WANGARI MAATHAI

PARENTHÈSE : Pour comprendre la partie qui se joue au Sahel, un regard sur l’est-africain permet d’avancer grâce au livre : “Celle qui plante des arbres” [Éditions Héloïse d'Ormesson 23€ ISBN 978-2-35087-057-1 ].

Prix NOBEL de la Paix 2004, son auteure Wangari MATHAI nous aide à comprendre énormément de choses.

L’histoire de sa vie  est passionnante à découvrir pour nous qui sommes surtout branché-e-s sur les Afriques francophones.

- C’est l’histoire d’une petite africaine, paysanne typique -dont le papa aura quatre femmes- qui devient universitaire à un tournant essentiel de l’Histoire de son pays : au moment de l’indépendance dans les années soixante du Kenya, et nombreux pays d’Afrique.
- C’est en filigrane le récit d’une conscience née africaine, kikuyue précisément. Détournée culturellement par la société coloniale et une religion imposée -par des religieuses de ‘bonne‘ foi-, elle s’invente une voie originale adaptée au temps présent.
- C’est l’aventure d’une femme,  bien dans sa tête, en avance sur son temps, en butte à une société tribale et machiste, mais qui finit par triompher et devenir un modèle reconnu internationalement.
- C’est même au bout du compte une sacrée leçon de philosophie que nous donne cette femme du Monde, simple citoyenne au cœur de paysanne.
- C’est enfin une œuvre de pédagogie en matière de sciences politiques,de géostratégie, de démocratie militante.

A savoir : elle obtient le prix Nobel alternatif en … 1984 soit vingt ans ans la consécration officielle par l’Académie de Suède. Elle est élue députée en 2002 à 98%. Secrétaire d’Etat à l’environnement en 2003 et reçoit le prix Sophie [voir le monde de Sophie] en 2004 quelques mois avant le prix Nobel

Mais ce qui nous intéressera ici est son message environnemental et écologique que nous allons glaner au fil de l’édition en français de son ouvrage.

Images d’un passé disparu .
On est alors en 1940, année de sa naissance. Près de Nyeri, à cent km au Nord de Nairobi et à 60 km, entre le Mt Kenya et la vallée du Rift sur les hauts plateaux, le pays alors colonisé par les britanniques.

p.11 “Les campagnes des environs d’Ihithe étaient alors encore vertes, luxuriantes et fertiles. La région était tapissées de forêts, sous-bois et fourrés, foisonnants de fougères et de toutes sortes de plantes rampantes. Certains arbres, comme le mitunda, le mikeu et le mugunmo donnaient des baies et des noix dont se régalaient les enfants. La terre, d’un beau rouge sombre, était riche et humide. Notre peuple [...] ne connaissait pas la faim. Le rythme des saisons était si régulier que l’on pouvait prédire sans trop de risque de se tromper que les pluies de mousson commenceraient à la mi-mars. Ces pluies enflaient si bien les rivières que jamais on ne manquait d’eau potable. Et quand juillet arrivait, le brouillard à couper au couteau n’étonnait personne : on savait qu’à cette époque de l’année on ne verrait pas à trois pas devant soi.“.

Mais, bientôt, l’évidence apparaît clairement

p.160 “Mes recherches en médecine vétérinaire ont également éveillé ma conscience écologique. Dans les années 1970, [...] notre laboratoire travaillait  [sur]  un parasite responsable de la fièvre côtière est-africaine. [...] Je fus frappée par l’aspect boueux des rivières [qui] charriaient de plus en plus de limon et il n’y avait à cela qu’une explication : l’érosion des sols était à l’oeuvre. [...] je remarquai également que les vaches étaient si maigres qu’on aurait pu leur compter les côtes. Les prairies ne donnaient pas assez d’herbe et de fourrage et, à la saison sèche, l’herbe était très pauvre en éléments nutritifs.
Ce n’était ni la tique brune, ni son parasite qui menaçait l’élevage kényan mais bien davantage la dégradation du milieu.
“.

Elle nous avait déjà prévenu -e-s

p.84 “ La rivière Chania coule toujours mais son flot tumultueux s’est apaisé : la déforestation des Monts Aberdare a eu des conséquences néfastes sur les rivières et leurs affluents, dont le cours n’est plus qu’un mince filet qui serpente dans un lit caillouteux.“.

Son engagement est dès lors total : il faut reboiser. Elle lance le GBM (Green Belt Movement ou Mouvement de la Ceinture Verte) au sein de l’association féminine NCWK.

p.174 “Le bilan des premiers mois d’activités était toutefois encourageant :fin 1977, le NCWK avait sensibilisé toutes ses sections à nos initiatives de reboisement qui à mesure que l’information se propageait, commençaient à intéresser de plus en plus de monde : des agriculteurs, des écoles, des églises avaient envie de mettre sur pied leur propres programme [de reboisement].

p.178 ” “A chaque fois qu’une de vos pousse prendra, l’association vous versera une petite prime”. Ce n’étaient que quelques schillings par arbre, mais cela les motiva beaucoup. Car ces femmes étaient pauvres, et même si entre leurs champs, les bêtes, les corvées de bois et d’eau, la cuisine et les enfants, elles travaillaient sans répit, elles n’avaient aucun moyen de gagner un peu d’argent.

Mais, les dictateurs successifs ne l’entendent pas ainsi. Jomo KENYATTA d’origine kikuyu, et surtout Daniel ARAP MOI, kalendji, sont protégés par le statu quo de la guerre froide. Le Kenya est considéré comme un pion occidental, dès lors peu imorte ce qu’il s’y passe.

p291-292 “[...] le pouvoir entreprend d’encourager les dissensions ethniques en les associant à des problèmes très anciens de propriété foncière.
[
Les terres des colons] ont été investies par des vagues successives de paysans des haut plateaux qui, encouragés par la politique du gouvernement, les ont rachetées et mises en valeur. Ils ont arraché les arbres pour faire place aux culture [NDLR : thé et café] ; depuis la faune a disparu et les ruisseaux s’assèchent régulièrement et la région est en voie de désertification.

Dès 1993, soit un an avant la tragédie rwandaise [800 000 à 1 million de personnes massacrées], des affrontements ethniques violents sont observés au Kenya.

La déforestation déstabilise donc l’harmonie et la paix entre les peuples.

Il n’est donc pas difficile de chercher longtemps pour trouver une solution à la démocratie et à pratiquement tous les problèmes sociaux : la reforestation doit être pour de nombreuses zones un objectif  primordial et à mettre en œuvre immédiatement.

A ce jour, nombreux sont au Kenya sont ceux qui constatent le bénéfice de la reforestation.

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