Le roman et ses personnages" />

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Questions sur l’incipit de Germinal (l. 1 à 60, p. 21 et 22).

1.       Montrez comment le récit retarde la présentation du personnage.

Trois aspects du personnage sont présentés dans ce passage : son état-civil, son portrait physique et son statut social.

a)       L’état-civil.

Dans les quatre premiers paragraphes, le personnage est désigné par l’expression « un homme » (l. 2), reprise par « l’homme » (l. 10, 23, et 39) [l’article défini « l’ » remplaçant normalement l’article indéfini « un », du fait de sa valeur anaphorique] : Zola a choisi le terme le plus général possible.

Ce n’est qu’à l’avant-dernière ligne du passage que nous apprenons son nom (« Je me nomme Étienne Lantier », l. 59).

b)       Le portrait physique.

Le corps du personnage n’est nullement décrit. Seuls sont présentés une partie de ses habits (« le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours », l. 11 et 13) et son maigre bagage (un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux) : ces éléments sont très banals, mais ont l’intérêt de montrer la situation précaire du personnage  (il n’a pas de vêtements assez chauds pour la saison et son bagage est bien mince).

c)       Le statut social.

Le statut social du personnage n’est abordé qu’au deuxième paragraphe (« ouvrier sans travail et sans gîte », l. 16 et 17), mais dans des termes vagues et contradictoires : un ouvrier, normalement a un travail et loge quelque part. Ce personnage est donc quelqu’un qui a perdu son statut social, un déclassé.

Ce n’est qu’à la dernière ligne du passage que nous apprenons quel est son métier précis (« Je suis machineur », l. 59) : le fait qu’il s’agisse d’un « machineur », c’est-à-dire, à l’époque, de quelqu’un qui a une forte qualification rend encore plus intrigante sa situation précaire.

 

En conclusion, tout a été fait pour que le personnage soit présenté le plus tard possible. [Il faudra, bien sûr, dans la lecture, linéaire ou analytique, se demander pourquoi.]

 

 2.       Remarquer toutefois qu’on peut parler de narrateur omniscient.

Le point de vue n’est pas externe, puisque nous connaissons certaines pensées d’Étienne Lantier (« une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte », l. 16 et 17).

Il n’est pas non plus interne puisque le narrateur nous apprend des éléments ignorés du personnage (« sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou », l. 19 [il ne peut pas situer la distance des feux à Montsou, puisqu’il est totalement désorienté]).

Nous sommes donc en présence d’un narrateur omniscient.

 

 3.       Relever les éléments qui concourent à montrer que le personnage est désorienté.

Le personnage est désorienté, dans un premier temps parce qu’il est plongé dans l’obscurité (« il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) et n’a aucun repère (« aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel », l. 8).

Ensuite, lorsque des repères s’offrent à lui (« il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant en plein air », l. 19 et 20), il est incapable de les utiliser (« sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort », l. 28 et 29).

 

 4.       Montrer comment la fosse se révèle progressivement à l’observateur.

La fosse apparaît progressivement en se révélant, peu à peu :

–          sous forme d’éléments isolés et dont il est difficile de dire s’ils appartiennent à une même structure (« des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus », l. 19 et 20 ; « un chemin creux », l. 23 ; « une palissade », l. 24 ; « quelque mur de grosses planches », l. 24 ; « un talus d’herbe », l. 25 ; des « pignons confus », l. 26 ; des « toitures basses et uniformes », l. 26 et 27 ; à nouveau « les feux », l. 28) ;

–          puis dans son intégralité, mais sous forme d’une masse amorphe (« une masse lourde, un tas écrasé de constructions », l. 31), d’où émergent des éléments malaisément identifiables (« la silhouette d’une cheminée d’usine », l. 32 ; « cinq ou six lanternes », l. 33 ; « alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques », l. 35).

 

Ce n’est qu’au début du quatrième paragraphe que le personnage se rend compte qu’il s’agit d’une fosse de mine (« alors, l’homme reconnut une fosse », l. 39).

