Feb 24 2014

La représentation de l’immigrant dans la BD

Publié par corentinchato1 dans Exposés sur la BD      

Introduction

Le phénomène d’immigration est un phénomène existant depuis de nombreuses années, qui se limitait tout d’abord, faute de moyens de transports modernes, à des déplacements interrégionaux (si l’on prend l’exemple du territoire français). Ce phénomène s’est d’autant plus amplifié depuis la révolution industrielle au XIXème siècle et a atteint son paroxysme en France à partir des années 1920. En effet, le manque de main d’œuvre dans les différents secteurs industriels entraîna une forte arrivée d’immigrants étrangers, majoritairement européens, qui fut également facilitée par la création d’institution comme la Société générale d’immigration en 1924. Ainsi, depuis toujours les émigrés parcourent le monde, prenant alors dans leur nouveau pays le statut d’immigrant. Ce statut leur vaut des considérations diverses de la part de la société. Ils se voient effectivement plus ou moins bien intégrés au cours de l’Histoire, et subissent parfois inégalités et racisme, voyant leur condition reléguée en arrière-plan.

Le monde de la BD reflète quant à lui le même souci de représentation, les immigrés sont des personnages souvent présents dans le neuvième art, autant qu’ils l’ont été dans l’Histoire. Ils prennent cependant place sous différentes formes, et leur rôle, comme nous allons le voir, se modifie au cours du temps, tout comme le statut de l’immigrant s’est modifié dans la société. Nous allons donc voir de quelle manière les immigrants sont représentés dans le monde de la BD au fil du temps.

Notre dossier s’organise autour d’un auteur de bande dessinée majeur dans le cadre de la représentation de l’immigration en France, Farid Boudjellal. Ainsi nous nous intéresserons en premier lieu à la représentation des immigrants avant «l’ère» de Farid Boudjellal, c’est-à-dire avant les années 80, puis en second lieu à la représentation des immigrants après l’ère de Farid Boudjellal, et donc après les années 80, enfin nous verrons que l’immigrant est bien représenté dans la société actuelle.

 

I) Représentation de l’immigrant avant «l’ère» de Farid Boudjellal

 A) L’immigrant représenté en second plan

Farid Boudjellal est un  auteur de bandes dessinées traitant entre autres de l’immigration. Ce n’est qu’à partir des années 70-80 que les immigrants, dans les bandes dessinées, sont représentés en premier plan, en tant que personnages principaux et égaux à tous, et Farid Boudjellal est parmi les premiers qui a révolutionné cette représentation. En effet, avant son «ère» et durant de longues années, l’immigrant est resté un personnage invisible ou au mieux de second plan dans la bande dessinée. L’immigrant dans la BD etait représenté tel qu’inférieur aux citoyens, sans grande importance. Sa représentation graphique elle-même était altérée. Ils étaient soumis comme vulnérables, souffrants et exclus, et parfois même étaient associés à la mort. Lorsqu’ils apparaissaient, ils étaient bien distingués des autres civils par leur couleur de peau et semblaient synonymes de danger et de violence.

 On parlait de l’immigration sans mettre en avant les personnages qui l’incarnaient. L’immigré n’était qu’un personnage comique sans psychologie particulièrement exploitée, car la bande dessinée, au XXème siècle, etait avant tout faite pour divertir et exposer des sujets sérieux n’était pas d’actualité.

 

B) L’immigrant défavorisé dans la vie comme dans la bande dessinée

Au XXe siècle, la France était l’un des principaux pays d’immigration dans le monde.  Les personnes immigrées vivaient dans une grande insécurité, elles n’étaient pas vues comme des personnes à part entière, on les fuyait, les jugeait, les détestait. Elles étaient réduites à une forme de cliché, de stéréotype négatif qui les enfermait dans un statut de victime, elles étaient rejetées. Certains se repliaient parmi un groupe afin de se protéger des agressions extérieures, tandis que d’autres étaient enclins à la riposte. Cette riposte pouvait donner lieu à la violence et ainsi confirmer les craintes des autres.

A l’école, les enfants immigrés pouvaient subir brimades et discriminations plus ou moins sévères.

 rOn observe dans cette case de bande dessinée humoristique que les immigrants étaient jugés parfaits pour remplir les travaux dont plus personne ne voulait. Ils étaient en quelque sorte exploités égoïstement.

 

II) Représentation de l’immigrant après «l’ère» de Farid Boudjelal (après les années 80)

A) Farid Boudjellal et l’immigrant en personnage principal

Pour rédiger cette partie, nous avons choisi de prendre pour support la bande dessinée nommée « Petit Polio », écrite et dessinée par  Farid Boudjellal, publiée en 1998. Pour commencer, Farid Boudjellal est le premier dessinateur à mettre en avant dans sa bande dessinée le personnage de l’immigrant, dès le début des années 80 avec le personnage d’Abdulah et ceux de la famille Slimani qui permettent aussi de s’intéresser aux enfants d’immigrés nés en France. D’ailleurs, si Mahmoud alias Petit Polio est d’origine maghrébine, il est Français.

Petit Polio. Farid Boudjellal. Première de couverture

 

Farid Boudjellal s’est souvenu de sa propre enfance toulonnaise pour écrire les récits de Petit Polio. On y retrouve les joies et les peines d’un enfant, la solidarité familiale, la douleur du deuil et le handicap, qui occupe une place prépondérante mais non centrale du récit.

Ce changement de statut pour l’immigrant dans la représentation de la BD à partir des années 80 montre que celui-ci, ou le personnage d’origine étrangère, est dorénavant sur un pied d’égalité avec le personnage typique français. Il n’est alors plus vu comme un personnage inférieur, ce qui est une révolution dans sa représentation en bande dessinée. On remarque de la même façon une évolution dans la représentation graphique de l’immigrant. En effet, Petit Polio est une bande dessinée qui incite à la nostalgie, ou à la découverte, d’une époque, dont l’atmosphère est très bien retranscrite, tant par les dialogues que par le graphisme. En effet, le dessin installe le lecteur dans une ambiance chaleureuse qui contraste parfois avec la violence des sentiments vécus. Les crayonnés sont encore visibles sous l’encrage et les couleurs, sans pour autant enlever le charme du graphisme. Le résultat est émouvant et certaines peintures à la gouache sont très belles. Enfin, grâce à son aspect graphique, Farid Boudjellal, avec beaucoup de retenue, de finesse et d’humour montre une nouvelle fois son talent. Par sa simplicité, « Petit Polio » se révèle une œuvre pleine de chaleur humaine, ce qui contraste avec les précédentes représentations de l’immigrant.

B) Révolution de la figure de l’immigrant dans la société (marche des beurs) et dans la BD

Cette «révolution» de la représentation de l’immigrant dans la BD reflète aussi les évolutions concernant l’immigrant se déroulant dans la vie réelle. Elle rend compte d’une certaine volonté des personnes d’origine étrangère de ne plus avoir à subir des discriminations, une volonté d’égalité. Ce changement de statut de l’immigrant dans la BD se fait à la même époque que la marche des beurs dans les années 80. Ces deux révolutions sont de ce fait similaires, l’une entraînant l’autre, elles sont cependant exprimées de manière différente dans des domaines différents. La place de l’immigrant dans la représentation de la BD : l’immigrant n’est plus au second plan mais à partir des années 80, il est le personnage principal grâce à Farid Boudjellal. La place de l’immigrant dans la société française : c’est «La Marche pour l’égalité et contre le racisme» autrement dit «la marche des beurs», qui arrive à Paris le 3 décembre 1983, date à laquelle Farid Boudjellal publie la famille Slimani dans le journal Libération, représentant ainsi la présence dans la société française des parents algériens immigrés et de leurs enfants nés en France.

Résumé bref de « la marche des beurs » :

Durant l’été 1983, de rudes affrontements opposent policiers et jeunes dans le quartier des Minguettes à Vénissieux,,dans la banlieue lyonnaise. Pendant les affrontements, Toumi Djaïdja, le président de l’association SOS Avenir Minguettes, est blessé par un policier et transporté d’urgence à l’hôpital. Rodéos, incendies de voitures, dégradations urbaines, courses poursuite avec la police, sont  filmés, et  repris dans la presse. L’année 1983 est marquée par des faits divers racistes tragiques dont cinq Maghrébins tués pour motifs racistes selon le ministère de l’Intérieur, 21 selon les organisations de lutte contre le racisme. Le curé Christian Delorme qui entend défendre Toumi Djaïdja des accusations calomnieuses dont il estime que le jeune homme est l’objet et le pasteur Jean Costil, proposent alors aux jeunes des Minguettes une longue marche, inspirée par  et Ghandi. Ils avaient deux revendications : une carte de séjour de dix ans et le droit de vote pour les étrangers

On peut donc voir que la représentation du migrant après l’ère  Boudjellal est différente. Avant cette ère, le migrant est au second rang voire insignifiant pour l’histoire. Alors que, après cette ère, l’immigrant s’est révolté tant dans le monde de la BD que dans la vie réelle notamment à travers la place du migrant et de son aspect graphique dans la BD et « la marche des beurs » pour la vie de tous les jours. Maintenant, le migrant  peut-être un personnage principal comme n’importe quelle autre personnage.

III) Les immigrants bien représentés de nos jours

A) Comment se traduit la figure de l’immigrant dans la BD aujourd’hui ?

On peut apercevoir qu’au fil des années, la représentation du migrant a évolué. En premier lieu le migrant était proche de son auteur, puis devient un personnage secondaire et par la suite avec Farid Boudjellal se retrouve être le personnage au cœur des planches, le personnage principal. Le personnage de l’immigrant a donc au fil du temps adopté un nouveau statut dans la bande dessinée. Aujourd’hui, on voit que la représentation des migrants adopte de nouvelles figures, qu’elle évolue au cours du siècle. On voit que la représentation de l’immigrant prend de nouvelles formes, le personnage du migrant évolue : de l’homme ouvrier parti seul on découvre maintenant toute une famille et des figures féminines.

Auparavant, l’immigrant était représenté par un personnage masculin, puisqu’aujourd’hui 1 migrant sur 2 est une femme, on retrouve des planches illustrant la féminisation du phénomène migratoire comme par exemple dans l’album Immigrants : 13 récits d’immigration, une BD où sont recueillis 13 témoignages d’immigrés et mis en dessins par 13 dessinateurs. Dans cet album la femme immigrante est mise en valeur, on peut découvrir les parcours de migrantes voulant s’intégrer en France, il y a celui d’Hélène, une femme qui a fui la République Démocratique du Congo, ou encore Anna, une Uruguayenne, dont le voisin raciste abandonne ses préjugés en partageant avec elle son intérêt pour la course à pied. On peut également prendre l’exemple de la bande dessinée Aya de Yopougon  écrite par Marguerite Abouet et illustrée par Clément Oubrerie. Les auteurs nous emmènent sur les traces d’Aya, une jeune fille de 19 ans, héroïne de la saga, qui vit à Yopougon, quartier défavorisé et dangereux d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne ; à la découverte de la vie de jeunes gens en 1978, notamment d’Innocent, un jeune coiffeur qui va immigrer en France.

Aya de Yopougon. Clément Oubrerie et Marguerite Abouet. Première de couverture

Les auteurs accordent donc une place plus importante aux femmes qui sont aussi un reflet de la figure de l’immigré et qui  montrent l’évolution du personnage de l’immigré dans la bande dessinée.

