Le roman et ses personnages" />

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LECTURE LINÉAIRE (SÉANCE 2, l. 228 à 261)

 

INTRODUCTION

a)       Présentation du texte.

L’extrait que nous allons étudier est tiré de Germinal, un roman d’Émile Zola, un auteur de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, chef de file de l’école naturaliste, qui prétend prolonger le naturalisme, en étudiant l’homme d’un point de vue scientifique (ce que Zola appelle le « roman expérimental ») et en considérant tous les aspects de l’existence humaine (même les plus bassement matériels, dont on évitait auparavant de parler). Ce roman a pour héros un jeune homme, Étienne Lantier, qui se fait embaucher à la mine et va se découvrir une vocation de meneur politique.

 

b)       Situation de l’extrait.

Cet extrait se situe dans la deuxième partie du livre. Celle-ci manie le contrechamp : alors que la première partie nous présentait les mineurs et leur travail, elle nous présente la vie des bourgeois (chapitre I et II), puis celle des mineurs et de leurs femmes au coron, en dehors du travail à la mine.  Nous sommes  juste avant la fin du chapitre II.  

Dans le chapitre 1 nous a été présenté la famille bourgeoise des Grégoire, composée d’un père et d’une mère assez âgés et de leur fille Cécile, et on nous a raconté l’origine de leur fortune. Après un lever tardif, toute la famille s’apprête à prendre un petit déjeuner appétissant (on a fait une brioche, qui sent bon). Dans les trois dernières lignes, nous avons vu arriver la Maheude et ses « petits » (p. 90, l. 338) : ils sont « placés, affamés, saisis d’un effarement peureux » (l. 338 à 340).

Au début  du chapitre 2, nous avons une analepse, et nous retournons quelques heures plus tôt. Chez les Maheu, on n’a plus rien à manger. L’épicier ne veut plus faire crédit. Il ne reste plus qu’à aller demander la charité aux bourgeois.

L’extrait que nous allons étudier se situe à la fin de l’analepse, et nous nous retrouvons au moment qui clôt le premier paragraphe : la Maheude et ses enfants, Lénore et Henri,  arrivent chez les Grégoire.

 

c)       Idée directrice du texte.

Ce passage va nous montrer l’opposition entre l’univers des mineurs et celui des bourgeois et l’incompréhension que ces derniers ont du monde ouvrier, du fait de leurs préjugés..

 

d)       Plan de l’extrait.

Dans un premier temps (l. 228 à 261), l’on nous présente l’accueil fait aux Maheu ; puis (l.  262 à 301), on nous montre  un dialogue de sourds entre M. Grégoire et la Maheude.

 

I.                     L’accueil fait aux Maheu (l. 228 à 261).

 

a)       Une relation asymétrique (l. 229 à 233).

Dès le début du texte, nous voyons combien la famille Maheu est en position d’infériorité.

La première phrase  est prononcée non par un membre de la famille Grégoire, mais par une subalterne, la bonne, Honorine (une distance est ainsi mise entre les deux familles). En outre ses propos consistent en une phrase injonctive (« laissez vos sabots, entrez », l. 229) : un ordre que les Maheu doivent exécuter.

Le caractère asymétrique de la relation est renforcé par la position dans l’espace des uns et des autres :

–          les Grégoire sont confortablement assis sur leurs fauteuils (« ce vieux monsieur et cette vieille dame, qui s’allongeaient  dans leurs fauteuils », l. 230 à 233) ;

–          les Maheu sont debout et « très gênés » (l. 231).

 

b)       Les principes des Grégoire (l. 235 à 244).

Les principes qui guident les Grégoire en matière de charité nous son alors présentés (l. 235 à 244). Grâce à l’emploi du style indirect libre dans la quasi-totalité de ce paragraphe, leur voix se mêle à celle du narrateur (par exemple, dans le passage « ils ne donnaient jamais d’argent, jamais ! », où la présence d’un point d’exclamation montre bien que la voix des Grégoire se superpose bien à celle du narrateur omniscient)  : cette polyphonie permet de renforcer l’importance de leurs préjugés, qui sont ceux de leur classe sociale à leur époque (« dès qu’un pauvre avait deux sous, il les buvait », l. 241-242).

 

c)       Un malentendu (l. 245 à 261).

Le passage suivant (l. 246 à 261) met en scène un malentendu : les principes charitables des Grégoire (exposés dans la parie précédente), qui leur interdisent de donner de l’argent et leur imposent de ne faire des dons qu’en nature, sont incompatibles avec l’objet  de la quête de la Maheude, qui espère obtenir de l’argent pour acheter à manger.

L’incompréhension entre ceux qui sont bien nourris et ceux qui ont faim s’étale :

–          Cécile croit que, si les enfants sont pâles, c’est parce qu’ils ont froid (« sont-ils pâlots d’être allés au froid », l.245-246), alors que la principale cause en est qu’ils ont faim (« les petits ouvraient de grands yeux et contemplaient la brioche », l.260-261) ;

–          les bonnes, qui sont bien nourries (« filles qui n’étaient pas en peine de leur dîner », l. 248-249) regardent les Maheu avec des sentiments ambigus, où se mêlent un certain sentiment de supériorité condescendante (« regardaient ces misérables avec l’apitoiement », l. 247-248) et la peur que peut leur inspirer l’idée qu’elles-mêmes auraient pu connaître le même sort (« pointe d’inquiétude », l. 248) ;

–          personne ne songe à offrir de la brioche (« la cuisinière s’oubliait, reposait le reste de la brioche sur la table, pour demeurer là, les mains ballantes », l. 251).

Finalement, pour montrer que ces deux mondes sont totalement étrangers et n’ont rien à se dire, on nous indique qu’un « silence embarrassé » (l. 259) s’installe.

