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LECTURE LINÉAIRE : ART POÉTIQUE

                                 LECTURE LINÉAIRE : ART POÉTIQUE (Anthologie, p. 150)

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

a)       Présentation du texte.

Le texte dont nous allons faire la lecture linéaire est extrait de l’Art poétique, un poème de Nicolas Boileau-Despréaux, plus communément appelé, plus simplement, Boileau. Cet auteur est le théoricien du classicisme, mouvement qui se développe dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Dans l’Art Poétique, texte en alexandrins divisé en parties appelées « chants », paru en 1674,  il énonce les règles à suivre pour écrire dans les différents genres en vogue à l’époque.

 

b)       Situation de l’extrait.

Cet extrait est tiré du chant III de l’Art poétique.

 

c)       Idée directrice du texte.

Boileau y expose les règles à suivre pour écrire une tragédie réussie.

 

d)       Plan de l’extrait.

Il nous indique d’abord (vv. 1 et 2) les principes généraux qui doivent guide l’auteur. Puis il énonce les règles de la tragédie classique :

–          la règle des trois unités (vv. 3 à 12) ;

–          la règle de vraisemblance (vv. 13 à 22) ;

–          la règle de bienséance (vv. 23 à 31).

 

 

 

 

ÉTUDE DU TEXTE

 

 

  1. I.                     Les principes généraux (vv. 1 et 2).

La grande règle (« le secret ») est de « plaire et de toucher » (v. 1) : c’est-à-dire qu’il faut non seulement distraire le spectateur (« plaire », v. 1), mais aussi l’émouvoir (« toucher », v. 1). En outre, il faut que ces deux conditions soient réunies, comme nous l’indique la conjonction de coordination « et » (v. 1).

Ceci nous est indiqué sous forme d’une sentence, énoncée avec un présent de vérité générale (« est », v. 1), qui va servir de base à tout le raisonnement qui suit : les règles énoncées ensuite ne sont que la conséquence de ce principe.

Le second vers précise comment, d’une façon générale, il faut s’y prendre : il est présenté sous forme de phrase injonctive à l’impératif (« Inventez des ressorts », v. 2)..

Ces deux procédés (phrase au présent de vérité générale et phrase injonctive) sont caractéristique de la tonalité injonctive.

 

 

  1. II.                    L’exposition (vv. 3 à 13).

La deuxième partie (vv. 3 à 13) concerne la façon de réussir une exposition.

Celle-ci doit être rapide (« dès les premiers vers », v. 3). Il faut vite indiquer :

–          ce qui s’est passé avant (« du sujet aplanisse l’entrée », v. 4) ;

–          ce qui va normalement se passer (« ce qu’il veut », v. 6) ;

–          le nom des personnages (« « J’aimerais mieux encore qu’il déclinât son nom », v. 8) ;

–          le thème de la pièce (« Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué », v. 13).

 

La tonalité en est didactique au début (vv. 3 et 4) et à la fin du passage (v. 13). Nous le voyons à l’emploi :

–          d’une phrase injonctive au subjonctif (« Que dès les premiers vers l’action préparée / Sans peine du sujet aplanisse l’entrée », vv. 3-4) ;

–          d’une sentence au présent de vérité générale (« le sujet n’est jamais bien expliqué », v. 13).

 

Mais, du vers 5 au vers 12, Boileau emploie la tonalité satirique, en se moquant d’un acteur (réel ou imaginaire), qui n’applique pas les principes qu’il énonce. Nous le voyons à l’emploi :

–          du verbe « se rire », employé explicitement (« je me ris d’un acteur », v. 5) ;

–          de termes connotés péjorativement («lent à s’exprimer », v. 5 ; « ne sait pas m’informer », v. 6 ; « débrouillant mal », v. 7 ; « fatigue », v. 8, « confuses », v. 11 ; « sans rien dire », v. 12 ; « étourdir les oreilles », v. 12) ;

–          d’antithèses montrant que l’acteur n’atteint pas son but (« divertissement », v. 8 / « fatigue », v. 8 ; « sans rien dire à l’esprit, étourdir les oreilles », v. 12).

 

Nous avons donc deux types d’argumentation :

–          l’une qui cherche à convaincre le futur auteur qui lit ce texte, en usant d’un argument logique : la phrase injonctive est la conséquence logique de la sentence au présent de vérité générale (qui est une sorte d’axiome) ;

–          l’autre qui cherche à le persuader à l’aide d’un argument ad hominem, dans le passage à tonalité satirique.

 

 

  1. III.                  La règle des trois unités (vv. 14 à 22).

La troisième partie (vv. 14 à 22) énonce la règle des trois unités.

 

Là aussi, nous avons un changement de tonalité.

