Lucian Blaga, le poète-philosophe qui croyait que « l’éternité est née à la campagne »

12 03 2013

Lucian Blaga naît le 8 mai 1895 dans un petit village de notre département appelé Lancràm. Il a fait ses études à Sebes, au Collège « Andrei Saguna » de Brasov, à l’Institut Théologique de Sibiu (1917) et à la Faculté de Philosophie de l’Université de Vienne où il a obtenu le titre de docteur en philosophie en 1920 avec la thèse « Kultur und Erkenntnis ».

Entre 1926 et 1939, il a été ambassadeur à Varsovie, Prague, Berne et Lisbonne. Elu à l’Académie Roumaine en 1936, Blaga est nommé, en 1938, à la chaire de philosophie de la culture de l’Université de Cluj. Dix ans plus tard, en 1948, après l’arrivée des communistes au pouvoir, il est exclu de l’Université et de l’Académie Roumaine, ses livres sont sortis des bibliothèques et des librairies et il est interdit de publication. De 1949 à 1959, année de sa retraite, il travaille comme chercheur à l’Institut d’Histoire et de Philosophie de Cluj, puis comme conservateur à la Bibliothèque de l’Académie de Cluj. Il a fallu attendre l’année 1953 pour le voir revenir à la vie littéraire comme traducteur du Faust de Goethe, puis avec quelques poèmes (1960). La plupart de ses écrits de cette période ne paraîtront qu’après sa mort, le 6 mai 1961.

Représentant de l’expressionisme dans la culture roumaine, Lucian Blaga s’est proposé de chercher les valeurs éternelles des traditions autochtones et il a cru que c’est dans l’ancien village qu’elles peuvent être trouvées parce que son « âme » reste le même. Le poète a été toujours à la recherche d’une spiritualité primordiale dont le point de départ est la source folklorique. Le monde mirifique du village et la nature sont décrites avec beaucoup de sensibilité dans ses poèmes. Je présente ci-dessous deux exemples :

Charrues

Ami qui as grandi à la ville
loin de toute compassion, tel un géranium dans son pot,
ami qui n’as encore jamais vu
la campagne danser avec le soleil sous les poiriers en fleurs,
donne-mi la main,
viens, je vais te montrer les sillons du siècle.

Sur les collines que tu découvres à nouveau,
leur bec planté dans l’humus fertile
vois les charrues, les charrues, les innombrables charrues :
grands oiseaux noirs
descendus du ciel sur la terre.
Attention de ne pas les effrayer –
il faut t’en approcher en chantant.

Viens – doucement. (Texte traduit du roumain par Jean Poncet)

Nous vous proposons d’écouter le poète qui récite une de ses poésies, « Trezire », puis de lire le poème en français.

Réveil

L’arbre attend. Le son de Mars s’entend

Les abeilles cueillent

et mélangent dans leurs ruches

le retour de la mort à la vie

le cire et le miel.

Prisonnier de deux frontières

avec ses veines glissées

sous sept champs de blés

s’élevant comme un dragon de l’azur

mon arbre dort.

Le vent le secoue fort.

Mars sonne.

Toutes les forces invisibles fusionnent

pour le faire bouger

et de son rêve divin le réveiller.

Du haut de  la colline qui verse sur lui

toute cette lumière ?

Comme des larmes,

les bourgeons l’ont envahi

Oh, soleil, soleil, pourquoi

L’as-tu tiré de son sommeil ? (Notre traduction validée par Georgeta B?d?u)


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