 Le migrant était souvent caractérisé par des traits ou un comportement comique ; aujourd’hui la représentation du migrant se fait progressivement plus sérieuse par les thèmes abordés par les auteurs, les liens avec l’actualité sont davantage présents : le racisme, la vie dans les quartiers, les discriminations, la difficulté à s’intégrer dans la société, la souffrance des expulsions, les contrôles de police, et aussi les files d’attente devant les préfectures, la traque des sans-papiers, les boulots au noir. Tous ces thèmes sont traités par les auteurs dans la BD de nos jours et définissent de nouveaux personnages. C’est le cas dans Arabico de Halim Mahmoudi, il dessine la vie d’un petit garçon, Arabico, 13 ans, qui est Français d’origine algérienne. Ce dernier perd sa carte d’identité et prend peur quant au sort réservé aux « sans-papiers ».  Dans la planche ci-dessous extrait de l’album, l’auteur montre le problème de la crise identitaire, de la souffrance et de la difficulté de s’intégrer. Au tout début d’Arabico, ce problème d’identité est évoqué : le héros prépare un devoir sur l’identité nationale : « Merde ! Fils d’immigrés, c’est français ou étranger ? » s’énerve-t-il. Il ne sait donc pas quelle est son identité, à quel pays il appartient. Il se voit tout d’abord comme un fils d’immigré. Plus loin dans l’histoire, un autre problème est abordé : le racisme car le grand frère d’Arabico, Magyd (qui a un bac + 5 et qui est chômeur) dit : « Dans ma promo, on est quatre à n’avoir aucun travail. Les seuls Arabes et Noirs d’une promo de 40 fils de putes ! ».

 

Couverture d’Arabico de Halim Mahmoudi, Soleil Productions, 2009

Le cri du peuple, extrait d’Arabico

La discrimination envers les immigrés concernant le monde du travail est aussi une difficulté que rencontrent fréquemment les migrants. On voit donc que les auteurs de bande dessinée qui choisissent le thème de l’immigration s’intéressent désormais à la vie de l’immigré dans la société et les difficultés liées à celle-ci. Cependant, les auteurs s’intéressent à l’immigration en elle-même et raconte le passage de l’immigrant d’un pays à un autre qui est souvent rythmé en 3 temps : le départ, le voyage et l’arrivée sur la terre d’accueil. Les transports, parmi lesquels les embarcations de fortune ou l’avion, apparaissent dans de très nombreuses planches. Ce sont à la fois les symboles d’un déplacement vers une autre vie et la description d’un dangereux voyage. Deux éléments scandent ces récits, la mer et l’horizon, qui matérialisent avec force cette notion de frontière physique, et illustrent en outre la frontière mentale qui sépare les cultures. À l’arrivée, les immigrés doivent s’intégrer au pays d’accueil, s’adapter à son climat, à sa culture, en comprendre les subtilités administratives et politiques, et les codes sociaux. Un quatrième temps peut éventuellement s’ajouter : celui du retour au pays. Ces constantes et ces similitudes permettent de dessiner un parcours type des migrants et des migrantes. Au-delà des genres, des styles et des techniques différentes, les bédéistes dessinent ainsi des destins divers et posent en même temps la question de leur universalité.

 

B) Comment les immigrants sont représentés dans la vie de tous les jours ?

 

Nous nous sommes intéressés à la représentation de l’immigrant dans la BD, mais quand est-il dans la vie de tous les jours ? Comment est représenté l’immigrant dans notre société ?

Il y a en France en 2012 12 millions d’immigrés et de descendant d’immigrés ce qui représente 18% de la population française. L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a réalisé une étude qui montre que les enfants d’immigrés sont plus nombreux que les immigrés, plus de 5.3 millions d’immigrés vivaient en France en 2008, les deux tiers étaient nés de pays étrangers à l’Union Européenne. Leurs descendants sont prêt de 6.7 millions soit environ 11% de la population. Au total plus de 7 millions de personnes nées à l’étranger résident en France. Sur la carte ci-dessous on remarque que la part des immigrés nés hors UE  est plus ou moins importante selon le département. Par exemple  dans le Rhône, l’Essonne, le Val d’Oise ou encore la région Parisienne la part des immigrés étrangers est plus de 8% contrairement à la région Bretagne où elle n’est que de 2 à 4%. Les immigrés vont donc dans des régions dynamiques où ils savent qu’ils peuvent trouver du travail.

 L’immigration en France en 2012

Source : http://www.lefigaro.fr/actualitefrance/2012/10/10/0101620121010ARTFIG00262-immigration-les-chiffres-de-l-insee.php

 

Toutefois, la vie de l’immigrant dans la société n’est pas chose facile, l’immigrant a du mal à s’intégrer dans la société et est victime de nombreuses discriminations. Venir d’ailleurs constitue encore un handicap pour vivre en France, en effet l’intégration sur le marché du travail reste difficile. Cinq ans après la sortie du système éducatif, le taux d’emploi varie fortement selon l’origine : 82% pour les descendants d’immigrés d’Europe du Sud, tout comme les Français dont les parents sont nés Français, mais seulement 61% pour des descendants d’immigrés originaires d’Afrique. De manière générale, 16% des immigrés étaient au chômage en 2010, dont 20% pour ceux nés en dehors de l’UE. Un écart significatif avec le taux de chômage de l’ensemble de la population active, alors de 9%. Pour l’Insee, les difficultés des immigrés et enfants d’immigrés à intégrer le marché du travail s’expliquent principalement par leur origine modeste, en particulier ceux originaires d’Afrique. 58% d’entre eux ont un père ouvrier (contre 26% des Français dont les parents sont nés en France). Le parcours scolaire est également souvent plus chaotique, ce qui explique des métiers moins qualifiés. Mais l’origine sociale n’est pas une explication suffisante, reconnaît l’Insee. Les conditions de vie sont moins bonnes pour les immigrants. L’Insee évalue à 1.400 euros le salaire net médian mensuel des immigrés, contre 1.550 pour les non-immigrés. Ceux qui viennent de pays hors de l’UE sont les moins bien lotis avec 1.300 euros par mois. Quant aux enfants de la « deuxième génération », ils se situent dans une « situation intermédiaire », selon le rapport : ils vivent mieux que leurs parents mais moins bien que les autres Français. Leur salaire net médian s’élève à 1.500 euros par mois, soit 50 euros de moins que les autres.

On constate de plus que le thème de l’immigration est un sujet qui fait débat dans notre société et qui est très présent dans l’actualité. En effet, les immigrants sont perçus par une partie de la population d’un point de vu négatif, notamment par certains partis politiques comme le Front national qui juge les immigrants nuisibles à la France et qui lutte contre l’immigration, ce qui développe des idées xénophobes ou même racistes au sein des esprits français.

Nicolas Sarkozy, alors Président, déclare que l’immigration  « est un atout, une richesse mais pourquoi ne pas avouer qu’elle peut être aussi un problème. » La politique d’immigration de Sarkozy a été alors de réduire le flux des migrants en régulant le nombre d’arrivées, il a entrepris des mesures radicales comme une sévérité plus importantes pour la délivrance des visas ou encore la circulaire Guéant qui limitait les possibilités pour les étudiants étrangers qui avaient effectué leurs études dans l’Hexagone de travailler en France au terme de leur cursus. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, l’immigration a suscité de nombreuses tensions dans la société et c’est encore le cas sous le gouvernement actuel.

En effet, Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, a entamé une  nouvelle politique d’immigration. Il a voulu défaire ce qu’avaient fait ses prédécesseurs, notamment en supprimant la circulaire de Guéant ; il a de plus publié en octobre 2012 une circulaire visant à assouplir les critères de naturalisation, et le nombre d’expulsion a baissé sous le gouvernement actuel par rapport au précédent. Cependant, la question des Roms suscite débat. Selon le ministre de l’Intérieur : « les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner ». On peut donc voir que l’immigrant dans notre société se voit être l’objet de vifs débats. Souvent pris comme  « boucs émissaires », ils sont alors considérés comme responsables des problèmes de la France. De plus, ils subissent des discriminations sur le plan salarial et ont des conditions de vie souvent inférieures à celles des Français.

On peut donc voir que la figure de l’immigrant  dans la bande dessinée a évolué au fil du temps. Aujourd’hui les auteurs accordent plus d’importance à la femme immigrée, et des thèmes comme le racisme, la difficulté à s’intégrer, les discriminations envers les migrants sont abordés de plus en plus dans les bandes dessinées de notre époque. Toutefois les bédéistes continuent à dessiner les parcours « classiques » des immigrants voulant quitter leurs terres natales et à la recherche d’une meilleure vie.

Conclusion

En conclusion, la représentation des immigrants dans la bande dessinée entre en lien direct avec l’histoire de leur statut dans la société. Ainsi, on peut distinguer trois périodes durant lesquelles cette représentation n’a cessé d’évoluer.

En effet, avant les années 80 la figure de l’immigrant n’occupait qu’une place secondaire dans la bande dessinée : son rôle était effacé et majoritairement lié à la violence, tout comme il l’était dans la société de l’époque. De plus, il était graphiquement représenté par des couleurs sombres.

Les années 80 marquent ensuite un tournant dans la représentation de l’immigrant, notamment par l’arrivée du bédéiste Farid Boudjellal. En effet, celui-ci place l’immigrant en personnage principal, lui créant alors une forte identité, et le représentant graphiquement par des couleurs chaudes. Ce changement de statut dans la BD se traduit également dans la société par la marche des beurs, durant laquelle les immigrants revendiquent leur égalité.

Enfin, de nos jours, on peut voir que la représentation de l’immigrant se libère davantage : par exemple les auteurs accordent une place plus importante aux femmes immigrées, la figure de l’immigrant devient plus sérieuse notamment à cause des thèmes abordés qui sont souvent en lien avec l’actualité de la société. De plus, on remarque que l’immigrant, même si il est bien intégré dans la vie réelle, est quand même sujet à des discriminations et est pour beaucoup la source de nombreux problèmes liés au pays.

Enfin, on peut voir que le thème de l’immigration ne touche pas seulement le milieu de la BD, des auteurs de roman comme Laurent Gaudé dans Eldorado, traite de la question de l’immigration.

 

Alix, Anna-May, Clara, Corentin 

 


Feb 24 2014

Les différents genres de la bande dessinée

Publié par carolinechato1 dans Exposés sur la BD      

Les genres de la BD

En quoi les genres participent ils à l’essor de la bande dessinée ?

I Les comics, année 50.

Autrement appelé age d’or de la bande dessinée, cette période est caractérisée par l’apparition des comics books de Max Gaines puis lapparition de Superman, archétype du super-héros, dans les pages de Action Comics.

L’âge d’or s’achève brutalement en 1954 avec la mise en place d’un organisme de contrôle des comics, le Comics Code Authority, qui oblige plusieurs éditeurs à mettre la clé sous la porte. Un jour de juin 1938, Action Comics #1, publié par DC comics, débarque sur les étals des marchands de journaux pour la modique somme de 10 cents.

C’est la première apparition de Superman, personnage créé par deux amis, Jerry Siegel et Joe Shuster. Extra-terrestre, seul survivant de sa planète disparue, il porte un costume aux couleurs vives, a des pouvoirs extraordinaires et les utilise pour combattre le crime. Il est le premier super-héros au monde et le succès sera aussi immédiat que colossal. Action Comics se vend à des millions d’exemplaires. Un an après, DC réussit un second coup de maître avec Detective Comics #27, la première apparition de Batman.. Les éditeurs concurrents ne sont pas en reste et veulent tous leur part du gâteau : bien d’autres super-héros sont créés dont Captain America chez Timely Comics (futur Marvel). La seconde guerre mondiale contribuera grandement à la popularité de ces personnages, qui combattent les ennemis des Etats-Unis.

