrie automobile, du bâtiment ou des travaux publics.

Ils se mettent donc en recherche d’une zone propice à fonder une coopérative que d’emblée ils veulent “multifonctionnelle”. Un espace s’offre à eux que le Mali de Moussa TRAORE -dictateur tourné vers l’URSS- voit d’un œil sympathique ou à tout le moins neutre.

Ils s’installent donc sur la rive droite et en bordure du fleuve Sénégal à une quinzaine de km en aval de la ville de Kayes. Pendant que les femmes créent des potagers qui feront vivre la communauté durant deux années, les hommes défrichent, aménagent et plantent. Ils produisent surtout de la banane légume ou plantain mais aussi de l’oignon.

Avec leurs économies mises en commun, ils se dotent de pompes et peuvent donc irriguer leur petite ‘oasis’ qui se développe peu à peu -soit 120 personnes en 2004- en marge du village de Somankidi Coro (le vieux).

C’est par pirogue à moteur qu’ils alimentent chaque jour le marché de Kayes. Ils nous ont accueillis comme des visiteurs de marque, comme des frères.
Ils serait complètement erroné de voir en ces paysans sexagénaires des êtres coupés du Monde, refermés sur leur africanité locale et étriquée. Non, ils avaient rencontré José BOVE au Burkina-Faso car les projets de cotons OGM se discutaient à l’époque. Et écoutant Radio France Internationale, ils savaient tout de la politique française !

La coopérative de Somankidi Coura (la neuve) est présidente de l’association des périmètres irrigués du fleuve Sénégal. Et, ce n’est pas un hasard, le centre régional de formation agricole s trouve à Samé, de l’autre côté du fleuve.

Nous gardons le souvenir de cette rencontre comme un bien précieux en attendant que quelqu’un-e d’entre nous y retourne ou quelqu’un-e d’autre y aille pour compléter l’enquête sur cette coopérative qui est en elle même une leçon d’Humanité.



Il est un village sahélien nommé Gabou

5 04 2008

Créé en 1863 par Savan SY venant de Kouloun, Gabou n’était qu’une halte à la belle saison après les pluies de l’hivernage et les récoltes, et avant la saison sèche. On y trouvait gibier, eau et ombrage. La famille de Savan SY fut rejointe par d’autres.
Gabou est aujourd’hui un village de plus de 2 500 habitant-e-s dont une part est expatriée. C’est le lot de nombreux villages de la région de Kayes (MALI) où des hommes ont été missionnés pour rejoindre qui la France, le Sénégal ou autres pays africains.

Ce blog est destiné à vous faire découvrir, à la fois, ce village, sa commune d’appartenance, la région de Kayes. Et par suite, le Mali et l’Afrique de l’Ouest.

Nous sommes allé-e-s par trois fois à Gabou installer des capteurs solaires sur des équipements communaux : nos élèves électriciens ont participé à cette action de coopération qu’il convient d’appeler “internationale” et “décentralisée”. Mais en réalité c’est d’abord une toute petite aventure humaine et intellectuelle.

Nous avons été amené-e-s à découvrir globalement l’Afrique et les voyages en avion -si coûteux et polluants-, le Mali et sa pauvreté, la région de Kayes et le Sahel, la commune de Kouloun et les réalités institutionnelles maliennes actuelles, la réalité rurale de Gabou et de différents villages maliens d’aujourd’hui. Ce ce que nous voulons partager d’autant plus que nos partenaires financiers et techniques étaient pratiquement tous publics ou associatifs. C’est à dire désintéressés.

Seules conditions : vouloir découvrir l’Afrique ou les ‘Afriques’ (notamment de l’Ouest) - avoir une démarche constructive, cohérente, empreinte d’esprit logique, objectif pour ne pas dire scientifique. Ce sera à la fois de l’histoire et de la géographie, de la sociologie et de la climatologie, voire de l’urbanisme et pourquoi pas plein d’autres choses culturelles, artistiques. Attention, au rythme cool de l’Afrique où l’information circule parfois mal.

