Apr 18 2014

Rencontre avec Farid Boudjellal au Lycée Chateaubriand le 27 mars 2014 : verbatim

Publié par Les Premières dans Rencontre avec Farid Boujellal      

 Pour clore notre projet « Bande-dessinée & Immigration », nous avons reçu Farid Boudjellal, bédéiste de renom et lauréat du prix Œcuménique d’Angoulême pour la série Petit Polio en 1999. Nous avons ainsi pu lui poser toutes les questions que son travail nous avait suggérées.

 Quels sont les avantages et les inconvénients du métier de bédéiste ?

 Les avantages sont à peu près les mêmes que les inconvénients car quand on fait ce métier on a beaucoup de liberté, ce qui est un avantage mais cela nous laisse justement la liberté de travailler et de dessiner ou simplement de ne rien faire. Quand on est travailleur indépendant, il faut savoir se motiver. Comme ma réalité correspond à mon rêve d’enfant, je prends plaisir à travailler. Et si j’ai un conseil à vous donner, c’est de faire un travail que vous aimez et que vous aimerez faire toute votre vie.

 Quelle est votre définition de la BD ?

 (Après un longue réflexion) Un art narratif. Car ce qui est important pour moi, dans une BD, c’est de dire quelque chose, raconter quelque chose d’utile. Une BD commence à partir de deux cases. (Il se lève et dessine, sur le paperboard, deux vignettes avec une soucoupe volante dans l’une et un dinosaure dans l’autre). L’espace qui sépare les deux vignettes s’appelle une gouttière et c’est un outil important pour les bédéistes : ça permet d’introduire une dimension temporelle à la BD. Si elle n’a pas de texte (ni bulle, ni récitatif), cela n’a pas vraiment d’intérêt ; ça rend le projet un peu scolaire !

 Quelles sont vos sources d’inspiration ?

 La vie, car elle est imprévisible. Ainsi on peut y voir des sujets intéressants à tout moment. Reconstituer le passé est une création. Mais Petit Polio n’est pas une autobiographie ; on livre forcément de soi mais on rajoute toujours de l’imaginaire. Je voulais avant tout montrer les  »avantages » de l’immigration. Et, vous savez, quand j’ai décidé de travailler sur l’immigration, c’était exaltant car le terrain était vierge : personne n’avait jamais parlé de l’immigration en plaçant le personnage de l’immigré au premier plan. Pour revenir à mes sources d’inspiration, par exemple pour le personnage d’Abdulah, je me suis inspiré d’un jeune homme que j’ai rencontré. J’ai voulu montrer autre chose que des immigrés gommés comme ils l’étaient à l’époque ; cette non reconnaissance était violente car on les reniait.

 Pourquoi avoir choisi de faire de la BD ?

 Petit , à Toulon, j’habitais dans une mansarde et je m’ennuyais (pour être poli). Mon père m’a offert des carnets de dessin et j’ai pu découvrir le plaisir de la page blanche. Et puis j’étais abonné à « Kiwi ». Mais je ne pensais pas qu’écrire et dessiner pouvaient être un métier. Je l’ai découvert quand un copain à moi a décidé de partir aux Beaux-Arts à Paris.

 Dans quels autres pays vos œuvres sont elles connues ?

 Aux États-Unis mais aussi au Japon où j’ai travaillé trois ans. D’ailleurs, là-bas, j’ai eu beaucoup de difficultés quand j’ai présenté la famille Slimani qui s’appelait en japonais la famille Arabe. Quand la série a commencé à avoir du succès, les éditeurs japonais ont voulu enlever des éléments de l’album qui choquaient ou des choses comme les flashbacks, très importants pour nous occidentaux, pour faire de plus courts volumes. Je pense que le pire c’est l’ignorance. Gommer certaines composantes essentielles de la BD, c’est impossible. Les japonais voulaient transformer mes albums en manga, ces lectures de transports en commun ! (… rires …)

 Comment avez vous pensé à faire du sujet de l’immigration un sujet de BD ?

 J’ai d’abord écrit les gags d’Abdulah et puis je voulais parler d’immigration pour parler de réconciliation au lieu de parler de haine. Comme je l’ai déjà dit, c’était enthousiasmant de dessiner et de parler d’un sujet que personne n’avait jamais approché.

 Quelle est la bande dessinée que vous avez préférée écrire et dessiner ?

C’est difficile car pour moi, à chaque fois qu’il y en a une de finie, je la considère comme morte. Et puis je ne suis pas lecteur, moi je suis auteur et donc je ne lis jamais mes albums. J’y ai été obligé pour le deuxième de Petit Polio mais je ne suis pas un de ces auteurs qui encadrent leurs albums et les accrochent dans leur salon (rires). J’en connais qui le font !

 Comment votre entourage a-t-il réagi à la publication de la série Petit Polio et en particulier à l’album Mémé d’Arménie ?

 Tout d’abord, ma famille ne comprenait pas comment je pouvais gagner ma vie en dessinant. Pour ma mère, travailler c’est souffrir et « faire des mickeys » ce n’est pas souffrir. Pour Mémé d’Arménie, la réaction a été plutôt violente venant de ma famille parce que sur la couverture originelle on voyait ma grand-mère qui faisait les poubelles aux puces de Toulon. Je voulais que cet album sorte de la rationalité et puis ce que j’y disais était la vérité. Mais par égard pour eux, j’ai changé la couverture.

 Quel est votre prochain projet ?

 Je fais actuellement des chroniques dans Fluide Glacial ce qui me permet d’être un peu plus léger dans mes dessins et puis j’ai envie de me marrer et là on m’en donne l’occasion.

 Le Cousin Harki a-t-il suscité des polémiques ?

 Non pas vraiment. Je pense que le passé est mort et qu’il faut oublier et savoir pardonner.

