Le roman et ses personnages" />

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LECTURE LINÉAIRE (SÉANCE 2, l. 228 à 261)

 

INTRODUCTION

a)       Présentation du texte.

L’extrait que nous allons étudier est tiré de Germinal, un roman d’Émile Zola, un auteur de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, chef de file de l’école naturaliste, qui prétend prolonger le naturalisme, en étudiant l’homme d’un point de vue scientifique (ce que Zola appelle le « roman expérimental ») et en considérant tous les aspects de l’existence humaine (même les plus bassement matériels, dont on évitait auparavant de parler). Ce roman a pour héros un jeune homme, Étienne Lantier, qui se fait embaucher à la mine et va se découvrir une vocation de meneur politique.

 

b)       Situation de l’extrait.

Cet extrait se situe dans la deuxième partie du livre. Celle-ci manie le contrechamp : alors que la première partie nous présentait les mineurs et leur travail, elle nous présente la vie des bourgeois (chapitre I et II), puis celle des mineurs et de leurs femmes au coron, en dehors du travail à la mine.  Nous sommes  juste avant la fin du chapitre II.  

Dans le chapitre 1 nous a été présenté la famille bourgeoise des Grégoire, composée d’un père et d’une mère assez âgés et de leur fille Cécile, et on nous a raconté l’origine de leur fortune. Après un lever tardif, toute la famille s’apprête à prendre un petit déjeuner appétissant (on a fait une brioche, qui sent bon). Dans les trois dernières lignes, nous avons vu arriver la Maheude et ses « petits » (p. 90, l. 338) : ils sont « placés, affamés, saisis d’un effarement peureux » (l. 338 à 340).

Au début  du chapitre 2, nous avons une analepse, et nous retournons quelques heures plus tôt. Chez les Maheu, on n’a plus rien à manger. L’épicier ne veut plus faire crédit. Il ne reste plus qu’à aller demander la charité aux bourgeois.

L’extrait que nous allons étudier se situe à la fin de l’analepse, et nous nous retrouvons au moment qui clôt le premier paragraphe : la Maheude et ses enfants, Lénore et Henri,  arrivent chez les Grégoire.

 

c)       Idée directrice du texte.

Ce passage va nous montrer l’opposition entre l’univers des mineurs et celui des bourgeois et l’incompréhension que ces derniers ont du monde ouvrier, du fait de leurs préjugés..

 

d)       Plan de l’extrait.

Dans un premier temps (l. 228 à 261), l’on nous présente l’accueil fait aux Maheu ; puis (l.  262 à 301), on nous montre  un dialogue de sourds entre M. Grégoire et la Maheude.

 

I.                     L’accueil fait aux Maheu (l. 228 à 261).

 

a)       Une relation asymétrique (l. 229 à 233).

Dès le début du texte, nous voyons combien la famille Maheu est en position d’infériorité.

La première phrase  est prononcée non par un membre de la famille Grégoire, mais par une subalterne, la bonne, Honorine (une distance est ainsi mise entre les deux familles). En outre ses propos consistent en une phrase injonctive (« laissez vos sabots, entrez », l. 229) : un ordre que les Maheu doivent exécuter.

Le caractère asymétrique de la relation est renforcé par la position dans l’espace des uns et des autres :

–          les Grégoire sont confortablement assis sur leurs fauteuils (« ce vieux monsieur et cette vieille dame, qui s’allongeaient  dans leurs fauteuils », l. 230 à 233) ;

–          les Maheu sont debout et « très gênés » (l. 231).

 

b)       Les principes des Grégoire (l. 235 à 244).

Les principes qui guident les Grégoire en matière de charité nous son alors présentés (l. 235 à 244). Grâce à l’emploi du style indirect libre dans la quasi-totalité de ce paragraphe, leur voix se mêle à celle du narrateur (par exemple, dans le passage « ils ne donnaient jamais d’argent, jamais ! », où la présence d’un point d’exclamation montre bien que la voix des Grégoire se superpose bien à celle du narrateur omniscient)  : cette polyphonie permet de renforcer l’importance de leurs préjugés, qui sont ceux de leur classe sociale à leur époque (« dès qu’un pauvre avait deux sous, il les buvait », l. 241-242).