 

II.                    Un dialogue de sourds (l. 262 à 301).

La femme de chambre tardant à redescendre, les Grégoire, pour « rompre le  silence » (l. 252-253), posent des questions à la Maheude sur les sujets de conversations banals qu’on aborde dans ces cas-là : la famille, le travail. Mais cette conversation va mettre à jour les préjugés.

 

a)       Opposition sur la nécessité d’une famille nombreuse (l. 262 à 275).

D’abord, les Grégoire questionnent la Maheude sur sa famille.

C’est l’occasion de faire apparaître un second préjugé des bourgeois : non seulement les ouvriers boivent ; mais,  en plus, ils sont incapables de dominer leurs désirs et d’être assez prévoyants pour fonder une famille de taille raisonnable. Cela se marque par l’utilisation d’une phrase exclamative (« sept enfants, mais pourquoi ? bon Dieu », l.267), qui marque la spontanéité de l’indignation de M. Grégoire.

Dans un premier temps, la Maheude semble approuver la position des Grégoire (« un geste vague d’excuse », l. 269). Mais elle développe une stratégie argumentative qui lui fait justifier la taille de sa famille par une nécessité économique : les enfants rapportent de l’argent à la maison (« quand ça grandissait, ça rapportait », l. 270-271), ce qui fait vivre toute la famille (« fallait quand même nourrir les petits qui ne fichaient rien », l. 274-275). L’emploi du discours indirect libre, qui reprend le niveau de langue familier de la Maheude (« fallait », l. 274, au lieu de « il fallait ») mêle sa voix à celle du narrateur : cette nouvelle polyphonie est destinée à mieux faire connaître au lecteur les sentiments profonds du personnage.

 

b)       La « malédiction » de la mine (l. 276 à 286.

La deuxième question, amenée par les considérations de la Maheude sur l’utilité du travail des enfants, porte sur le travail à la mine.

La réaction de la Maheude est ambiguë :

–          d’une part, elle a une réaction quasi-hystérique indiquée par un oxymore (« un rire muet », l. 278), qui marque le caractère ambigu de ce rire ;

–          d’autre part, ce rire ambigu exprime aussi un sentiment positif relativement à sa condition professionnelle (« éclaira le visage », l. 178).

Le caractère passionnel de cette réaction est confirmé par l’emploi de l’exclamation répétée « Ah ! oui, ah ! oui … » (l. 279).

La suite du texte repose sur une antithèse :

–          d’un côté on a un personnage féminin isolé (« moi », l. 279), qui, depuis longtemps, ne descend plus à la mine et s’occupe des tâches ménagères (« assez de besogne à la maison », l. 282-283) ; de l’autre, du côté du mari, on a une série de personnages masculins (« ils », l. 283) qui travaillent à la mine « depuis des éternités » (l. 284) [cet oxymore insiste sur le lien très fort qui unit les familles de mineurs à la mine].

 

c)       La fin du « dialogue »(l. 287 à 295).

Ce dialogue de sourds laisse la place à un « nouveau silence »  (l. 290).

À nouveau, le contraste entre les deux univers est développé :

–  d’une part, nous avons une énumération des aspects négatifs des Maheu (« pitoyables, avec leur chair de cire, leurs cheveux décolorés, la dégénérescence qui les rapetissait, rongés d’anémie, d’une laideur triste de meurt-de-faim », l. 287 à 290) ;

– d’autre part, on nous montre l’ « air alourdi de bien-être, dont s’endorment les coins de bonheur bourgeois » (l. 292-293.

 

d)       Leçon de morale (l. 296 à 301).

Ce texte se termine par l’étalage de la bonne conscience bourgeoise. : les malheurs des ouvriers leur arrivent par  leur propre faute (« les mineurs boivent, font des dettes, finissent par n’avoir plus de quoi nourrir leur famille », l. 300-301).

 

 

CONCLUSION

 

Zola a voulu nous montrer l’univers d’incompréhension qui sépare les bourgeois des ouvriers. Les Grégoire et la Maheude ne sont pas seulement des personnages ayant leur vie autonome, mais des allégories représentant chacun leur classe sociale.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Corrigé lectures linéaires
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LECTURE LINÉAIRE DE L’INCIPIT DE GERMINAL (l. 1 à 60)

 

Dans le roman Germinal, Zola prend pour personnage principal le fils que Gervaise Macquart, qui appartient à la branche « maudite » de la famille, a eu avec un certain Lantier. Étienne, échappant à son hérédité, ne connaît pas la malédiction héréditaire qui frappe les siens (alcoolisme et folie). Il reste toutefois un révolté. Au début de Germinal, il apparaît de façon anonyme, plus comme le symbole de la condition ouvrière que comme un individu doté de caractéristiques personnelles. Dans l’incipit de ce roman, nous voyons comment, avant d’acquérir une existence autonome, il joue ce rôle de symbole, et comment la mine, symbole du capital, est présentée de façon négative.

 

 

 

PREMIÈRE PARTIE (l. 1 à 38) : « UN PERSONNAGE SEUL ET ANONYME DANS UN UNIVERS DÉMONIAQUE.

Dans les quatre premiers paragraphes, nous avons une progression à thème éclaté : le thème est « un homme » (l. 2) [repris par « l’homme » (l. 10 et l. 23), ce qui est normal, l’article défini anaphorique « l’ » se substituant à l’article indéfini « un » utilisé lors de la première occurrence]. Ce type de progression thématique, fréquemment utilisé dans les descriptions, laisse attendre une présentation détaillée du personnage : mais c’est l’inverse qui se produit.

