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LECTURE LINÉAIRE DE L’EXTRAIT DES LETTRES PERSANES (pp. 202-203 de l’Anthologie)

 

  

 

INTRODUCTION

 

a)       Présentation du texte.

L’extrait dont nous faisons la lecture linéaire est tire d’un roman épistolaire, Les Lettres persanes, paru en 1721 sous la Régence (période de l’histoire de France où, après la mort de Louis XIV, son successeur, son arrière-petit-fils Louis XV, n’exerce pas encore le pouvoir [un roi de France ne peul exercer le pouvoir avant quatorze ans], mais le délègue à Philippe d’Orléans, qui est Régent de France durant sa minorité).

À l’époque, les idées évoluent : le classicisme (qui s’accommode très bien de la monarchie absolue et, dans le domaine religieux, du monopole de la religion catholique) est sur le point de laisser la place au mouvement des Lumières (qui s’attaque à l’Église catholique et sont partisans d’une monarchie constitutionnelle, comme en Angleterre), dont les membres recevront le nom de « Philosophes ».

 Il est toutefois dangereux de critiquer ouvertement les pouvoirs en place car on risque de se retrouver à la Bastille ou dans une autre prison. Un subterfuge fréquent utilisé par les philosophes  sera de faire observer la société française par les yeux d’un étranger venu d’un pays lointain et n’ayant aucun rapport avec l’Europe et de lui faire émettre des critiques : il sera toujours possible de dire que ces critiques sont ridicules et proviennent de quelqu’un qui n’a pas encore eu le temps de reconnaître la supériorité des mœurs et des institutions françaises.

Montesquieu (1789-1755) est surtout connu pour son ouvrage de réflexion politique De l’esprit des lois, paru en 1748. Mais, auparavant, il avait écrit Les lettres persanes, où, en 150 (à l’origine) lettres, il met en scène deux Persans, Usbeck  et Rica, qui visitent une partie de l’Europe, et plus particulièrement la France et font part de leurs découvertes et de leurs impressions à leurs amis restés au pays. Le  roman est publié au printemps 1721 à l’étranger, à Amsterdam aux Pays-Bas de façon anonyme : Montesquieu, par prudence, se présente longtemps comme un simple traducteur.

b)       Situation de l’extrait.

Cette lettre est la trente-huitième lettre des Lettres persanes : elle se situe à la fin du premier tiers du livre, alors que Rica séjourne à Paris. Elle est adressée à son ami Ibben.

c)       Idée directrice du texte.

Il y est question du statut des femmes. Doivent-elles être les égales de l’homme ou leur être soumises ?

d)       Plan de l’extrait.

Cet extrait est composé de deux grandes parties, dont l’idée directrice est clairement marquée par l’emploi d’une phrase emphatique au début de chacune d’elle (« C’est une grande question, parmi les hommes, de savoir s’il est plus avantageux d’ôter aux femme la liberté, que de la leur laisser », ll. 1 à 3 ;  « C’est une autre question de savoir si la loi naturelle soumet les femmes aux hommes. », ll. 29-30). Tout le texte est encadré par plusieurs  éléments de la lettre canonique.

 

 

 

ÉTUDE DU TEXTE

 

I.                     L’en-tête.

 L’en-tête comprend :

–          le nom de l’émetteur de la lettre : « Rica » ;

–          celui de son destinataire : « Ibben » ;

–          le lieu où se trouve le destinataire : « Smyrne », une ville de Turquie (actuellement Izmir).

Les patronymes et le choix du lieu dénotent l’Orient et ont pour but de créer un effet d’exotisme.

 

 

 

II.                    Première partie : faut-il accorder la liberté aux femmes  (l. 1 à 22) ?

 

a)       L’introduction (ll. 1 à 5).

L’introduction se compose de deux parties : la problématique (ll. 1 à 3) et l’annonce du plan (ll. 3-4).

 

? La problématique (ll. 1 à 3).

L’importance de la  problématique qui est traitée dans la première partie est présentée à l’aide d’une phrase emphatique (« C’est une grande question, parmi les hommes, de savoir », ll. 1-2), qui met en valeur l’importance de la question, indiquée également par l’emploi de l’adjectif qualificatif à valeur intensive « grande » (l. 1).

