20092010faurelettres1es3
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LECTURE LINÉAIRE : GERMINAL, SÉANCE 3 (l. 258 à 314, p. 260 ET 261)

     

 

INTRODUCTION

 

a)       Présentation du texte.

L’extrait que nous allons étudier est tiré de Germinal, un roman d’Émile Zola, un auteur de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, chef de file de l’école naturaliste, qui prétend prolonger le naturalisme, en étudiant l’homme d’un point de vue scientifique (ce que Zola appelle le « roman expérimental ») et en considérant tous les aspects de l’existence humaine (même les plus bassement matériels, dont on évitait auparavant de parler). Ce roman a pour héros un jeune homme, Étienne Lantier, qui se fait embaucher à la mine et  se découvre  une vocation de meneur politique.

 

b)       Situation de l’extrait.

Cet extrait se situe dans la quatrième partie du roman,  à la fin du septième et dernier chapitre de celle-ci. La crise économique, qui produit une mévente du charbon et une baisse des bénéfices, a amené la Compagnie à payer les mineurs moins chers. Ceux-ci se sont  alors résignés à faire grève. Mais il semble que la compagnie ait réussi à convaincre un certain nombre de mineurs de reprendre le travail. Comme la police interdit les rassemblements, les grévistes décident de se retrouver, de nuit, dans les bois, dans une vaste clairière nommée « le Plan-des-Dames ».

 

c)       Idée directrice du texte.

Dans ce passage, on met en valeur les capacités oratoires d’Étienne qui, de simple révolté qu’il était au début du roman, devient un leader politique et commence à connaître les procédés oratoires nécessaires pour faire vibrer les foules.

 

d)       Plan de l’extrait.

Cet  extrait comprend deux grandes parties. D’abord, nous est présenté le discours d’Étienne, puis sont évoquées les réactions des mineurs.

 

 

 

I.                    Le discours d’Étienne (l. 258 à 296).

 

a)       Les motivations d’Étienne (l. 258 à 262).

 

La première phrase oppose :

–          la passivité de la foule, exprimée par une métaphore médicale (« béante, prise d’un malaise », l. 258) et l’emploi d’un imparfait à valeur durative (« écoutait », l. 258) ;

–          et l’activité d’Étienne, exprimée par l’emploi d’un verbe exprimant une action rapide (« sauta », l. 259) et par celui du passé simple (« sauta », l. 259, et « garda », l. 259).

 

La raison de son attitude nous ensuite expliquée : il a reconnu son rival en amour, Chaval, ce qui l’amène à supposer la présence de Catherine, et il désire briller aux yeux de celle-ci (« un besoin de se faire acclamer devant elle », l. 262). Poussé lui-même par la passion, il changer de stratégie argumentative par rapport à son précédent discours (l. 42 à 166) où il faisait plutôt appel à la raison des mineurs pour les amener à poursuivre la lutte : il va faire appel aux sentiments (et donc à des éléments irrationnels).

 

b)       Un discours « démagogique » (l. 263 à 296).

 

? Une « attaque » au discours direct (l. 263 à 265).

L »attaque » du discours se fait en usant du discours direct : il s’agit de rendre plus vivante l’action et d’en faire ressortir la rapidité.

Le premier mot employé (« camarade », l. 263), très connoté, nous rappelle que nous sommes dans une assemblée générale de grévistes.

Le caractère visuel de la scène est indiqué par l’emploi du présentatif « voilà » (= « vois là »), réitéré deux fois de façon anaphorique (l. 263).

Ce passage s’achève avec l’emploi de deux insultes : « voleurs » (l. 265) et « bourreaux » (l. 265

 

? Un orateur véhément (l. 266 à 280).

L a première partie du paragraphe suivant se présente sous la forme d’une progression thématique à thème constant (le thème est représenté par le pronom « il », employé de façon anaphorique et représentant le nom propre Étienne).

Dans cette partie est utilisé le discours narrativisé (« jamais il n’avait parlé si violemment », l. 266).

 

?  (l. 280 à 296).

À partir de la ligne 280, nous changeons de thème : nous avons, à nouveau une progression thématique à thème constant, mais il est  maintenant question des mineurs, désignés par des termes divers (« ces misérables », l. 280 ; « le mineur », l. 285 ; « le travail », l. 291 ; « on », l. 295), ce qui crée un effet de rapidité et rend le propos plus véhément.

 

 

 

 

 

II.                  Les réactions des mineurs (l. 297 à 314).

 

a)       Une foule subjuguée (l. 297 à 302).

Ce paragraphe repose sur l’opposition entre Étienne, qui est muet (« il se tut », l. 297), alors que les mineurs crient (« clameur », l. 299).

