THIAROYE, Histoire d’un massacre méconnu. Par P.Housez

4 05 2008

L’épisode le plus connu de l’histoire de Thiaroye est celui d’un massacre.

Le village de Thiaroye (prononcer tia-roi ou mieux tia roïe) a été fondé vers 1800.

Thiaroye fait partie des épisodes peu glorieux de l’Histoire de l’Humanité, et d’autant moins glorieux et surtout révoltant qu’ils participent d’une Histoire cachée, oubliée, inconnue ou à tout le moins méconnue.
Depuis quelques années, la situation évolue. Mais, des progrès sont encore à faire.

- Récemment le premier ministre canadien a présenté aux indien-ne-s, premiers occupant-e-s, les excuses de l’État du Canada.
- En Australie depuis 1997, le 26 mai est devenu la journée nationale du pardon. Elle a été instituée pour faire connaître les torts causés aux premiers habitant-e-s nommés ‘aborigènes‘ [= habitants premiers].
- En France, « Indigènes », le film de Rachid Bouchareb, sorti en 2006, a permis une évolution remarquable du regard de la société française sur certains de ses anciens combattants méconnus et oubliés. Et en effet, le 27 septembre suivant, le gouvernement Dominique de Villepin a annoncé que les 80 000 anciens combattants de l’Empire français encore vivants percevront à nouveau les mêmes retraites que leurs compagnons d’armes français.

La question du paiement des arriérés (sur une période de plus de 40 ans) et des intérêts demeuraient cependant en suspens. Leur retraites avaient été gelées au moment même où leurs pays respectifs devaient indépendants.
- En 2008, l’ambassadeur de France s’est rendu à Sétif pour reconnaître le massacre de 1945.

Le massacre de THIAROYE fait partie de ces histoires peu connues de l’Histoire.
Voici donc ce que l’on en connaît.

Fin novembre 1944, 1 280 soldats africains originaires de différents pays (*) de l’Afrique occidentale française – communément appelés tirailleurs sénégalais – sont regroupés dans un camp de transit à une quinzaine de kilomètres du centre de Dakar. Ils ont affronté l’attaque allemande de mai-juin 1940 en première ligne avec un taux de perte voisin de 10% (contre 4% en moyenne pour les troupes métropolitaines).
Il faut savoir aussi que certains d’entre eux, faits prisonniers et quand bien même blessés, ont simplement été exécutés par les troupes d’élite du Reich vexées d’être contenues par des Noirs (voir le Tata sénégalais de Chasselay à savoir tata = « enceinte de terre sacrée », où l’on enterre les guerriers morts au combat.).

La plupart subiront leur captivité en France ; en effet, les Nazis refusent de les voir sur leur sol et ils sont utilisés comme main d’Å“uvre forcée au mépris des conventions de Genève.
Certains seront concentrés en Frontstalag (ou « camp de prisonniers du front »), dans le cas présent en France, seront employés dans des fermes. Ils sont employés dans des exploitations agricoles en France, encadrés par des prisonniers de guerre métropolitains. Ils attirent curiosité et sympathie par l’exotisme qu’ils représentent. Avec trois fois rien, ils se confectionnent des outils et surtout des instruments de musique.
D’autres, moins chanceux au final, seront exploités en Bretagne, à Morlaix notamment, et amenés à contribuer à la production d’armement destiné au front russe. Cependant, ils ont les contacts avec leurs ‘collègues’ métropolitains leur permettront de comprendre certains ressorts de la vie en Europe. Ils finissent par comprendre une évidence : face aux vainqueurs allemands, prisonniers métropolitains et prisonniers coloniaux subissent tous un sort semblable : ils sont à égalité … loin de ce qui se passe en Afrique.

Quelques-uns même feront partie des maquis de résistants.

Alors que la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée, ils sont parmi les premiers prisonniers libérés.
Mais afin de ‘blanchir’ [terme utilisé à l’époque] les troupes françaises, il est décidé de les démobiliser.

Ils devraient logiquement toucher un petit magot constitué de leurs arriérés de solde, du pécule de prisonnier de guerre et surtout de la prime de démobilisation. Le tout représente une somme que, au pays, même les colons blancs sont rares à posséder.

Au lieu de les démobiliser en France, le ministre des colonies leur promet de le faire à Dakar où ils arrivent le 21 novembre 1944.
Cependant, la mentalité coloniale locale est tout simplement restée raciste, ils sont sujets aux mauvais traitements et aux vexations. Qui plus est, faute de transmission d’ordres clairs en ce sens ou de fonds en cette période confuse, la juste rétribution de leurs services (pourtant accordée aux soldats métropolitains) leur est finalement refusée. En outre, l’avance qu’ils ont reçue à leur départ à Bordeaux suscite versée en francs métropolitains doit être changée en francs CFA. On leur propose un taux de change infamant.

Ils se mutinent le 30 novembre et prennent en otage le général français Danian qu’ils libèrent peu après. Le lendemain, le bataillon de Saint-Louis de l’armée française donne de nuit, l’assaut du camp (désarmé) faisant d’après le rapport officiel trente-cinq tués et autant de blessés. Une trentaine de survivants, considérés comme meneurs sont condamnés à des peines de un à dix ans de prison. Ils auront une amende de 100 francs de l’époque et perdent leurs droits à l’indemnité de démobilisation. Ils seront graciés en 1947, lors de la venue à Dakar de Vincent Auriol, président de la République, mais sans recouvrer leurs droits à leur retraite militaire.

Cet épisode de la guerre 39-45 est méconnu en France.

De la même façon que les massacres de Madagascar de 1949 où l’on évoque 89 000 morts civils.

Voir le film CAMP DE THIAROYE (1988) de Sembène OUSMANE (décédé le 9 juin 2007) qui retrace cette affaire de manière recomposée à partir de témoignages.

Voir “DES TRANCHÉES DE VERDUN A L’ÉGLISE St BERNARD” (2003) le livre de Bakari KAMIAN, agrégé d’Histoire. Il y évoque les troupes coloniales impliquées dans les conflits du XXème siècle.

(*) pays d’Afrique Occidentale Française ou A.O.F. : Côte d’Ivoire, Dahomey (Bénin), Haute Volta (Burkina Faso), Mauritanie, Niger, Togo, Sénégal, Soudan Français (Mali).

pays d’Afrique Occidentale Française ou A.E.F. : Congo (Brazzaville), Gabon, Oubangui-Chari (Centrafrique) Tchad.


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