 

Paragraphe  1 (l. 1 à 9) : « Une âme en peine dans un paysage infernal »

Dans le premier paragraphe, le personnage est anonyme (désigné par le terme le plus général possible « un homme », l. 2) et rien ne le caractérise. Il est désorienté  (« il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) n’a pas de repère (« aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel », l. 8).  Le paysage dans lequel il erre a un caractère démoniaque du fait  :

–          de l’obscurité totale (« nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre », l. 1 ; « il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) ;

–          de l’immensité du paysage (« dix kilomètres de pavé », l. 3 ; « l’immense horizon », l. 5 ; « des lieues de marais », l. 7) ;

–          du caractère géométrique du paysage (« la plaine rase », l. 1) ; « dix kilomètres de pavé coupant tout droit », l. 3 ; « l’immense horizon plat », l. 5 ; « le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée », l. 8 et 9) ;

–          du froid (« glacées », l. 7) ;

–          du mélange des quatre éléments primordiaux, qui ramène au chaos d’avant la création du monde, (terre, eau, air, feu [ou absence de feu ? obscurité]) : «  le sol noir », l. 5 [= terre + obscurité] ; « des rafales larges comme sur une mer », l. 6 et 7 [air + eau] ; « des lieues de marais », l. 7 [marais = mélange de terre et d’eau] ; « au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres », l. 9 [eau + terre] ;

–          de l’absence de toute végétation dans la plaine (« terres nues », l. 7 ; « aucune ombre d’arbre », l. 8).

 

 

Paragraphe 2 (l. 10 à 22) : « Un ouvrier déclassé ».

Le personnage, désigné par « l’homme » (l.10), continue d’être anonyme, dans le deuxième paragraphe.

 

Toutefois, nous avons quelques rares éléments de description. Le corps du personnage n’est nullement décrit. Seuls sont présentés une partie de ses habits (« le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours », l. 11 et 13) et son maigre bagage (un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux) : ces éléments sont très banals, mais ont l’intérêt de montrer la situation précaire du personnage  (il n’a pas de vêtements assez chauds pour la saison et son bagage est bien mince). Le caractère infernal du paysage est confirmé à l’aide des éléments suivants :

–          le froid (« grelottant », l.  11 ; « mains gourdes », l. 15 ; « le froid », l. 17 ; désir douloureux de se chauffer un instant les mains », l. 21 et 22) ;

–          le mélange des  éléments primordiaux ( « trois brasiers brûlant en plein air », l. 19 et 20 [feu + air]) ;

–           la gêne et la douleur que subit le personnage (« grelottant », l. 11 ; « le gênait, l. 13 ; « des mains gourdes », l. 15 ; « faisaient saigner », l. 16 ; « besoin douloureux », l. 21) ;

–          la présence insistance d’un feu intense (« trois brasiers », l. 20 ; « les feux reparurent », l. 23).

 

Le statut social du personnage est abordé (« ouvrier sans travail et sans gîte », l. 16 et 17), mais dans des termes vagues et contradictoires : un ouvrier, normalement a un travail et loge quelque part. Ce personnage est donc quelqu’un qui a perdu son statut social, un déclassé.

 

Par ailleurs,  le fait que le narrateur connaisse ses pensées (« une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier », l. 16) montre, contrairement à ce que le reste de ce début pourrait nous laisser penser, que nous n’avons pas un point de vue externe.

 

Paragraphe 3 (l. 23 à 38) : «  Apparition du monstre ».

Le caractère démoniaque de l’univers où se meut le personnage continue d’être suggéré par la présence insistance d’un feu intense (« les feux reparurent », l. 23 ; « ils brûlaient si haut », l. 29).

 

En outre, la fosse de la mine ressemble à un monstre infernal :

–          du fait de son gigantisme (« tréteaux gigantesques », l. 35) ;

–          de son caractère amorphe (« c’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions », l. 31) ;

–          de la personnification qui en est faite (« de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur », l. 36 et 37).

 

En outre, le narrateur emploie explicitement le terme « apparition fantastique » (l. 35 et 36) pour désigner la fosse.

 

Par ailleurs, le fait que le narrateur soit capable de préciser la distance du lieu où se trouve Étienne de Montsou, ce que celui-ci, désorienté, est incapable de faire, montre que nous n’avons pas affaire à un point de vue interne.

Comme nous avons vu précédemment que le point de vue n’était pas interne, nous devons en conclure que nous avons affaire à un point de vue omniscient, ce qui rend le personnage encore moins important que si nous avions un point de vue interne.

 

 

 

DEUXIÈME PARTIE (l. 39 à 60) : « ÉTIENNE LANTIER, UN OUVRIER QUALIFIÉ EN QUÊTE DE TRAVAIL DANS L’UNIVERS RÉALISTE DE LA MINE ».

Dans la deuxième partie de ce texte, nous avons un regard nouveau : l’univers cesse d’être fantastique et s’humanise.

 

Paragraphe 4 (l. 39 à 47) : « L’univers de la mine ».

Le personnage, toujours désigné de façon anonyme (« l’homme », l. 39), découvre la nature de l’endroit où il se trouve, comme nous le montre une description réaliste  de la mine.

Les brasiers, éléments apparemment fantastiques, découvrent leur réalité prosaïque (« les trois feux de houille, dans des corbeilles de fonte », l. 41 et 42).

L’univers du roman s’humanise avec l’apparition d’autres êtres humains, différenciés par leur métier (« les ouvriers de la coupe », l. 43 ; « les moulineurs », l. 45 ; « des ombres vivantes culbutant les berlines », l. 46).

 

Paragraphe 5 (l. 48 à 56) : « Des personnages individualisés ».

            Au paragraphe 4, la solitude du héros était brisée, et le monde s’humanisait avec l’apparition de nouveaux personnages. Mais ceux-ci n’étaient définis que par leur activité professionnelle et n’avaient pas d’individualité propre.