Il convient enfin de remercier la communauté des ressortissants du village de Gabou et de la Commune de KOULOUN résident en France.

Mais, d’ores et déjà, vous pouvez consulter trois blogs qui concernent ce thème et d’autres voisins à partir duquel nous allons construire ce blog qui est avant tout le vôtre.

http://kouloun.hautetfort.com

http://keke.hautetfort.com

http://beleko.hautetfort.com

Édition : Édition



Le Sahel…d’après L’homme et la sécheresse de Monique MAINGUET

5 04 2008

Pour comprendre ce que l’on entend par SAHEL c’est à dire “LE RIVAGE” en arabe, nous avons lu en particulier l’ouvrage qui suit.

L’homme et la sécheresse de Monique MAINGUET (chez MASSON géographie 1995) est une somme à découvrir mais qui ne concerne pas que le Sahel.
Nous nous en sommes inspiré largement pour donner les éléments qui suivent.

1 - La première question à se poser est de l’évolution climatique

Le climat est évidemment la donnée fondamentale qui marque les régions sahéliennes. Il est donc nécessaire de l’examiner.
Remarque : cet ouvrage date d’une époque où le notion de changement climatique n’est pas encore de mode.

Les 1ères mesures et relevés météorologiques en Afrique de l’Ouest datent de 1900.
La sécheresse de 1910 à 1915 est appelée “tasbane” en peul c’est-à-dire la période calamiteuse ; à St Louis du Sénégal, en 1914, les précipitations ne sont que de 144 mm au lieu des 330 mm relevés, que l’on trouve auparavant et ensuite de 1964 à 1974.
La sécheresse 1940-1949 est nommée, en songhaï, le “wanda tassu” = ‘renvoie ta femme’ [pour avoir une bouche en moins à nourrir] et seul l’hivernage entre 1945 & 1946 est correct.
Sécheresse 1968 à 1973 : nouvelle période sèche suivie de 1974 & 1975 moins déficitaires et une reprise de la sécheresse jusqu’en 1985 avec accentuation de1982, 83 et 84.
Période convenable de 1987-1993 : si de poches de sécheresse ont voisiné à chaque fois des zones arrosées, les périodes de sécheresse ont eu un effet cumulatif et n’ont épargné aucun pays.
Tout se passe comme si durant les années 1950 où les moyennes pluviométriques sont meilleures, les populations diverses de la zone ont colonisé des franges jusqu’alors moins peuplées.

Remarque : le film ‘le NIGER UN FLEUVE à la DÉRIVE‘ de Philippe CONSTANTINI montre la réduction du delta intérieur du Niger de 30 000 km² à moins de 8 000 km². entre les années 1960 et 1980. La question d’un changement du climat est donc posée.

2 - Handicap au développement, la question suivante est de cerner la notion de sécheresse.

A une aridité permanente, se superposent des crises de sécheresse qui accentuent le déficit hydrique.  La sécheresse résulte d’un déficit temporaire de précipitations. La production alimentaire des écosystèmes sahéliens et soudaniens d’Afrique est sévèrement affectée par les sécheresses. La variabilité temporelle des précipitations, principal handicap au développement, se complique dans l’espace d’une répartition des pluies en taches, non exprimée sur les cartes en isohyètes (courbes d’égale pluviométrie).

Les sécheresses ne sont pas expliquées. Nous ne savons pas pourquoi elles se produisent actuellement ni pourquoi elles ont existé dans le passé. Cependant la théorie des systèmes non linéaires, “le chaos déterministe”, commence à faire comprendre ces phénomènes “exceptionnels”, découlant de phénomènes météorologiques “globaux” dont les fluctuations, liées probablement à l’activité solaire, ont un impact planétaire.
Le déficit pluviométrique est la cause première de toutes les sécheresses mais selon leur nature, elles ne se limitent pas aux précipitations déficitaires.