 

c)       Un malentendu (l. 245 à 261).

Le passage suivant (l. 246 à 261) met en scène un malentendu : les principes charitables des Grégoire (exposés dans la parie précédente), qui leur interdisent de donner de l’argent et leur imposent de ne faire des dons qu’en nature, sont incompatibles avec l’objet  de la quête de la Maheude, qui espère obtenir de l’argent pour acheter à manger.

L’incompréhension entre ceux qui sont bien nourris et ceux qui ont faim s’étale :

–          Cécile croit que, si les enfants sont pâles, c’est parce qu’ils ont froid (« sont-ils pâlots d’être allés au froid », l.245-246), alors que la principale cause en est qu’ils ont faim (« les petits ouvraient de grands yeux et contemplaient la brioche », l.260-261) ;

–          les bonnes, qui sont bien nourries (« filles qui n’étaient pas en peine de leur dîner », l. 248-249) regardent les Maheu avec des sentiments ambigus, où se mêlent un certain sentiment de supériorité condescendante (« regardaient ces misérables avec l’apitoiement », l. 247-248) et la peur que peut leur inspirer l’idée qu’elles-mêmes auraient pu connaître le même sort (« pointe d’inquiétude », l. 248) ;

–          personne ne songe à offrir de la brioche (« la cuisinière s’oubliait, reposait le reste de la brioche sur la table, pour demeurer là, les mains ballantes », l. 251).

Finalement, pour montrer que ces deux mondes sont totalement étrangers et n’ont rien à se dire, on nous indique qu’un « silence embarrassé » (l. 259) s’installe.

 

II.                    Un dialogue de sourds (l. 262 à 301).

La femme de chambre tardant à redescendre, les Grégoire, pour « rompre le  silence » (l. 252-253), posent des questions à la Maheude sur les sujets de conversations banals qu’on aborde dans ces cas-là : la famille, le travail. Mais cette conversation va mettre à jour les préjugés.

 

a)       Opposition sur la nécessité d’une famille nombreuse (l. 262 à 275).

D’abord, les Grégoire questionnent la Maheude sur sa famille.

C’est l’occasion de faire apparaître un second préjugé des bourgeois : non seulement les ouvriers boivent ; mais,  en plus, ils sont incapables de dominer leurs désirs et d’être assez prévoyants pour fonder une famille de taille raisonnable. Cela se marque par l’utilisation d’une phrase exclamative (« sept enfants, mais pourquoi ? bon Dieu », l.267), qui marque la spontanéité de l’indignation de M. Grégoire.

Dans un premier temps, la Maheude semble approuver la position des Grégoire (« un geste vague d’excuse », l. 269). Mais elle développe une stratégie argumentative qui lui fait justifier la taille de sa famille par une nécessité économique : les enfants rapportent de l’argent à la maison (« quand ça grandissait, ça rapportait », l. 270-271), ce qui fait vivre toute la famille (« fallait quand même nourrir les petits qui ne fichaient rien », l. 274-275). L’emploi du discours indirect libre, qui reprend le niveau de langue familier de la Maheude (« fallait », l. 274, au lieu de « il fallait ») mêle sa voix à celle du narrateur : cette nouvelle polyphonie est destinée à mieux faire connaître au lecteur les sentiments profonds du personnage.

 

b)       La « malédiction » de la mine (l. 276 à 286.

La deuxième question, amenée par les considérations de la Maheude sur l’utilité du travail des enfants, porte sur le travail à la mine.

La réaction de la Maheude est ambiguë :

–          d’une part, elle a une réaction quasi-hystérique indiquée par un oxymore (« un rire muet », l. 278), qui marque le caractère ambigu de ce rire ;

–          d’autre part, ce rire ambigu exprime aussi un sentiment positif relativement à sa condition professionnelle (« éclaira le visage », l. 178).

Le caractère passionnel de cette réaction est confirmé par l’emploi de l’exclamation répétée « Ah ! oui, ah ! oui … » (l. 279).