Au paragraphe 5, nous avons deux personnages bien individualisés par un portrait physique («  un vieillard vêtu d’un tricot de laine violette, coiffé d’une casquette en poil de lapin », l. 48 à 50 ; « un gaillard roux et efflanqué », l. 52 et 53) et par leur statut professionnel (« le charretier », l. 48 ; « le manœuvre employé au culbuteur », l. 52).

 

            Paragraphe 6 (l. 46 à 60) : « Présentation du personnage ».

Dans ce court paragraphe, le personnage se présente au discours direct et nous fournit trois éléments d’information :

–          son identité (« Étienne Lantier », l. 59) ;

–          sa profession (« je suis machineur », l. 59) ;

–          la raison de sa venue (« Il n’y a pas de travail ici ? », l. 59-60).

 

En à peine plus d’une ligne, nous en apprenons plus sur lui que lors des premières quarante-huit lignes.

 

 

CONCLUSION

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un récit naturaliste, nous trouvons dans l’incipit de Germinal des éléments de fantastique. En opposant un être anonyme et dans la détresse, comme apparaît Étienne dans la première partie du roman à cette espèce de monstre qu’est la mine, il a voulu nous montrer la détresse du personnage. Dans la seconde partie, il nous présente sa réintégration dans la société, avec un monde qui s’est peuplé et humanisé.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Corrigé lectures linéaires
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CORRIGÉ DES QUESTIONS DE LA SÉANCE 3 SUR GERMINAL

a)      Rappelez les positions idéologiques qu’incarnent, dans les pages précédentes, Étienne, Rasseneur et Bonnemort.

Dans les passages précédents :

–          Étienne [représentant de l’Internationale, dirigée par les partisans de Karl Marx], est partisan de la suppression de la propriété privée (« le sous-sol, comme le sol, était à la nation », l. 125-126, p. 256) et pense que les usines doivent appartenir aux ouvriers qui y travaillent  (« la mine doit être au mineur », l. 120, p. 256) : c’est un révolutionnaire (« il fallait agir révolutionnairement, en sauvages, puisqu’on les traquait comme des loups », l. 38-39) ;

–          Rasseneur [« ancien mineur congédié » (l. 83-84, p. 166), devenu cabaretier], est opposé à  un changement révolutionnaire (« le discours d’apaisement qu’il promettait, l’impossibilité de changer le monde à coup de lois, la nécessité de laisser à l’évolution sociale le temps de s’accomplir », l. 212 à 214) : c’est un réformiste, partisan d’une collaboration entre le Capital et le Travail (« il disait préférer la participation aux bénéfices, l’ouvrier intéressé, devenu l’enfant de la maison », p. 220 à 221, p. 259) ;

–          Bonnemort [vieil ouvrier, qui a connu de nombreuses grèves qui se sont terminées par un échec] est le type de l’ouvrier résigné, qui pense que les choses ont toujours été comme elles sont et que l’on ne pourra jamais rien changer (« « ça n’avait jamais bien marché et ça ne marcherait jamais bien », l. 247-248).

 

Ces personnages sont allégoriques : le but de Zola est donc, à travers eux, de nous montrer les tendances qui traversent, à son époque, le monde ouvrier.

 

[Dans le roman, une quatrième tendance est représentée par Souvarine, qui est un anarchiste, discipline de Bakhounine. C’est un nihiliste, qui pense que ni le réformisme ni l’action révolutionnaire, qui ont en commun de vouloir améliorer la société, ne conviennent : il veut la détruire, et est donc partisan des actions terroristes (il a participé en Russie à un attentat contre le tsar et va en organiser un autre à la mine, dans la suite du roman). Ce n’est d’ailleurs pas un véritable ouvrier : c’est un noble russe, qui a dû s’exiler en France.]

 

b)      Détailler la différence entre ce discours d’Étienne et le précédent (dans le même chapitre).

Dans le discours précédent (l.40 à 165, p. 254 à 257), Étienne fait plutôt appel à des arguments rationnels [il cherche à persuader], en analysant la situation économique des mineurs (« la situation s’aggravait de jour en jour », l. 73-74) et en exposant les positions défendues par l’Internationale (« cela entraînait une refonte totale de  la vieille société pourrie », l. 152-153) ;

 

Dans ce nouveau discours, il fait plutôt appel à la passion [il cherche à convaincre]. Cela se voit :

–          à sa violence (« il fut terrible, jamais il n’avait parlé si violemment », l. 266) ;

–          à l’appel à la pitié et aux sentiments d’indignation devant la misère d’un vieillard (« le vieux Bonnemort, il l’étalait comme un drapeau de misère et de deuil, criant vengeance », 267-268)), de sa famille (« toute cette famille usée à la mine », l. 269) et de tous les mineurs (« un peuple d’hommes crevant  de père en fils », 275-276) ;

–          à l’emploi d’arguments ad hominem   (« la bande des actionnaires entretenus comme des filles », l. 272-273 ; « des pots-de-vin » à des ministres », l. 275 ; « s’engraissent au coin du feu », l. 277) ;

–          à l’emploi de comparaisons dévalorisantes (« on les parquait ainsi que du bétail », l. 281) et de métaphores militaires (« enrégimenter », l. 283 ; « une armée », l. 286 ) et agricoles (« une moisson de citoyens dont la semence germait », l. 287-288) ;

–          à l’emploi d’antithèses (« toute cette famille usée à la mine, mangée par la compagnie », l. 269-270 /  « les ventres de la Régie », l. 271 ; « un peuple d’hommes crevant au fond de père en fils », l. 274-275 / « pour que des générations de grands seigneurs et de bourgeois donnent des fêtes ou s’engraissent », l. 276-277 ; « des millions de bras », l. 284 / « un millier de paresseux », l. 284) ;

–          à l’emploi d’insultes (« voleurs », l. 265 ; « bourreaux », l. 265 ; « ce pourceau immonde », l.295-296) ;

–          à la personnalisation du travail et du capital (« le travail demanderait des comptes au capital », l.291) et à la diabolisation de ce dernier (« cette idole monstrueuse, gorgée de chair humaine », l. 296 [c’est l’image de Moloch, ou celle du Minotaure, qui apparaît ici].