II-Le roman graphique

 

Littéralement traduit de l’anglais «graphic novel», le roman graphique

est apparu dans les années 60 aux États-Unis, puis s’est popularisé dans les années 80. Un roman graphique comporte un certain nombre de critères. Il doit avoir le même nombre de pages qu’un roman ou presque (on remarquera d’ailleurs que son format est très ressemblant à celui d’un roman), le noir et le blanc sont souvent préférés aux autres couleurs, le récit est plus littéraire et plus dense que dans la bande dessinée habituelle. Les romans graphiques mêlent autant la fiction que la réalité (comédie, fiction historique, fiction réaliste, fantasy, mais encore le fantastique).

Le premier livre reconnu comme étant un roman graphique est « A contract with god» de Will Eisner, paru chez Barinet en 1987 ; lui succédera «Maus» de Art Spiegelman en 1986.

 

         Farid Boudjellal est l’auteur de plusieurs genres de livres, notamment des romans graphiques. Celui-ci s’est inspiré de l’immigration afin de réaliséerplusieurs œuvres comme par exemple «Petit Polio». Ce roman raconte l’histoire de Mahmoud Slimani à 6 ans, dit Petit polio. On est en 1958, et la guerre d’Algérie occupe une grande partie des esprits. Farid Boudjellal s’est inspiré de son enfance toulonnaise afin d’écrire «Petit Polio». Dans ce roman, nous retrouvons le quotidien d’un enfant, c’est-à-dire les joies, les peines, la famille, enfin le handicap, qui, pour Mahmoud, occupe une très grande place.

III -L’autobiographie et la BD-reportage

 

 

La BD autobiographique :

Les bandes dessinées autobiographiques sont (de plus en plus) nombreuses sur le marché et peuvent susciter l’intérêt des lecteurs, adolescents et adultes.
Souvenirs d’enfance, parcours de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, récits d’événements personnels mêlés ou liés à des événements historiques, qu’ils soient teintés de nostalgie ou narrés sur un ton humoristique avec le recul de l’âge adulte, les origines variées des auteurs  permettent en plus de mener des recherches intéressantes sur le contexte géographique, historique ou politique.

Comme BD autobiographique on peut citer :

Marzi en 6 tomes (« Marzi », ce sont de courts récits qui parlent d’un pays encore bien méconnu, la Pologne d’avant, puis d’après, la chute du Mur, et vue par les yeux d’abord d’une enfant, puis d’une adolescente et enfin d’une étudiante).

Persepolis 4 tomes (voir résumé détaillé dans le pearltrees).

-Ma mère était une très belle femme (L’auteure a passé son enfance en Afrique du Sud, à l’époque de la ségrégation raciale, lorsque les blancs avaient la suprématie dans les différents niveaux de pouvoir. Elle s’interroge sur la ségrégation mais aussi sur les mécanismes d’un système provoquant le racisme).

– La vie de Pahé 2 tomes (Récit drôle et acerbe sur l’enfance de l’auteur en Afrique, suivie de son arrivée en France).

Il existe encore un très grand nombre d’oeuvres autobiographiques, que nous, ne citerons pas ici.

 

La BD-reportage :

La BD-reportage traite un sujet d’actualité, de société ou historique, en images et en bulles. Elle devient un véritable genre au début des années 90 avec la publication de « Palestine » de Joe Sacco en 1993. Il est considéré come l’inventeur du genre, même s’il avait été esquissé par les dessinateurs américains Robert Crumb ou Will Eisner dans les années 60 et 70.
Joe Sacco a la particularité d’être à la fois journaliste et auteur de bandes dessinées, ce qui lui donne la reconnaissance du grand public mais aussi celle de ses pairs. Il est parti en mission entre décembre 1991 et janvier 1992 afin de se rendre dans les territoires palestiniens et rendre compte de la situation. Depuis ce journaliste américain arpente les territoires en guerre et restitue ses reportages en bandes dessinées. En 2011, il reçoit le prix France-Info pour « Gaza 1956, en marge de l’Histoire ».
La revue XXI, créée en 2008, a fait de la BD-reportage une de ses spécificités. Disponible seulement en librairie, ce journal indépendant ne contient aucune publicité et consacre chaque trimestre trente pages de reportages en BD.

Comme BD reportage on peut citer :

Les œuvres citées sont nominés pour le Prix France Info 2014

– Ainsi se tut zarathoustra

-Clichés de Bosnie, bosanska slika

-Enquêtes générales : immersion au cœur de la brigade de répression du bandidtisme

-Les gens normaux : paroles lesbiennes, gay, bi, trans

– Mon ami dahmer

-Le printemps des arabes

 

Caroline, Victoire, Hugo, Romain


Feb 21 2014

Les Mangas

Publié par valentinchato dans Exposés sur la BD      

 

Introduction

 

Entre le XIXe et le XXe siècle, la bande dessinée est apparue dans le monde. Cependant elle a été découverte en Egypte bien avant. Au Japon, un autre type de BD s’est développé, le manga. C’est sur quoi portera notre sujet. Nous verrons si nous pouvons considérer le manga comme une bande dessinée particulière. Dans une première partie, nous verrons les origines du manga, ensuite nous développerons le fait que çela soit différent de nos bandes dessinées occidentales. Puis nous chercherons en quoi l’esprit japonnais est présent dans ce support narratif.

I/ Les origines du manga

D’où vient le manga ? Le manga est le style de bande dessinée usuel au Japon, il a été inventé par Katsushika Hokusai (1760-1849). Les premiers mangas étaient des caricatures, surtout de personnages populaires de l’époque, à force d’audace et grâce a un style nouveau, ce genre s’est répandu, jusqu’à devenir un style d’écriture a part entière, au même niveau que le « comic » aux Etats-Unis. Le terme manga signifie littéralement « image dérisoire »

Il a été créé en 1861 et est depuis le style de base de littérature au Japon, il est un peu l’équivalent des comics américains ou de notre Astérix. En France, il s’est répandu à partir de 1978. Ce n’est qu’après Dragon ball Z d’Akira Toryama, le manga que tout le monde connait, édité par Glénat en 1973, que le manga est devenu un véritable style d’écriture reconnu par les français. De nombreux mangas ont bercé la génération 90 comme Astroboy d’Osamu Tezuka ou Détective Conan de Gosha Aoyoma. Dans les années 2010, c’est l’apogée du manga en France avec l’essor des One Piece d’Eiichiro Oda ou autres Naruto de Masashi Kishimoto.

II /Les particularités du manga

En France, il y a énormément d’adaptations à la télévision. On retrouve par exemple : One Piece, Dragonball Z, Pokemon, Yu-gi-oh et Olive et Tom . Il existe de nombreux produits dérivés tels que les jeux vidéos pour Pokemon ou Dragonball Z. Il y a également des jeux de carte comme Pokemon ou encore Yu-gi-oh ainsi que de nombreux produits de n’importe quel type comme des vêtements ou des draps. Ces « anime » ont permis de populariser les mangas chez les jeunes d’aujourd’hui. Parlons pour les personnes de notre génération (environ 16ans), nous avons tous découvert les vrais mangas sur NT1 le soir avec Dragonball Z quand on rentrait de l’école.

Bien que les mangas et BD soient tous les deux des « comics » à la base, ils ont tous les deux des différences :
Pour l’aspect extérieur, les mangas sont généralement édités en petit format, contrairement à la BD qui est généralement en grand format. Le manga se lit de droite à gauche, alors que la BD de gauche a à droite.

Les différentes séries de manga sont généralement longues (parfois jusqu’à 40 volumes, 42 pour Dragonball Z), il n’y a jamais de changement d’auteurs dans une série. Pour les BD, les séries sont rares (sauf quelque classiques tel qu’Astérix et Obelix), le changement d’auteur est ici possible et des BD du même nom peuvent être écrites par différents auteurs qui se concertent.

Les tranches d’âge déterminent les lecteurs qui eux mêmes déterminent les mangas qu’ils lisent. La prépublication en magazine conforte ce principe. Les mangas évoluent par rapport à l’âge du lecteur, qui, en devenant adulte continue de lire des mangas, mais d’un autre type.
Pour les BD il n’y a pas de public particulier. Il existe des BD pour enfants mais aussi pour adultes et des fois pour les deux .


Pour les mangas il y a plusieurs variétés ou sujets : les mangas fantastiques comme par exemple One Piece ou Pokemon , de science-fiction commeYu-gi-oh, d’amour, d’horreur, d’aventure, de métier.
Pour la BD les thèmes sont similaires : Science-fiction comme par exemple la série « Léo » qui raconte l’histoire des personnages qui doivent fuir la Terre car cette planète est devenue irrespirable. Il y a aussi les BD fantastiques comme par exemple « Walking Dead », d’ aventures comme « Astérix et Obélix », ou encore des BD d’amour et d’horreur.


Les mangas racontent des histoires possibles dans notre monde et les personnages sont le plus souvent très timides. Ces personnages servent aux adolescents, ils s’identifient à eux et leurs permettent de mieux s’intégrer dans la société. Pour les bandes dessinées, les auteurs peuvent utiliser tous types de personnages dans leurs BD, il n’y en a pas de spécifiques.

III /L’univers japonnais

Comme nous avons pu le voir auparavant dans notre exposé, le manga est un type de bande dessinée, cependant certaines caractéristiques lui sont propres, telles que l’écriture et le décor.

Généralement, les mangas sont écrits en noir et blanc ainsi qu’imprimés sur du papier recyclé, il y a pour la plupart des mangas environ 10 chapitres regroupés dans un livre petit et rectangulaire qui fait de 100 à 200 pages environ. 

Les écrivains de manga sont très créatifs. En effet, même la forme des bulles peut alors nous donner des informations sur les personnages et leur comportement. L’écriture créative, pour les Japonais, leur permet de combler l’absence de son. Ainsi, les onomatopées sont très présentes dans la bande dessinée japonaise, elles sont très variées riches et propres au Japon, cela permet de créer une illusion sonore afin de percevoir la vitalité des personnages

Les dessinateurs font souvent des personnages avec des gros yeux afin de pouvoir montrer les expressions des personnages au lecteur. Cela permet au lecteur une meilleure compréhension des expressions des personnages, ce qui rend plus vivant le monde dans lequel vivent les personnages présentés. Il peut également y avoir des traits occidentaux qui permettent de rompre avec les préjugés que l’on peut avoir du mode de vie stricte au Japon. Les personnages peuvent momentanément être déformés ou ramenés à leur état d’enfant le temps d’une case pour apporter une touche d’humour à l’histoire. Pour le décor, la plupart des mangas se déroulent dans l’univers de l’auteur, il n’y a pas de décor similaire à tous les mangas bien qu’il y en ait une bonne partie a se dérouler dans un Japon contemporain, dans une ville tout ce qu’il y a de plus normale.

 

Alan, Giacomo, Martin, Valentin

 


Feb 20 2014

Le roman graphique

Publié par Les Premières dans Exposés sur la BD      

En quoi le roman graphique révolutionne-t-il la bande-dessinée ?

   

        La bande-dessinée a longtemps souffert de sa mauvaise réputation : décrite comme violente et destinée aux analphabètes, elle a parfois été censurée. En effet, elle est, depuis sa création par Rodolphe Töpffer au XIXème siècle, considérée comme inférieure par la littérature que l’on pourrait considérée plus conventionnelle. Mais depuis les années 70, la bande dessinée s’est affirmée dans le monde de la culture, se rendant ainsi légitime en temps que style/catégorie littéraire.