 Vous considérez-vous comme un artiste engagé ?

 Non, on ne peut pas être militant et artiste. Les deux sont incompatibles. Par contre, pour certains projets que l’on m’a proposés, comme quand j’ai publié les premières planches mettant en scène la famille Slimani dans le journal Libération, là c’est au citoyen que le projet a plu.

 Comment travaillez vous sur une bande-dessinée ?

 Je n’ai aucun scénario, j’ai une thématique. Pour moi, c’est une souffrance d’écrire.

 Quelles difficultés peut-on rencontrer lorsque l’on publie pour la première fois une BD ?

Ce que vous devez savoir, c’est que quand vous cherchez un éditeur, eux n’ont aucunement besoin de vous. Il faut donc leur démontrer le contraire et montrer ce que l’on vaut. Après un échec, il faut réfléchir car un échec constitue une information qu’il faut prendre en compte la prochaine fois. Mais c’était plus difficile à l’époque quand j’ai commencé : on n’avait pas de téléphone, pas l’Internet. Et puis au début, je ne savais pas dessiner ! J’ai appris à dessiner au fil de mes albums. D’une certaine façon, je me suis fait payer ma formation. Et puis moi, j’avais mon frère qui a monté sa propre boîte d’édition, alors c’est lui qui a financé mes premières BD , cela a été plus facile.

 Quels auteurs de BD vous ont influencé ?

 Hergé, Goscinny mais aussi Hugo Pratt avec Corto Maltese, Gébé, les dessins parus chez Sergio Bonelli et j’adore le vrai Charlie Hebdo, celui des débuts, la relève de Hara-Kiri : j’aime ce genre de BD satirique et insolente. Ces dessinateurs ont amené un réel vent de liberté dans la presse, cet art de l’instant.

 Considérez-vous la BD comme un genre mineur ?

 Artistiquement, on le dit. Pourtant, ce n’est pas un art de la reproduction mais un original à chaque fois. Je pense qu’il n’y a pas besoin de dire que la BD est un art. Ce n’est en tout cas pas un genre mineur car il développe le temps à sa manière. Je crois qu’il n’y a pas d’art mineur mais qu’il existe des artistes mineurs.

 Accordez-vous plus d’importance au texte ou au dessin ?

 Pour moi, le texte et l’image sont complémentaires. Par exemple, avec le comic strip (Farid Boudjellal se lève et illustre ses propos) on a trois images et un strip avec à la fin un sourire ou une émotion grâce à l’interaction entre le texte et l’image. Avec les éléments multiples qui composent le genre, on peut jouer sur tout (les typos, les bulles …) et glisser des détails que le lecteur perçoit inconsciemment.

 Combien peut-on gagner en dessinant ?

 Si on travaille dans la presse, (il se lève et prend le paperboard comme support pour son explication) il y a le salaire des piges et on peut gagner entre 300 et 700 euros ou rien selon la qualité du dessin et la notoriété du dessinateur. Et puis, il y a le droit d’auteur. Pour Petit Polio par exemple, qui coûte 15 euros, je gagne à peu près 10% pour chaque album vendu. Depuis la parution et la récente réédition, j’ai dû en vendre environ 500000.

 Pourquoi avoir utilisé l’ironie dans Ratonnade ?

 On ne peut déjà pas dire la même chose dans les récitatifs et sur les images. Et de toute façon peut-on dire la vérité à un enfant ? Abdulah ne pouvait pas parler de l’humiliation qu’il avait vécue à l’enfant qui lui demandait ce qu’était une ratonnade.

 Vous dites que vous êtes passé de styliste à jeteur, que voulez-vous dire exactement ?

 Hé bien, chez un styliste, il y a beaucoup plus de détails dans le dessin alors que chez le jeteur, c’est un peu bâclé, c’est une esquisse. Pour Petit Polio, je voulais que mes dessins ressemblent à ceux des cahiers de récitation, vous savez ceux que l’on dessine à côté des poésies. En primaire, c’est moi qui faisais ceux de mes copains, j’avais une réputation ! (… sourire nostalgique …). L’aquarelle donne aussi un côté enfantin. (Il se lève et prend dans sa malette des planches originales de Petit Polio à l’aquarelle qu’il nous fait passer). Quand on dessine à l’aquarelle, tout est important et surtout, il faut savoir anticiper car la couleur ne donne pas la même chose sans et avec l’eau.

 Quel intérêt trouvez vous à participer à des journées de rencontre comme celle d’aujourd’hui ?

 Cela valorise mon travail ! Et je suis très ému de vous avoir rencontrés.

 

Verbatim de l’interview de Farid Boudjellal par la classe de 1ère ES1 du Lycée Chateaubriand.

 

Aurore et Cécile

 

 

 


Feb 24 2014

La représentation de l’immigrant dans la BD

Publié par corentinchato1 dans Exposés sur la BD      

Introduction

Le phénomène d’immigration est un phénomène existant depuis de nombreuses années, qui se limitait tout d’abord, faute de moyens de transports modernes, à des déplacements interrégionaux (si l’on prend l’exemple du territoire français). Ce phénomène s’est d’autant plus amplifié depuis la révolution industrielle au XIXème siècle et a atteint son paroxysme en France à partir des années 1920. En effet, le manque de main d’œuvre dans les différents secteurs industriels entraîna une forte arrivée d’immigrants étrangers, majoritairement européens, qui fut également facilitée par la création d’institution comme la Société générale d’immigration en 1924. Ainsi, depuis toujours les émigrés parcourent le monde, prenant alors dans leur nouveau pays le statut d’immigrant. Ce statut leur vaut des considérations diverses de la part de la société. Ils se voient effectivement plus ou moins bien intégrés au cours de l’Histoire, et subissent parfois inégalités et racisme, voyant leur condition reléguée en arrière-plan.