 

Les deux discours s’opposent donc par leur stratégie argumentative.

 

 

c)       Définir l’effet du passage au discours direct à la fin de l’extrait.

Le passage au discours direct à la fin de l’extrait a pour effet de nous montrer, grâce au jeu des pronoms personnels la communion entre Étienne et les mineurs :

–          les mineurs apparaissent comme une entité unique (désignée par le pronom personnel « vous », l. 304) dotée d’une volonté propre (« votre décision », l. 304) ;

–          puis Étienne et eux sont présentés comme formant une entité unique (désignée par le pronom personnel « nous », l. 312) dotée d’une volonté unique ((«  nous sommes tous d’accord », l. 313-314).

En outre, l’utilisation du discours direct permet de faire ressortir la spontanéité de l’adhésion de la foule des ouvriers à la thèse de l’orateur, qui s’exprime sous la forme d’exclamations (« Oui ! oui ! », l. 306 ; « Mort aux lâches ! », l. 310).

 

 

d)      Recherchez les éléments du discours d’Étienne que la voix narrative reprend à son compte dans le roman.  

Le discours d’Étienne est rapporté de trois façons différentes :

–          deux passages sont au discours direct (de la ligne 263 à la ligne 265 et de la ligne 304 à la ligne 314.) ;

–          un passage utilise le discours narrativisé (de la ligne 266 à la ligne 280.

–          un passage est au discours indirect libre, de la ligne 280 à la ligne 296.

 

 Le discours indirect libre implique une polyphonie : la voix du narrateur se mêle à celle du personnage. C’est donc dans ce passage que la voix narrative reprend à son compte ce que dit Étienne.

 

         

 

 

PRÉPARATION À LA LECTURE ANALYTIQUE

 

Question possible le jour de l’oral du bac : « Le discours d’Étienne est-il un discours démagogique ? »

 

Proposition de plan :

 

  1. I.                    La description d’une misère réelle.

a)      Les signes de la misère.

b)      Les causes de la misère.

 

  1. II.                  Une diabolisation de l’adversaire.

a)      Une caste d’exploiteurs inutiles.

b)      Des êtres qui n’appartiennent pas à l’humanité.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Questions sur un texte
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CORRIGÉ DES QUESTIONS DE LA SÉANCE 2 SUR GERMINAL

1.       Définir l’effet créé par le chapitre premier de la deuxième partie.

Alors que la première partie nous présente l’univers des mineurs, le chapitre premier de la deuxième partie nous montre l’autre face de la réalité, en nous menant chez une famille de petits capitalistes, qui détiennent une fraction du capital de la mine : les Grégoire.

Dans la première partie du chapitre (l. 1 à 98), ceux-ci (le père, la mère, présentés, ainsi que leur fille) nous sont présentés à l’heure du petit déjeuner. L’auteur nous offre un certain nombre de détails destinés à insister sur le confort et l’oisiveté de leur vie :

–          ils se lèvent tard (« dormant beaucoup, avec passion », l. 13-14) ;

–          ils sont bien nourris (« cela sentait bon la bonne nourriture », l. 38-39) ;

–          ils ont des serviteurs (« outre ces deux femmes, il n’y avait que le cocher », l.30).

Dans la seconde partie, est racontée l’origine de la fortune des Grégoire  et l’histoire de leur couple (l.99 à191).

Dans une troisième partie a lieu la visite d’un cousin de M. Grégoire, Deneulin : alors que les Grégoire sont des rentiers, lui est un entrepreneur et tente de faire marcher sa propre mine, mais, comme il est mauvais gestionnaire, ses affaires ne vont pas bien.

Ce n’est que dans les trois dernières lignes que la Maheude apparaît, et les termes qui les qualifient, elle et les siens montre bien l’opposition des deux univers :

–          « ses petits » (l. 328) [alors que sa mère utilise le terme de « mademoiselle » (l. 21) pour parler de sa fille à la cuisinière] ;

–          « glacés » (l. 328) [alors que la maison est surchauffée (« malgré le calorifère qui chauffait la maison, un feu de houille égayait cette salle », l. 43 et 44)] ;

–          « affamés » (l. 328) [alors que Cécile n’est « jamais assez bien nourrie », l. 86] ;

–          « saisis d’un effarement peureux » (l. 329) [alors que Cécile dort en toute confiance (« elle dormait toujours, sans les sentir près d’elle, leur visage contre le sien », l. 86-87)].

 

 2.       Retrouver dans cet extrait les éléments du contraste ainsi ménagé ; chercher des passages où la voix narrative appuie explicitement ce contraste.

Après une analepse, qui va du début du deuxième chapitre à la ligne 228, dans l’extrait qui va de la ligne229 à 301, nous avons les mêmes éléments de contraste que dans le chapitre précédent :

–          les enfant de l’ouvrière sont qualifiés par des termes dépréciatifs : (« ces enfants pitoyables, avec leurs cheveux de cire, leurs cheveux décolorés, la dégénérescence qui les rapetissait », l.23-24) ;

–          ceux qui ont froid sont opposés à ceux qui ont chaud : la Maheude et les siens, habitués à avoir froid sont « étourdis par la brusque chaleur » (l. 231) ;

–          ceux qui ont faim sont opposés à ceux qui sont rassasiés : chez les Grégoire, même les serviteurs sont bien nourris (« qui n’étaient pas en peine de leur dîner », l. 248-249) alors que les petits Maheu ont « une laideur triste de meurt-de-faim » (l. 289-290) ;

–          ceux qui sont à leur aise sont opposés à ceux qui sont gênés : les Grégoire sont assis et confortablement installés (« qui s’allongeaient dans leurs fauteuils », l. 232-233) alors que les Maheu (à qui on n’a pas proposé de s’asseoir) sont  « très  gênés » (l. 231).

