Types de créations appartenant à la littérature orale (I)

12 03 2013

Réduire la littérature orale à la seule forme du conte ou de la légende, c’est laisser de côté de multiples usages de la parole. Le terme « littérature orale » qui apparaît tout d’abord comme un oxymoron («littérature » est dans nos sociétés associé à l’écrit) désigne un genre très vaste et diversifié. Il regroupe à la fois les devinettes ou énigmes, les formules divinatoires, les maximes et dictons, la poésie liée aux rituels de passage ou aux  relations familiales et sociales, la ballade populaire (fantastique, pastorale, familiale…), les proverbes et les fables. Ces genres de la littérature sont rencontrés partout dans l’Europe. Ils ont une grande importance sociale et une structure linguistique particulière. Il existe une grande solidarité entre les différents genres de la littérature traditionnelle.

Je vais m’arrêter, tout d’abord, sur la création aphoristique et énigmatique (proverbes et devinettes). Le proverbe est un énoncé lapidaire, rythmé et souvent imagé, puisé à un fonds commun de sagesse représentant la tradition.  Du point de vue formel, il se distingue souvent par le caractère archaïque de sa construction grammaticale : par l’absence d’article, par l’absence de l’antécédent, par la non-observation de l’ordre conventionnel des mots. La structure rythmique du proverbe est souvent binaire. On y trouve l’opposition de deux propositions ou de deux groupes de mots à l’intérieur de la proposition. La rime vient parfois souligner l’opposition. Cette structure est souvent renforcée par l’utilisation d’oppositions sur le plan lexical : la répétition des mots, la mise en présence syntagmatique de couples oppositionnels de mots.  La formulation archaïsante des proverbes renvoie à un passé non déterminé, leur confère une sorte d’autorité qui relève de la sagesse des anciens. Le caractère archaïque des proverbes constitue une mise hors du temps des significations qu’ils contiennent.

Le conte de fées est le genre le plus connu des contes populaires. Selon certains chercheurs, il représente de 40 à 50% des contes. Le miracle est l’élément le plus important et le cœur du conte. Autour de lui gravitent les personnages humains, les animaux, et parfois les objets inanimés qui se mettent à vivre. Les milieux ruraux croyaient volontiers à ce genre de conte. Ils ont encore la nostalgie de cette croyance perdue qui les faisait rêver. Le conteur et son public s’identifiaient aux personnages.

Les anecdotes locales sont à mi-chemin entre les contes et les légendes, parce qu’elles contiennent aussi des sujets surnaturels. Certaines anecdotes racontent une histoire qui s’est produite en réalité, d’autres ont des sujets universels. La majorité des sujets appartient étroitement à un village, à une ville, ou à une région. Les anecdotes ne comprennent qu’un seul sujet et sont généralement très courtes. Elles sont souvent racontées durant les repos des travaux collectifs, et le conteur est le boute-en-train de l’assemblée.

Comme exemple, je vais présenter ci-dessous la légende d’un rocher qui se trouve très près d’Alba Iulia, Piatra Craivii, et quelques exemples de proverbes de ?ara Mo?ilor (Pays des Mots) recueillis par Emilian Achim et publiés dans son livre Zestrea : Etnografie ?i folclor din ?ara Mo?ilor: Vol. IV ( Alma?u Mare: [s.n.], 2006, p.86-87). L’auteur de ce livre est le fondateur du Musée Ethnographique d’Alma?u-Mare, une personnalité fascinante que j’ai eu l’occasion de rencontrer en novembre 2012 à l’occasion de notre excursion documentaire.

Le rocher est  situé à une altitude de 1083 m, près de notre ville, appelé Piatra Craivii – Rocher de Craiva (source de l’image: stiri.turismalba.ro/2008/06/daca-tot-mergi-la-cricau/). La légende dit que les rochers de Piatra Craivii cachent dans leurs profondeurs une citadelle dont les portes s’ouvrent aux initiés tous les sept ans. En tout cas, les sources historiques confirment que, après sa défaite à

Sarmisegetusa (aujourd’hui dans le comté d’Hunedoara, en Roumanie), Décebale, le roi des Daces, nos ancêtres,  avait fait construire ici une forteresse  puissante pour empêcher les Romains d’arriver à Rosia Montana et de s’emparer des réserves d’or de cette région. Mais les conquéreurs, guerriers expérimentés, avait assiégé Piatra Craivei, avaient mis du feu et  avaient coupé toutes les sources d’eau de la forteresse pour obliger les Daces de se soumettre. Les Daces sont vaincus et Décébale se suicide plutôt que de se constituer prisonnier.  Vérité historique ou légende, on ne sait pas. Ce qui est sur c’est que Piatra Craivii attire les visiteurs et continue enflammer leur imagination…


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