        Cela grâce à un nouveau genre : le roman graphique. Le roman graphique a donc révolutionné la bande dessinée. Mais qu’est ce qui le rend si particulier ? Nous étudierons d’abord ses origines, ses caractéristiques qui le différencient de la bande dessinée plus conventionnelle puis nous vous présenterons les évolutions du roman graphique à travers quelques titres.

I – Origines et caractéristiques du roman graphique

 A – L’origine du roman graphique

Le roman graphique est la traduction littérale de l’américain grafic novel. Ce terme a pour la première fois été employé en novembre 1964 par Richard Kyle qui était critique littéraire pour le fanzine Capa-Alpha – un fanzine est un magazine diffusé de manière restreinte par des passionnés, ici de bande dessinée. Dans cette revue, Kyle disposait de sa propre rubrique : « Wonderworld » où il expliqua aux lecteurs son choix de désormais employer le terme de grafic novel pour désigner toutes les bandes dessinées de type nouveau qui étaient plus longues, plus travaillées, plus sérieuses que les albums de l’époque. L’auteur considérait que le terme « comic » traînait des préjugés. Le critique d’art souhaitait en effet différencier la bande dessinée artistiquement sérieuse des comics.

      Car dans les années 60, la bande dessinée est encore considérée comme enfantine et humoristique. En employant l’expression grafic novel, Kyle permet d’ouvrir un nouveau champ à l’ère de la bande dessinée qui ne reposait que sur les comic books à cette époque là.

En France, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence est créée en 1949. Elle censure la violence et l’apparition d’armes et réduit donc surtout la publication de bandes dessinées étrangères. Néanmoins certains s’opposent à cette prohibition.

Revue (A suivre). N°1 de février 1978. Première de couverture

      La revue (À suivre) est la première à la fin des années 70 à s’ériger en tant que représentante du roman graphique qui donne à la bande dessinée une plus grande liberté d’écriture et d’expression. La revue, par son nom, voulait appuyer sur le fait que les longues bandes dessinées étaient d’abord publiées par bout dans des magazines mensuels ou hebdomadaires ce qui amenait le lecteur à attendre le numéro suivant. (À suivre) affichait aussi depuis le premier numéro sa volonté de passer la bande dessinée au rang de réel genre littéraire reconnue par ses pairs.

     C’est donc dans les années 80 que le roman graphique explose en France même si quelques auteurs avaient auparavant publié des ouvrages qui n’avaient tout de même pas eu le même impact qu’il y a 30 ans.

 

B – Les caractéristiques qui le différencient du genre traditionnel

1) Une véritable ambition littéraire (le fond)

     Art Spiegelman, auteur de Maus, disait : « Un roman graphique est une bande dessinée qui nécessite un marque-page. » La définition d’un roman graphique repose en partie sur celle-ci : les romans graphiques, dans leur grande majorité, sont, en effet, des livres volumineux et il est vrai que ce sont, la plupart du temps, des bandes dessinées, c’est-à-dire une histoire racontée avec des dessins accompagnés de textes.

     Mais le roman graphique ne se résume pas simplement à ça. En effet, l’auteur de roman graphique ajoute souvent une part de réflexion afin que le lecteur ne soit pas seulement face à un quelconque livre mais qu’il puisse aussi y trouver un intérêt autre que celui de se divertir, un sens plus profond et recherché. Le lecteur à qui ce genre s’adresse est un public adulte que le graphisme particulièrement travaillé étonne. À l’origine, le roman graphique fut créé, aux États-Unis, pour distinguer ce type de roman de celui du neuvième art classique / traditionnel, c’est-à-dire le comic strip de l’époque dans une volonté de rendre ce type de roman moins infantile et plus littéraire.

   Le tout premier roman dit graphique fut publié par Will Eisner, considéré comme le père du roman graphique, en 1978, et est intitulé Un contrat avec Dieu. Il relate une histoire fortement inspirée par la vie de son auteur : l’autobiographie est en effet une autre des caractéristiques du roman graphique. De fait, ils transcrivent souvent la vie du romancier ou des visions très personnelles de l’auteur. Sur le fond, le roman graphique a donc une véritable ambition littéraire.

2) Un nouvel esthétisme (la forme)

     Outre toutes ces caractéristiques, le roman graphique possède aussi un esthétisme particulier. En effet, la majorité des romans graphiques ne sont pas en couleurs mais le noir et le blanc y sont privilégiés. Outre le noir et le blanc, les auteurs/dessinateurs de romans graphiques utilisent des tons de couleurs unis pour leurs planches afin de transmettre telle ou telle émotion. Les volumes sont imprimés sur du papier plus épais que les albums traditionnels 48CC (cartonnés couleurs). La taille, comme dit précédemment, est aussi caractéristique du roman graphique ; la majorité de ceux-ci sont des tomes uniques, pour s’opposer aux longues séries auxquelles s’attachent les auteurs de bande dessinée.

II – Les évolutions du roman graphique à travers quelques titres

A – Les débuts aux États-Unis à la fin des années 70 : Will Eisner

Will Eisner. Un pacte avec Dieu. Première de couverture

Will Eisner était un auteur de multiples romans graphiques et le précurseur du genre au cours du XXème siècle. Will Eisner était le fils d’immigrants juifs : ses expériences et ses écrits tournent donc beaucoup autour de cette vie passée remplie de changements et le sujet constitue d’ailleurs la principale source d’inspiration de la plupart de ses romans graphiques. En 1978, il publie le livre qui deviendra fondateur de la bande dessinée destinée aux adultes : Un pacte avec Dieu qui raconte son enfance dans le Bronx ,à travers une fiction. Au cœur de la tempête est une autre de ses œuvres phares : elle raconte explicitement la vie de son père juif en Autriche et son exil à travers la vie de Willy, autrement dit Will Eisner. Ainsi, il est le pionnier du roman graphique, celui qui a installé les bases et sur qui ses héritiers s’inspirent. Art Spiegelman en est un.

B – Au milieu des années 80 : Art Spiegelman

Art Spiegelman. Maus. Première de couverture

Arthur Spiegelman, dit Art Spiegelman, est un des dessinateurs de bande dessinée américains le plus connu à travers le monde. Sa pièce maîtresse, Maus, relate la déportation de son père dans le camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau et raconte la Shoah en s’appuyant sur les témoignages de celui-ci. Maus, (traduit de l’allemand par souris), retrace la vie de Vladek, le père de Spiegelman, pendant la Seconde guerre mondiale en représentant les Allemands nazis en chats et les Juifs en souris pour les opposer radicalement ; ainsi que les Français en grenouilles, les Américains en chiens et les Polonais en porcs . En deux tomes, il raconte sa fuite, Auschwitz puis l’exil à New York, alternant passé et présent.

     En 1992, le livre reçoit un accueil triomphal et le prix Pulitzer lui est attribué ce qui marque un tournant dans l’histoire de la bande dessinée car aucune bande-dessinée auparavant ne s’était vu décerner un prix. L’histoire est narrée en noir et blanc :  »couleurs » prédominantes du roman graphique.

C – Fin des années 90 : Posy Simmonds

Posy Simmonds. Gemma Bovery. Première de couverture

Rosemary Elizabeth Simmonds ou Posy Simmonds est une des figures féminines de l’ère du roman graphique. En effet, sa toute première œuvre Gemma Bovery publiée en 1997, est visiblement inspirée par celle de Gustave Flaubert. Elle a d’abord été publiée dans le journal The Guardian avant de paraître sous forme d’épaisse bande dessinée. Quand on lui demande une définition de son graphisme, elle répond que « C’est un roman illustré !», exactement dans l’optique de ce que faisait Will Eisner ; entre textes et dessins ; avec une place pour l’image aussi importante que celle que le texte peut prendre.

On peut, par exemple, voir ci-dessus une de ses planches, où il y a des parties dessins et d’autres seulement remplies de textes. Cette façon très particulière d’agencer la planche de bande dessinée, typique de Posy, a amené une nouvelle vision du roman graphique et une spécificité en plus pour ce genre à part qu’il constitue.

D – Le roman graphique aujourd’hui : Thierry Murat

Thierry Murat, Anne-Laure Bondoux. Les larmes de l’assassin. Première de couverture

Thierry Murat est un auteur de bande dessinée et un illustrateur français. Les larmes de l’assassin, paru en 2011, est une adaptation écrite en collaboration avec l’auteure du roman d’origine, Anne Laure Bondoux. Dans cette version en bande dessinée, Murat a utilisé principalement des couleurs sombres telles que le noir, le gris ou encore l’ocre pour illustrer l’obscurité de la nuit, le froid de l’hiver ou au contraire la chaleur de l’été. Cependant, le rouge est employé à de nombreuses reprises pour représenter la violence et bien sûr, le sang. Les « bulles » ordinairement privilégiées dans les bandes dessinées, ont laissé place à des phrases brèves, situées en dessous des vignettes. Les plans rapprochés permettent de retranscrire au mieux les émotions des personnages. On peut ainsi discerner la peur, la tristesse ou la joie à travers les visages de ces personnages. Ainsi, cette bande dessinée reprend les différentes caractéristiques du roman graphique.

Cédric Liano. Amazigh. Première de couverture

Cédric Liano, que nous allons rencontrer en avril, va publier en 2014 son roman graphique Amazigh qui retranscrit l’immigration de Mohammed Arejdal vers l’Europe. Il est un des multiples représentants du roman graphique français d’aujourd’hui. Pour avoir lu en avant-première des extraits de Amazigh, nous vous le conseillons très fortement : courrez l’acheter ! Il sera publié en 2014 aux éditions Steinkis.

Conclusion :

Après avoir révolutionné le neuvième art en s’imposant comme culturellement légitime, la bande dessinée s’est ensuite émancipée. Un genre nouveau a été créée pour une meilleure communication entre adultes et bande dessinée : le roman graphique. Ce tout nouveau type de narration a permis une plus grande liberté d’expression et d’autonomie au scénariste/dessinateur. Des auteurs comme Will Eisner ou Posy Simmonds aux Etats-Unis ont popularisé ce genre et l’ont rendu accessible à un public plutôt adulte. Le roman graphique constitue donc un réel genre littéraire à part, même si on peut le considérer comme une branche de la bande dessinée.

Voilà ! Nous espérons qu’aucun de vos auteurs préférés n’aura été oublié et que vous aurez appréciez la lecture de ce petit exposé qui vous dévoile, à vous néophytes du roman graphique, un genre de bande dessinée particulier et très attrayant !

 

Cécile, Marine, Claire et Aurore

 


Feb 20 2014

La bande dessinée autobiographique

Publié par romanechato dans Exposés sur la BD      

  Parmi les genres de la bande dessinée qui se sont développés nous retrouvons l’autobiographie. En 1972 paraît le premier comics autobiographique, de Justin Green, appelé Binky Brown Meets the Holy Virgin Mary où il traite ses difficultés psychologiques. L’autobiographie devient alors très fréquente, C’est un phénomène qui s’amplifie à l’échelle mondiale au milieu des années 2000 avec l’apparition des blogs BD. Les bandes dessinées autobiographiques sont (de plus en plus) nombreuses sur le marché et peuvent susciter l’intérêt des lecteurs, adolescents et adultes.

Comment les auteurs transmettent leur vécu à travers leurs œuvres ? En premier lieu, nous verrons l’autobiographie et en second temps nous évoquerons l’autofiction. difficulté psyco et adolescente d’un


I/ la bande dessinée autobiographique

L’autobiographie est un genre littéraire dans lequel l’auteur utilise sa vie comme sujet de l’histoire.

Dans l’autobiographie, l’auteur peut s’inspirer de souvenirs d’enfance, de son adolescence, de récits d’événements personnels mêlés ou liés à des événements historiques, nostalgiques, humoristiques. Les souvenirs peuvent également être mêlés d’imaginaire (autofiction).