 

Le passage qui va de la ligne 235 à la ligne 246 est au style indirect libre : il mêle la voix du narrateur extra-diégétique (= qui n’appartient à l’univers du roman) à celle des Grégoire : ce passage est polyphonique.

Il en va de même du passage qui va de la ligne 269 à la ligne 275, mais là, c’est la Maheude qui mêle sa voix à celle du narrateur extra-diégétique (comme le prouve l’utilisation du niveau de langue familier (« Fallait quand même », l.274, au lieu de « Il fallait quand même »).

 

 3.       Montrez que ce passage nous fait accéder aux pensées des ouvriers comme à celles des bourgeois.

Ce passage nous fait accéder aux pensées des ouvriers comme à celles des bourgeois grâce :

–          à l’emploi du style indirect libre, qui mêle la voix des personnages à celle du narrateur ;

–          aux termes explicites employés par le narrateur extra-diégétique omniscient pour qualifier :

? la Maheude et ses enfants sont « gênés » (l. 232) : ils ont donc une sorte de honte d’étaler leur misères devant ces gens riches ;

? M. Grégoire est « rêveur » (l. 287) : il ressent une sorte de compassion devant l’air pitoyable des Maheu ;

–          à la spontanéité de certains de leurs propos, qui révèlent leurs préjugés :

? « sept enfants, mais pourquoi, bon Dieu ! » : M. Grégoire pense que les ouvriers sont des êtres irrationnels, incapables de surmonter leurs instincts sexuels et de se reproduire rationnellement, en tenant compte de leurs revenus (l’utilisation du terme « petits » à la ligne 338, au chapitre précédent, à la place de « enfants », allait déjà dans ce sens) ;

? « les mineurs boivent, font des dettes » (l. 300-301) : de nouveau, M. Grégoire montre qu’il considère que les ouvriers sont incapables de réfréner leurs instinct et d’avoir un comportement rationnel.

En fait, il s’agit là de pensées sans originalité : nous avons affaire à des lieux communs, des préjugés.

 

 4.       Montrer en quoi la famille ouvrière et la famille bourgeoise dépeintes ici prennent chacune un caractère universel.

 La famille ouvrière et la famille bourgeoise :

–          ont un comportement stéréotypé : les bourgeois sont protecteurs, condescendants et ont bonne conscience (« leur maison était celle du bon Dieu », l. 237) et les ouvriers sont pleins d’humilité (« très gêné des regards », l. 231) et imprévoyants (« sept enfants », l. 267).

–          ne pensent pas de façon originale, mais reprennent à leur compte les préjugés de leur milieu social (voir réponse à la question précédente).

–           

La famille ouvrière et la famille bourgeoise dépeintes ici prennent donc chacune un caractère universel.

 


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Questions sur un texte
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LE POINT DE VUE

Il existe trois sortes de point de vue :

Le point de vue omniscient : le narrateur sait tout et raconte tout au lecteur (omnis = « tout » en latin).  Il n’est pas un personnage de l’histoire (on raconte donc à la troisième personne) mais il connaît les pensées des personnages, leur vie passée et parfois future, les événements cachés. Il donne aussi parfois son avis sur les événements.

Le point de vue externe : Le narrateur n’est pas un personnage de l’histoire, il reste neutre, ne renseigne pas le lecteur sur les pensées des personnages, ne donne pas son avis. Il raconte la scène (à la troisième personne) comme si elle était filmée.

Le point de vue interne : l’histoire est racontée à travers le regard d’un personnage. Le lecteur sait tout ce qu’il fait, dit et pense.
Deux possibilités :
– le narrateur et le personnage ne font qu’un : le récit est à la première personne.
– le narrateur n’est pas un personnage de l’histoire mais, dans le cas des descriptions par exemple, l’objet de la description est perçu par un des personnages. Le narrateur s’efface derrière le regard d’un personnage. Le récit est à la troisième personne.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Leçons sur le roman
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Questions sur l’incipit de Germinal (l. 1 à 60, p. 21 et 22).

1.       Montrez comment le récit retarde la présentation du personnage.

Trois aspects du personnage sont présentés dans ce passage : son état-civil, son portrait physique et son statut social.

a)       L’état-civil.

Dans les quatre premiers paragraphes, le personnage est désigné par l’expression « un homme » (l. 2), reprise par « l’homme » (l. 10, 23, et 39) [l’article défini « l’ » remplaçant normalement l’article indéfini « un », du fait de sa valeur anaphorique] : Zola a choisi le terme le plus général possible.

Ce n’est qu’à l’avant-dernière ligne du passage que nous apprenons son nom (« Je me nomme Étienne Lantier », l. 59).

b)       Le portrait physique.

Le corps du personnage n’est nullement décrit. Seuls sont présentés une partie de ses habits (« le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours », l. 11 et 13) et son maigre bagage (un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux) : ces éléments sont très banals, mais ont l’intérêt de montrer la situation précaire du personnage  (il n’a pas de vêtements assez chauds pour la saison et son bagage est bien mince).

c)       Le statut social.

Le statut social du personnage n’est abordé qu’au deuxième paragraphe (« ouvrier sans travail et sans gîte », l. 16 et 17), mais dans des termes vagues et contradictoires : un ouvrier, normalement a un travail et loge quelque part. Ce personnage est donc quelqu’un qui a perdu son statut social, un déclassé.