Elle est exposée à l’aide d’une proposition interrogative indirecte (« s’il est plus avantageux d’ôter aux femmes la liberté, que de la leur laisser », ll. 2-3).

 Il s’agit de résoudre une alternative présentée par une antithèse (« d’ôter aux femmes la liberté que de la leur laisser », ll. 2-3) ; cette antithèse est également un chiasme (« d’ôter aux femmes la liberté que de la leur laisser », ll. 2-3). [Ce chiasme est complexe, puisqu’au lieu de la forme canonique du chiasme ABBA, il présente la forme ABCCBA.]

 

? L’annonce du plan (ll. 3-4).

Le plan annonce un raisonnement dialectique : « il y a bien des raisons pour et contre », l. 4).  [On présente la thèse et l antithèse, et ensuite, soit on déclare laquelle des thèses en présence est vraie, soit on débouche sur une synthèse, soit on déclare que le problème est insoluble.]

 

b)       Le débat (ll. 4 à 18).

Dans le passage qui va de la ligne 14 à la ligne 22, on a un  raisonnement dialectique : on pèse le pour (thèse défendue par « les Européens », l. 4)  et le contre (thèse défendue par « les Asiatiques », l. 6).  Dans ce débat, Rica semble se ranger, avec Ibben, du côté des partisans de la seconde thèse, en rappelant, à l’aide du déterminant possessif de la première personne du pluriel (« nos Asiatiques », l. 6) leur appartenance commune au monde de l’Orient.

Le débat porte sur trois points :

–          savoir si les hommes doivent renoncer à dominer les femmes (ll.4 à 8) ;

–          savoir s’il faut laisser aux femmes la liberté d’aller et venir ou s’il faut les laisser enfermées à la maison (ll. 8 à 11 ;

–          savoir s’il faut, en laissant la liberté aux femmes, risquer de les voir être infidèles (ll.  11 à 18).

 

? Les hommes doivent-ils renoncer à dominer les femmes  (ll. 4 à 8) ?

Rica oppose la thèse des Européens à celle des Asiatiques à l’aide :

–          sur le plan logique, d’un rapport d’opposition au moyen d’une proposition subordonnée conjonctive complément circonstanciel d’opposition (« Si les Européens disent qu’il y n’y a pas de générosité à rendre malheureuse les personnes que l’on aime », ll. 4 à 6) ;

–          sur le plan stylistique, d’une antithèse double  (« Si les Européens disent qu’il y n’y a pas de générosité à rendre malheureuse les personnes que l’on aime ; nos Asiatiques répondent qu’il y a de la bassesse aux hommes de renoncer à l’empire que la nature leur a donné sur les femmes », ll. 4 à 8)

 

Les deux thèses sont défendues à l’aide d’un argument d’expérience énoncé sous forme d’une sentence au présent de vérité générale :

–          « il y n’y a pas de générosité à rendre malheureuse les personnes que l’on aime » (ll. 4 à 6), pour les Européens ;

–          « il y a de la bassesse aux hommes de renoncer à l’empire que la nature leur a donné sur les femmes », ll. 6 à 8).

 

Le fait que les deux sentences s’opposent montre que les valeurs de l’Occident et celles de l’Orient sont différentes.

               

? Faut-il laisser aux femmes la liberté d’aller et venir ou faut-il les laisser enfermées à la maison (ll.  8 à 11) ?

À nouveau, Rica oppose la thèse des Européens à celle des Asiatiques à l’aide :

–  sur le plan logique, d’un rapport d’opposition au moyen d’une proposition subordonnée conjonctive complément circonstanciel d’opposition (« Si on leur dit que le grand nombre des femmes enfermées est embarrassant », ll. 8-9) ;

–  sur le plan stylistique, d’une antithèse  (« Si on leur dit que le grand nombre des femmes enfermées est embarrassant ; ils répondent que dix femmes, qui obéissent, embarrassent moins qu’une qui n’obéit pas », ll. 8 à 11).

 

 

La thèse des Asiatiques contient également une antithèse double : « dix femmes, qui obéissent, embarrassent moins qu’une qui n’obéit pas », ll. 8 à 11). Celle-ci est ironique : il s’agit de se moquer des Européens qui refusent la polygamie, mais qui sont incapables, bien qu’ils aient une seule femme, de s’en faire obéir. On peut considérer qu’il s’agit, implicitement,  d’un argument ad hominem, puisqu’on dévalorise ainsi les partisans de la thèse adverse.