La suite du texte repose sur une antithèse :

–          d’un côté on a un personnage féminin isolé (« moi », l. 279), qui, depuis longtemps, ne descend plus à la mine et s’occupe des tâches ménagères (« assez de besogne à la maison », l. 282-283) ; de l’autre, du côté du mari, on a une série de personnages masculins (« ils », l. 283) qui travaillent à la mine « depuis des éternités » (l. 284) [cet oxymore insiste sur le lien très fort qui unit les familles de mineurs à la mine].

 

c)       La fin du « dialogue »(l. 287 à 295).

Ce dialogue de sourds laisse la place à un « nouveau silence »  (l. 290).

À nouveau, le contraste entre les deux univers est développé :

–  d’une part, nous avons une énumération des aspects négatifs des Maheu (« pitoyables, avec leur chair de cire, leurs cheveux décolorés, la dégénérescence qui les rapetissait, rongés d’anémie, d’une laideur triste de meurt-de-faim », l. 287 à 290) ;

– d’autre part, on nous montre l’ « air alourdi de bien-être, dont s’endorment les coins de bonheur bourgeois » (l. 292-293.

 

d)       Leçon de morale (l. 296 à 301).

Ce texte se termine par l’étalage de la bonne conscience bourgeoise. : les malheurs des ouvriers leur arrivent par  leur propre faute (« les mineurs boivent, font des dettes, finissent par n’avoir plus de quoi nourrir leur famille », l. 300-301).

 

 

CONCLUSION

 

Zola a voulu nous montrer l’univers d’incompréhension qui sépare les bourgeois des ouvriers. Les Grégoire et la Maheude ne sont pas seulement des personnages ayant leur vie autonome, mais des allégories représentant chacun leur classe sociale.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Corrigé lectures linéaires
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LECTURE LINÉAIRE DE L’INCIPIT DE GERMINAL (l. 1 à 60)

 

Dans le roman Germinal, Zola prend pour personnage principal le fils que Gervaise Macquart, qui appartient à la branche « maudite » de la famille, a eu avec un certain Lantier. Étienne, échappant à son hérédité, ne connaît pas la malédiction héréditaire qui frappe les siens (alcoolisme et folie). Il reste toutefois un révolté. Au début de Germinal, il apparaît de façon anonyme, plus comme le symbole de la condition ouvrière que comme un individu doté de caractéristiques personnelles. Dans l’incipit de ce roman, nous voyons comment, avant d’acquérir une existence autonome, il joue ce rôle de symbole, et comment la mine, symbole du capital, est présentée de façon négative.

 

 

 

PREMIÈRE PARTIE (l. 1 à 38) : « UN PERSONNAGE SEUL ET ANONYME DANS UN UNIVERS DÉMONIAQUE.

Dans les quatre premiers paragraphes, nous avons une progression à thème éclaté : le thème est « un homme » (l. 2) [repris par « l’homme » (l. 10 et l. 23), ce qui est normal, l’article défini anaphorique « l’ » se substituant à l’article indéfini « un » utilisé lors de la première occurrence]. Ce type de progression thématique, fréquemment utilisé dans les descriptions, laisse attendre une présentation détaillée du personnage : mais c’est l’inverse qui se produit.

 

Paragraphe  1 (l. 1 à 9) : « Une âme en peine dans un paysage infernal »

Dans le premier paragraphe, le personnage est anonyme (désigné par le terme le plus général possible « un homme », l. 2) et rien ne le caractérise. Il est désorienté  (« il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) n’a pas de repère (« aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel », l. 8).  Le paysage dans lequel il erre a un caractère démoniaque du fait  :

–          de l’obscurité totale (« nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre », l. 1 ; « il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) ;

–          de l’immensité du paysage (« dix kilomètres de pavé », l. 3 ; « l’immense horizon », l. 5 ; « des lieues de marais », l. 7) ;

–          du caractère géométrique du paysage (« la plaine rase », l. 1) ; « dix kilomètres de pavé coupant tout droit », l. 3 ; « l’immense horizon plat », l. 5 ; « le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée », l. 8 et 9) ;

–          du froid (« glacées », l. 7) ;

–          du mélange des quatre éléments primordiaux, qui ramène au chaos d’avant la création du monde, (terre, eau, air, feu [ou absence de feu ? obscurité]) : «  le sol noir », l. 5 [= terre + obscurité] ; « des rafales larges comme sur une mer », l. 6 et 7 [air + eau] ; « des lieues de marais », l. 7 [marais = mélange de terre et d’eau] ; « au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres », l. 9 [eau + terre] ;

–          de l’absence de toute végétation dans la plaine (« terres nues », l. 7 ; « aucune ombre d’arbre », l. 8).

