Jordanès parle du grand prêtre Décénée

930Source de l’image : http://www.ipedia.ro/deceneu-930/

Jordanès parle, entre autres, du grand prêtre Décénée et de son rôle dans la protohistoire de la Dacie : « César, qui soumit le monde presque entier à son pouvoir, et subjugua non seulement tous les royaumes, mais encore les îles que l’Océan sépare de notre continent; César, qui rendit tributaires des Romains ceux même qui n’avaient jamais entendu prononcer leur nom; César, dis-je, essaya plusieurs fois de subjuguer les Goths, mais sans succès. Tibère règne, c’est déjà le troisième empereur que comptent les Romains; néanmoins les Goths conservent leur indépendance. Ceux-ci n’aspiraient alors qu’à une chose, la seule utile à leurs yeux, la seule importante: c’était de suivre les conseils de Dicénéus, d’accomplir eu tout point ses préceptes. Celui-ci, voyant leur docilité à lui obéir en tout, et découvrant en eux une intelligence naturelle, leur enseigna presque toutes les branches de la philosophie; car c’était un maître habile en cette science. Il leur apprit la morale, afin de les dépouiller de leurs moeurs barbares; la physique, pour les porter à vivre conformément à la nature sous des lois qu’il leur donna, lois dont les Goths conservent encore le texte écrit, et qu’ils appellent Bellagines. Il leur enseigna la logique , et rendit par là leur raison supérieure à celle des autres peuples. Il leur montra la pratique enfin, les exhortant à ne faire de leur vie qu’une suite de bonnes actions. Ensuite il leur fit connaître la théorie ; et, leur dévoilant tous les secrets de l’astronomie, il leur expliqua les douze signes du zodiaque, la marche des planètes à travers ces signes, comment l’orbe de la lune prend de l’accroissement, comment il diminue; il leur fit voir combien le globe embrasé du soleil surpasse en grandeur celui de la terre. Enfin il leur apprit les noms de trois cent quarante-quatre étoiles, et par quels signes elles passent pour se rapprocher ou s’écarter du pôle céleste, dans leur course rapide d’orient en occident. Quelle devait être, je vous le demande, la constance de cos vaillants hommes, pour sacrifier ainsi à l’étude de la philosophie le peu de jours qu’ils passaientsans combattre? Vous eussiez vu l’un observer l’état du ciel, l’autre les propriétés des herbes et des fruits; celui-ci étudier les influences diverses de la lune ; celui-là, soit une éclipse de soleil, soit la loi qui ramène cet astre à l’orient, alors qu’emporté dans la révolution du ciel il précipite sa course vers l’occident. Dicénéus, ayant appris aux Goths ces choses et encore bien d’autres, fut regardé par eux comme un être surnaturel. Aussi gouverna-t-il non seulement les peuples, mais même les rois. ll choisit les hommes les plus nobles et les plus sages parmi eux, les instruisit des choses de la religion, les initia au culte de certaines divinités et de leurs autels, et en fit des prêtres auxquels il donna le nom Piléati : la raison en est, je pense, qu’ils sacrifiaient la tête couverte d’une tiare, laquelle nous nommons aussi piléus. Il commanda qu’on appelât Capillati le reste de la nation; et ce nom est en tel honneur chez les Goths, qu’ils le mentionnent encore aujourd’hui dans leurs chants. Après la mort de Dicénéus, ils eurent presque autant de vénération pour Comosicus, dont la science égalait la sienne. Celui-ci, à cause de ses vastes connaissances, fut à la fois roi et pontife des Goths, et il jugeait les peuples dans sa justice. » (Jordanès. « Histoire des Goths », XI)

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