Les mémoires de l’immigration dans la bande dessinée

Les mémoires de l’immigration dans la Bande dessinée

La bande dessinée est un art inventé depuis le milieu des années 1800 qui vise principalement à témoigner,  raconter et  dessiner des histoires dans l’Histoire.
Pour ce projet, nous nous intéresserons à l’Histoire de l’immigration et aux différentes façons qu’utilisent les auteurs, selon leurs époques et leurs expériences personnelles, pour nous transmettre leurs mémoires de l’immigration dans leurs œuvres. Nous nous baserons, pour cela, sur l’étude de différentes œuvres évoquant chacune, une des quatre grandes périodes de l’immigration en France.
Dans un premier temps, la bande dessinée Pablo (2012), de Julie Birmant et Clément Oubrerie, nous permettra de travailler sur les mémoires de l’immigration de 1830 à 1914. Ensuite, l’étude de Pour une poignée de Polenta (2004), de Vincent Vanoli et de L’Ange de la Retirada (2010) de Paco Roca et Serguei Dounovetz, nous permettra d’aborder les mémoires de l’immigration entre 1914 et 1945.  En ce qui concerne la période des Trente-Glorieuses, nous nous appuierons sur Les années Spoutnik (1999-2003) d’Hervé Baru.

I. La mémoire de l’immigration de 1830 à 1914

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le problème des étrangers existe peu. Leur définition juridique reste hésitante, les représentations sont associées aux voyages ou au commerce, rarement à la condition ouvrière. Tout au long du XIXe siècle, ingénieurs, commerçants et artisans étrangers s’installent petit à petit en France et participent au développement économique. Nous pouvons envisager cette mémoire avec Pablo, une série de quatre albums écrite par Julie Birmant et illustré par Clément Oubrerie. Ces albums racontent la vie de Pablo Picasso et de ses amis à Montmartre entre 1900 et 1912. Quand on pense à Picasso, on pense généralement aux toiles qui ont révolutionné la peinture moderne et on oublie l’homme, l’émigrant espagnol fraîchement débarqué à Paris en 1900 pour l’exposition universelle. L’histoire que racontent ces quatre tomes raconte la vie de Picasso qui vient d’arriver à Paris avec son ami le peintre Casagemas. Ils ne parlent pas trois mots de français, trainent dans des ateliers et vendent leurs toiles pour vivre la bohême avec les femmes de la ville de Paris. Tout va bien jusqu’au suicide de Casagemas rendu fou d’amour par une maîtresse cruelle. Pablo découvre alors la poésie de Rimbaud et de Verlaine, et il sombre dans une dépression qui l’amène à sa « période bleue », un changement dans sa peinture qui ne plaît pas. Il ne vend plus de toiles et se fait refuser par les galeristes. Son ami Max Jacob, le poète breton encore inconnu et fou du peintre, l’héberge et l’épaule dans la misère. Vient enfin son arrivée à Montmartre et sa rencontre avec la Belle Fernande, son premier grand amour de sa vie. Il en fera des centaines de portraits. C’est l’histoire qui commence, entre l’amour de Pablo pour Fernande, et de grands poètes comme Max Jacob et Apollinaire puis Gertrude Stein, sa jumelle visionnaire, le peintre Georges Braque, avec lequel Pablo Picasso inventera le cubisme…

Pour cette série, Clément Oubrerie a changé ses méthodes habituelles de dessin. Puisqu’il se mesurait à Pablo Picasso, il a essayé de retrouver le travail de la matière plus que la tendance actuelle au « miniaturisme » qu’on trouve dans le travail pour la BD. Il a utilisé du grand format pour chaque case et a varié les matériaux (fusain, crayon, aquarelle, encre…). Les couleurs sont chaudes et illustrent les mots de Julie Birmant. Son travail nous plonge dans le Montmartre de 1900 qui n’était pas encore aux mains des touristes mais des artistes. Pour ce faire, et après recherches dans les réserves de la bibliothèque municipale, Julie Birmant a trouvé les mémoires de Fernande qui, étrangement, n’étaient que très peu empruntés alors qu’il s’agit d’une fenêtre inédite sur sa vie et celle de Pablo.  C’est de ces bases que Julie Birmant s’est inspirée pour ce projet. Pablo est une bande dessinée émouvante, un récit de vie dense et romanesque.