Ce n’est qu’à la dernière ligne du passage que nous apprenons quel est son métier précis (« Je suis machineur », l. 59) : le fait qu’il s’agisse d’un « machineur », c’est-à-dire, à l’époque, de quelqu’un qui a une forte qualification rend encore plus intrigante sa situation précaire.

 

En conclusion, tout a été fait pour que le personnage soit présenté le plus tard possible. [Il faudra, bien sûr, dans la lecture, linéaire ou analytique, se demander pourquoi.]

 

 2.       Remarquer toutefois qu’on peut parler de narrateur omniscient.

Le point de vue n’est pas externe, puisque nous connaissons certaines pensées d’Étienne Lantier (« une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte », l. 16 et 17).

Il n’est pas non plus interne puisque le narrateur nous apprend des éléments ignorés du personnage (« sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou », l. 19 [il ne peut pas situer la distance des feux à Montsou, puisqu’il est totalement désorienté]).

Nous sommes donc en présence d’un narrateur omniscient.

 

 3.       Relever les éléments qui concourent à montrer que le personnage est désorienté.

Le personnage est désorienté, dans un premier temps parce qu’il est plongé dans l’obscurité (« il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) et n’a aucun repère (« aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel », l. 8).

Ensuite, lorsque des repères s’offrent à lui (« il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant en plein air », l. 19 et 20), il est incapable de les utiliser (« sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort », l. 28 et 29).

 

 4.       Montrer comment la fosse se révèle progressivement à l’observateur.

La fosse apparaît progressivement en se révélant, peu à peu :

–          sous forme d’éléments isolés et dont il est difficile de dire s’ils appartiennent à une même structure (« des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus », l. 19 et 20 ; « un chemin creux », l. 23 ; « une palissade », l. 24 ; « quelque mur de grosses planches », l. 24 ; « un talus d’herbe », l. 25 ; des « pignons confus », l. 26 ; des « toitures basses et uniformes », l. 26 et 27 ; à nouveau « les feux », l. 28) ;

–          puis dans son intégralité, mais sous forme d’une masse amorphe (« une masse lourde, un tas écrasé de constructions », l. 31), d’où émergent des éléments malaisément identifiables (« la silhouette d’une cheminée d’usine », l. 32 ; « cinq ou six lanternes », l. 33 ; « alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques », l. 35).

 

Ce n’est qu’au début du quatrième paragraphe que le personnage se rend compte qu’il s’agit d’une fosse de mine (« alors, l’homme reconnut une fosse », l. 39).

[Cette imprécision à montrer clairement le lieu où arrive Étienne est à mettre en relation avec le retardement de la présentation du personnage et la désorientation de celui-ci. Tous ces éléments renforcent l’opposition entre la fragilité du personnage (qui a froid, qui ne sait où coucher, qui n’a pas de travail et qui ne sait pas ou il est) et la monstruosité de la mine : nous avons là une proie qui se dirige vers un prédateur inhumain.] 

 

5.       Repérer les éléments fantastiques présents dans la description.

Si l’on s’en tient aux seules dénotations, nous avons là uniquement des éléments réalistes : un personnage, égaré et à la recherche d’un travail, arrive à l’entrée d’une mine de charbon, où il espère se faire embaucher.

 

Mais les connotations de plusieurs termes suggèrent un univers démoniaque :

–          l’obscurité totale (« nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre », l. 1 ; « il ne voyait même pas le sol noir », l. 4 et 5) ;

–          l’immensité du paysage (« dix kilomètres de pavés », l. 3 ; « l’immense horizon », l. 5 ; « des lieues de marais », l. 7).

–          le caractère géométrique du paysage (« la plaine rase », l. 1) ; « dix kilomètres de pavé coupant tout droit », l. 3 ; « l’immense horizon plat », l. 5 ; « le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée », l. 8 et 9) ;

–          le froid (« glacées », l. 7 ; « grelottant », l.  11 ; « mains gourdes », l. 15 ; « le froid », l. 17 ; désir douloureux de se chauffer un instant les mains », l. 21 et 22) ;

–          le mélange des quatre éléments primordiaux, qui ramène au chaos d’avant la création du monde, (terre, eau, air, feu [ou absence de feu ? obscurité]) : «  le sol noir », l. 5 [= terre + obscurité] ; « des rafales larges comme sur une mer », l. 6 et 7 [air + eau] ; « des lieues de marais », l. 7 [marais = mélange de terre et d’eau] ; « au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres », l. 9 [eau + terre] ; « trois brasiers brûlant en plein air », l. 19 et 20 [feu + air]) ;

–          l’absence de toute végétation dans la plaine (« terres nues », l. 7 ; « aucune ombre d’arbre », l. 8) ;

–           la gêne et la douleur que subit le personnage (« grelottant », l. 11 ; « le gênait, l. 13 ; « des mains gourdes », l. 15 ; « faisaient saigner », l. 16 ; « besoin douloureux », l. 21) ;

–          la présence insistance d’un feu intense (« trois brasiers », l. 20 ; « les feux reparurent », l. 23 ; « ils brûlaient si haut », l. 29).

 

En outre, la fosse de la mine ressemble à un monstre infernal :

–          du fait de son gigantisme (« tréteaux gigantesques », l. 35 ;

–          de son caractère amorphe (« c’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions », l. 31) ;

–          de la personnification qui en est faite (« de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur », l. 36 et 37).

 

En outre, le narrateur emploie explicitement le terme « apparition fantastique » (l. 35 et 36) pour désigner la fosse.

 

 

6.       Montrer en quoi l’approche de la fosse par Étienne offre un symbole des forces économiques en présence (capital et travail).