 

À nouveau, les deux thèses sont défendues à l’aide d’un argument d’expérience énoncé sous forme d’une sentence au présent de vérité générale :

– « le grand nombre des femmes enfermées est embarrassant » (ll. 8-9) ;

– « dix femmes, qui obéissent, embarrassent moins qu’une qui n’obéit pas », ll. 10- 11).

 

À nouveau, le fait que les deux sentences s’opposent montre que les valeurs de l’Occident et celles de l’Orient sont différentes.

 

? Faut-il, en laissant la liberté aux femmes, risquer de les voir être infidèles (ll. 11 à 18) ?

Là encore, Rica oppose  la thèse des Européens à celle des Asiatiques à l’aide :

–          sur le plan logique, d’un rapport d’opposition au moyen d’une proposition subordonnée conjonctive complément circonstanciel d’opposition (« Que s’ils objectent, à leur tour, que les Européens ne sauraient être heureux avec des femmes qui ne leur sont pas fidèles », ll. 11 à 13) ;

–          sur le plan stylistique, d’une antithèse triple (« Que s’ils objectent, à leur tour, que les Européens ne sauraient être heureux avec des femmes qui ne leur sont pas fidèles ; on leur répond que cette fidélité qu’il vantent tant, n’empêche point le dégoût, qui suit toujours les passions satisfaites », ll. 11 à 15). [Il faut noter l’emploi par Montesquieu de « que si » (l. 11) à la place de « si » : il s’agit d’un latinisme, ce qui montre l’influence de la culture et de la langue latines sur les auteurs des XVIIème et XVIIIème siècles, qui ont tous étudiés, de façon approfondie les auteurs de l’Antiquité romaine.].

 

Là encore, les deux thèses sont défendues à l’aide d’un argument d’expérience énoncé sous forme d’une sentence au présent de vérité générale :

–          « les Européens ne sauraient être heureux avec des femmes qui ne leur sont pas fidèles » (ll. 11 à 13) ;

–          « cette fidélité qu’il vantent tant, n’empêche point le dégoût, qui suit toujours les passions satisfaites », ll. 11 à 15).

 

Là encore, le fait que les deux sentences s’opposent montre que les valeurs de l’Occident et celles de l’Orient sont différentes.

 

 

c)       La conclusion (ll. 18 à 22).

Finalement, Rica :

–          insiste sur la difficulté de la question en utilisant un argument a fortiori  (« un homme plus sage que moi serait embarrassé de décider », ll. 18-19), nuancé par l’adverbe modalisateur  « peut-être » (l. 18), qui exprime la possibilité ;

–          aboutit à la conclusion qu’il ne peut pas y avoir de réponse à cette question ; comme il l’a montré précédemment, les Européens et les Asiatiques ont des valeurs différentes et ne peuvent donc pas argumenter à partir de présupposés communs : ils ne peuvent donc pas arriver à la même conclusion, et, à l’aide dune antithèse, il les renvoie dos à dos (« si les Asiatiques font fort bien de chercher des moyens propres à calmer leurs inquiétudes, les Européens font aussi bien de n’en point avoir », ll. 19 à 22).

 

 

d)       Paradoxe libertin (l. 23 à 28).

Se montrant incapable de conclure, Rica s’en tire en ironisant sur la position des Européens avec une citation de propos libertins (= immoraux) prêtés aux Européens. Ceux-ci sont rapportés au discours direct (alors que précédemment, on usait du discours indirect), comme le prouve la présence d’une proposition incise : « disent-ils » (l. 23) : ce changement attire l’attention sur ces propos.

 

Elle se compose :

–          d’un paradoxe puisque la possibilité donnée aux femmes de tromper facilement leur mari  permet à celles-ci de les rendre  à la fois malheureux  (car ils sont jaloux, voire réellement trompés) et heureux (car ils peuvent trouver facilement une maîtresse) : ce paradoxe est présenté sous la forme d’une double antithèse (« quand nous serions malheureux en qualité de maris, nous trouverions toujours moyen de nous dédommager en qualité d’amants », ll. 23 à 25) ;

–          d’un raisonnement par l’absurde, qui s’appuie sur ce paradoxe : « Pour qu’un homme pût se plaindre avec raison de l’infidélité de sa femme, il faudrait qu’il n’y eût que trois personnes dans le monde : ils seront toujours à but, quand il y en aura quatre » (ll. 25 à 28).