 

 

Paragraphe 2 (l. 10 à 22) : « Un ouvrier déclassé ».

Le personnage, désigné par « l’homme » (l.10), continue d’être anonyme, dans le deuxième paragraphe.

 

Toutefois, nous avons quelques rares éléments de description. Le corps du personnage n’est nullement décrit. Seuls sont présentés une partie de ses habits (« le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours », l. 11 et 13) et son maigre bagage (un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux) : ces éléments sont très banals, mais ont l’intérêt de montrer la situation précaire du personnage  (il n’a pas de vêtements assez chauds pour la saison et son bagage est bien mince). Le caractère infernal du paysage est confirmé à l’aide des éléments suivants :

–          le froid (« grelottant », l.  11 ; « mains gourdes », l. 15 ; « le froid », l. 17 ; désir douloureux de se chauffer un instant les mains », l. 21 et 22) ;

–          le mélange des  éléments primordiaux ( « trois brasiers brûlant en plein air », l. 19 et 20 [feu + air]) ;

–           la gêne et la douleur que subit le personnage (« grelottant », l. 11 ; « le gênait, l. 13 ; « des mains gourdes », l. 15 ; « faisaient saigner », l. 16 ; « besoin douloureux », l. 21) ;

–          la présence insistance d’un feu intense (« trois brasiers », l. 20 ; « les feux reparurent », l. 23).

 

Le statut social du personnage est abordé (« ouvrier sans travail et sans gîte », l. 16 et 17), mais dans des termes vagues et contradictoires : un ouvrier, normalement a un travail et loge quelque part. Ce personnage est donc quelqu’un qui a perdu son statut social, un déclassé.

 

Par ailleurs,  le fait que le narrateur connaisse ses pensées (« une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier », l. 16) montre, contrairement à ce que le reste de ce début pourrait nous laisser penser, que nous n’avons pas un point de vue externe.

 

Paragraphe 3 (l. 23 à 38) : «  Apparition du monstre ».

Le caractère démoniaque de l’univers où se meut le personnage continue d’être suggéré par la présence insistance d’un feu intense (« les feux reparurent », l. 23 ; « ils brûlaient si haut », l. 29).

 

En outre, la fosse de la mine ressemble à un monstre infernal :

–          du fait de son gigantisme (« tréteaux gigantesques », l. 35) ;

–          de son caractère amorphe (« c’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions », l. 31) ;

–          de la personnification qui en est faite (« de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur », l. 36 et 37).

 

En outre, le narrateur emploie explicitement le terme « apparition fantastique » (l. 35 et 36) pour désigner la fosse.

 

Par ailleurs, le fait que le narrateur soit capable de préciser la distance du lieu où se trouve Étienne de Montsou, ce que celui-ci, désorienté, est incapable de faire, montre que nous n’avons pas affaire à un point de vue interne.

Comme nous avons vu précédemment que le point de vue n’était pas interne, nous devons en conclure que nous avons affaire à un point de vue omniscient, ce qui rend le personnage encore moins important que si nous avions un point de vue interne.

 

 

 

DEUXIÈME PARTIE (l. 39 à 60) : « ÉTIENNE LANTIER, UN OUVRIER QUALIFIÉ EN QUÊTE DE TRAVAIL DANS L’UNIVERS RÉALISTE DE LA MINE ».

Dans la deuxième partie de ce texte, nous avons un regard nouveau : l’univers cesse d’être fantastique et s’humanise.

 

Paragraphe 4 (l. 39 à 47) : « L’univers de la mine ».

Le personnage, toujours désigné de façon anonyme (« l’homme », l. 39), découvre la nature de l’endroit où il se trouve, comme nous le montre une description réaliste  de la mine.