- La sécheresse météorologique, selon les hydrologues, est celle dont l’écart relatif par rapport à la moyenne pluviométrique dépasse 20 %. Tandis qu’en Europe les sécheresses sont la plupart locales, elles atteignent fréquemment l’échelle régionale en Afrique. Celle de 1968 à 1985, appelée sahélienne, a affecté, surtout entre 1972-73 et 1983-84, les pays du Sahel, de la Mauritanie à l’Éthiopie. Son extension implique des causes de grande ampleur spatiale et de long terme, sa récurrence en Afrique est son trait majeur.

En 1992, 20 millions de personnes ont été confrontées à la famine à cause d’une production agricole déficitaire et de la mort de milliers de têtes de bétail à la suite de la sécheresse de 1991-1992. Quatre milliards de $ US ont été dépensés pour des importations de vivres et des programmes de réhabilitation; celle de 1982-84 n’avait coûté que 2 milliards de $ US. Ces crises de sécheresse sont porteuses de leçons, les gouvernements touchés acceptant de les considérer comme un phénomène climatique normal. Des prévisions climatologiques pour guider les producteurs sont indispensables.

Le réchauffement des années 1920 s’accompagna au Sahel, en Inde du nord et en Chine septentrionale, d’un épisode pluviométrique excédentaire. A l’inverse, au refroidissement des années 1960 coïncida la sécheresse persistante du Sahel, de la péninsule arabique, de l’Inde septentrionale, du plateau tibétain et du nord de la Chine, dont 50 % des terres sont arides à semi-arides.

- La sécheresse hydrologique exprime la diminution de l’écoulement superficiel des cours d’eau, la baisse naturelle du niveau des nappes souterraines et du niveau des lacs modifiée par le coefficient ruissellement / infiltration et par l’évaporation. Sous le Continental Terminal, à 55 mètres de profondeur, la nappe des Sanié, au Tchad, au nord du 13e parallèle, a subi un rabattement de 10 mètres, dû à l’absence de recharge consécutive à une moindre pluviosité dans les dernières décennies.

- La sécheresse agricole, à laquelle s’ajoute la sécheresse pastorale se définit par le rapport déficitaire demande due aux activités humaines / offre potentielle d’eau.

- La sécheresse édaphique dépend de l’infiltration de l’eau à la surface et de sa percolation à travers les sols ; elle se définit par le dessèchement des sols et par la diminution de l’infiltrabilité donc par l’accentuation du caractère d’aridité des paysages.

- La sécheresse socio-économique surviennent, lorsque l’État vend à sa population plus d’eau qu’il ne peut en restituer à l’environnement : ce sont moins les sécheresses qui sont alors en cause que la médiocre gestion des ressources en eau.

Une autre approche est d’examiner les caractéristiques des sols et en particulier les sols minces vulnérables et à faible potentiel agricole

Un sol est le résultat de l’interaction entre la roche mère, la topographie (accidents de terrain), les facteurs météorologiques (pluie, température, vent) et biologiques : c’est un processus très lent et d’autant plus en milieu sec on dira que la ‘pédogenèse‘ y est lente.

sols secs (soit 10 classes sur 28 au total)

en 106 ha

en % du total

1

désertiques (bruts minéraux)

620

21,8

2

sableux

577

20,3

3

salés

67

2,3

4

acides de régions tropicales basse

509

17,9

5

tropicaux de hautes terres

39

1 ,4

6

argileux

99

3,5

7

tropicaux ferrugineux

194

6,8

8

méditerranéens

87

3,1

9

mal drainés

276

9,7

10

peu épais

376

13,2

total

2 884

100,0

Origine : carte des sols du monde de l’UNESCO

Les sols argileux sont fortement présents au Sahel (Soudan, Niger, Maroc, Burkina) ; ils sont difficiles à travailler car mouillée l’argile gonfle, devient collante, lourde et sèche, elle se craquelle et durcie. Ils sont parfois travaillés en irrigation.

