AUTOPSIE DE LA COLONISATION

Dans “AUTOPSIE DE LA COLONISATION“, le livre datant de 1967, de Guy DEBOSSCHERE, ancien résistant, journaliste  on trouve des données qui éclairent nettement notre quête de savoir.

Mais en avant propos, voici le compte rendu d’une expérience à laquelle vous pouvez vous livrer vous aussi et nous en donner la teneur dans un commentaire. OK ?

Le vendredi 4 décembre -8 février- 2008, j’entre dans ma petite librairie indépendante préférée et me dirige vers le rayon AFRIQUE et MOYEN ORIENT.
Et je fais l’inventaire des ouvrages en présentation. C’est édifiant !
Une quarantaine de livres sont proposés.

Afrique du Nord : 29 -25- exemplaires  dont Algérie 28 -24-,  Maroc : 1 -1-
Lybie : 1 -0-
      Afrique du Sud et de l’Est  : 4 -1-
      Afrique centrale : 2 -1-
      Afrique subsaharienne et dite “noire” : zéro -zéro-
      Le reste, 4,  concerne le Moyen Orient dont l’Iran 1 -1-

La place réelle de l’Afrique dans l’esprit des citoyen-ne-s d’aujourd’hui, est là exposé dans sa crudité.
L’objet de ce blog est de manière extrêmement modeste de vous interpeler à ce sujet.

Quelle est cette malédiction qui pèse sur l’Afrique ou plutôt une part de celle-ci ?
Heureusement, la venue récente dans la région Nord pas de Calais de Wangari MAATHAÏ a attiré dans cette même échoppe : “CELLE QUI PLANTE DES ARBRES” -voir la rubrique voisine lui est consacrée.

On est donc loin du compte. Comment interpréter ce fait ?
Quel est donc l’origine de cette bouderie de l’Afrique subsaharienne ?

AUTOPSIE DE LA COLONISATION, le livre annoncé de G. DEBOSSCHERE nous donne quelques clés pour comprendre.

Dans le chapitre L’OR, LA CROIX ET LE GLAIVE , Guy DEBOSSCHERE fait référence à l’Antiquité. A cette époque, on ne fonde pas l’esclavage sur la couleur de la peau ou une idée de race (il existe  des esclaves grec-que-s ou romain-e-s) mais sur des critères de faiblesse, de malchance ou de débilité.
La colonisation de l’époque contemporaine, modifie l’orientation de ce jugement de l’individu-e vers les groupes entiers.
Les négriers sont amenés à traiter avec avec de puissants souverains africains, il y a là encore l’idée de faiblesse constatée chez les personnes et groupes qui, considéré-e-s comme rebuts, seront soumis-e-s, assujetti-e-s.
Mais, chez les grands propriétaires, planteurs et colons de l’Amérique, il y a mutation complète dans la façon de penser : pour eux, il n’y a plus seulement des individu-e-s à mériter la servitude mais des peuples entiers voués à la sous-humanité.

Après quatre siècles de commerce triangulaire et traite entre Europe, Afrique et Amérique, la colonisation du XIXème siècle confirmera aussi l’Europe dans cette voie : le racisme apparaît sous une forme structurée et définitive. Et, -on n’arrête pas le progrès!- elle sera bientôt théorisée par la suite avec le succès que l’on connaît.

L’origine de la traite, d’abord timidement pratiquée, remonte à la fin du XVème siècle et s’affirme  comme rentable au XVIIème siècle. En témoigne Bernardin de St Pierre dans Voyage à l’Île de France. Livre XII : “Je ne sais si le café et le sucre de canne sont nécessaire au bonheur de l’Europe. Mais je sais bien que ces végétaux ont fait le malheur de deux parties du monde. On a dépeuplé l’Amérique afin d’avoir une terre pour les planter. On dépeuple l’Afrique pour avoir une nation pour les cultiver“.

Autre motivation de la traite, l’inaptitude des blancs à se fixer dans les îles et y travailler. “Les tentatives d’acclimater de petits paysans saintongeais ou vendéens n’ont donné que de résultats décevants” [Gaston MARTIN in Histoire de l'esclavage dans les colonies françaises"].

Le Mémoire Nantais de 1760 signale sept régions de traite sur la côte occidentale de l’Afrique. Néerlandais, Anglais, Danois construiront 23 forts dans ce qui deviendra le Sierra Leone tandis que les Portugais puisent en Angola une population dont ils ‘vendent leurs excédents’ aux autres puissances.
L’île de Gorée est d’abord un établissement négrier hollandais avant de devenir possession royale anglaise puis française. C’est un ‘entrepôt’ possédant un bon mouillage, véritable clé du Sénégal.