Les brasiers, éléments apparemment fantastiques, découvrent leur réalité prosaïque (« les trois feux de houille, dans des corbeilles de fonte », l. 41 et 42).

L’univers du roman s’humanise avec l’apparition d’autres êtres humains, différenciés par leur métier (« les ouvriers de la coupe », l. 43 ; « les moulineurs », l. 45 ; « des ombres vivantes culbutant les berlines », l. 46).

 

Paragraphe 5 (l. 48 à 56) : « Des personnages individualisés ».

            Au paragraphe 4, la solitude du héros était brisée, et le monde s’humanisait avec l’apparition de nouveaux personnages. Mais ceux-ci n’étaient définis que par leur activité professionnelle et n’avaient pas d’individualité propre.

Au paragraphe 5, nous avons deux personnages bien individualisés par un portrait physique («  un vieillard vêtu d’un tricot de laine violette, coiffé d’une casquette en poil de lapin », l. 48 à 50 ; « un gaillard roux et efflanqué », l. 52 et 53) et par leur statut professionnel (« le charretier », l. 48 ; « le manœuvre employé au culbuteur », l. 52).

 

            Paragraphe 6 (l. 46 à 60) : « Présentation du personnage ».

Dans ce court paragraphe, le personnage se présente au discours direct et nous fournit trois éléments d’information :

–          son identité (« Étienne Lantier », l. 59) ;

–          sa profession (« je suis machineur », l. 59) ;

–          la raison de sa venue (« Il n’y a pas de travail ici ? », l. 59-60).

 

En à peine plus d’une ligne, nous en apprenons plus sur lui que lors des premières quarante-huit lignes.

 

 

CONCLUSION

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un récit naturaliste, nous trouvons dans l’incipit de Germinal des éléments de fantastique. En opposant un être anonyme et dans la détresse, comme apparaît Étienne dans la première partie du roman à cette espèce de monstre qu’est la mine, il a voulu nous montrer la détresse du personnage. Dans la seconde partie, il nous présente sa réintégration dans la société, avec un monde qui s’est peuplé et humanisé.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Corrigé lectures linéaires
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LECTURE LINÉAIRE DE LA LETTRE DE GARGANTUA À PANTAGRUEL

 

La Lettre de Gargantua à Pantagruel comprend :

–          une formule d’appel (« Très cher fils », l. 1) ;

–          huit paragraphes  (l. 2 à 49) ;

–          une formule de politesse (« Mon fils, la paix et grâce de Notre Seigneur soit avec toi. Amen. », l. 50) ;

–          le lieu d’envoi et la date (« D’Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars, l. 50 » ;

–          la signature («Ton père, Gargantua », l. 51). 

Elle présente donc (avec quelques différences de présentation) la forme canonique de la lettre.

 

I.                    La formule d’appel (l. 1).

Elle nous informe sur les rapports entre l’émetteur et le récepteur :

–          il s’agit d’un rapport de filiation (un père écrit à son fils) ;

–          leurs relations sont excellentes (« très cher », l. 1).

 

II.                  Le premier paragraphe (l. 2 à 15).

Gargantua (qui symbolise le Moyen-Âge) déclare à Pantagruel (qui symbolise la Renaissance) que l’instruction s’est répandue, grâce à l’imprimerie dans toutes les couches de la société, faisant succéder un âge du savoir à un âge de l’ignorance [opposition entre « maintenant » (l. 2 et 9) et « de mon âge » (l. 4), ainsi que « de mon temps » (l. 10)]. Dans sa stratégie argumentative, c’est là un argument destiné à montrer qu’il est impossible de rester ignorant dans un monde où tout le monde est savant.

 

III.                Le deuxième paragraphe (l. 16 à 18).

Gargantua continue sa démonstration en tirant la conséquence (« par quoi » = par conséquent ») de l’argument développé au paragraphe précédent. Il expose donc sa thèse : il est nécessaire de faire de solides études, en s’appuyant aussi bien sur la théorie (l’enseignement du précepteur) que sur la pratique (les exemples vus à Paris).