 

 

 

III.                  La femme est-elle, par nature, soumise à l’homme  (ll. 23 à 55) ?

a)       L’introduction (ll. 23 à 25).

Elle se compose de la seule problématique, annoncé sous forme de question, à l’aide d’une interrogation indirecte (« C’est une autre question de savoir si la loi naturelle soumet les femmes aux hommes. », ll. 29-30).

 

b)       Une opinion  indiscutable (ll. 30 à 55).

 

Dans tout le passage qui va de la ligne 30 à la ligne 55, nous avons un changement d’énonciation. Jusque là le destinataire était Ibben et l’énonciateur était Rica. Désormais, Rica délègue la parole à « un philosophe très galant » (l. 31), des propos de qui il est destinataire.

Le fait que cet homme soit un « philosophe » (l. 31), donc quelqu’un qui a la compétence nécessaire pour savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, permet de lui faire énoncer un argument d’autorité : « la nature n’a jamais dicté une telle loi » (ll. 31-32).

Celui qu’il soit «très galant » (l. 31), indiqué avec un adjectif qualificatif à valeur méliorative avec, en plus, l’emploi du superlatif absolu de supériorité (« très », l. 31), qui intensifie le sens de ce mot, indique qu’il va être favorable à la cause féminine.

Sa qualité de philosophe permet de supposer qu’il est le porte-parole de Montesquieu.

 

                       ? Les femmes ne sont pas inférieures aux hommes par nature (ll.30 à 37).

Le « philosophe très galant » (l. 31), énonce, en sa qualité de philosophe, un argument d’autorité, par lequel il rejette la thèse de l’infériorité naturelle des femmes. Il le fait de façon renforcée en utilisant des adverbes négatifs : « Non » (l. 30) et « n’ […] jamais » (l. 31).

Il utilise ensuite un terme connoté péjorativement (« tyrannie », ll. 32-33) pour qualifier la domination des hommes sur les femmes ((« l’empire que nous avons sur elles », l. 32).

Il établit ensuite une comparaison entre les hommes et les femmes (« elles ont plus de douceur que nous », l. ll. 33-34), et, à l’aide d’un rapport logique de conséquence (« par conséquent, plus d’humanité [= sont plus soucieuses du sort des autres êtres humains] et de raison », explique pourquoi, quoique fondamentalement supérieures aux hommes, elles leur ont laissé la suprématie.

Sur le plan du lexique, l’opposition entre les deux sexes est marqué par l’emploi d’un terme connoté péjorativement pour désigner l’attitude des hommes (« tyrannie », l. 32-33), renforcé par l’adjectif qualificatif « véritable » (l. 32) et de termes connotés méliorativement pour désigner celle des femmes (« douceur », l. 34 ; « humanité », ll. 34-35 ; « raison », l. 35). Il faut noter que les trois qualités prêtées  aux femmes  sont celles dont se réclament les Philosophes des Lumières : le refus de la violence (« la douceur », l. 34), le souci du bien-être de tous les hommes (« l’humanité », l. 34-35), et le refus de l’irrationnel (« la raison », l. 35).

                              

                                ? En réalité, c’est les femmes qui sont supérieures par nature aux hommes (ll. 38 à 48).

Dans le quatrième paragraphe, qui va de la ligne 38 à la ligne 48, le « philosophe très galant » établit que non seulement les femmes ne sont pas inférieures aux hommes, comme cela été montré au paragraphe précédent, mais même qu’elles leur sont supérieures.

 

Il commence par utiliser un raisonnement concessif, à l’aide d’un rapport logique de concession marqué par l’utilisation d’une proposition subordonnée conjonctive complément circonstanciel de concession : « s’il est vrai que nous n’avons sur les femmes qu’un pouvoir tyrannique, il ne l’est pas moins qu’elles ont sur nous un empire naturel » (ll. 38 à 40).

 

La différence entre le pouvoir des hommes et celui des femmes est marqué par une antithèse (« un pouvoir tyrannique » ll. 38-39 / « un empire naturel », l. 39-40). Celui de la beauté est exalté par une apposition, où figure une hyperbole (« celui de la beauté, à qui rien ne résiste », l. 40).

