Strabon parle des Gètes et des Daces dans sa « Geographie »
La Géographie de Strabon (édition de Casaubon, 1620). Source de l’image : http://www.cosmovisions.com/Strabon.htm
Dans le livre VII de sa « Geographie », Strabon parle des Gètes et des Daces et décrit leur territoire et leur langue: « Il existe au reste dans le pays, et cela de toute antiquité, une autre division, la division en Daces et en Gètes, le nom de Gètes désignant les populations de l’est, celles qui avoisinent le Pont, et le nom de Daces les populations de l’ouest, celles qui habitent du côté de la Germanie et des sources de l’Ister. Et, comme anciennement, on disait, je crois, Daes ou Daves au lieu de Daces, de là seront venus sans doute ces noms de Geta et de Dave si usités chez les Athéniens pour désigner leurs esclaves ; car il y a bien moins d’apparence qu’ils aient emprunté ce dernier nom aux Scythes Daae, lesquels habitent sur les confins mêmes de l’Hyrcanie, bien trop loin par conséquent pour qu’on ait jamais pu envoyer de chez eux beaucoup d’esclaves sur les marchés de l’Attique : or, on sait qu’en général les Athéniens donnaient à leurs esclaves soit les noms de leurs nations respectives (des noms comme ceux de Lydus et de Syrus), soit les noms les plus répandus dans les pays d’où ils les tiraient, à ceux de Phrygie, par exemple, les noms de Manès ou de Midas et le nom de Titius à ceux de Paphlagonie.
Depuis Byrebistas, qui avait relevé si haut la puissance des Gètes, la nation s’est de nouveau complètement affaissée sous le poids de ses dissensions civiles et sous les coups des Romains. A la rigueur, toutefois, elle pourrait encore mettre sur pied une force de 40 000 hommes. La rivière Marisus, qui traverse tout leur pays, vient se jeter dans le Danube ; et, par cette dernière voie, les Romains avaient toute facilité pour approvisionner leurs armées en cas de guerre. Les Romains, en effet, appellent Danube toute la partie haute du fleuve comprise entre la source et les cataractes, la même justement qui coule chez les Daces, réservant le nom d’Ister uniquement à la partie inférieure, laquelle s’étend jusqu’au Pont, et se trouve border le territoire des Gètes. Les Daces parlent absolument la même langue que les Gètes. Que si, maintenant, nous autres Grecs nous connaissons mieux les Gètes, la cause en est que ceux-ci ont perpétuellement changé de demeure et passé d’une rive à l’autre, se mêlant ainsi aux peuples de la Thrace proprement dite, et notamment aux Moesiens. Il est arrivé de même aux Triballes, autre peuple de la Thrace, de recevoir souvent au milieu d’eux des bandes [de Gètes] émigrants, chassés de leurs demeures par des voisins plus puissants, soit par les Scythes, les Bastarnes et les Sauromates de la rive ultérieure, qui, non contents de les avoir expulsés, franchissaient le fleuve après eux et ont laissé ainsi différents établissements dans les îles de l’Ister et dans la Thrace, soit par les Illyriens, les plus redoutables ennemis qu’ils eussent de ce côté-ci du fleuve. – La nation des Daces et des Gètes, qui avait accru sa puissance un moment jusqu’à pouvoir envoyer au dehors des armées de 200 000 hommes, se trouve donc réduite aujourd’hui à une force de 49 000 guerriers tout au plus, et elle paraît être sur le point d’accepter le joug des Romains ; si même elle n’a pas fait encore sa soumission pleine et entière, c’est qu’elle fonde un dernier espoir sur les Germains et sur la haine que ceux-ci portent aux Romains. » (Strabon, Geographia, VII, 3,12–13).
Jordanès est un historien de race gothique et de langue latine du VIe siècle, connu principalement comme l’auteur d’une « Histoire des Goths (Getica) ». « De regnorum ac temporum successione » et « De rebus Geticis » sont deux autres ouvrage de Jornandès qu’on possède encore de nos jours.
En fait, Jordanès appelle les Gètes « Goths ». « L’Histoire des Goths » composée en 551 est, paraît-il, le résumé d’une œuvre perdue de Cassiodore, lui-même historien des Goths au début du vie siècle. « L’Histoire des Goths » s’ouvre sur une présentation géographique et ethnographique des pays d’Europe du Nord. Sous la plume de Jordanès (ou peut-être même celle de Cassiodore), le demi-dieu des Gètes cité par Hérodote, Zalmoxis, devient un ancien roi des Goths. La partie proprement historique du récit de Jordanès commence avec les premiers combats entre les Goths et l’armée romaine Au IIIe siècle, et s’achève avec la défaite des Goths devant les troupes du général byzantin Bélisaire. Jordanès a conclu son « Histoire » en la dédiant aux vainqueurs des Goths, plus de 2000 ans après les débuts de la migration de ce peuple du Nord.
Il est plusieurs fois question, dans « l’Histoire des Goths », d’une histoire des Gètes, intitulée Getica, dont l’auteur s’appelait Dion. Ce Dion est le même apparemment que Dion Cassius, qui a écrit, comme on sait, une « Histoire romaine » en quatre-vingts livres, dont on ne possède plus qu’un bien petit nombre. Peut-être Dion avait-il donné différents noms aux diverses parties de son vaste ouvrage, selon les sujets qu’il y traitait; et alors « l’Histoire des Gètes » pourrait n’avoir été qu’une des parties de cet ouvrage, que le temps a détruit