Le monde de la BD reflète quant à lui le même souci de représentation, les immigrés sont des personnages souvent présents dans le neuvième art, autant qu’ils l’ont été dans l’Histoire. Ils prennent cependant place sous différentes formes, et leur rôle, comme nous allons le voir, se modifie au cours du temps, tout comme le statut de l’immigrant s’est modifié dans la société. Nous allons donc voir de quelle manière les immigrants sont représentés dans le monde de la BD au fil du temps.

Notre dossier s’organise autour d’un auteur de bande dessinée majeur dans le cadre de la représentation de l’immigration en France, Farid Boudjellal. Ainsi nous nous intéresserons en premier lieu à la représentation des immigrants avant «l’ère» de Farid Boudjellal, c’est-à-dire avant les années 80, puis en second lieu à la représentation des immigrants après l’ère de Farid Boudjellal, et donc après les années 80, enfin nous verrons que l’immigrant est bien représenté dans la société actuelle.

 

I) Représentation de l’immigrant avant «l’ère» de Farid Boudjellal

 A) L’immigrant représenté en second plan

Farid Boudjellal est un  auteur de bandes dessinées traitant entre autres de l’immigration. Ce n’est qu’à partir des années 70-80 que les immigrants, dans les bandes dessinées, sont représentés en premier plan, en tant que personnages principaux et égaux à tous, et Farid Boudjellal est parmi les premiers qui a révolutionné cette représentation. En effet, avant son «ère» et durant de longues années, l’immigrant est resté un personnage invisible ou au mieux de second plan dans la bande dessinée. L’immigrant dans la BD etait représenté tel qu’inférieur aux citoyens, sans grande importance. Sa représentation graphique elle-même était altérée. Ils étaient soumis comme vulnérables, souffrants et exclus, et parfois même étaient associés à la mort. Lorsqu’ils apparaissaient, ils étaient bien distingués des autres civils par leur couleur de peau et semblaient synonymes de danger et de violence.

 On parlait de l’immigration sans mettre en avant les personnages qui l’incarnaient. L’immigré n’était qu’un personnage comique sans psychologie particulièrement exploitée, car la bande dessinée, au XXème siècle, etait avant tout faite pour divertir et exposer des sujets sérieux n’était pas d’actualité.

 

B) L’immigrant défavorisé dans la vie comme dans la bande dessinée

Au XXe siècle, la France était l’un des principaux pays d’immigration dans le monde.  Les personnes immigrées vivaient dans une grande insécurité, elles n’étaient pas vues comme des personnes à part entière, on les fuyait, les jugeait, les détestait. Elles étaient réduites à une forme de cliché, de stéréotype négatif qui les enfermait dans un statut de victime, elles étaient rejetées. Certains se repliaient parmi un groupe afin de se protéger des agressions extérieures, tandis que d’autres étaient enclins à la riposte. Cette riposte pouvait donner lieu à la violence et ainsi confirmer les craintes des autres.

A l’école, les enfants immigrés pouvaient subir brimades et discriminations plus ou moins sévères.

 rOn observe dans cette case de bande dessinée humoristique que les immigrants étaient jugés parfaits pour remplir les travaux dont plus personne ne voulait. Ils étaient en quelque sorte exploités égoïstement.

 

II) Représentation de l’immigrant après «l’ère» de Farid Boudjelal (après les années 80)

A) Farid Boudjellal et l’immigrant en personnage principal

Pour rédiger cette partie, nous avons choisi de prendre pour support la bande dessinée nommée « Petit Polio », écrite et dessinée par  Farid Boudjellal, publiée en 1998. Pour commencer, Farid Boudjellal est le premier dessinateur à mettre en avant dans sa bande dessinée le personnage de l’immigrant, dès le début des années 80 avec le personnage d’Abdulah et ceux de la famille Slimani qui permettent aussi de s’intéresser aux enfants d’immigrés nés en France. D’ailleurs, si Mahmoud alias Petit Polio est d’origine maghrébine, il est Français.

Petit Polio. Farid Boudjellal. Première de couverture

 

Farid Boudjellal s’est souvenu de sa propre enfance toulonnaise pour écrire les récits de Petit Polio. On y retrouve les joies et les peines d’un enfant, la solidarité familiale, la douleur du deuil et le handicap, qui occupe une place prépondérante mais non centrale du récit.

Ce changement de statut pour l’immigrant dans la représentation de la BD à partir des années 80 montre que celui-ci, ou le personnage d’origine étrangère, est dorénavant sur un pied d’égalité avec le personnage typique français. Il n’est alors plus vu comme un personnage inférieur, ce qui est une révolution dans sa représentation en bande dessinée. On remarque de la même façon une évolution dans la représentation graphique de l’immigrant. En effet, Petit Polio est une bande dessinée qui incite à la nostalgie, ou à la découverte, d’une époque, dont l’atmosphère est très bien retranscrite, tant par les dialogues que par le graphisme. En effet, le dessin installe le lecteur dans une ambiance chaleureuse qui contraste parfois avec la violence des sentiments vécus. Les crayonnés sont encore visibles sous l’encrage et les couleurs, sans pour autant enlever le charme du graphisme. Le résultat est émouvant et certaines peintures à la gouache sont très belles. Enfin, grâce à son aspect graphique, Farid Boudjellal, avec beaucoup de retenue, de finesse et d’humour montre une nouvelle fois son talent. Par sa simplicité, « Petit Polio » se révèle une œuvre pleine de chaleur humaine, ce qui contraste avec les précédentes représentations de l’immigrant.