3 - Le classement selon la couverture végétale qui définit en fin de compte le potentiel économique est un autre passage obligé

- l’arbre est absent du Sahara ; il n’apparaît que si les pluies dépassent 150 mm.

- la vocation des milieux secs jusqu’à 350 à 400 mm de pluie par an, est en général pastorale. Sauf cas d’irrigation, on ne peut que les parcourir et non les cultiver.

- plusieurs types de végétations sont à distinguer dans les zones arides et de sécheresse :

- les espèces arido-passives dont le tissu photosynthétique est passif en saison sèche car leur cycle est limité à la période pluvieuse annuelle ou occasionnelle ;
- les espèces arido-actives qui possèdent des réserves d’eau leur permettant de fonctionner au ralenti durant la saison sèche : leur stomates (pores, orifices de respiration et évaporation) sont rares et les feuilles petites, voire sous forme d’épines.
- les annuelles aux graines très nombreuses et à période de dormance longue.
- les pérennes ont adapté leur système radiculaire, selon l’épaisseur de la couche meuble, soit superficiel pour capter l’eau de surface, soit profond pour exploiter les nappes souterraines.

- le tapis végétal du Sahel :

la steppe sahélienne occupe de vastes superficies depuis la Mauritanie et Sénégal à l’Éthiopie et Somalie où la brièveté de la saison des pluies et l’irrégularité interannuelle rythment la végétation dont la période active dure de un à trois mois.
Elle est délimitée par deux lignes de pluie, de 100-200 mm à 500 mm, où on y distingue deux zones :
- le Nord Sahel ne possède qu’une végétation herbacée où chaque touffe est espacée des autres par un espace nu ;
- le Sud Sahel est là où les arbres quittent la rive des cours d’eau pour se disséminer dans le paysage. Les herbacées saturent alors le sol à la saison des pluies. Les variétés ligneuses créent une zone propice à certaines herbacées d’ombre ;

- la vocation de pâturage de la steppe sahélienne :

Le tapis herbacé reste lâche avec prédominance de graminées vivaces xérophiles (très résistantes à la sécheresse) c’est-à-dire l’Aristida pallida, le Panicum turgidum. Sur sol argileux ou squelettique, le couvert herbacé est nul, et diffus sur sol sableux (40 g/m²soit 400 kg/ha) et plus dense sur sol limoneux (50g/m² soit 500kg/ha).
Dans les steppes sahéliennes, le recouvrement ligneux (arbres et arbustes) est passe de 5% à 60% au Sud Sahel.
Notons à proximité des fleuve Niger ou Sénégal, l’existence des burgu ou bourgoutières à Echinochloa stagnina (*) qui sont des prairies inondées à la saison des pluies.
(*) Plante tropicale pérenne, aquatique, poussant le long des cours d’eau, dans les lacs et les lagunes, jusqu’à une profondeur de 3 m. Longues tiges tralnantes, feuillues, flottant à la surface de l’eau, à haute teneur en sucre. Fanée, elle donne un fourrage grossier mais appété. Au retrait de la crue, les tiges prennent racine au niveau des noeuds et donnent un excellent regain, pâturable en saison sèche. Très productive : 600 à 1 700 g/m².

A savoir : le Panicum miliaceum ou Millet commun, mil, proso, Indian buffalo grass est une céréale annuelle à cycle court dont les grains servent à l’alimentation humaine comme à celle de la volaille. C’est une culture dérobée utile pour fournir des aliments en cas d’urgence.

Extrait de : http://www.fao.org/ag/aga/agap/frg/afris/fr/Index_fr.htm

- Le contraste d’extrême saisonnalité dans le Sud Sahel est saisissant.