 

IV.                Le troisième paragraphe (l. 19 à 23).

Rabelais commence à exposer son programme d’étude. Il faut être capable :

–          de recueillir directement le savoir à la source et donc d’étudier les langues dans lesquelles sont écrits les ouvrages à étudier (pour éviter les déformations dues à la traduction) ;

–          de se situer dans le temps et dans l’espace, et donc d’étudier l’histoire et la géographie (« la cosmographie »).

 

V.                  Le quatrième paragraphe (l. 24 à 26).

Il faut :

–          étudier les « sciences exactes », c’est-à-dire les mathématiques (à l’époque, on considère que la musique et l’astronomie font partie des mathématiques) ;

–          rejeter les fausses sciences,qui, à l’époque, commencent juste à être différenciées des sciences exactes : l’astrologie et la magie (« l’art de Lullius »).

 

VI.                Le cinquième paragraphe (l. 27 à 31).

Il faut étudier les sciences naturelles (zoologie, botanique, minéralogie).

 

VII.              Le sixième paragraphe (l. 32 à 36).

Il faut étudier ce qui permet de soigner :

–          le corps (la médecine), aussi bien par la pratique (les livres de médecine) que par la pratique (les «anatomies » = dissections de cadavres, interdites au Moyen-Âge) ;

–          l’âme, en lisant, dans le texte, les livres saints.

 

VIII.            Le septième paragraphe (l. 37 à 40).

Le septième paragraphe commence par une récapitulation, en forme de conclusion (« somme », l. 37 = « pour résumer »), de ce que doit être la formation d’un humaniste : il doit maîtriser toute l’étendue du savoir (« un abîme de science », l. 37).

Mais, comme Pantagruel est appelé à succéder à Gargantua sur son trône, son père lui rappelle qu’il lui faut aussi apprendre l’art de la guerre, nécessaire à la défense de son royaume : nous avons donc affaire non seulement à un programme d’éducation humaniste, mais aussi à un Miroir du Prince (nom qu l’on donnait, au Moyen-Âge aux traités d’éducation destinés aux futurs rois).

 

IX.                Le huitième paragraphe (l. 41 à 49).

Le huitième rappelle que le savoir n’est rien sans la sagesse et le respect des devoirs moraux et religieux (c’est là la grande différence entre les Humanistes du XVIème siècle et les Philosophes des Lumières du XVIIIème  siècle : les uns et les autres s’appuient sur la science et sur la raison, mais les Humanistes donnent la primauté à la religion, alors que les Philosophes des Lumières l’attaquent au nom de la raison).

 

X.                  La formule de politesse (l. 50).

La formule de politesse est une bénédiction religieuse (comme, dans la Bible, les patriarches en donnent à leurs fils). Cet aspect est renforcé par l’utilisation de « amen », qui, dans la religion chrétienne, clôt les prières. Cette formule de politesse renforce la primauté de la religion, développée au paragraphe précédent.

 

XI.                Le lieu d’envoi et la date (l. 51).

L’indication du cadre spatio-temporel de l’énonciation est située à une place inhabituelle pour nous, qui l’écrivons en début de lettre, mais normale à l’époque.

Le lieu est fortement connoté, puisqu’il renvoie au pays (Utopia) imaginé par l’humaniste anglais Thomas, où celui-ci situe une société parfaite : il faut sans doute comprendre que le développement du savoir entraînera une amélioration de la société.

 

XII.              La signature (l. 52).

Gargantua rappelle à Pantagruel qu’il est son père, donc celui à qui il doit obéissance (à l’époque, les enfants ne remettaient pas en cause l’autorité des parents et leur obéissaient docilement).

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PROPOSITION DE PLAN POUR UNE LECTURE ANALYTIQUE

  1. Un texte qui présente toutes les caractéristiques de la lettre.

a)       Présence des caractéristiques formelles de la lettre (formule d’appel, formule de politesse, etc.).

b)       Situation d’énonciation (présence de l’émetteur et du récepteur : jeu des pronoms « je » et « tu », etc.)

 

  1. Un manifeste de l’Humanisme.

a)       Un programme d’éducation exhaustif (utilisation d’énumérations, de phrases emphatiques).

b)       Rejet de l’irrationnel (les fausses sciences).

c)       Primauté de la religion.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Corrigé lectures linéaires
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