Le roman et ses personnages" />

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LECTURE LINÉAIRE (SÉANCE 2, l. 228 à 261)

 

INTRODUCTION

a)       Présentation du texte.

L’extrait que nous allons étudier est tiré de Germinal, un roman d’Émile Zola, un auteur de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, chef de file de l’école naturaliste, qui prétend prolonger le naturalisme, en étudiant l’homme d’un point de vue scientifique (ce que Zola appelle le « roman expérimental ») et en considérant tous les aspects de l’existence humaine (même les plus bassement matériels, dont on évitait auparavant de parler). Ce roman a pour héros un jeune homme, Étienne Lantier, qui se fait embaucher à la mine et va se découvrir une vocation de meneur politique.

 

b)       Situation de l’extrait.

Cet extrait se situe dans la deuxième partie du livre. Celle-ci manie le contrechamp : alors que la première partie nous présentait les mineurs et leur travail, elle nous présente la vie des bourgeois (chapitre I et II), puis celle des mineurs et de leurs femmes au coron, en dehors du travail à la mine.  Nous sommes  juste avant la fin du chapitre II.  

Dans le chapitre 1 nous a été présenté la famille bourgeoise des Grégoire, composée d’un père et d’une mère assez âgés et de leur fille Cécile, et on nous a raconté l’origine de leur fortune. Après un lever tardif, toute la famille s’apprête à prendre un petit déjeuner appétissant (on a fait une brioche, qui sent bon). Dans les trois dernières lignes, nous avons vu arriver la Maheude et ses « petits » (p. 90, l. 338) : ils sont « placés, affamés, saisis d’un effarement peureux » (l. 338 à 340).

Au début  du chapitre 2, nous avons une analepse, et nous retournons quelques heures plus tôt. Chez les Maheu, on n’a plus rien à manger. L’épicier ne veut plus faire crédit. Il ne reste plus qu’à aller demander la charité aux bourgeois.

L’extrait que nous allons étudier se situe à la fin de l’analepse, et nous nous retrouvons au moment qui clôt le premier paragraphe : la Maheude et ses enfants, Lénore et Henri,  arrivent chez les Grégoire.

 

c)       Idée directrice du texte.

Ce passage va nous montrer l’opposition entre l’univers des mineurs et celui des bourgeois et l’incompréhension que ces derniers ont du monde ouvrier, du fait de leurs préjugés..

 

d)       Plan de l’extrait.

Dans un premier temps (l. 228 à 261), l’on nous présente l’accueil fait aux Maheu ; puis (l.  262 à 301), on nous montre  un dialogue de sourds entre M. Grégoire et la Maheude.

 

I.                     L’accueil fait aux Maheu (l. 228 à 261).

 

a)       Une relation asymétrique (l. 229 à 233).

Dès le début du texte, nous voyons combien la famille Maheu est en position d’infériorité.

La première phrase  est prononcée non par un membre de la famille Grégoire, mais par une subalterne, la bonne, Honorine (une distance est ainsi mise entre les deux familles). En outre ses propos consistent en une phrase injonctive (« laissez vos sabots, entrez », l. 229) : un ordre que les Maheu doivent exécuter.

Le caractère asymétrique de la relation est renforcé par la position dans l’espace des uns et des autres :

–          les Grégoire sont confortablement assis sur leurs fauteuils (« ce vieux monsieur et cette vieille dame, qui s’allongeaient  dans leurs fauteuils », l. 230 à 233) ;

–          les Maheu sont debout et « très gênés » (l. 231).

 

b)       Les principes des Grégoire (l. 235 à 244).

Les principes qui guident les Grégoire en matière de charité nous son alors présentés (l. 235 à 244). Grâce à l’emploi du style indirect libre dans la quasi-totalité de ce paragraphe, leur voix se mêle à celle du narrateur (par exemple, dans le passage « ils ne donnaient jamais d’argent, jamais ! », où la présence d’un point d’exclamation montre bien que la voix des Grégoire se superpose bien à celle du narrateur omniscient)  : cette polyphonie permet de renforcer l’importance de leurs préjugés, qui sont ceux de leur classe sociale à leur époque (« dès qu’un pauvre avait deux sous, il les buvait », l. 241-242).

 

c)       Un malentendu (l. 245 à 261).

Le passage suivant (l. 246 à 261) met en scène un malentendu : les principes charitables des Grégoire (exposés dans la parie précédente), qui leur interdisent de donner de l’argent et leur imposent de ne faire des dons qu’en nature, sont incompatibles avec l’objet  de la quête de la Maheude, qui espère obtenir de l’argent pour acheter à manger.

