La coopérative multifonctionnelle de Somankidi (Kayes MALI) par Pierre Housez
5 04 2008Pour le bien, il faudrait retourner sur place et passer un moment en journaliste pour y recueillir des données très précises avec noms et prénoms, dates et lieux exacts, et surtout des données chiffrées.
Mais voici ce que nous avons appris en février 2004 (voir kouloun.hautetfort.com )
Fin des années soixante début septante.
Il était une fois … une quinzaine de travailleurs migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest (maliens, sénégalais, mauritaniens, guinéens, …).
Ouvriers chez Renault à Billancourt, ils sont aussi anticolonialistes, plus ou moins syndiqués à la CGT, et se cotisent pour soutenir la révolte d’Amilcar CABRAL.
Ils soutiennent aussi leurs familles restées au pays. Mais, paysans ils sont nés, paysans ils restent et décident de revenir au pays avec les moyens financiers qu’ils auront mis en commun.
Qui plus est, par des complicités diverses, ils obtiennent de faire un stage de formation professionnelle de six mois dans des exploitations agricoles françaises -en Champagne, notamment-. Bien sûr qu’il n’était pas prévu de faire faire des stages agricoles à des ouvriers migrants de l’industrie automobile, du bâtiment ou des travaux publics.
Ils se mettent donc en recherche d’une zone propice à fonder une coopérative que d’emblée ils veulent “multifonctionnelle”. Un espace s’offre à eux que le Mali de Moussa TRAORE -dictateur tourné vers l’URSS- voit d’un œil sympathique ou à tout le moins neutre.
Ils s’installent donc sur la rive droite et en bordure du fleuve Sénégal à une quinzaine de km en aval de la ville de Kayes. Pendant que les femmes créent des potagers qui feront vivre la communauté durant deux années, les hommes défrichent, aménagent et plantent. Ils produisent surtout de la banane légume ou plantain mais aussi de l’oignon.
Avec leurs économies mises en commun, ils se dotent de pompes et peuvent donc irriguer leur petite ‘oasis’ qui se développe peu à peu -soit 120 personnes en 2004- en marge du village de Somankidi Coro (le vieux).
C’est par pirogue à moteur qu’ils alimentent chaque jour le marché de Kayes. Ils nous ont accueillis comme des visiteurs de marque, comme des frères.
Ils serait complètement erroné de voir en ces paysans sexagénaires des êtres coupés du Monde, refermés sur leur africanité locale et étriquée. Non, ils avaient rencontré José BOVE au Burkina-Faso car les projets de cotons OGM se discutaient à l’époque. Et écoutant Radio France Internationale, ils savaient tout de la politique française !
La coopérative de Somankidi Coura (la neuve) est présidente de l’association des périmètres irrigués du fleuve Sénégal. Et, ce n’est pas un hasard, le centre régional de formation agricole s trouve à Samé, de l’autre côté du fleuve.
Nous gardons le souvenir de cette rencontre comme un bien précieux en attendant que quelqu’un-e d’entre nous y retourne ou quelqu’un-e d’autre y aille pour compléter l’enquête sur cette coopérative qui est en elle même une leçon d’Humanité.
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