 

La tonalité est didactique au début (v. 14) et à la fin (vv. 19 à 22). Nous le voyons à l’emploi :

–          de phrases injonctives  au subjonctif (« Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué », v. 14 ; « Qu’en lieu, en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli », vv. 21-22) ;

–           d’un verbe modalisateur exprimant l’obligation (« Nous voulons qu’avec art l’action se ménage », v. 20).

 

Elle est satirique au milieu (du vers 15 au vers 18). Boileau y critique le théâtre espagnol, très en vogue dans la première moitié du XVIIème siècle (où règne l’esthétique baroque). Il y critique un auteur, imaginaire ou réel (vraisemblablement Lope de Vega, auteur de l’Arte nuevo, qui théorise l’esthétique espagnole) à l’aide :

–          de mots à connotation péjorative (« rimeur » [= mauvais poète], v. 15 ; « spectacle grossier », v. 17 ; « barbon » [= vieillard ridicule], l.18) ;

–          d’une antithèse hyperbolique et ironique (« Enfant au premier acte, est barbon au dernier », v. 18) ; 

–          d’une antithèse (« rimeur », v. 15 / « nous », v. 19), dont le deuxième terme est renforcé :

? par l’emploi du pronom personnel « nous » (v. 19 et 20), qui embrigade le lecteur dans les   

   rangs du locuteur, face à l’adversaire, qui se retrouve tout seul (« Un rimeur », v. 15) ;

? par celui d’une phrase emphatique (« nous, […] nous voulons », vv. 19-20).

 

 Dans cette partie, nous avons donc, là aussi, deux types d’argumentation :

–          l’une cherchant à convaincre le lecteur en usant d’un argument logique : la phrase injonctive est la conséquence logique de la phrase qui comporte le verbe modalisateur (qui est une sorte d’axiome) ;

–          l’autre cherchant à le persuader à l’aide d’un argument ad hominem, dans le passage à tonalité satirique.

 

 

  1. IV.                 La règle de vraisemblance (vv 23 à 26).

La quatrième partie (vv 23 à 26) énonce la règle de vraisemblance.

Là aussi, nous avons un changement de tonalité.

 

La tonalité est didactique au début (vv. 23 et 24) et à la fin (v. 26). Nous le voyons à l’emploi :

–          d’une phrase injonctive à l’impératif (« Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable », v. 23) ;

–          d’une phrase injonctive au subjonctif (« Ce qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose » [avec une nuance d’obligation, apportée par le verbe modalisateur « devoir », qui exprime la nécessité et renforce l’assertion], v. 27) ;

–          d’une sentence au présent de vérité générale (« Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable » [avec une nuance d’atténuation apportée par la verbe modalisateur « pouvoir », qui exprime la possibilité], v.24).

 

Elle est satirique au milieu (v. 25). En effet, l’auteur :

–          y utilise des termes péjoratifs (« absurde », v. 25 ; « sans appas », v. 25) ;

–          s’implique personnellement dans la critique (« Une merveille absurde est pour moi sans appas », v. 25).

 

Nous avons donc, à nouveau, deux types d’argumentation :

–          l’une qui cherche à convaincre le futur auteur qui lit ce texte, en usant d’un argument logique : la phrase injonctive est la conséquence logique de la sentence au présent de vérité générale (qui est une sorte d’axiome) ;

–          l’autre qui cherche à le persuader à l’aide d’un argument ad hominem (ce qu’écrivent les auteurs baroques serait absurde et déplaisant), dans le passage à tonalité satirique.

 

 

  1. V.                   La règle de bienséance (vv. 27 à 31).

La tonalité de la cinquième et dernière partie est purement didactique. Nous le voyons à l’emploi :

–          d’une phrase injonctive au subjonctif  (« (« Ce que l’on ne doit poins voir, qu’un récit nous l’expose », v. 27) ;

–          d’une phrase injonctive introduite par le verbe modalisateur « devoir », qui exprime l’obligation, (« il est des objets que l’art judicieux / Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux », v. 30-31).

 

L’auteur renforce son propos en le mettant en valeur au moyen :

–          de phrases emphatiques (« Ce qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose », v. 27 ; « Mais il des objets que l’art judicieux / Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux », vv. 30-31) ;

–          des antithèses (« Ce que l’on ne doit poins voir, qu’un récit nous l’expose », v. 27 ; « Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux » [double antithèse], v. 30).

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

Cet extrait de l’Art poétique  présente donc trois caractéristiques :

–          c’est un texte poétique ;

–          c’est un texte didactique ;

–          c’est un texte argumentatif.


Publié par 20092010faurelettres1es3 le 25 avril 2010 dans Non classé
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