Le mot est assez récent car il n’est fabriqué qu’au début du XIXesiècle (1815 en anglais, 1832 pour l’adjectif et 1842 pour le substantif en français).

Tout d’abord, nous parlerons de la bande dessinée Persépolis de Marjane Satrapi.

Marjane Satrapi est une auteure de bande dessinée dont elle est la scénariste et dessinatrice, mais elle est aussi peintre et réalisatrice française. Elle est née en 1969 en Iran. Durant son enfance, elle a subit la restriction des libertés individuelles liées à la révolution islamique de 1979 en Iran, son pays natal, et à la guerre Iran-Irak (1980-1988).

 

Persépolis est une série de bande dessinée autobiographique écrite en français puis traduite dans de nombreuses langues qui rencontre un grand succès dès le premier tome paru en 2000. L’auteure y retrace les étapes marquantes de sa vie, de son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique, de son entrée difficile dans la vie adulte en Europe. C’est un témoignage historique et une réflexion sur l’identité et l’exil.

Les dessins sont en noir et blanc. Les fonds des vignettes sont généralement noirs ou blancs et l’on trouve parfois des décors détaillés en partie, ce qui laisse plus d’importance au texte. La langue est utilisée dans de multiples registres : familier et courant, laissant parfois même la place à la vulgarité, ce qui montre une vie quotidienne hors du commun riche et authentique.

Les quatre tomes de Persépolis évoquent la vie de Marjane en Iran, ce qu’elle a vu et vécu de la guerre Iran-Irak (de septembre 1980 à août 1988), les risques et les contraintes de cette période, son expérience en Autriche ainsi que son départ pour la France.

La bande dessinée a donné lieu à la production d’un long métrage d’animation, Persépolis, réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et sorti en France en 2007. Ce film obtint le prix du jury du Festival de Cannes 2007. Aux Césars 2008, il obtient celui du meilleur premier film ainsi que celui de la meilleure adaptation.

persepolis

Marjane Satrapi. Persepolis. Première de couverture

Abordons Maus d’Art Spielgelman.

     Art Spiegelman est un auteur de bande dessinée et illustrateur américain, né le 15 février 1948 à Stockholm. Ses parents émigrent aux États-Unis alors qu’il est encore enfant. En 1986, il publie le premier volume de Maus : «Mon père saigne l’histoire» qui retrace la vie de sa famille (racontée par son père). La suite et fin de cette histoire est «Et c’est là que mes ennuis ont commencé», sorti en 1991.

      Maus est une bande dessinée autobiographique car Spiegelman retranscrit directement le vécu de son père ainsi que le sien. C’est donc un récit autobiographique du père de l’auteur, Vladek Spiegelman qui est un survivant de l’Holocauste (=Shoah), dans un univers animalier où les Nazis sont représentés par des chats et les Juifs par des souris (Maus = souris en allemand). Maus comporte deux tomes qui traitent des persécutions des Juifs lors de la seconde guerre mondiale. Cette BD mêle l’histoire du père de Spiegelman, racontant sa déportation, et le récit des relations entre Spiegelman et son père.

C’est vers la fin des années 70 qu’Art Spiegelman demande à son père de se remémorer les événements douloureux qu’il a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était alors installé en Pologne, son pays natal.

Le premier tome raconte donc la vie de Vladeck Spiegelman qui est un rescapé juif des camps nazis et de son fils, Art, qui cherche un terrain de réconciliation avec son père. Ce tome regroupe ainsi la propre histoire de l’auteur et de son père ainsi que l’Histoire avec les nazis et les Juifs…

Le deuxième tome de Maus évoque les camps de concentration et d’extermination : Auschwitz pour Vladek, le père d’Art, et Birkenau pour Anja, sa mère.

Ces tomes se déroulent dans un double cadre temporel : 1975-1980 pour les conversations d’Art avec son père et les années 1940 pour les souvenirs de son père.


Art Spiegelman. Maus. Première de couverture

II/ la bande dessinée d’autofiction

 

     L’autofiction est un genre littéraire qui combine de façon contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction. On l’appelle aussi « roman personnel ». Il s’agit d’un croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et d’un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci.

Le fondateur de ce genre est Serge Doubrovsky. C’est un critique littéraire et romancier français.

 

      Tout d’abord, nous parlerons de Dropsie Avenue. L’auteur Will Eisner est né le 6 mars 1917 à New-York dans le quartier de Brooklyn et mort en Floride le 3 janvier 2005. C’est un auteur de bande dessinée qui a écrit de nombreuses œuvres connues, dont la trilogie du Bronx composée de Un Pacte avec Dieu, Jacob le cafard et Dropsie Avenue, écrit en 1995 et sur lequel nous allons nous pencher. L’aventure se déroule dans une rue imaginaire inspirée des rues du Bronx qui est un des quartiers fondateurs de la ville de New-York. Ce quartier s’est construit suite à plusieurs vagues d’immigration durant quatre siècles avec les fermiers hollandais de 1870, puis les communautés hispaniques et noires des années 60, en passant par les Anglais puis les Irlandais, et les Italiens de la prohibition, sans oublier les Juifs, dont la famille de Will Eisner. Ce sont toutes ces communautés qui ont construit l’identité américaine. Dropsie Avenue raconte donc l’évolution de la vie dans une rue de New-York de génération en génération, au fil des populations immigrantes qui ont laissé leurs traces à travers l’architecture et la vie quotidienne.

 

 

 Will Eisner. Dropsie Avenue. Première de couverture

      Parlons des 4 tomes de Petit Polio. Farid Boudjellal est né le 12 mars 1953 à Toulon. C’est un auteur français. Il est l’un des premiers à raconter la vie des émigrés et de leurs enfants nés en France. Il s’est souvenu de sa propre enfance toulonnaise pour écrire les récits de Petit Polio. Dans son œuvre, on y retrouve les joies et les peines d’un enfant, la solidarité familiale, la douleur du deuil et le handicap, qui occupe une place importante mais non centrale du récit. Dans cette BD, les personnages reprennent des traits caractéristiques de la famille de Farid Boudjellal, comme par exemple dans le tome intitulé Mémé d’Arménie, dans lequel l’auteurs’inspire de sa véritable grand mère paternelle arménienne. Pourtant, d’après Farid Boudjellal, le personnage principal de Petit Polio a pour seul point commun avec lui son humour.

Petit Polio. Farid Boudjellal. Première de couverture

     Les auteurs ont différentes manières de faire passer leur vécu à travers leurs œuvres. Qu’elles soient sous formes autobiographiques ou auto-fictives, les œuvres nous permettent d’apprendre à connaître différentes cultures grâce aux vies que les auteurs nous laissent à découvrir. A travers ces bandes dessinées, toutes les vagues d’immigration sont représentées, ce qui permet aux immigrés de toujours garder une trace de leur passage dans l’histoire ainsi que les sociétés dans lesquelles ils sont varrivés et eu des descendants.

Pour en savoir plus sur Farid Boudjellal, voici une interview de lui que l’on peut trouver sur le site du Musée de l’histoire de l’immigration à Paris :

http://www.histoire-immigration.fr/musee/>collections/entretien-avec-farid-boudjellal

Léa, Lucile, Marie, Romane.


Feb 11 2014

L’histoire de la bande dessinée

Publié par othmanechato dans Exposés sur la BD      

 La bande dessinée est une suite de dessins dans laquelle sont insérées des bulles de paroles pour raconter une histoire. Aujourd’hui, elle est considérée comme le 9eme art et elle connaît un énorme succès à travers le monde. En effet, cet art est l’un des tout premier de l’humanité ce qui en fait un art à part. Elle permet de conter des histoires de manière universelle et intemporelle.

Elle a connu de nombreuses évolutions à travers les différents âges de l’humanité ainsi qu’à travers différents continents. C’est donc une partie essentielle du patrimoine culturel humain. Dans cet exposé nous allons répondre à cette problématique: « En quoi la bande dessinée, de part ses origines, a su élargir son public pour devenir un art universel ? ».

Nous répondrons à cette questions en deux parties, tout d’abord nous exposerons les origines de la bande dessinée puis dans un second temps nous verrons la façon dont elle a su élargir son public.

I. LES ORIGINES DE LA BD

Tout d’abord en Europe, l’apparition de la bande dessinée remonte à l’époque préhistorique. En effet, par exemple dans la grotte de Lascaux, les hommes préhistoriques peignaient leurs exploits de guerre ou les découvertes  majeures de leur civilisation à l’aide de pigments colorés qu’ils étalaient sur les murs de leur grotte. Ces signes étaient une suite d’images représentant par exemple des animaux. L’application se faisait avec des sortes de crayon d’ocre dont plusieurs exemplaires ont été retrouvés et, bien entendu, avec des morceaux de charbon de bois. L’application au doigt ou à l’aide d’un pinceau végétal est probable ou possible mais n’est pas attestée. Ils ont survécu à plusieurs milliers d’années, ce qui a aidé les historiens à mieux comprendre et interpréter l’époque préhistorique. Cela montre bien que la BD est un art intemporel.

Ensuite, le peuple égyptien fut le premier à vraiment se consacrer à l’art de la reproduction d’événements. Par exemple, dans les palais des pharaons, on retrouve la présence de nombreux dessins représentant la mythologie égyptienne et donc mettant en scène des dieux. Ces sortes d’histoires sont sculptées directement dans les murs du palais par des scribes. Grâce à leur découverte du papyrus, les Egyptiens ont pu développer une nouvelle forme d’expression. Si le papyrus était à la base fait pour écrire, les hiéroglyphes vont rapidement être interprétés par la culture occidentale comme la première forme de dessin narratif au monde. En effet, Le système hiéroglyphique, qui encode graphiquement la langue des anciens Égyptiens, n’utilise que des dessins représentant l’humanité, la faune, la flore, le paysage et l’univers qu’ils avaient sous les yeux et, pour le monde divin, dans leurs pensées. Ces signes peuvent être employés dans un même texte tantôt pour leur valeur phonétique (phonogramme), tantôt pour l’idée qu’ils suggèrent (idéogramme).

Au Japon, avec l’apparition de l’encre, les Japonais vont créer leur propre culture de dessin en formant des suites d’images racontant la vie quotidienne. Depuis le Moyen Age jusqu’au 17eme siècle, leur style de dessin n’est pas altéré par celui des Occidentaux ce qui va lui procurer une spécificité individuelle. C’est en s’inspirant de ces dessins ancestraux que Hokusai va créer des croquis fait de caricatures. Ces croquis vont connaître un immense succès. Le manga est né.

Aux Etats-Unis, les premières bandes dessinées apparaissent au 18eme siècle avec l’apparition de gags dans les journaux  mais aussi de caricatures. Mais la forme de bandes dessinées que tout le monde connaît est bien sûr celle des comic books apparus dans les années 30. Au départ, ils ne connaissent pas un grand succès mais pendant la seconde guerre mondiale, ils vont être utilisés comme propagande, c’est là que leur succès va se faire. Ils racontent souvent les aventures de héros ou de super héros avec des dessins très vifs . C’est à dire que les traits sont très secs et donnent une impression de rapidité et d’action. Aujourd’hui, ils connaissent encore un énorme succès et certaines sagas comptent plus de 500 numéros telles que Superman, Batman, ou encore les X-men.