B) Révolution de la figure de l’immigrant dans la société (marche des beurs) et dans la BD

Cette «révolution» de la représentation de l’immigrant dans la BD reflète aussi les évolutions concernant l’immigrant se déroulant dans la vie réelle. Elle rend compte d’une certaine volonté des personnes d’origine étrangère de ne plus avoir à subir des discriminations, une volonté d’égalité. Ce changement de statut de l’immigrant dans la BD se fait à la même époque que la marche des beurs dans les années 80. Ces deux révolutions sont de ce fait similaires, l’une entraînant l’autre, elles sont cependant exprimées de manière différente dans des domaines différents. La place de l’immigrant dans la représentation de la BD : l’immigrant n’est plus au second plan mais à partir des années 80, il est le personnage principal grâce à Farid Boudjellal. La place de l’immigrant dans la société française : c’est «La Marche pour l’égalité et contre le racisme» autrement dit «la marche des beurs», qui arrive à Paris le 3 décembre 1983, date à laquelle Farid Boudjellal publie la famille Slimani dans le journal Libération, représentant ainsi la présence dans la société française des parents algériens immigrés et de leurs enfants nés en France.

Résumé bref de « la marche des beurs » :

Durant l’été 1983, de rudes affrontements opposent policiers et jeunes dans le quartier des Minguettes à Vénissieux,,dans la banlieue lyonnaise. Pendant les affrontements, Toumi Djaïdja, le président de l’association SOS Avenir Minguettes, est blessé par un policier et transporté d’urgence à l’hôpital. Rodéos, incendies de voitures, dégradations urbaines, courses poursuite avec la police, sont  filmés, et  repris dans la presse. L’année 1983 est marquée par des faits divers racistes tragiques dont cinq Maghrébins tués pour motifs racistes selon le ministère de l’Intérieur, 21 selon les organisations de lutte contre le racisme. Le curé Christian Delorme qui entend défendre Toumi Djaïdja des accusations calomnieuses dont il estime que le jeune homme est l’objet et le pasteur Jean Costil, proposent alors aux jeunes des Minguettes une longue marche, inspirée par  et Ghandi. Ils avaient deux revendications : une carte de séjour de dix ans et le droit de vote pour les étrangers

On peut donc voir que la représentation du migrant après l’ère  Boudjellal est différente. Avant cette ère, le migrant est au second rang voire insignifiant pour l’histoire. Alors que, après cette ère, l’immigrant s’est révolté tant dans le monde de la BD que dans la vie réelle notamment à travers la place du migrant et de son aspect graphique dans la BD et « la marche des beurs » pour la vie de tous les jours. Maintenant, le migrant  peut-être un personnage principal comme n’importe quelle autre personnage.

III) Les immigrants bien représentés de nos jours

A) Comment se traduit la figure de l’immigrant dans la BD aujourd’hui ?

On peut apercevoir qu’au fil des années, la représentation du migrant a évolué. En premier lieu le migrant était proche de son auteur, puis devient un personnage secondaire et par la suite avec Farid Boudjellal se retrouve être le personnage au cœur des planches, le personnage principal. Le personnage de l’immigrant a donc au fil du temps adopté un nouveau statut dans la bande dessinée. Aujourd’hui, on voit que la représentation des migrants adopte de nouvelles figures, qu’elle évolue au cours du siècle. On voit que la représentation de l’immigrant prend de nouvelles formes, le personnage du migrant évolue : de l’homme ouvrier parti seul on découvre maintenant toute une famille et des figures féminines.

Auparavant, l’immigrant était représenté par un personnage masculin, puisqu’aujourd’hui 1 migrant sur 2 est une femme, on retrouve des planches illustrant la féminisation du phénomène migratoire comme par exemple dans l’album Immigrants : 13 récits d’immigration, une BD où sont recueillis 13 témoignages d’immigrés et mis en dessins par 13 dessinateurs. Dans cet album la femme immigrante est mise en valeur, on peut découvrir les parcours de migrantes voulant s’intégrer en France, il y a celui d’Hélène, une femme qui a fui la République Démocratique du Congo, ou encore Anna, une Uruguayenne, dont le voisin raciste abandonne ses préjugés en partageant avec elle son intérêt pour la course à pied. On peut également prendre l’exemple de la bande dessinée Aya de Yopougon  écrite par Marguerite Abouet et illustrée par Clément Oubrerie. Les auteurs nous emmènent sur les traces d’Aya, une jeune fille de 19 ans, héroïne de la saga, qui vit à Yopougon, quartier défavorisé et dangereux d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne ; à la découverte de la vie de jeunes gens en 1978, notamment d’Innocent, un jeune coiffeur qui va immigrer en France.

Aya de Yopougon. Clément Oubrerie et Marguerite Abouet. Première de couverture

Les auteurs accordent donc une place plus importante aux femmes qui sont aussi un reflet de la figure de l’immigré et qui  montrent l’évolution du personnage de l’immigré dans la bande dessinée.

 Le migrant était souvent caractérisé par des traits ou un comportement comique ; aujourd’hui la représentation du migrant se fait progressivement plus sérieuse par les thèmes abordés par les auteurs, les liens avec l’actualité sont davantage présents : le racisme, la vie dans les quartiers, les discriminations, la difficulté à s’intégrer dans la société, la souffrance des expulsions, les contrôles de police, et aussi les files d’attente devant les préfectures, la traque des sans-papiers, les boulots au noir. Tous ces thèmes sont traités par les auteurs dans la BD de nos jours et définissent de nouveaux personnages. C’est le cas dans Arabico de Halim Mahmoudi, il dessine la vie d’un petit garçon, Arabico, 13 ans, qui est Français d’origine algérienne. Ce dernier perd sa carte d’identité et prend peur quant au sort réservé aux « sans-papiers ».  Dans la planche ci-dessous extrait de l’album, l’auteur montre le problème de la crise identitaire, de la souffrance et de la difficulté de s’intégrer. Au tout début d’Arabico, ce problème d’identité est évoqué : le héros prépare un devoir sur l’identité nationale : « Merde ! Fils d’immigrés, c’est français ou étranger ? » s’énerve-t-il. Il ne sait donc pas quelle est son identité, à quel pays il appartient. Il se voit tout d’abord comme un fils d’immigré. Plus loin dans l’histoire, un autre problème est abordé : le racisme car le grand frère d’Arabico, Magyd (qui a un bac + 5 et qui est chômeur) dit : « Dans ma promo, on est quatre à n’avoir aucun travail. Les seuls Arabes et Noirs d’une promo de 40 fils de putes ! ».