Les méthodes négrières très vite sont impitoyables sous des dehors ‘humanitaires’.
Ainsi , quand le traitant, descend à terre et prend contact avec le prince local ou un courtier, il n’achètera que des prisonniers de guerre pour pouvoir prétendre qu’il les sauve d’une mort certaine.
Convoyant ces “pauvres païens” dans le Nouveau Monde, ils ajouteront en outre qu’ils font œuvre utile d’évangélisation … où les travaux forcés à perpétuité seront de nature à sauver les âmes.

En réalité, peu de captifs correspondent à la catégorie des prisonniers de guerre : nombreux sont les domestiques ou vassaux ayant cessé de plaire au souverain qui se retrouveront empoignés de force et enchaînés.
Aussitôt à bord, c’est le marquage à l’aide d’une fine lame d’argent portant la marque de l’armateur que l’on applique sur les épaules, les cuisses ou les “tétons”. La hauteur totale entre les deux faux ponts où on les entasse n’est que que 1,5m à 2 mètres, on ne peut s’y tenir debout. Parfois empilés tête-bêche pour gagner de la place, ils vont subir des conditions plus que déplorables de conditions d’hygiène.
Le taux de mortalité varie de 5% (en 1746 et 1774) à 34% (1732), la moyenne étant de 15%. Car oui ! Une comptabilité est tenue, rendement oblige.

Malgré tout, pour les négriers, le commerce triangulaire entre EUROPE, AFRIQUE et AMÉRIQUE est d’un excellent rapport. Tour à tour, les cales s’emplissent à l’aller de quincaillerie, perles de verres colorés, alcool ou armes à feu, puis de cargaisons d’esclaves dénommés “bois d’ébène” et enfin au retour de produits tropicaux (indigo, tabac, sucre de canne, coton).
Colbert, le 21 juin 1670, écrit au directeur de la Compagnie des Indes Occidentales pour s’inquiéter du  rendement de ce commerce avec Espagnols et Hollandais. Ses prévisions seront dépassées.

La traite aboutit à un double résultat

D’une part, du 15ème au 19ème siècle, c’est la déportation d’environ cent millions de personnes c’est à dire l’éradication drastique d’une élite africaine. L’Afrique s’en trouve considérablement affaiblie ce qui facilitera la colonisation future du XIXème siècle.
D’autre part, les pays européens acquièrent une force de travail gigantesque et gratuite pour mettre en valeur le continent américain du Nord au Sud.

La responsabilité de cette situation en revient aux régimes européens qui sont les bénéficiaires essentiels de ce processus. Ni les potentats et souverains africains, ni leurs intermédiaires n’ont été maîtres et inventeurs du système. Ils n’en ont qu’une responsabilité non négligeable mais limitée.

Remarque importante : c’est l’Angleterre qui met fin au trafic négrier au début du 19ème siècle non par souci humanitaire mais parce qu’elle n’en détient plus le monopole. Divers pays, à cette époque s’engagent à ne plus importer d’esclaves … dans leurs colonies.
En réalité, le trafic d’esclaves va se poursuivre clandestinement en direction des États Unis jusqu’à ce qu’une loi fédérale l’interdise en 1808 totalement. Les plantations de coton vont en souffrir terriblement à tel point que certaines vont se livrer à une activité pire encore : des fermes d’humain-e-s vont voir le jour.

Un écrivain américain, Kyle ONSTOTT dans MANDINGO, décrit, de manière hallucinante, l’un de ces haras.
Il explique de manière romancée comment s’effectue la dépersonnalisation des individu-e-s qui littéralement ne s’appartiennent pas, comment ils et elles intègrent totalement leur condition.
Mais, on sent aussi comment, au sein de cet enfer terrible, l’être humain se bâtit une contre résignation prélude à un lointain redressement.
Un des moments les plus poignants est celui qui met en scène deux enfants compagnons de jeu. Au coucher, le fils du maître fait sa prière à genou au pied de son lit. L’enfant esclave le regarde faire et finit par lui demander de prier son Dieu pour lui même, car lui n’a pas d’âme.
Un film en 1975 , basé sur ce livre a été produit par Richard Fleischer et où  Susan George, elle même, donne la réplique à James Mason,
Remarque : Mandingue, Mandé est le nom générique de peuples africains, de fait se retrouvent dans les plantations Malinkés, Soninkés, Bambaras, Dioulas, Lokos, Vaïs, Sossos, Wangaras, … c’est à dire de nombreux peuples allant de la côte à l’ancien Soudan d’où ils et elles ont été déporté-e-s. C’est à dire de la région à laquelle nous nous intéressons particulièrement.

[MANDINGO : 1957 aux USA puis 1964 en France chez ROBERT LAFFONT]

A suivre.

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