II. UN ART QUI SAIT ELARGIR SON PUBLIC

Au départ, la bande dessinée avait plusieurs supports comme des tapisseries,… Elles représentaient des exploits de guerre comme la tapisserie de Bayeux. Cet art était destiné aux églises et au clergé. Au Moyen Age, certains parchemins enluminés comportent des récits imagés séquentiels ; ces parchemins sont rédigés par des moines et des prêtres et destinés aux familles royales ou nobles pour leur éducation. Presque tous les composants de la BD contemporaine sont présents comme bulles de pensée, onomatopée, dessin caricatural,… Lorsque Gutenberg invente l’imprimerie, le texte est dissocié du dessin et l’art de la BD s’éteint peu à peu.

Vers le début du 19eme siècle, le Genevois Rodolphe Töpffer ouvre le 9eme art au grand public en créant l’album. Ce nouveau procédé lithographique breveté en 1800 comporte un texte écrit à la main ; la mise en page est souple et parfois inventive, l’action est découpée de façon très dynamique et l’humour est omniprésent. A partir de 1833, les septs premiers véritables albums de BD apparaissent. Ils racontent les mésaventures de 4 personnages : Mr Jabot, Mr VieuxBois, Mr Cryptogramme et le docteur Festus. Ces sept albums ont un succès immédiat auprès de toute l’Europe et ces albums seront traduits dans toutes les langues européennes possibles. Comme Töpffer le disait : « Les dessins, sans le texte, n’auraient qu’une signification absurde. Le texte, sans le dessi, ne signifierait rien ». La BD s’ouvre donc à la culture populaire et à toutes les classes sociales.

De nos jours, il existe de nombreuses sortes de BD pour de nombreuses sortes de publics. Tout d’abord, aux États-Unis, les comics qui sont les aventures de super héros ou de personnages imaginaires avec une forme de dessins très caractérisés ont un énorme succès. Ils existent depuis les années 30 et les années 40-50. Les principales agences sont Marvel (Avengers, X-men) et DC comics (Batman, Superman).

En France, la BD qui a le plus de succès dans son pays et dans le monde est « Astérix, le Gaulois ». Ce sont les aventures d’un gaulois au temps de l’empire romain. Cette BD a été créée en 1959 et continue d’avoir du succès et d’exister de nos jours. Elle est écrite et dessinée par René Goscinny et Albert Uderzo. La BD adulte et engagée existe aussi. Les BD les plus exportées dans le monde sont françaises et les BD touchent maintenant tous les publics possibles.

         Pour conclure, on peut dire que la bande dessinée est un art à part entière pour plusieurs points. Premièrement, il est répandu dans le monde entier de part ses origines venu d’à peu près tous les continents du monde, mais c’est aussi un art qui peut s’apprendre et se transmettre de génération en génération. Deuxièmement, il est intemporel car comme le prouve les grottes de Lascaux, il permet de faire passer des messages compréhensibles des millions d’années après leur création. Cet art est aussi universel car ils touchent toutes les classes sociales de la population et relate de manières différentes des événements fictifs ou historiques.

La bande dessinée permet ainsi d’exprimer différemment des évènements douloureux de l’histoire de l’humanité et joue un rôle de transmission de mémoires (Maus par exemple). Au final, de part ses origines extrêmement lointaines et du fait que la BD est aujourd’hui l’un des piliers du patrimoine culturel humain on peut définitivement la nommer comme le 9eme art de l’humanité.

Axel, Kilian, Othmane, Stévan


Feb 8 2014

La Bande Dessinée Reportage

Publié par aimenchato dans Exposés sur la BD      

 

En quoi la bande dessinée reportage actuelle nous ouvre un autre regard sur le monde ?

La bande dessinée est un genre mixte, composé d’images associées à du texte. Elle est un genre d’accès facile, qui n’est pas impressionnant. Son appartenance à la culture populaire, et sa simplicité  permettent à l’auteur d’amener le lecteur vers des sujets qu’il jugerait difficiles. La BD reportage est une rencontre littéraire entre la presse et les bulles et la subjectivité qu’apporte le dessin. C’est un genre qui a beaucoup de succès depuis quelques années mais qui ne date pas d’hier.

Le créateur du genre est l’Américain Joe Sacco. C’est un journaliste. Il est l’auteur de la bande dessinée Palestine qui paraît en revue à partir de 1993. En1996, il gagne l’American Book Award. Aujourd’hui il y a beaucoup de BD qui sont présentées comme des BD reportages mais ne répondent pas à une définition du genre : le reportage est le compte rendu que fait l’envoyé d’une rédaction à partir de ce qu’il a vu et entendu sur le terrain. Il faut donc que l’auteur se soit rendu sur place pour rencontrer les gens, et qu’il ait recherché des informations dans le but de les partager avec un lecteur. Pour nous les rapporter ensuite.

Nous allons nous poser la question «En quoi la bande dessinée reportage actuelle nous ouvre un autre regard sur le monde ?». Dans une première partie, nous allons voir en quoi c’est un support nouveau pour changer le regard et, dans une seconde partie, nous allons voir comment va-t-on reconnaître la bande dessinée reportage.

1. Un nouveau support pour changer de regard

On entre dans le récit par une image, ce qui retient l’attention du lecteur. Prenons un exemple, l’incipit des «Réfugiés d’Osiris» de Lisa Mandel, est réussi pour retenir l’attention du lecteur dès le début. La première planche est représentée par un damier aléatoire noir et blanc, qui attire le regard du lecteur dans un parcours circulaire. Quand l’œil se pose sur l’un des visages représentés, il déchiffre sans même le vouloir le très bref énoncé de parole qui le surmonte et auquel il est relié par l’appendice. Quel que soit le sens de lecture choisi, le lecteur est entré dans un récit dont la force et l’intensité le requerront à coup sûr jusqu’à la dernière case.

« Les réfugiés d’Osiris » de Lisa MANDEL est un des articles selectionnés par Le Monde Diplomatique pour le Hors-série Bande Dessinée.

Le dessin est moins complet, précis et fidèle qu’une photographie de reportage. Cependant, il a certaines qualités qui facilitent la compréhension de l’information. Le fait qu’il y ait beaucoup d’images permet de mieux comprendre l’information. Tout n’est pas dit par le texte c’est pour cela que nous avons besoins des images pour compléter l’information. Prenons un exemple, «Les fermiers aux pieds nus » de Joe Sacco : les visages des femmes ridées, amaigries et usées avant l’âge et les corps sans cesse courbés, repliés sur eux-mêmes, cassés en deux par le travail des paysans Dalits disent plus de choses sur leur situation désespérée que les paroles rapportés par Joe Sacco. La question de la mortalité infantile n’est traitée explicitement que dans deux cases mais elle est bien traitée dans les paroles de l’auteur. Le dessinateur à la différence du photographe choisi son cadrage, l’échelle des plans, l’angle de prise de vue : il peut dessiner toutes les images dont il a besoin. Lorsqu’il dessine ses témoins en train de parler, Joe Sacco préfère les gros plans sur les visages car cela donne au lecteur l’impression que le témoin s’adresse directement à lui.  

 

Reportage BD de Joe Sacco. Les fermiers aux pieds nus. Revue XXI Tome 13

On peut faire beaucoup plus de choses avec un dessin qu’avec une photo, comme cette image à la limite du soutenable où l’on voit Suvanti, son jeune fils et d’autres femmes du village, à quatre pattes, le visage penché sur le côté au ras du sol, le bras enfoncé jusqu’au-dessus du coude dans des nids de rat, à la recherche de quelque chose à manger. Avec le dessin on peut même sentir les choses qu’on ne voit pas comme le bras qui fouille dans le trou. Si le dessin simplifie la réalité,il permet au lecteur de regarder des faits éprouvants.

La BD reportage permet de rester  loin de la brutalité de la réalité et préserve l’intimité des personnes représentées sans les déshumaniser (comme le ferait par exemple une photo floue). Le dessin est un moyen de relier le lecteur avec les personnes et les situations représentées par l’auteur.

Dans les témoignages de «réfugiés d’Osiris» les témoignages sont remplacés par un dessin pour que la violence soit à des proportions acceptables.

La mixité de la bande dessinée lui donne un avantage sur le reportage filmé. Avec le  texte et les images, la lecture se fait beaucoup plus vite. Le lecteur est entraîné par le texte et doit également faire des retours sur certaines vignettes ou planches. Parfois, la bande dessinée devient muette. Le lecteur peut interpréter l’image et donner un sens au récit. «L’Afrique de papa» de Hippolyte raconte le séjour de l’auteur au Sénégal pour rendre visite à son père retraité, installé dans une station balnéaire au sud de Dakar. Ce récit alterne des planches remplies de paroles et  il y a des planches sans paroles dont la mise en page joue avec les formes, les couleurs. On peut également voir le passage du dessin à la photographie : les Européens sont dessinés comme des caricatures, ils sont ridiculisés mais familiers pour le dessinateur; alors que les Africains apparaissent souvent sur des photographies en noir et blanc.

Hippolyte. L’Afrique de Papa. Première de couverture

On peut dire que la BD reportage est un outil pertinent et efficace. Il remplit les objectifs d’un reportage : présenter au lecteur des faits vrais, lui donner des informations pour lui permettre d’avoir une opinion personnelle sur la situation. Mais il apporte plus de choses qu’un reportage classique,  c’est un récit unique des sources et des supports d’information qui facilite la lecture tout en le rendant plus intéressant. La BD reportage met en parallèle la chose vue  à l’expérience vécue par le regard d’un témoin.

Le reportage en bande dessinée est un atout pour les rédactions car il répond aux attentes des lecteurs d’aujourd’hui.

2. Une reconnaissance de la bande dessinée

On peut se poser la question : «Comment un auteur de bande dessinée peut proposer au lecteur de presse un reportage sur un sujet d’actualité ?».

Il y a deux problèmes à propos de cette question :

  • L’auteur n’est pas un journaliste (à l’exception de Joe Sacco)
  • La BD est reliée à la jeunesse, à la fiction et à l’humour.

 Dans «Libération» (qui est un journal français), il est précisé que Sacco est à la fois dessinateur et journaliste. Chaque reportage est précédé d’une introduction qui insiste toujours sur les mêmes points : le récit contient des faits vrais, l’auteur s’est rendu sur place, a partagé le quotidien des gens dont il raconte l’histoire ou dont il livre le témoignage; il a choisi lui-même un sujet qui l’intéresse, l’a présenté à la rédaction et a passé un temps dans la réalisation de son projet. À la fin du reportage dessiné (comme à la fin des autres articles de la revue), il y a une double page qui s’appelle «Pour aller plus loin» qui propose des informations supplémentaires de type encyclopédique (histoire, géographie, population, situation politique, textes de loi, etc.) et une bibliographie multimédia sur le sujet. Il y a également d’autres bandes dessinées traitant la même chose.

L’auteur également veut faire reconnaître son récit en prenant exemple sur le modèle journalistique pour que les autres le lisent non comme une fiction mais comme un vrai récit.  

Les informations données dans les reportages sont très importants, mais la mise en page et les détails visuels comme les photos, les notes de bas de page  jouent un rôle très important également.