 

Couverture d’Arabico de Halim Mahmoudi, Soleil Productions, 2009

Le cri du peuple, extrait d’Arabico

La discrimination envers les immigrés concernant le monde du travail est aussi une difficulté que rencontrent fréquemment les migrants. On voit donc que les auteurs de bande dessinée qui choisissent le thème de l’immigration s’intéressent désormais à la vie de l’immigré dans la société et les difficultés liées à celle-ci. Cependant, les auteurs s’intéressent à l’immigration en elle-même et raconte le passage de l’immigrant d’un pays à un autre qui est souvent rythmé en 3 temps : le départ, le voyage et l’arrivée sur la terre d’accueil. Les transports, parmi lesquels les embarcations de fortune ou l’avion, apparaissent dans de très nombreuses planches. Ce sont à la fois les symboles d’un déplacement vers une autre vie et la description d’un dangereux voyage. Deux éléments scandent ces récits, la mer et l’horizon, qui matérialisent avec force cette notion de frontière physique, et illustrent en outre la frontière mentale qui sépare les cultures. À l’arrivée, les immigrés doivent s’intégrer au pays d’accueil, s’adapter à son climat, à sa culture, en comprendre les subtilités administratives et politiques, et les codes sociaux. Un quatrième temps peut éventuellement s’ajouter : celui du retour au pays. Ces constantes et ces similitudes permettent de dessiner un parcours type des migrants et des migrantes. Au-delà des genres, des styles et des techniques différentes, les bédéistes dessinent ainsi des destins divers et posent en même temps la question de leur universalité.

 

B) Comment les immigrants sont représentés dans la vie de tous les jours ?

 

Nous nous sommes intéressés à la représentation de l’immigrant dans la BD, mais quand est-il dans la vie de tous les jours ? Comment est représenté l’immigrant dans notre société ?

Il y a en France en 2012 12 millions d’immigrés et de descendant d’immigrés ce qui représente 18% de la population française. L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a réalisé une étude qui montre que les enfants d’immigrés sont plus nombreux que les immigrés, plus de 5.3 millions d’immigrés vivaient en France en 2008, les deux tiers étaient nés de pays étrangers à l’Union Européenne. Leurs descendants sont prêt de 6.7 millions soit environ 11% de la population. Au total plus de 7 millions de personnes nées à l’étranger résident en France. Sur la carte ci-dessous on remarque que la part des immigrés nés hors UE  est plus ou moins importante selon le département. Par exemple  dans le Rhône, l’Essonne, le Val d’Oise ou encore la région Parisienne la part des immigrés étrangers est plus de 8% contrairement à la région Bretagne où elle n’est que de 2 à 4%. Les immigrés vont donc dans des régions dynamiques où ils savent qu’ils peuvent trouver du travail.

 L’immigration en France en 2012

Source : http://www.lefigaro.fr/actualitefrance/2012/10/10/0101620121010ARTFIG00262-immigration-les-chiffres-de-l-insee.php

 

Toutefois, la vie de l’immigrant dans la société n’est pas chose facile, l’immigrant a du mal à s’intégrer dans la société et est victime de nombreuses discriminations. Venir d’ailleurs constitue encore un handicap pour vivre en France, en effet l’intégration sur le marché du travail reste difficile. Cinq ans après la sortie du système éducatif, le taux d’emploi varie fortement selon l’origine : 82% pour les descendants d’immigrés d’Europe du Sud, tout comme les Français dont les parents sont nés Français, mais seulement 61% pour des descendants d’immigrés originaires d’Afrique. De manière générale, 16% des immigrés étaient au chômage en 2010, dont 20% pour ceux nés en dehors de l’UE. Un écart significatif avec le taux de chômage de l’ensemble de la population active, alors de 9%. Pour l’Insee, les difficultés des immigrés et enfants d’immigrés à intégrer le marché du travail s’expliquent principalement par leur origine modeste, en particulier ceux originaires d’Afrique. 58% d’entre eux ont un père ouvrier (contre 26% des Français dont les parents sont nés en France). Le parcours scolaire est également souvent plus chaotique, ce qui explique des métiers moins qualifiés. Mais l’origine sociale n’est pas une explication suffisante, reconnaît l’Insee. Les conditions de vie sont moins bonnes pour les immigrants. L’Insee évalue à 1.400 euros le salaire net médian mensuel des immigrés, contre 1.550 pour les non-immigrés. Ceux qui viennent de pays hors de l’UE sont les moins bien lotis avec 1.300 euros par mois. Quant aux enfants de la « deuxième génération », ils se situent dans une « situation intermédiaire », selon le rapport : ils vivent mieux que leurs parents mais moins bien que les autres Français. Leur salaire net médian s’élève à 1.500 euros par mois, soit 50 euros de moins que les autres.

On constate de plus que le thème de l’immigration est un sujet qui fait débat dans notre société et qui est très présent dans l’actualité. En effet, les immigrants sont perçus par une partie de la population d’un point de vu négatif, notamment par certains partis politiques comme le Front national qui juge les immigrants nuisibles à la France et qui lutte contre l’immigration, ce qui développe des idées xénophobes ou même racistes au sein des esprits français.