L’incompréhension entre ceux qui sont bien nourris et ceux qui ont faim s’étale :

–          Cécile croit que, si les enfants sont pâles, c’est parce qu’ils ont froid (« sont-ils pâlots d’être allés au froid », l.245-246), alors que la principale cause en est qu’ils ont faim (« les petits ouvraient de grands yeux et contemplaient la brioche », l.260-261) ;

–          les bonnes, qui sont bien nourries (« filles qui n’étaient pas en peine de leur dîner », l. 248-249) regardent les Maheu avec des sentiments ambigus, où se mêlent un certain sentiment de supériorité condescendante (« regardaient ces misérables avec l’apitoiement », l. 247-248) et la peur que peut leur inspirer l’idée qu’elles-mêmes auraient pu connaître le même sort (« pointe d’inquiétude », l. 248) ;

–          personne ne songe à offrir de la brioche (« la cuisinière s’oubliait, reposait le reste de la brioche sur la table, pour demeurer là, les mains ballantes », l. 251).

Finalement, pour montrer que ces deux mondes sont totalement étrangers et n’ont rien à se dire, on nous indique qu’un « silence embarrassé » (l. 259) s’installe.

 

II.                    Un dialogue de sourds (l. 262 à 301).

La femme de chambre tardant à redescendre, les Grégoire, pour « rompre le  silence » (l. 252-253), posent des questions à la Maheude sur les sujets de conversations banals qu’on aborde dans ces cas-là : la famille, le travail. Mais cette conversation va mettre à jour les préjugés.

 

a)       Opposition sur la nécessité d’une famille nombreuse (l. 262 à 275).

D’abord, les Grégoire questionnent la Maheude sur sa famille.

C’est l’occasion de faire apparaître un second préjugé des bourgeois : non seulement les ouvriers boivent ; mais,  en plus, ils sont incapables de dominer leurs désirs et d’être assez prévoyants pour fonder une famille de taille raisonnable. Cela se marque par l’utilisation d’une phrase exclamative (« sept enfants, mais pourquoi ? bon Dieu », l.267), qui marque la spontanéité de l’indignation de M. Grégoire.

Dans un premier temps, la Maheude semble approuver la position des Grégoire (« un geste vague d’excuse », l. 269). Mais elle développe une stratégie argumentative qui lui fait justifier la taille de sa famille par une nécessité économique : les enfants rapportent de l’argent à la maison (« quand ça grandissait, ça rapportait », l. 270-271), ce qui fait vivre toute la famille (« fallait quand même nourrir les petits qui ne fichaient rien », l. 274-275). L’emploi du discours indirect libre, qui reprend le niveau de langue familier de la Maheude (« fallait », l. 274, au lieu de « il fallait ») mêle sa voix à celle du narrateur : cette nouvelle polyphonie est destinée à mieux faire connaître au lecteur les sentiments profonds du personnage.

 

b)       La « malédiction » de la mine (l. 276 à 286.

La deuxième question, amenée par les considérations de la Maheude sur l’utilité du travail des enfants, porte sur le travail à la mine.

La réaction de la Maheude est ambiguë :

–          d’une part, elle a une réaction quasi-hystérique indiquée par un oxymore (« un rire muet », l. 278), qui marque le caractère ambigu de ce rire ;

–          d’autre part, ce rire ambigu exprime aussi un sentiment positif relativement à sa condition professionnelle (« éclaira le visage », l. 178).

Le caractère passionnel de cette réaction est confirmé par l’emploi de l’exclamation répétée « Ah ! oui, ah ! oui … » (l. 279).

La suite du texte repose sur une antithèse :

–          d’un côté on a un personnage féminin isolé (« moi », l. 279), qui, depuis longtemps, ne descend plus à la mine et s’occupe des tâches ménagères (« assez de besogne à la maison », l. 282-283) ; de l’autre, du côté du mari, on a une série de personnages masculins (« ils », l. 283) qui travaillent à la mine « depuis des éternités » (l. 284) [cet oxymore insiste sur le lien très fort qui unit les familles de mineurs à la mine].

 

c)       La fin du « dialogue »(l. 287 à 295).

Ce dialogue de sourds laisse la place à un « nouveau silence »  (l. 290).

À nouveau, le contraste entre les deux univers est développé :

–  d’une part, nous avons une énumération des aspects négatifs des Maheu (« pitoyables, avec leur chair de cire, leurs cheveux décolorés, la dégénérescence qui les rapetissait, rongés d’anémie, d’une laideur triste de meurt-de-faim », l. 287 à 290) ;

– d’autre part, on nous montre l’ « air alourdi de bien-être, dont s’endorment les coins de bonheur bourgeois » (l. 292-293.

 

d)       Leçon de morale (l. 296 à 301).

Ce texte se termine par l’étalage de la bonne conscience bourgeoise. : les malheurs des ouvriers leur arrivent par  leur propre faute (« les mineurs boivent, font des dettes, finissent par n’avoir plus de quoi nourrir leur famille », l. 300-301).

 

 

CONCLUSION

 

Zola a voulu nous montrer l’univers d’incompréhension qui sépare les bourgeois des ouvriers. Les Grégoire et la Maheude ne sont pas seulement des personnages ayant leur vie autonome, mais des allégories représentant chacun leur classe sociale.


Publié par 20092010faurelettres1es3 le 13 décembre 2009 dans Corrigé lectures linéaires
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