Souvent dans les planches les auteurs mettent des photos qui deviennent des preuves que les reportages ont bien eu lieu et que l’auteur est bien allé sur le terrain et qu’il a rencontré les témoins. Prenons exemple de l’incipit de «Dans l’enclos de Gaza», où Patrick Chappatte (est un dessinateur de presse Suisse né au Pakistan. Il travaille pour le quotidien Le temps et d’autres journaux comme le magazine Bilan) a mis autour du titre la reproduction d’un document officiel de l’Ambassade Suisse au Caire et celle d’un cachet de passeport portant les mentions «Palestinian Authority», «Rafah Border Control», «Enter» et «24 janvier 2009», et également le portrait de 5 personnes rencontrées sur place.

gaza

Patrick Chapatte. Dans l’enclos de Gaza.  Première de couverture

La comparaison avec un reportage journalistique ne s’arrête pas à l’apparence visuelle : les auteurs font un vrai fond de recherche. La plupart des BD contiennent des informations précises, datées et de témoins identifiés

Joe Sacco par exemple a partagé durant trois semaines le quotidien d’un bataillon de marines chargé de sécuriser une zone irakienne. Le lecteur en faisant une recherche sur l’Internet peut voir que les noms de lieux et de personnes, ainsi que la plupart des informations sont vrais. On peut prendre un autre exemple, «Les fermiers aux pieds nus», un reportage dans des villages de l’Uttar Pradesh, un des états les plus peuplés de l’Inde. Le lecteur peut avoir beaucoup d’informations (salaire journalier d’un ouvrier agricole, nombre de jours travaillés par an…). Dans le récit les auteurs nous disent également comment ils ont eu cette information, en décrivant leurs recherches et en citant leurs sources (paysans sans terre, propriétaires terriens, fonctionnaire chargé du développement de la région, etc.).

Une des caractéristiques du BD reportage est la représentation de l’auteur-enquêteur dans son récit, comme un journaliste de terrain, un stylo et un carnet à la main, ou un appareil photo. Elle sert à rappeler au lecteur que ce qu’il lit est bien un vrai reportage.

Dans la plus part des BD reportages les auteurs intègrent dans le récit final leur expérience personnelle (ses erreurs, ses préjugés, ses émotions, les questions qu’il s’est posées). Tous ces éléments, ne sont pas dans un article classique. Cela permet au lecteur de s’identifier émotionnellement au narrateur et de mieux comprendre les informations.

 

En conclusion, la BD reportage devient de plus en plus présente dans notre monde actuel. Elle nous ouvre les yeux sur un notre monde qui n’est plus celui des BD fictif, mais celui de BD  avec des faits réels et vécus, pour lesquels des dessinateurs mettent tout en œuvre afin de les  représenter  du mieux possible, quitte à prendre des photos ou  à chercher des renseignement pour toucher le plus possible le réel et le lecteur. Les BD reportages gagnent du terrain…

 

Aimen, Ophélie,  Pierre

 

 

 

 


Feb 8 2014

Les mémoires de l’immigration dans la bande dessinée

Publié par marinechato dans Exposés sur la BD      

Les mémoires de l’immigration dans la Bande dessinée

La bande dessinée est un art inventé depuis le milieu des années 1800 qui vise principalement à témoigner,  raconter et  dessiner des histoires dans l’Histoire.
Pour ce projet, nous nous intéresserons à l’Histoire de l’immigration et aux différentes façons qu’utilisent les auteurs, selon leurs époques et leurs expériences personnelles, pour nous transmettre leurs mémoires de l’immigration dans leurs œuvres. Nous nous baserons, pour cela, sur l’étude de différentes œuvres évoquant chacune, une des quatre grandes périodes de l’immigration en France.
Dans un premier temps, la bande dessinée Pablo (2012), de Julie Birmant et Clément Oubrerie, nous permettra de travailler sur les mémoires de l’immigration de 1830 à 1914. Ensuite, l’étude de Pour une poignée de Polenta (2004), de Vincent Vanoli et de L’Ange de la Retirada (2010) de Paco Roca et Serguei Dounovetz, nous permettra d’aborder les mémoires de l’immigration entre 1914 et 1945.  En ce qui concerne la période des Trente-Glorieuses, nous nous appuierons sur Les années Spoutnik (1999-2003) d’Hervé Baru.

I. La mémoire de l’immigration de 1830 à 1914

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le problème des étrangers existe peu. Leur définition juridique reste hésitante, les représentations sont associées aux voyages ou au commerce, rarement à la condition ouvrière. Tout au long du XIXe siècle, ingénieurs, commerçants et artisans étrangers s’installent petit à petit en France et participent au développement économique. Nous pouvons envisager cette mémoire avec Pablo, une série de quatre albums écrite par Julie Birmant et illustré par Clément Oubrerie. Ces albums racontent la vie de Pablo Picasso et de ses amis à Montmartre entre 1900 et 1912. Quand on pense à Picasso, on pense généralement aux toiles qui ont révolutionné la peinture moderne et on oublie l’homme, l’émigrant espagnol fraîchement débarqué à Paris en 1900 pour l’exposition universelle. L’histoire que racontent ces quatre tomes raconte la vie de Picasso qui vient d’arriver à Paris avec son ami le peintre Casagemas. Ils ne parlent pas trois mots de français, trainent dans des ateliers et vendent leurs toiles pour vivre la bohême avec les femmes de la ville de Paris. Tout va bien jusqu’au suicide de Casagemas rendu fou d’amour par une maîtresse cruelle. Pablo découvre alors la poésie de Rimbaud et de Verlaine, et il sombre dans une dépression qui l’amène à sa « période bleue », un changement dans sa peinture qui ne plaît pas. Il ne vend plus de toiles et se fait refuser par les galeristes. Son ami Max Jacob, le poète breton encore inconnu et fou du peintre, l’héberge et l’épaule dans la misère. Vient enfin son arrivée à Montmartre et sa rencontre avec la Belle Fernande, son premier grand amour de sa vie. Il en fera des centaines de portraits. C’est l’histoire qui commence, entre l’amour de Pablo pour Fernande, et de grands poètes comme Max Jacob et Apollinaire puis Gertrude Stein, sa jumelle visionnaire, le peintre Georges Braque, avec lequel Pablo Picasso inventera le cubisme…

Pour cette série, Clément Oubrerie a changé ses méthodes habituelles de dessin. Puisqu’il se mesurait à Pablo Picasso, il a essayé de retrouver le travail de la matière plus que la tendance actuelle au « miniaturisme » qu’on trouve dans le travail pour la BD. Il a utilisé du grand format pour chaque case et a varié les matériaux (fusain, crayon, aquarelle, encre…). Les couleurs sont chaudes et illustrent les mots de Julie Birmant. Son travail nous plonge dans le Montmartre de 1900 qui n’était pas encore aux mains des touristes mais des artistes. Pour ce faire, et après recherches dans les réserves de la bibliothèque municipale, Julie Birmant a trouvé les mémoires de Fernande qui, étrangement, n’étaient que très peu empruntés alors qu’il s’agit d’une fenêtre inédite sur sa vie et celle de Pablo.  C’est de ces bases que Julie Birmant s’est inspirée pour ce projet. Pablo est une bande dessinée émouvante, un récit de vie dense et romanesque.

             

 

II. Les mémoires de l’immigration entre 1914 et 1945

Pour travailler sur le lien entre la mémoire de l’immigration et la bande dessinée durant cette période, nous allons principalement travailler sur deux œuvres différentes. Dans un premier temps, nous allons étudier L’ange de la Retirada de Serguei Dounovetz et Paco Roca. La « Retirada » désigne la vague migratoire très importante observée suite à la guerre civile espagnole et à la victoire de Franco. Ce roman graphique relate la vie d’une adolescente d’origine espagnole qui s’intéresse énormément à ses racines et à son histoire et qui est tiraillée par le désir de retourner en Espagne. Les couleurs sont très sobres, on observe d’ailleurs exclusivement du noir, du blanc et du vert/gris (pour les ombres) et les personnages sont dessinés de manière très réaliste. La BD croise les moments présents de la vie de la jeune fille et ses songes à propos de l’immigration de sa famille. En effet, elle croit rencontrer un jeune homme, « Angel » ou « L’ange de la Retirada », et revit avec lui des périodes de la guerre civile espagnole. Mais ce jeune inconnu se révèle en fait être le souvenir qu’elle a de son père. Ces moments sont d’ailleurs mis en valeur par le fait qu’ils sont globalement plus sombres. L’œuvre de Serguei Dounovetz et Paco Roca nous permet de voir l’importance de l’immigration espagnole à cette époque mais aussi de leur vie et de leur insertion en France car, bien que ce soit une fiction, elle est basée sur des faits réels. On y voit qu’à cette époque, le taux d’immigrés espagnols est très important et que ce sont désormais des immigrés politiques et non économiques. La Colonie Espagnole de Béziers, représentée ici, est une association qui permet aux immigrés de retrouver leur identité et de mieux s’intégrer.
Dans un second temps, nous nous appuierons sur l’œuvre de Vincent Vanoli, Pour une poignée de Polenta. On suit cette fois-ci certains évènements de la vie de l’auteur lui-même, fils d’immigrés italiens. La « polenta » est un plat à base de semoule de maïs, le titre correspond au salaire journalier du grand-père du narrateur lors de son arrivée en France. L’auteur fait un portrait de ses parents, de son oncle mort et de son grand-père, Fermo, qui s’est battu pour nourrir les siens. Les hommes de la famille de l’auteur ont émigré en 1930. A cette époque, Vincent Vanoli s’en souvient, l’immigration concernait principalement les Italiens, les Espagnols et les Portugais (« J’écris ça en repensant à mes camarades de l’école primaire de garçons, italiens et portugais »). Les immigrés travaillaient alors principalement dans les industries, par exemple en Lorraine et ont participé à la « Drôle de guerre ». Dans cette œuvre, les seules couleurs sont le noir et le blanc avec une dominante de noir. Les images sont sombres et ne sont pas réellement définies. En effet, à l’inverse des personnages de L’ange de la Retirada, ils sont très peu réalistes, un peu difformes, comme si l’auteur ne réussissait pas à se souvenir totalement des visages. En ce qui concerne les paysages, nous observons la même chose, des images et des couleurs troublantes et dures, alors qu’elles apparaissent presque « calmes » dans l’œuvre qui précède.
L’étude successive de ces deux bandes dessinées montre donc l’importance de l’immigration italienne et espagnole dans les années trente, que ce soit pour une raison politique ou économique, mais permet aussi d’observer les différentes manières qu’ont les auteurs pour représenter cette période selon leurs expériences, leur histoire et le choix de focalisation qu’ils ont privilégié.

                           

III. La mémoire de l’immigration des Trente-Glorieuses

Pour étudier la représentation des souvenirs de l’immigration de la période qui va de 1945 à 1975, nous nous appuierons sur l’œuvre Les années Spoutnik d’Hervé Baru, de son vrai nom Barulea et fils d’immigrés italiens.
Cette bande dessinée raconte l’histoire d’une tension montante parmi les mômes de la cité (laquelle ?) face à leurs homologues de Comborne, Tout se passe dans la Lorraine minière et industrielle, près de Villerupt, dont le dessinateur est originaire.
Les habitants des deux villages appartiennent à différentes nationalités (Lesquelles ?), souvent en rivalité, mais qui se retrouvent autour du sport ou de la défense du carreau de la mine. Dans cette bande dessinée on constate qu’a de nombreuses reprises le décor est écarté pour laisser place uniquement au texte qui dans ce cas prend une importance capitale. En effet, bien souvent les répliques les plus significatives et importantes sont introduites de cette manière. On sent alors tout de suite le soin apporté à l’expression, certainement d’un langage de la « rue ».
Ici, la bande dessinée est donc à la fois une affaire de territoire mais également une affaire de langage. On comprend rapidement de par le titre que Les Années Spoutnik est avant tout un récit ancré dans la guerre froide ou encore le développement du parti communiste.
Pour conclure on comprend que Les années Spoutnik, s’il est un récit d’aventure et d’apprentissage est aussi un témoignage sur la vie quotidienne des fils d’immigrés ou d’ouvriers de la fin des années 50.