Cette opposition est renforcée par l’usage d’hyperboles :

–          c’est la terre entière (« d’un bout à l’autre de la terre », l. 298) qu’occupe l’« ennemi » désigné par  Étienne ;

–          le bruit de la clameur de la foule fait penser à un « éboulement formidable »(l. 301).

 

b)       Un faux dialogue (l. 302 à 314).

Cet extrait (qu’il aurait été plus logique d’achever à la ligne 315 qu’à la ligne 314, comme le fait le livre) se termine par un dialogue entre Étienne et la foule. Le discours direct, qui est plus mimétique (= qui reflète mieux la réalité) permet de rendre compte de la rapidité et de la véhémence de la réaction de la foule.

Toutefois, il s’agit d’un faux dialogue : il n’y a pas échange entre interlocuteurs, mais réaction passionnelle et irrationnelle de la part des mineurs, état fusionnel entre l’orateur et son public.

D’un côté, Étienne s’adresse à la foule à l’aide de phrases interrogatives (« voulez-vous la continuation de la grève ? », l. 304-304), qui sont presque de simples questions oratoires [= fausses questions, dont on connaît à l’avance la réponse]. De l’autre celle-ci répond par de brèves phrases verbales exclamatives (« Oui ! oui ! », l. 306 ; « Mort aux lâches ! », l. 310).

L’utilisation du champ lexical du cri  dans les phrases qui présentent les répliques renforce également la véhémence de la réaction des mineurs, avec :

–          le verbe de la proposition incise « hurlèrent » (l. 306) ;

–          le complément circonstanciel de manière du verbe introducteur de dialogue « reprirent » (l. 309) : « avec leur souffle de tempête » (l. 309), où l’on a une métaphore hyperbolique (métaphore + hyperbole).

 

 

 

CONCLUSION

Dans cet extrait, nous voyons que le personnage d’Étienne a une double valeur :

–          c’est un personnage réaliste, poussé par des motivations humaines (dans ce passage, le désir d’attirer l’admiration de Catherine, dont il est secrètement amoureux) ;

–          c’est un personnage allégorique, qui représente, dans le mouvement ouvrier, le courant marxiste (qui prône la nécessité d’une organisation ouvrière, l’Internationale, et veulent déposséder les bourgeois de la propriété des moyens de production [de même que Bonnemort représente les résignés (qui ne croient pas à la possibilité d’un changement), que Rasseneur représente les réformistes (qui ne veulent pas toucher à la propriétés, mais négocier avec les capitalistes), que Chaval représente successivement les luddistes (partisans de briser l’outil de production), puis les « jaunes » (= briseurs de grève), et que Souvarine représente la branche du mouvement anarchiste, les nihilistes, favorable à l’utilisation du terrorisme (beaucoup d’attentats, surtout en Russie, mais aussi en France, ont lieu à l’époque).

 

En montrant comment Étienne subjugue la foule par un discours qui s’appuie non sur une argumentation rationnelle, mais sur l’affectivité, Zola, sans le savoir, préfigure ce que seront les grands manipulateurs des masses de la première moitié du vingtième siècle (notamment Mussolini et Hitler). 

 

 

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LE DISCOURS DIRECT ET LES PROPOSITIONS INCISES

  • A travers le style direct, on rapporte les paroles exactement comme elles ont été prononcées.

C’est ce qui est souvent identifié comme la seule forme de dialogue dans un récit, parce qu’il est manifesté typographiquement (ponctuation particulière).  

  • Une ponctuation particulière signale le discours direct :
    – verbe introducteur (dont le sens général est « dire » ; aussi appelé «verbe de parole») ;
    – deux-points, retour à la ligne ;
    – guillemets au début et à la fin des paroles ;
    – tirets avec retour à la ligne à chaque changement d’interlocuteur ;
    – majuscules en début de paroles.

    Rem : les guillemets sont souvent supprimés dans les textes imprimés ; ils sont alors remplacés par de simples tirets.

  • Les seules phrases de récit qui n’obligent pas à fermer les guillemets (avant elles) puis à les rouvrir (après elles) sont les phrases incises (ou propositions incises), dont les caractéristiques sont :
    –  un verbe dont la signification générale est « dire » (aussi appelé «verbe de parole»)  et un sujet inversé par rapport au verbe ;
    –  des virgules qui l’encadrent (si les paroles finissent par un “?”, un “!” ou des “…”, on maintient cette ponctuation) ;
    –  une minuscule initiale systématique (en tête de phrase incise).

Les propositions incises peuvent éventuellement se trouver en fin de réplique ; elles présentent dans ce cas une virgule au début, un point à la fin.


Publié par 20092010faurelettres1es3 le 5 mars 2010 dans Non classé
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