 Le locuteur utilise ensuite, pour dénoncer cette situation, deux questions oratoires (« Pourquoi aurions- nous un privilège ? Est-ce parce que nous sommes les plus forts ? », ll. 42-43), qui attendent, bien sûr une réponse négative, ce qu’il montre à l’aide de la conjonction de coordination « mais » (l. 43) et par le terme « injustice » (l. 44), connoté négativement.

Enfin, il indique, de façon vague, mais hyperbolique, la cause de la situation (« toutes sortes de moyens pour leur abattre ce courage », ll. 40-45). Cela lui permet, dans deux phrases, où l’on trouve un rapport logique de condition, l’un grâce à la subordination (« Les forces seraient égales si l’éducation l’était aussi », ll.45-46), l’autre grâce à la juxtaposition (« Éprouvons-les dans les talents que l’éducation n’a point affaiblis : et nous verrons si nous sommes si forts », l. 46 à 48).

 

                               ? L’exemple des grandes civilisations de l’Antiquité.

Dans le cinquième paragraphe, le « philosophe très galant » commence par un raisonnement concessif. Il utilise une proposition conjonctive complément circonstanciel de concession (« quoique cela choque nos mœurs », l. 49).

 

Ensuite, il use d’un argument d’autorité : il s’appuie sur l’autorité de trois peuples de l’Antiquité réputés pour leur haut degré de civilisation : les « Égyptiens » (ll. 51-52), les « Babyloniens » (l. 52) et les « Romains » (l. 53).

Les deux premiers peuples sont mis en relation par un parallélisme entre les deux peuples qui ont établi  « par une loi » (l. 51) pour les femmes « l’autorité sur leurs maris » (ll. 50-51) : « chez les Égyptiens, en l’honneur d’Isis ; et, chez les Babyloniens, en l’honneur de Sémiramis » (ll.51 à 53). Ce parallélisme est renforcé par l’emploi d’homéotéleutes (mots qui riment) : « Égyptiens » (l. ll.51-52) / « Babyloniens » (l.52) ; « Isis » (l. 52) / « Sémiramis » (l. 53).

Quant aux Romains, il les évoque à l’aide d’un paradoxe [puisque ceux qui sont capables de faire la plus (commander au monde entier) se révèlent incapables de faire le moins (commander dans leur propre maison)] exposé sous forme d’antithèse double : «qu’ils commandaient à toutes les nations, mais qu’ils obéissaient à leurs femmes » (ll. 54-55).

L’argument d’autorité est renforcé dans les deux premiers cas par l’importance des personnes pour qui les lois ont été faites :

–          Isis est la plus grande déesse des Égyptiens, peuple qui a construit ce que dans, l’Antiquité, on considérait comme une des sept merveilles du monde : la grande pyramide ;

–          Sémiramis est une reine qui a fait construire une autre des sept merveilles du monde : les jardins suspendus de Babylone.

Les Romains, eux, sont le peuple qui sert de modèle aux gens cultivés des XVIIème et XVIIIème  siècles.

 

                       ? Conclusion de la seconde partie.

Dans le dernier paragraphe, nous revenons à la situation d’énonciation initiale : Rica s’adresse à Ibben. Ce nouveau changement est clairement par :

–          l’utilisation du pronom personnel de la deuxième personne (« tu vois », l. 56) ;

–          l’utilisation d’une formule d’appel (« Mon cher Ibben », l. 56).

 

Rica réfute complètement les arguments des Européens :

–          en utilisant, pour les qualifier, de termes connotés péjorativement (« opinions extraordinaires » (l. 57) ; « réduire tout

en  paradoxes »  (ll. 57-58) ;

–          en s’appuyant sur un argument d’autorité émanant de l’autorité suprême pour des musulmans comme Rica et

Ibben (« Le Prophète a décidé la question et a réglé les droits de l’un et l’autre sexe », ll.28-29).  

Cet argument est énoncé, pour le renforcer, en le rendant plus présent, au discours direct, comme nous le montre la présence d’une proposition incise (« dit-il », l. 59).