Nicolas Sarkozy, alors Président, déclare que l’immigration  « est un atout, une richesse mais pourquoi ne pas avouer qu’elle peut être aussi un problème. » La politique d’immigration de Sarkozy a été alors de réduire le flux des migrants en régulant le nombre d’arrivées, il a entrepris des mesures radicales comme une sévérité plus importantes pour la délivrance des visas ou encore la circulaire Guéant qui limitait les possibilités pour les étudiants étrangers qui avaient effectué leurs études dans l’Hexagone de travailler en France au terme de leur cursus. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, l’immigration a suscité de nombreuses tensions dans la société et c’est encore le cas sous le gouvernement actuel.

En effet, Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, a entamé une  nouvelle politique d’immigration. Il a voulu défaire ce qu’avaient fait ses prédécesseurs, notamment en supprimant la circulaire de Guéant ; il a de plus publié en octobre 2012 une circulaire visant à assouplir les critères de naturalisation, et le nombre d’expulsion a baissé sous le gouvernement actuel par rapport au précédent. Cependant, la question des Roms suscite débat. Selon le ministre de l’Intérieur : « les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner ». On peut donc voir que l’immigrant dans notre société se voit être l’objet de vifs débats. Souvent pris comme  « boucs émissaires », ils sont alors considérés comme responsables des problèmes de la France. De plus, ils subissent des discriminations sur le plan salarial et ont des conditions de vie souvent inférieures à celles des Français.

On peut donc voir que la figure de l’immigrant  dans la bande dessinée a évolué au fil du temps. Aujourd’hui les auteurs accordent plus d’importance à la femme immigrée, et des thèmes comme le racisme, la difficulté à s’intégrer, les discriminations envers les migrants sont abordés de plus en plus dans les bandes dessinées de notre époque. Toutefois les bédéistes continuent à dessiner les parcours « classiques » des immigrants voulant quitter leurs terres natales et à la recherche d’une meilleure vie.

Conclusion

En conclusion, la représentation des immigrants dans la bande dessinée entre en lien direct avec l’histoire de leur statut dans la société. Ainsi, on peut distinguer trois périodes durant lesquelles cette représentation n’a cessé d’évoluer.

En effet, avant les années 80 la figure de l’immigrant n’occupait qu’une place secondaire dans la bande dessinée : son rôle était effacé et majoritairement lié à la violence, tout comme il l’était dans la société de l’époque. De plus, il était graphiquement représenté par des couleurs sombres.

Les années 80 marquent ensuite un tournant dans la représentation de l’immigrant, notamment par l’arrivée du bédéiste Farid Boudjellal. En effet, celui-ci place l’immigrant en personnage principal, lui créant alors une forte identité, et le représentant graphiquement par des couleurs chaudes. Ce changement de statut dans la BD se traduit également dans la société par la marche des beurs, durant laquelle les immigrants revendiquent leur égalité.

Enfin, de nos jours, on peut voir que la représentation de l’immigrant se libère davantage : par exemple les auteurs accordent une place plus importante aux femmes immigrées, la figure de l’immigrant devient plus sérieuse notamment à cause des thèmes abordés qui sont souvent en lien avec l’actualité de la société. De plus, on remarque que l’immigrant, même si il est bien intégré dans la vie réelle, est quand même sujet à des discriminations et est pour beaucoup la source de nombreux problèmes liés au pays.

Enfin, on peut voir que le thème de l’immigration ne touche pas seulement le milieu de la BD, des auteurs de roman comme Laurent Gaudé dans Eldorado, traite de la question de l’immigration.

 

Alix, Anna-May, Clara, Corentin 

 


Feb 20 2014

La bande dessinée autobiographique

Publié par romanechato dans Exposés sur la BD      

  Parmi les genres de la bande dessinée qui se sont développés nous retrouvons l’autobiographie. En 1972 paraît le premier comics autobiographique, de Justin Green, appelé Binky Brown Meets the Holy Virgin Mary où il traite ses difficultés psychologiques. L’autobiographie devient alors très fréquente, C’est un phénomène qui s’amplifie à l’échelle mondiale au milieu des années 2000 avec l’apparition des blogs BD. Les bandes dessinées autobiographiques sont (de plus en plus) nombreuses sur le marché et peuvent susciter l’intérêt des lecteurs, adolescents et adultes.

Comment les auteurs transmettent leur vécu à travers leurs œuvres ? En premier lieu, nous verrons l’autobiographie et en second temps nous évoquerons l’autofiction. difficulté psyco et adolescente d’un


I/ la bande dessinée autobiographique

L’autobiographie est un genre littéraire dans lequel l’auteur utilise sa vie comme sujet de l’histoire.

Dans l’autobiographie, l’auteur peut s’inspirer de souvenirs d’enfance, de son adolescence, de récits d’événements personnels mêlés ou liés à des événements historiques, nostalgiques, humoristiques. Les souvenirs peuvent également être mêlés d’imaginaire (autofiction).

Le mot est assez récent car il n’est fabriqué qu’au début du XIXesiècle (1815 en anglais, 1832 pour l’adjectif et 1842 pour le substantif en français).

Tout d’abord, nous parlerons de la bande dessinée Persépolis de Marjane Satrapi.

Marjane Satrapi est une auteure de bande dessinée dont elle est la scénariste et dessinatrice, mais elle est aussi peintre et réalisatrice française. Elle est née en 1969 en Iran. Durant son enfance, elle a subit la restriction des libertés individuelles liées à la révolution islamique de 1979 en Iran, son pays natal, et à la guerre Iran-Irak (1980-1988).

 

Persépolis est une série de bande dessinée autobiographique écrite en français puis traduite dans de nombreuses langues qui rencontre un grand succès dès le premier tome paru en 2000. L’auteure y retrace les étapes marquantes de sa vie, de son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique, de son entrée difficile dans la vie adulte en Europe. C’est un témoignage historique et une réflexion sur l’identité et l’exil.