[Cette imprécision à montrer clairement le lieu où arrive Étienne est à mettre en relation avec le retardement de la présentation du personnage et la désorientation de celui-ci. Tous ces éléments renforcent l’opposition entre la fragilité du personnage (qui a froid, qui ne sait où coucher, qui n’a pas de travail et qui ne sait pas ou il est) et la monstruosité de la mine : nous avons là une proie qui se dirige vers un prédateur inhumain.] 

 

5.       Repérer les éléments fantastiques présents dans la description.

Si l’on s’en tient aux seules dénotations, nous avons là uniquement des éléments réalistes : un personnage, égaré et à la recherche d’un travail, arrive à l’entrée d’une mine de charbon, où il espère se faire embaucher.

 

Mais les connotations de plusieurs termes suggèrent un univers démoniaque :

–          l’obscurité totale (« nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre », l. 1 ; « il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) ;

–          l’immensité du paysage (« dix kilomètres de pavés », l. 3 ; « l’immense horizon », l. 5 ; « des lieues de marais », l. 7).

–          le caractère géométrique du paysage (« la plaine rase », l. 1) ; « dix kilomètres de pavé coupant tout droit », l. 3 ; « l’immense horizon plat », l. 5 ; « le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée », l. 8 et 9) ;

–          le froid (« glacées », l. 7 ; « grelottant », l.  11 ; « mains gourdes », l. 15 ; « le froid », l. 17 ; désir douloureux de se chauffer un instant les mains », l. 21 et 22) ;

–          le mélange des quatre éléments primordiaux, qui ramène au chaos d’avant la création du monde, (terre, eau, air, feu [ou absence de feu ? obscurité]) : «  le sol noir », l. 5 [= terre + obscurité] ; « des rafales larges comme sur une mer », l. 6 et 7 [air + eau] ; « des lieues de marais », l. 7 [marais = mélange de terre et d’eau] ; « au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres », l. 9 [eau + terre] ; « trois brasiers brûlant en plein air », l. 19 et 20 [feu + air]) ;

–          l’absence de toute végétation dans la plaine (« terres nues », l. 7 ; « aucune ombre d’arbre », l. 8) ;

–           la gêne et la douleur que subit le personnage (« grelottant », l. 11 ; « le gênait, l. 13 ; « des mains gourdes », l. 15 ; « faisaient saigner », l. 16 ; « besoin douloureux », l. 21) ;

–          la présence insistance d’un feu intense (« trois brasiers », l. 20 ; « les feux reparurent », l. 23 ; « ils brûlaient si haut », l. 29).

 

En outre, la fosse de la mine ressemble à un monstre infernal :

–          du fait de son gigantisme (« tréteaux gigantesques », l. 35 ;

–          de son caractère amorphe (« c’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions », l. 31) ;

–          de la personnification qui en est faite (« de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur », l. 36 et 37).

 

En outre, le narrateur emploie explicitement le terme « apparition fantastique » (l. 35 et 36) pour désigner la fosse.

 

 

6.       Montrer en quoi l’approche de la fosse par Étienne offre un symbole des forces économiques en présence (capital et travail).

Le roman Germinal est aussi une œuvre de propagande, où Zola veut dénoncer la condition misérable des ouvriers, soumis aux conditions imposées par les détenteurs du capital. Nous sommes à l’époque où se développent les idées socialistes (nécessité de l’action organisée dans des structures hiérarchisées) et anarchistes (nécessité de la révolte individuelle, avec possibilité de lutte commune dans des structures non hiérarchisées).

Étienne Lantier, ouvrier sans travail sans argent et sans propriété, symbolise la classe ouvrière (le travail) exploitée, selon l’auteur, par la classe capitaliste (le capital), représentée par la mine.

Les sympathies de l’auteur se devine à la façon dont il représente Étienne, être fragile, faible et souffrant, face à un être monstrueux et diabolique : la lutte qui se développera dans le roman entre les ouvriers et les patrons de la mine est celle du bien contre le mal, des êtres humains contre des êtres sortis de l’enfer.


Publié par 20092010faurelettres1es3 le 13 décembre 2009 dans Questions sur un texte
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