- les pâturages de saison sèche :

- pâturages de décrue : alimentés par les fleuves allochtones et à l’abri des variations climatique ; ils fonctionnent en début et fin de saison des pluie donnant des espèces alibiles (nutritives).
- pâturage de paille : toutes les graminées ne fournissent pas la même qualité de paille, plus elle est fine et comportant de restes de feuilles ou des graines plus elle est appréciée.
- pâturages aériens : offert par les arbres fourragers dont les feuilles fournissent un fourrage précieux en saison sèche pour les gazelles et le bétail. Mais, dans les périodes de disette, pour donner un fourrage vert à leurs animaux les pasteurs nomades émondent les arbres verts jusqu’à les amputer à mort, sans régénération possible. Ex. mort de 50% des Acacias Radianna au Tchad et Niger dans les années 1970-80.

- la valeur du potentiel fourrager et capacité de charge :

- la productivité d’un pâturage : en kg de matière sèche ou énergie par ha ; malheureusement la biomasse herbacée produite en période active ne se conserve guère et la responsabilité en revient aux feux de brousse.
- l’appétibilité des espèces végétales est variable.
- les quantités consommables : la consommation journalière des animaux est des 2,5 kg de matière sèche par 100 kg de poids vif. Mais seul 50% en moyenne d’une production herbacée est considérée comme consommable en raison du piétinement, du broutage lui-même et de la nécessité de préserver la ressource.

- la digestibilité des espèces consommées.
Exemple pour la graminée Cenchrus diflorus seule 16% de la masse sèche est mobilisable durant la saison des pluies, 4% en paille de novembre et 2,6% en avril.
Exemple des gousses d’Acacia albida de 11% en mars et 18% pour les feuilles.
Il faut savoir que si la valeur énergétique de graminées jusqu’au milieu de saison sèche est suffisante, la teneur en azote peut être insuffisante. Un complément en matière ligneuse (feuilles et fruits) doit être alors envisagé.
Les vivaces sont plus intéressantes que les annuelles : bien qu’elles soient moins nutritives, elles apportent 2,5 t/ha de matière sèche contre 1 t/ha ; elles ont une production plus étalée dans le temps ; leurs regains sont pourvus de carotène ; la persistance de leur souche enrichit le sol en matière organique ; elles sont en outre utilisées pour la maintenance des puisards, puits et la construction des palissades.
Enfin, les premières pluies permettent un développement des graminées (il suffit de deux pluies de 3 mm espacées d’une semaine), mais si le front intertropical recule c’est tout le Sahel qui jaunit ; les annuelles meurent, et si la pluie revient, seules, les vivaces qui reverdissent.
La période utile des pluies va du 15 juillet au 31 août.
La qualité d’un pâturage en résumé est d’une grande variabilité au cours d’une année.

- la capacité de charge d’un pâturage est difficile à quantifier. En l’absence de feu, on peut l’estimer en zone sahélienne de 25 à 60 kg de masse vive d’animal par ha et pan an. En bourgoutière, la capacité peut se monter à 2 500 kg de masse vive !
En zone tropicale, il faut compter de 3 à 20 hectare annuel par unité de bétail quand en Normandie environ 1 ha/an suffit pour un voire deux animaux de 600 à 700 kg.
La fragilisation du couvert végétal par les activités humaines
- le déboisement pour le combustible de cuisine :

Une forêt est définie par la FAO comme une aire de plus de 10 ha d’arbres, c’est-à-dire une plante ligneuse de plus de 7 m.
Mais la densité de population est devenue un danger pour les forêts de milieux secs : les coupes de bois autour des villes et en milieu rural sont un problème commun.
Au milieu des années 1980, le bois mort est déjà absent à Abéché (Tchad) dans un rayon de 10 km, à 100 km à Khartoum (Soudan).
Faute d’électricité, les communautés rurales recourent au bois. Les filières solaires, éolienne et biogaz se développent mais insuffisamment.