Les dessins sont en noir et blanc. Les fonds des vignettes sont généralement noirs ou blancs et l’on trouve parfois des décors détaillés en partie, ce qui laisse plus d’importance au texte. La langue est utilisée dans de multiples registres : familier et courant, laissant parfois même la place à la vulgarité, ce qui montre une vie quotidienne hors du commun riche et authentique.

Les quatre tomes de Persépolis évoquent la vie de Marjane en Iran, ce qu’elle a vu et vécu de la guerre Iran-Irak (de septembre 1980 à août 1988), les risques et les contraintes de cette période, son expérience en Autriche ainsi que son départ pour la France.

La bande dessinée a donné lieu à la production d’un long métrage d’animation, Persépolis, réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et sorti en France en 2007. Ce film obtint le prix du jury du Festival de Cannes 2007. Aux Césars 2008, il obtient celui du meilleur premier film ainsi que celui de la meilleure adaptation.

persepolis

Marjane Satrapi. Persepolis. Première de couverture

Abordons Maus d’Art Spielgelman.

     Art Spiegelman est un auteur de bande dessinée et illustrateur américain, né le 15 février 1948 à Stockholm. Ses parents émigrent aux États-Unis alors qu’il est encore enfant. En 1986, il publie le premier volume de Maus : «Mon père saigne l’histoire» qui retrace la vie de sa famille (racontée par son père). La suite et fin de cette histoire est «Et c’est là que mes ennuis ont commencé», sorti en 1991.

      Maus est une bande dessinée autobiographique car Spiegelman retranscrit directement le vécu de son père ainsi que le sien. C’est donc un récit autobiographique du père de l’auteur, Vladek Spiegelman qui est un survivant de l’Holocauste (=Shoah), dans un univers animalier où les Nazis sont représentés par des chats et les Juifs par des souris (Maus = souris en allemand). Maus comporte deux tomes qui traitent des persécutions des Juifs lors de la seconde guerre mondiale. Cette BD mêle l’histoire du père de Spiegelman, racontant sa déportation, et le récit des relations entre Spiegelman et son père.

C’est vers la fin des années 70 qu’Art Spiegelman demande à son père de se remémorer les événements douloureux qu’il a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était alors installé en Pologne, son pays natal.

Le premier tome raconte donc la vie de Vladeck Spiegelman qui est un rescapé juif des camps nazis et de son fils, Art, qui cherche un terrain de réconciliation avec son père. Ce tome regroupe ainsi la propre histoire de l’auteur et de son père ainsi que l’Histoire avec les nazis et les Juifs…

Le deuxième tome de Maus évoque les camps de concentration et d’extermination : Auschwitz pour Vladek, le père d’Art, et Birkenau pour Anja, sa mère.

Ces tomes se déroulent dans un double cadre temporel : 1975-1980 pour les conversations d’Art avec son père et les années 1940 pour les souvenirs de son père.


Art Spiegelman. Maus. Première de couverture

II/ la bande dessinée d’autofiction

 

     L’autofiction est un genre littéraire qui combine de façon contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction. On l’appelle aussi « roman personnel ». Il s’agit d’un croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et d’un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci.

Le fondateur de ce genre est Serge Doubrovsky. C’est un critique littéraire et romancier français.

 

      Tout d’abord, nous parlerons de Dropsie Avenue. L’auteur Will Eisner est né le 6 mars 1917 à New-York dans le quartier de Brooklyn et mort en Floride le 3 janvier 2005. C’est un auteur de bande dessinée qui a écrit de nombreuses œuvres connues, dont la trilogie du Bronx composée de Un Pacte avec Dieu, Jacob le cafard et Dropsie Avenue, écrit en 1995 et sur lequel nous allons nous pencher. L’aventure se déroule dans une rue imaginaire inspirée des rues du Bronx qui est un des quartiers fondateurs de la ville de New-York. Ce quartier s’est construit suite à plusieurs vagues d’immigration durant quatre siècles avec les fermiers hollandais de 1870, puis les communautés hispaniques et noires des années 60, en passant par les Anglais puis les Irlandais, et les Italiens de la prohibition, sans oublier les Juifs, dont la famille de Will Eisner. Ce sont toutes ces communautés qui ont construit l’identité américaine. Dropsie Avenue raconte donc l’évolution de la vie dans une rue de New-York de génération en génération, au fil des populations immigrantes qui ont laissé leurs traces à travers l’architecture et la vie quotidienne.

 

 

 Will Eisner. Dropsie Avenue. Première de couverture

      Parlons des 4 tomes de Petit Polio. Farid Boudjellal est né le 12 mars 1953 à Toulon. C’est un auteur français. Il est l’un des premiers à raconter la vie des émigrés et de leurs enfants nés en France. Il s’est souvenu de sa propre enfance toulonnaise pour écrire les récits de Petit Polio. Dans son œuvre, on y retrouve les joies et les peines d’un enfant, la solidarité familiale, la douleur du deuil et le handicap, qui occupe une place importante mais non centrale du récit. Dans cette BD, les personnages reprennent des traits caractéristiques de la famille de Farid Boudjellal, comme par exemple dans le tome intitulé Mémé d’Arménie, dans lequel l’auteurs’inspire de sa véritable grand mère paternelle arménienne. Pourtant, d’après Farid Boudjellal, le personnage principal de Petit Polio a pour seul point commun avec lui son humour.