             

 

II. Les mémoires de l’immigration entre 1914 et 1945

Pour travailler sur le lien entre la mémoire de l’immigration et la bande dessinée durant cette période, nous allons principalement travailler sur deux œuvres différentes. Dans un premier temps, nous allons étudier L’ange de la Retirada de Serguei Dounovetz et Paco Roca. La « Retirada » désigne la vague migratoire très importante observée suite à la guerre civile espagnole et à la victoire de Franco. Ce roman graphique relate la vie d’une adolescente d’origine espagnole qui s’intéresse énormément à ses racines et à son histoire et qui est tiraillée par le désir de retourner en Espagne. Les couleurs sont très sobres, on observe d’ailleurs exclusivement du noir, du blanc et du vert/gris (pour les ombres) et les personnages sont dessinés de manière très réaliste. La BD croise les moments présents de la vie de la jeune fille et ses songes à propos de l’immigration de sa famille. En effet, elle croit rencontrer un jeune homme, « Angel » ou « L’ange de la Retirada », et revit avec lui des périodes de la guerre civile espagnole. Mais ce jeune inconnu se révèle en fait être le souvenir qu’elle a de son père. Ces moments sont d’ailleurs mis en valeur par le fait qu’ils sont globalement plus sombres. L’œuvre de Serguei Dounovetz et Paco Roca nous permet de voir l’importance de l’immigration espagnole à cette époque mais aussi de leur vie et de leur insertion en France car, bien que ce soit une fiction, elle est basée sur des faits réels. On y voit qu’à cette époque, le taux d’immigrés espagnols est très important et que ce sont désormais des immigrés politiques et non économiques. La Colonie Espagnole de Béziers, représentée ici, est une association qui permet aux immigrés de retrouver leur identité et de mieux s’intégrer.
Dans un second temps, nous nous appuierons sur l’œuvre de Vincent Vanoli, Pour une poignée de Polenta. On suit cette fois-ci certains évènements de la vie de l’auteur lui-même, fils d’immigrés italiens. La « polenta » est un plat à base de semoule de maïs, le titre correspond au salaire journalier du grand-père du narrateur lors de son arrivée en France. L’auteur fait un portrait de ses parents, de son oncle mort et de son grand-père, Fermo, qui s’est battu pour nourrir les siens. Les hommes de la famille de l’auteur ont émigré en 1930. A cette époque, Vincent Vanoli s’en souvient, l’immigration concernait principalement les Italiens, les Espagnols et les Portugais (« J’écris ça en repensant à mes camarades de l’école primaire de garçons, italiens et portugais »). Les immigrés travaillaient alors principalement dans les industries, par exemple en Lorraine et ont participé à la « Drôle de guerre ». Dans cette œuvre, les seules couleurs sont le noir et le blanc avec une dominante de noir. Les images sont sombres et ne sont pas réellement définies. En effet, à l’inverse des personnages de L’ange de la Retirada, ils sont très peu réalistes, un peu difformes, comme si l’auteur ne réussissait pas à se souvenir totalement des visages. En ce qui concerne les paysages, nous observons la même chose, des images et des couleurs troublantes et dures, alors qu’elles apparaissent presque « calmes » dans l’œuvre qui précède.
L’étude successive de ces deux bandes dessinées montre donc l’importance de l’immigration italienne et espagnole dans les années trente, que ce soit pour une raison politique ou économique, mais permet aussi d’observer les différentes manières qu’ont les auteurs pour représenter cette période selon leurs expériences, leur histoire et le choix de focalisation qu’ils ont privilégié.

                           

III. La mémoire de l’immigration des Trente-Glorieuses

Pour étudier la représentation des souvenirs de l’immigration de la période qui va de 1945 à 1975, nous nous appuierons sur l’œuvre Les années Spoutnik d’Hervé Baru, de son vrai nom Barulea et fils d’immigrés italiens.
Cette bande dessinée raconte l’histoire d’une tension montante parmi les mômes de la cité (laquelle ?) face à leurs homologues de Comborne, Tout se passe dans la Lorraine minière et industrielle, près de Villerupt, dont le dessinateur est originaire.
Les habitants des deux villages appartiennent à différentes nationalités (Lesquelles ?), souvent en rivalité, mais qui se retrouvent autour du sport ou de la défense du carreau de la mine. Dans cette bande dessinée on constate qu’a de nombreuses reprises le décor est écarté pour laisser place uniquement au texte qui dans ce cas prend une importance capitale. En effet, bien souvent les répliques les plus significatives et importantes sont introduites de cette manière. On sent alors tout de suite le soin apporté à l’expression, certainement d’un langage de la « rue ».
Ici, la bande dessinée est donc à la fois une affaire de territoire mais également une affaire de langage. On comprend rapidement de par le titre que Les Années Spoutnik est avant tout un récit ancré dans la guerre froide ou encore le développement du parti communiste.
Pour conclure on comprend que Les années Spoutnik, s’il est un récit d’aventure et d’apprentissage est aussi un témoignage sur la vie quotidienne des fils d’immigrés ou d’ouvriers de la fin des années 50.

 

                                       

 

 

Pour conclure, nous remarquons donc que depuis des années la bande dessinée est un moyen performant de transmettre l’ Histoire, des émotions et des souvenirs.

 

Lucile, Marine, Enora, Laurane

 

 


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