 

                                       

 

 

Pour conclure, nous remarquons donc que depuis des années la bande dessinée est un moyen performant de transmettre l’ Histoire, des émotions et des souvenirs.

 

Lucile, Marine, Enora, Laurane

 

 


Feb 3 2014

Les récits de vie en BD

Publié par elliotchato dans Exposés sur la BD      

 Le récit de vie dans la bande dessinée est un genre à part entière qui se développe rapidement depuis les années 1960, c’est pour quoi nous nous sommes intéressés à ce sujet. Notre travail sera donc de répondre à la problématique suivante, en quoi la BD peut-elle traduire le récit de vie d’un personnage réel ou fictif ? Pour se faire nous allons développer trois parties. La première traitera des récits de vie biographiques puis dans la seconde il s’agira de parler des récits de vie fictifs et enfin la troisième expliquera comment le genre du récit de vie fait passer le particulier à l’universel

 1- Les récits de vie biographiques

 Les récits de vie biographiques comportent à la fois des autobiographies mais aussi des biographies d’autres personnes que l’auteur lui même.

 Une bande dessinée autobiographique est une bande dessinée dans laquelle l’auteur utilise sa vie comme sujet de l’histoire, que ce soit par exemplarité, de manière réflexive ou par pure volonté de monstration.

 Elle apparaît dans les années 1960 au Japon mais n’est pas très repandue (avec Yoshiharu Tsuge).

 Elle arrive aux Etats-Unis dans les années 1970 (avec Harvey Pekar et Eddie Campbell) puis en Europe en 1980 où elle est initiée par Christian Binet et Carlos Giménez .

 De très rare, l’autobiographie devient alors très fréquente, phénomène qui s’amplifie à l’échelle mondiale au milieu des années 2000 avec l’apparition des blogs BD .

 On peut citer pour exemple Farid Boudjellal avec son ouvrage Petit Polio, fils d’immigrés algériens, qui naît et grandit à Toulon. On pourrait aussi citer Persepolis de Marjane Satrapi avec Persépolis.

Farid Boudjellal. Petit Polio. Première de couverture

 La Bande dessinée biographique est une bande dessinée dans laquelle l’auteur utilise la vie d’une personne réelle comme sujet de son histoire . On peut citer un nombre incalculable de BD racontant la vie d’une autre personne mais on s’intéressera seulement à Maus.

 Art Spiegelman. Maus. Première de couverture

Maus est une BD écrite par ArtSpielgman, qui raconte l’histoire de son père et notamment comment il a survécu à la Shoah. Cependant plutôt que de représenter les personnages figurativement, il les dessine comme des animaux, pour à la fois montrer la déshumanisation qui s’opère par le traitement infligé par les nazis et les collaborateurs aux Juifs. Mais aussi pour ne pas choquer le lecteur avec des images trop dures. En effet, les personnages sont radicalement changés et l’histoire est dessinée en noir et blanc ce qui éloigne du réel ; cependant l’histoire est à peine romancée c’est donc une biographie car le récit est extrêmement fidèle à ce qui s’est passé.

 2- Les récits de vie fictifs

 D’autres récits dits fictifs proposent des vies fictives.

 Les personnages n’ont jamais existé et les événements racontés ne se sont jamais produits. La plupart des BD d’aventure sont concernées telles que XIII de W.Vance ou Largo Winch de P.Franq pour ne citer qu’elles.

Dans ce cas, l’auteur se soucie beaucoup de la vraisemblance, il crée l’apparence de la réalité, notamment grâce à un cadrage le plus réel possible. Alors que dans les Comics avec Superman par exemple le cadre n’est pas réel ( ville imaginaire, planète imaginaire et pouvoirs imaginaires), mais il donne l’illusion du réel.
Cet aspect fictif peut être incomplet,
– soit l’auteur compose la biographie d’un personnage réel et lui attribue des actions au moins en partie fictives par exemple L’Épervier de Pellerin romançant largement l’histoire d’un corsaire brestois du XVIIème ayant vraiment vécu
– soit dans le cadre d’événements réels, il invente des personnages fictifs, dans le cadre de la traite négrière par exemple avec Les Passagers du Vent de F.Bourgeon

 

3) Récits de vie qui passent du particulier à l’universel
Les bandes dessinées auxquelles on attribue le statut de récit de vie raconte une histoire particulière bien souvent vécue par le dessinateur.
Mais il se sert de cette particularité afin que lhistoire s’adresse à un public le plus large possible par le biais du phénomène d’identification aux personnages.
En effet, la particularité et le vécu amène la vraisemblance. Ce procédé littéraire est tiré du théâtre de l absurde notamment avec Ionesco, qui a même dit « le particulier devient universel ». Ce qui explique sans doute l’engouement que l’on voue aux récits de vie. Par exemple, Largo Winch de P.Franq et XIII de W.Vance font partie des 5 BD les plus vendues en 2012.
Ainsi, l’auteur fait rêver ses lecteurs avec les récits de vie semi-fictifs (exemple : Superman)
 
En conclusion, on peut remarquer que les BD abordant des récits de vie peuvent être soit totalement fictives, soit purement tirées de la réalité mais ces deux aspects totalement opposés peuvent aussi se recouper afin de créer une sorte de BD beaucoup plus attractive pour les lecteurs actuels comme nous venons de l’évoquer précédemment.
Antoine, Elliot, Johann, Thomas

 


Jan 27 2014

Les différents genres de la BD

Publié par carolinechato1 dans Exposés sur la BD      

 En quoi les genres participent ils à l’essor de la bande dessinée ?

I Les comics année 50.

Autrement appelé age d’or de la bande dessinée , cette période est caractérisée par l’apparition des comics book de Max Gaines. L’apparition de superman archétype du super-héros, dans les pages de Action Comics que l’on date le plus souvent le début de cette période.

L’âge d’or s’achève brutalement en 1954 avec la mise en place d’un organisme de contrôle des comics, le Comics Code Authority, qui oblige plusieurs éditeurs à mettre la clé sous la porte. Un jour de juin 1938, Action Comics #1, publié par DC comics, débarque sur les étals des marchands de journaux pour la modique somme de 10 cents.

C’est la première apparition de Superman, personnage créé par deux amis, Jerry Siegel et Joe Shuster. Extra-terrestre seul survivant de sa planète disparue, il porte un costume aux couleurs vives, a des pouvoirs extraordinaires et les utilise pour combattre le crime. Il est le premier super-héros au monde et le succès sera aussi immédiat que colossal. Action Comics se vend à des millions d’exemplaires. Un an après, DC réussit un second coup de maître avec Detective Comics #27, la première apparition de Batman.. Les éditeurs concurrents ne sont pas en reste et veulent tous leur part du gâteau : bien d’autres super-héros sont créés dont Captain America chez Timely Comics (futur Marvel). La seconde guerre mondiale contribuera grandement à la popularité de ces personnages, qui combattent les ennemis des Etats-Unis.  

 

II-Le roman graphique

Littéralement traduis de l’anglais « graphic novel » le roman graphique est apparus dans les années 60 aux Etats-Unis, puis c’est popularisé dans les années 80. Un roman graphique comporte un certain nombre de critères, il doit avoir : le même nombre page qu’un roman ou presque, on remarquera d’ailleurs que son format est très ressemblant à celui d’un roman, le noir et le blanc sont souvent préférés aux autres couleurs, le récit est plus littéraire, plus dense. Le romans graphiques mêlent autant la fiction que la réalité (comédie, fiction historique, fiction réaliste, fantasy mais encore le fantastique).

Le premier livre reconnus comme étant un roman graphique est « a contract with god » de Will Eisner, parus chez Barinet en 1987, lui succéderas « Maus » de Art Spiegelman en 1986.  

Farid Boudjellal est l’auteur de plusieurs genres de livres notamment des romans graphique, celui-ci s’est inspiré de l’immigration afin réalisé plusieurs œuvres comme par exemple « Petit Polio », ce roman raconte l’histoire de Mahmoud Slimani à 6 ans, petit polio en question. On est en 1958, et la guerre d’Algérie occupe une grande partie des esprits.

Ce roman graphique raconte l’histoire de Mahmoud à l’âge de 6ans, petit polio en question. On est en 1958, et la guerre d’Algérie occupe une grande partie des esprits. Farid Boudjellal s’est inspiré de son enfance toulonnaise afin d’écrire « Petit Polio ». Dans ce roman, nous retrouvons le quotidien d’un enfant c’est-à-dire ; les joies, les peines, la famille, le handicap qui, pour Mahmoud occupe une très grand place.

 

III-L’autobiographie et la BD reportage

La BD autobiographique

 Les bandes dessinées autobiographiques sont (de plus en plus) nombreuses sur le marché et peuvent susciter l’intérêt des lecteurs, adolescents et adultes.
Souvenirs d’enfance, parcours de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, récits d’événements personnels mêlés ou liés à des événements historiques, qu’ils soient teintés de nostalgie ou narrés sur un ton humoristique avec le recul de l’âge adulte, les origines variées des auteurs  permettent en plus de mener des recherches intéressantes sur le contexte géographique, historique ou politique.

 Comme BD autobiographique on retrouve :

Marzi en 6 tomes (« Marzi », ce sont de courts récits qui parlent d’un pays encore bien méconnu, la Pologne d’avant, puis d’après, la chute du Mur, et vue par les yeux d’abord d’une enfant, puis d’une adolescente et enfin d’une étudiante).

Persepolis 4 tomes (voir résumé détaillé dans le pearltrees).

-Ma mère était une très belle femme ( L’auteure a passé son enfance en Afrique du Sud, à l’époque de la ségrégation raciale, lorsque les blancs avaient la suprématie dans les différents niveaux de pouvoir. Elle s’interroge sur la ségrégation mais aussi sur les mécanismes d’un système provoquant le racisme).

– La vie de Pahé 2 tomes (Récit drôle et acerbe sur l’enfance de l’auteur en Afrique, suivie de son arrivée en France).

Il existe encore un très grand nombre d’œuvres autobiographiques, que nous, ne citeront bien évidemment pas.

La BD reportage

 La BD-reportage traite un sujet d’actualité, de société ou historique, en images et en bulles. Elle devient un véritable genre au début des années 90 avec la publication de « Palestine » de Joe Sacco en 1993. Il est considéré come l’inventeur du genre, même s’il avait été esquissé par les dessinateurs américains Robert Crumb ou Will Eisner dans les années 60 et 70.
Joe Sacco a la particularité d’être à la fois journaliste et auteur de bandes dessinées, ce qui lui donne la reconnaissance du grand public mais aussi celle de ses pairs. Il est parti en mission entre décembre 1991 et janvier 1992 afin de se rendre dans les territoires palestiniens et rendre compte de la situation. Depuis ce journaliste américain arpente les territoires en guerre et restitue ses reportages en bandes dessinées. En 2011, il reçoit le prix France-Info pour « Gaza 1956, en marge de l’Histoire ».
La revue XXI, créée en 2008, a fait de la BD reportage une de ses spécificités. Disponible seulement en librairie, ce journal indépendant ne contient aucune publicité et consacre chaque trimestre trente pages de reportages en BD.

Comme BD reportage on retrouve :

Les œuvres citées sont nominés pour le Prix France Info 2014

– Ainsi se tut zarathoustra

-Clichés de bosnie, bosanska slika

-Enquêtes générales : immersion au cœur de la brigade de repression du bandidtisme

-Les gens normaux : paroles lesbiennes, gay, bi, trans

– Mon ami dahmer

-Le printemps des arabes

-Revenants

-Romain & Augustin,un mariage pour tous

 

Caroline, Hugo, Romain, Victoire