- la recherche de matériaux de construction sélectionne les plus belles tiges. Les espèces qui résistent aux termites, se sont raréfiées dans tout le Sahel.
L’eucalyptus d’origine australienne est à réserver aux zones sacrifiées car contrairement à l’Acacia albida il est dépourvu de nodules fixateurs d’azote.
Photo 12 page 78 : village de Diébégou ;
- les feux de brousse volontaires ou non détruisent l’humus qui favorise la rétention d’eau, la richesse en sels minéraux, ainsi que a vie microbienne.
Le feu va laisser un sol nu sensible à l’érosion éolienne.
Ils ne sont utiles que pour la dissémination des graminées peu nutritives et permettent au bétail d’accéder à des zones de fourrage de qualité meilleure ou préservée.
- l’ébranchage souvent destiné à rendre le feuillage plus accessible aux animaux, l’abattage pur et simple est aussi pratiqué par les éleveurs.
- le défrichement est pratiqué en raison de l’absence quasi-totale de fumure. Les périodes de jachères qui avaient une durée de 5 à 10 ans (voire 20 à 30 ans en pays haoussa au Niger), sont abrégées en raison de l’augmentation de population. Le maraîchage en outre est responsable de l’abaissement de la nappe phréatique. L’amélioration des conditions sanitaires a conduit à un accroissement de la population d’éleveurs et du cheptel. La sédentarisation facilitée par le recours aux forages profonds et au puisage mécanique ont permis la surexploitation ou le déséquilibre d’aires proches des points d’eau ou rives de grands cours d’eau.
- le surpâturage qui résulte aboutit en zone sèche à l’élimination des espèces nutritives et à la multiplication des épineux et à la multiplication d’une végétation boisée et buissonnante peu intéressante pour le bétail.
- le piétinement s’il peut par un effet de labourage avoir des effets positifs, entraîne un compactage du sol et une perte de la capacité d’infiltration néfaste. Les sols plus légers sont ameublis et rendus sensible aux érosions éoliennes et pluviales.
Voir pyosphère p. 81
Remarque : les populations nomades modifient la physionomie, la composition et la dynamique des formations végétales par le transport (sur pelage animal ou vêtements) de graines, par l’action sur les arbres (branches, écorces, fruits).
L’augmentation des graminées à cycle court, la disparition du profil de sols permettant la survie de graminées annuelles, l’apparition de zones dénudées et damées, asphyxiantes (phénomène de brousse ‘tigrée’ en Sahel) ; il faut ajouter le piétinement et arrachages des jeunes germinations.
Pourtant, l’apport d’azote par les excréments du bétail permet le multiplication d’arbustes ; le potentiel productif des pâturages sahéliens semble malgré tout se maintenir à l’exception des aires sur pâturées.

 

n - La problématique de fond du contexte sahélien

- c’est la recherche d’une co-viabilité entre les hommes et les écosystèmes dont les données environnementales, socioéconomiques et politiques se sont profondément transformées depuis au moins vingt ans.
Le contexte se caractérise par :

· une compétition dans l’accès aux ressources naturelles,
· une absence de gestion rationnelle,
· une multiplication des conflits,
· une pression accrue sur le milieu,
· des stratégies de survie à court terme,
· une multifonctionnalité de l’espace à organiser,
· l’inapplicabilité d’un droit étatique d’origine occidentale plaqué sur des normes et règles traditionnelles dépendantes de divers fonds culturels,
· le besoin d’un droit positif légitimé par tous (populations et État) pour une sécurisation foncière de tous les usagers et exploitants.

2. Des moyens d’analyse pour y répondre:

· une redéfinition des rapports fonciers,

· la nouvelle notion d’espace-ressource,

· les maîtrises foncières, expression du rapport juridique de l’homme à l’espace et à la ressource,

· une représentation matricielle des rapports fonciers,

· les mécanismes et les rouages de la décision dépendant des représentations, des logiques et des stratégies des acteurs,

· le nouveau concept de foncier-environnement comme base juridique de gestion et de conservation.