Petit Polio. Farid Boudjellal. Première de couverture

     Les auteurs ont différentes manières de faire passer leur vécu à travers leurs œuvres. Qu’elles soient sous formes autobiographiques ou auto-fictives, les œuvres nous permettent d’apprendre à connaître différentes cultures grâce aux vies que les auteurs nous laissent à découvrir. A travers ces bandes dessinées, toutes les vagues d’immigration sont représentées, ce qui permet aux immigrés de toujours garder une trace de leur passage dans l’histoire ainsi que les sociétés dans lesquelles ils sont varrivés et eu des descendants.

Pour en savoir plus sur Farid Boudjellal, voici une interview de lui que l’on peut trouver sur le site du Musée de l’histoire de l’immigration à Paris :

http://www.histoire-immigration.fr/musee/>collections/entretien-avec-farid-boudjellal

Léa, Lucile, Marie, Romane.


Feb 3 2014

Les récits de vie en BD

Publié par elliotchato dans Exposés sur la BD      

 Le récit de vie dans la bande dessinée est un genre à part entière qui se développe rapidement depuis les années 1960, c’est pour quoi nous nous sommes intéressés à ce sujet. Notre travail sera donc de répondre à la problématique suivante, en quoi la BD peut-elle traduire le récit de vie d’un personnage réel ou fictif ? Pour se faire nous allons développer trois parties. La première traitera des récits de vie biographiques puis dans la seconde il s’agira de parler des récits de vie fictifs et enfin la troisième expliquera comment le genre du récit de vie fait passer le particulier à l’universel

 1- Les récits de vie biographiques

 Les récits de vie biographiques comportent à la fois des autobiographies mais aussi des biographies d’autres personnes que l’auteur lui même.

 Une bande dessinée autobiographique est une bande dessinée dans laquelle l’auteur utilise sa vie comme sujet de l’histoire, que ce soit par exemplarité, de manière réflexive ou par pure volonté de monstration.

 Elle apparaît dans les années 1960 au Japon mais n’est pas très repandue (avec Yoshiharu Tsuge).

 Elle arrive aux Etats-Unis dans les années 1970 (avec Harvey Pekar et Eddie Campbell) puis en Europe en 1980 où elle est initiée par Christian Binet et Carlos Giménez .

 De très rare, l’autobiographie devient alors très fréquente, phénomène qui s’amplifie à l’échelle mondiale au milieu des années 2000 avec l’apparition des blogs BD .

 On peut citer pour exemple Farid Boudjellal avec son ouvrage Petit Polio, fils d’immigrés algériens, qui naît et grandit à Toulon. On pourrait aussi citer Persepolis de Marjane Satrapi avec Persépolis.

Farid Boudjellal. Petit Polio. Première de couverture

 La Bande dessinée biographique est une bande dessinée dans laquelle l’auteur utilise la vie d’une personne réelle comme sujet de son histoire . On peut citer un nombre incalculable de BD racontant la vie d’une autre personne mais on s’intéressera seulement à Maus.

 Art Spiegelman. Maus. Première de couverture

Maus est une BD écrite par ArtSpielgman, qui raconte l’histoire de son père et notamment comment il a survécu à la Shoah. Cependant plutôt que de représenter les personnages figurativement, il les dessine comme des animaux, pour à la fois montrer la déshumanisation qui s’opère par le traitement infligé par les nazis et les collaborateurs aux Juifs. Mais aussi pour ne pas choquer le lecteur avec des images trop dures. En effet, les personnages sont radicalement changés et l’histoire est dessinée en noir et blanc ce qui éloigne du réel ; cependant l’histoire est à peine romancée c’est donc une biographie car le récit est extrêmement fidèle à ce qui s’est passé.

 2- Les récits de vie fictifs

 D’autres récits dits fictifs proposent des vies fictives.

 Les personnages n’ont jamais existé et les événements racontés ne se sont jamais produits. La plupart des BD d’aventure sont concernées telles que XIII de W.Vance ou Largo Winch de P.Franq pour ne citer qu’elles.

Dans ce cas, l’auteur se soucie beaucoup de la vraisemblance, il crée l’apparence de la réalité, notamment grâce à un cadrage le plus réel possible. Alors que dans les Comics avec Superman par exemple le cadre n’est pas réel ( ville imaginaire, planète imaginaire et pouvoirs imaginaires), mais il donne l’illusion du réel.
Cet aspect fictif peut être incomplet,
– soit l’auteur compose la biographie d’un personnage réel et lui attribue des actions au moins en partie fictives par exemple L’Épervier de Pellerin romançant largement l’histoire d’un corsaire brestois du XVIIème ayant vraiment vécu
– soit dans le cadre d’événements réels, il invente des personnages fictifs, dans le cadre de la traite négrière par exemple avec Les Passagers du Vent de F.Bourgeon

 

3) Récits de vie qui passent du particulier à l’universel
Les bandes dessinées auxquelles on attribue le statut de récit de vie raconte une histoire particulière bien souvent vécue par le dessinateur.
Mais il se sert de cette particularité afin que lhistoire s’adresse à un public le plus large possible par le biais du phénomène d’identification aux personnages.
En effet, la particularité et le vécu amène la vraisemblance. Ce procédé littéraire est tiré du théâtre de l absurde notamment avec Ionesco, qui a même dit « le particulier devient universel ». Ce qui explique sans doute l’engouement que l’on voue aux récits de vie. Par exemple, Largo Winch de P.Franq et XIII de W.Vance font partie des 5 BD les plus vendues en 2012.
Ainsi, l’auteur fait rêver ses lecteurs avec les récits de vie semi-fictifs (exemple : Superman)
 
En conclusion, on peut remarquer que les BD abordant des récits de vie peuvent être soit totalement fictives, soit purement tirées de la réalité mais ces deux aspects totalement opposés peuvent aussi se recouper afin de créer une sorte de BD beaucoup plus attractive pour les lecteurs actuels comme nous venons de l’évoquer précédemment.
Antoine, Elliot, Johann, Thomas