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LECTURE LINÉAIRE DE LA LETTRE DE GARGANTUA À PANTAGRUEL

 

La Lettre de Gargantua à Pantagruel comprend :

–          une formule d’appel (« Très cher fils », l. 1) ;

–          huit paragraphes  (l. 2 à 49) ;

–          une formule de politesse (« Mon fils, la paix et grâce de Notre Seigneur soit avec toi. Amen. », l. 50) ;

–          le lieu d’envoi et la date (« D’Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars, l. 50 » ;

–          la signature («Ton père, Gargantua », l. 51). 

Elle présente donc (avec quelques différences de présentation) la forme canonique de la lettre.

 

I.                    La formule d’appel (l. 1).

Elle nous informe sur les rapports entre l’émetteur et le récepteur :

–          il s’agit d’un rapport de filiation (un père écrit à son fils) ;

–          leurs relations sont excellentes (« très cher », l. 1).

 

II.                  Le premier paragraphe (l. 2 à 15).

Gargantua (qui symbolise le Moyen-Âge) déclare à Pantagruel (qui symbolise la Renaissance) que l’instruction s’est répandue, grâce à l’imprimerie dans toutes les couches de la société, faisant succéder un âge du savoir à un âge de l’ignorance [opposition entre « maintenant » (l. 2 et 9) et « de mon âge » (l. 4), ainsi que « de mon temps » (l. 10)]. Dans sa stratégie argumentative, c’est là un argument destiné à montrer qu’il est impossible de rester ignorant dans un monde où tout le monde est savant.

 

III.                Le deuxième paragraphe (l. 16 à 18).

Gargantua continue sa démonstration en tirant la conséquence (« par quoi » = par conséquent ») de l’argument développé au paragraphe précédent. Il expose donc sa thèse : il est nécessaire de faire de solides études, en s’appuyant aussi bien sur la théorie (l’enseignement du précepteur) que sur la pratique (les exemples vus à Paris).

 

IV.                Le troisième paragraphe (l. 19 à 23).

Rabelais commence à exposer son programme d’étude. Il faut être capable :

–          de recueillir directement le savoir à la source et donc d’étudier les langues dans lesquelles sont écrits les ouvrages à étudier (pour éviter les déformations dues à la traduction) ;

–          de se situer dans le temps et dans l’espace, et donc d’étudier l’histoire et la géographie (« la cosmographie »).

 

V.                  Le quatrième paragraphe (l. 24 à 26).

Il faut :

–          étudier les « sciences exactes », c’est-à-dire les mathématiques (à l’époque, on considère que la musique et l’astronomie font partie des mathématiques) ;

–          rejeter les fausses sciences,qui, à l’époque, commencent juste à être différenciées des sciences exactes : l’astrologie et la magie (« l’art de Lullius »).

 

VI.                Le cinquième paragraphe (l. 27 à 31).

Il faut étudier les sciences naturelles (zoologie, botanique, minéralogie).

 

VII.              Le sixième paragraphe (l. 32 à 36).

Il faut étudier ce qui permet de soigner :

–          le corps (la médecine), aussi bien par la pratique (les livres de médecine) que par la pratique (les «anatomies » = dissections de cadavres, interdites au Moyen-Âge) ;

–          l’âme, en lisant, dans le texte, les livres saints.

 

VIII.            Le septième paragraphe (l. 37 à 40).

Le septième paragraphe commence par une récapitulation, en forme de conclusion (« somme », l. 37 = « pour résumer »), de ce que doit être la formation d’un humaniste : il doit maîtriser toute l’étendue du savoir (« un abîme de science », l. 37).

Mais, comme Pantagruel est appelé à succéder à Gargantua sur son trône, son père lui rappelle qu’il lui faut aussi apprendre l’art de la guerre, nécessaire à la défense de son royaume : nous avons donc affaire non seulement à un programme d’éducation humaniste, mais aussi à un Miroir du Prince (nom qu l’on donnait, au Moyen-Âge aux traités d’éducation destinés aux futurs rois).

 

IX.                Le huitième paragraphe (l. 41 à 49).

Le huitième rappelle que le savoir n’est rien sans la sagesse et le respect des devoirs moraux et religieux (c’est là la grande différence entre les Humanistes du XVIème siècle et les Philosophes des Lumières du XVIIIème  siècle : les uns et les autres s’appuient sur la science et sur la raison, mais les Humanistes donnent la primauté à la religion, alors que les Philosophes des Lumières l’attaquent au nom de la raison).

 

X.                  La formule de politesse (l. 50).

La formule de politesse est une bénédiction religieuse (comme, dans la Bible, les patriarches en donnent à leurs fils). Cet aspect est renforcé par l’utilisation de « amen », qui, dans la religion chrétienne, clôt les prières. Cette formule de politesse renforce la primauté de la religion, développée au paragraphe précédent.

 

XI.                Le lieu d’envoi et la date (l. 51).

L’indication du cadre spatio-temporel de l’énonciation est située à une place inhabituelle pour nous, qui l’écrivons en début de lettre, mais normale à l’époque.

Le lieu est fortement connoté, puisqu’il renvoie au pays (Utopia) imaginé par l’humaniste anglais Thomas, où celui-ci situe une société parfaite : il faut sans doute comprendre que le développement du savoir entraînera une amélioration de la société.

 

XII.              La signature (l. 52).

Gargantua rappelle à Pantagruel qu’il est son père, donc celui à qui il doit obéissance (à l’époque, les enfants ne remettaient pas en cause l’autorité des parents et leur obéissaient docilement).

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PROPOSITION DE PLAN POUR UNE LECTURE ANALYTIQUE

  1. Un texte qui présente toutes les caractéristiques de la lettre.

a)       Présence des caractéristiques formelles de la lettre (formule d’appel, formule de politesse, etc.).

b)       Situation d’énonciation (présence de l’émetteur et du récepteur : jeu des pronoms « je » et « tu », etc.)

 

  1. Un manifeste de l’Humanisme.

a)       Un programme d’éducation exhaustif (utilisation d’énumérations, de phrases emphatiques).

b)       Rejet de l’irrationnel (les fausses sciences).

c)       Primauté de la religion.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Corrigé lectures linéaires
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