 

Le propos du Prophète qui  servent d’argument d’autorité a Rica sont énoncés sous forme de raisonnement concessif :

–          d’abord la thèse combattue [la femme est égale à l’homme], qui semble être renforcée par un chiasme (« Les femmes  […] doivent honorer leurs maris ; leurs maris les honorer », l. 59) ;

–          puis la thèse soutenue [les femmes sont inférieures à leurs maris] présentée par le connecteur « mais », qui marque que l’on s’oppose à ce qui vient d’être dit (l. 60).

 

L’attitude de Rica est néanmoins ambiguë puisqu’il indique également qu’ « il a le goût de ce pays-ci » (c’est-à-dire la France) : il n’en rejette donc peut-être pas les mœurs aussi nettement qu’il le prétend.

 

 

 

  1. IV.                 Le lieu et la date d’envoi de la lettre.

Comme dans la Lettre de Pantagruel à Gargantua, le lieu et la date d’envoi de la lettre ne sont pas situés au même endroit que de nos jours, mais à la fin du texte.

 

a)       Le lieu.

La lettre est envoyée de « Paris » : cette précision est notée pour nous montrer que ce sont  les Français (et non tous les peuples d’Europe en général) qui sont désigné par  « les Européens » (ll. 4 et 21) pour éviter les foudres de la censure, voire de la justice.

 

b)       La date.

?  La date mêle des éléments du calendrier persan (« la lune de Gemmadi », l. ) et du calendrier européen (1713). Montesquieu utilise les éléments persans :

–          pour produire un effet de réel (c’est un Persan qui écrit à un autre Persan) ;

–          pour produire un effet d’exotisme (un Persan est un être aussi lointain et aussi étonnant pour un Français du XVIIIème siècle que pourrait l’être un extra-terrestre pour nous).

–           

?  Alors que Les Lettres persanes sont parues en 1721, sous le règne de      , cette lettre est datée de 1713, à la fin du règne de Louis XIV : là aussi, afin de risquer moins, Montesquieu à préféré laisser croire que sa critique de la société française s’adressait non à celle de son époque, mais à celle qui l’avait précédée.      

 

 

 

CONCLUSION

Cette lettre est représentative de l’esprit critique des Philosophes des Lumières, qui n’acceptent plus que les choses soient fixées par la tradition, mais veulent qu’elles le soient par la raison.

Montesquieu ne prend pas nettement partie. Toutefois, il semble que le « philosophe très galant » soit son porte-parole : il serait donc partisan d’une amélioration d’une amélioration du statut des femmes.

 

Elle présente un double aspect :

–          c’est un texte destiné à faire penser, où l’on utilise de nombreuses formes de raisonnement pour argumenter ;

–          c’est un texte destiné à faire sourire, où l’ironie et la tonalité satirique sont souvent présentes.

 

 

 

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LES DIFFÉRENTS TYPES DE RAISONNEMENT

 

On distingue plusieurs types de raisonnement. Repérer le type de raisonnement utilisé dans un texte permet de mieux comprendre la stratégie argumentative du locuteur.

– Le raisonnement inductif : il part d’observations particulières pour aboutir à une conclusion de portée générale.
 – Le raisonnement déductif : il part d’une idée générale pour en déduire des propositions particulières.
– Le raisonnement par analogie : il procède à une comparaison avant d’aboutir à une conclusion.
– Le raisonnement par l’absurde : il imagine les conséquences absurdes d’une idée pour la réfuter.
– Le raisonnement critique : il consiste à contester une opinion adverse
– Le raisonnement dialectique : il consiste à peser les arguments favorables ou défavorables à une thèse.
– Le raisonnement concessif : il consiste à admettre en partie des arguments de la thèse adverse et à leur opposer d’autres arguments.

– Le raisonnement a fortiori : il part du principe que qui peut le plus peut le moins.

 

 

 

Les différents types d’arguments.

 

 

 

L’argument logique s’appuie sur un rapport de cause à conséquence.

 

L’argument par analogie joue sur une ressemblance.

 

L’argument d’expérience s’appuie sur une opinion universellement admise.

 

L’argument d’autorité s’appuie sur l’opinion d’une personne reconnue comme particulièrement compétente.

 

L’argument ad hominem s’en prend à la personne même du contradicteur.


Publié par 20092010faurelettres1es3 le 5 mars 2010 dans Non classé
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