Le roman Germinal est aussi une œuvre de propagande, où Zola veut dénoncer la condition misérable des ouvriers, soumis aux conditions imposées par les détenteurs du capital. Nous sommes à l’époque où se développent les idées socialistes (nécessité de l’action organisée dans des structures hiérarchisées) et anarchistes (nécessité de la révolte individuelle, avec possibilité de lutte commune dans des structures non hiérarchisées).

Étienne Lantier, ouvrier sans travail sans argent et sans propriété, symbolise la classe ouvrière (le travail) exploitée, selon l’auteur, par la classe capitaliste (le capital), représentée par la mine.

Les sympathies de l’auteur se devine à la façon dont il représente Étienne, être fragile, faible et souffrant, face à un être monstrueux et diabolique : la lutte qui se développera dans le roman entre les ouvriers et les patrons de la mine est celle du bien contre le mal, des êtres humains contre des êtres sortis de l’enfer.


Publié le 13 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Questions sur un texte
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DISCOURS INDIRECT LIBRE ET POLYPHONIE

Le discours indirect libre est un type de discours indirect implicite.

Sa particularité est de ne pas utiliser de verbe introducteur (parler ou dire), autrement dit, la proposition subordonnée contenant l’énoncé cité, se retrouve privée de proposition principale, tout en conservant des caractéristiques grammaticales qui la distingue du discours direct (les temps verbaux notamment)

Dans le discours indirect libre, la voix du personnage et celle du narrateur s’enchevêtrent, de sorte qu’on ne sait jamais parfaitement si c’est le narrateur ou le personnage qui parle (on parle d’ailleurs à ce propos de superpositions de voix, ou encore, de  polyphonie). Néanmoins, il n’est pas introduit à l’aide de ponctuation, ce qui a pour effet la fluidité du récit et des voix.

« Le professeur se mit alors en colère. Il ne supportait plus la paresse de son élève. Il finirait par ne plus s’en occuper si celui-ci trouvait sans arrêt des excuses pour ne pas faire ses devoirs »

« Il met bas son fagot, il songe à son malheur. / Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ? » (Jean de La Fontaine,  La Mort et le Bûcheron)

[Les textes soulignés sont dans le discours indirect libre.]


Publié le 6 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Leçons sur le roman
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LA VOIX NARRATIVE

La voix narrative n’est pas la voix de l’auteur. Elle est créée par l’auteur, au même titre que l’intrigue.

Elle peut se borner à énoncer les phrases du récit.

Elle peut aussi commenter, juger, ou déléguer sa fonction à un acteur de la diégèse (= l’univers fictif créé par l’auteur) : c’est-à-dire qu’un personnage du récit prend la parole et se met à raconter à son tour.

Toujours, elle est repérable grâce aux expressions déictiques (= celles qui ne peuvent se comprendre que si on connaît la situation d’énonciation, comme ici  ou je) ou aux marques de la subjectivité (= ce qui se passe dans l’esprit du narrateur).


Publié le 6 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Leçons sur le roman
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LA PROGRESSION THÉMATIQUE

La progression thématique d’un texte est l’évolution de la répartition de l’information en thème et propos. Dans une phrase, ou dans un paragraphe, le thème est « ce dont on parle » et la propos est « ce que l’on dit du thème ».

 

On distingue trois types de progression thématique :

  • La progression à thème constant, privilégiée par les narrations, où un même personnage effectue diverses actions (les thèmes sont en gras). Elle garde le même sujet tout au long de la progression comme dans ce passage des Misérables de Victor Hugo :

« Jean Valjean sortit de la ville comme s’il s’échappait. Il se mit à marcher […]. Il erra ainsi toute la matinée […]. Il se sentait une sorte de colère ; il ne savait contre qui. »

Cette progression est aussi parfois utilisée dans des descriptions, quand le narrateur développe des informations successives sur le même personnage ou le même objet décrit.

  • la progression linéaire simple, privilégiée dans l’argumentation. Chaque propos d’une phrase est repris comme thème dans la suivante. Par exemple, dans ce conte  africain anonyme Les fourmis noires et les termites rouges, chaque animal a peur (thème) et provoque un événement (propos) qui fait peur à l’animal suivant :

« Le singe entend les cris, il a peur, il se sauve et fait tomber un gros fruit. Le fruit tombe sur le dos d’un bœuf qui s’enfuit et fait peur à un troupeau d’éléphants. Les éléphants se sauvent et écrasent des milliards de millions de fourmis. »

  • la progression à thèmes dérivés, éclatés ou en éventail, qui s’organise à partir d’un hyperthème : elle dérive d’un thème pour privilégier souvent un paysage ou un événement dont les thèmes de chaque phrase représentent un élément particulier. Cette progression est privilégiée dans les descriptions, comme celle-ci de Stendhal :

« Deux parties de billard étaient en train de se jouer. Les garçons ciraient les pointes ; les joueurs couraient autour des billards encombrés de spectateurs. Des flots de fumée de tabac, s’élançant de la bouche de tous et de chacun, les enveloppaient d’un nuage noir. ».

Ici l’hyperthème est « deux parties de billard », et chaque thème des phrases suivantes est une partie de cet hyperthème.

 

La progression thématique peut donc nous permettre d’aider à déterminer à quel type de texte nous avons affaire (mais elle ne suffit pas : il faut la croiser avec d’autres indices) :

–          si nous avons une progression à thème constant, il y a de fortes chances que ce soit un texte narratif ;

–          si nous avons une progression linéaire simple, il y a de fortes chances que ce soit un texte argumentatif ;

–          si nous avons une progression à thèmes dérivés, il y a de fortes chances que ce soit un texte descriptif.


Publié le 6 décembre 2009 par 20092010faurelettres1es3 dans Leçons généralistes
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