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Saviez-vous que Lénoard de Vinci était…

Des colères contre des élèves, on connait tous. Contre des parents aussi ! Cela alimente nos discussions en salle des profs : « ah ! toi aussi tu l’as vu ? ».

Mais hier, c’est contre une collègue que j’avais envie de m’irriter. Et ça, c’est plus gênant… Mais alors pourquoi ? parce que j’ai un élève dyslexique… Oui, d’accord, ça aussi ça nous arrive tous, et de plus en plus souvent. Mais, prof principale, je dois mettre en place les aménagements pédagogiques pour lui. Je m’en vais donc voir sa prof de langue pour lui demander, à partir des recommandations fournies, ce qu’elle peut accepter. Et là, elle me répond : « rien ». « Comment ça, rien ? Il est très dyslexique, ne peux-tu pas ignorer son orthographe dans certains exercices, quand il doit juste exprimer une idée ? Ne peux-tu pas distinguer l’acquisition du vocabulaire de son orthographe…»( je résume, bien sûr, la conversation fut plus longue !) « Eh bien non, je suis contre. Il est anormal de noter un élève différemment, c’est injuste ! » « Non ce qui est injuste, c’est qu’il soit dyslexique et pas les autres ! » « Et bien s’il est trop handicapé pour être évalué comme ses camarades, il n’a rien à faire au lycée, il aurait dû faire un BEP».

physique-histoire-geoJe suis resté coite, incapable de lui dire ce que je pensais vraiment. Mon élève a 142 de QI et est l’un des plus actifs de ma classe à l’oral. Mais à cause de sa dyslexie , il aurait dû partir en BEP alors qu’il ne le souhaitait pas? Nous aurions dû lui interdire de passer son bac, qu’il pourrait même avoir avec mention si on lui donne juste le moyen d’éviter au maximum d’utiliser cette orthographe aberrante qui est la sienne ? Il a les moyens, les capacités intellectuelles d’être ce qu’il veut, un futur cadre, un ingénieur ? Rédigera-t-il alors encore des notes écrites ? Au mieux il aura une secrétaire qui le fera (peut-être même avec des fautes !), au pire un ordinateur avec correcteur orthographique.

Bref, être dyslexique n’a pas interdit à Léonard de Vinci d’être ce qu’il était. J’espère pour mon élève que nul enseignant ne l’empêchera de devenir ce qu’il deviendra…
Si vous ne partagiez pas déjà mon opinion, essayez de prendre quelques minutes pour vous renseigner sur l’APEDYS ou sur la FFDys, et ainsi ne pas empêcher un futur Einstein de découvrir la relativité ! Et si j’ai pu sauver, par cette petite chronique, au moins un élève, j’aurai accompli quelque chose en écrivant…

Rachelle, prof d’histoire-géo au lycée : j’aime la pédagogie et le numérique !

Commentaires

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  • C’est vrai, nous sommes de plus en plus submergés de travail sans avoir de temps en plus. On nous demande de nous adapter sans cesse aux nouveaux programmes, nouvelles modalités d’examen…ça n’en finit pas! On a l’impression d’être comme des carambars un peu fondus à qui on voudrait tout faire faire. Bien sûr qu’il n’est pas évident d’être confronté aux maladies DYS (qui relève du handicap invisible) puisque, d’une part, on ne nous forme pas vraiment sur le sujet, on se contente de nous donner quelques pistes, et, d’autre part la communication ne va que dans un sens au sein de notre famille Education Nationale, il est rare qu’on nous demande un retour sur nos expériences afin d’user d’observation et de recul pour réellement régler les vrais soucis de fond, on ne nous en donne que la forme.

    Alors, nous sommes confrontés aux problèmes, que nous le voulions ou non. On peut choisir d’ignorer cela, mais on peut aussi le prendre en compte, c’est pour moi, ce qui s’appelle « prendre l’élève en considération ». Et puis, au fond, combien de nos élèves ont des DYS non signalées? Beaucoup, beaucoup plus qu’il y a 20 ans. Pourquoi? La télé, les jeux vidéo, maintenant, les smartphones, internet et ses réseaux sociaux, la rupture de la communication au sein de la famille, le manque de sommeil, la malbouffe, etc.
    Pour moi qui suis prof d’anglais, c’est la souffrance avec certains élèves ayant une DYS, mais, justement, pour les enseignants de langues, la question devrait être plus facile à résoudre. Nos programmes aussi ont changé et l’accent est mis sur l’oral, alors, on peut amener l’élève à développer cela au mieux, et souvent, ce type d’élève est bien plus compétent à l’oral qu’à l’écrit.
    C’est vrai que cela demande des aménagements, de prendre un peu de temps. Par exemple, pour une évaluation qu’on voudrait faire en 1h, on peut envisager de la faire durer moins, ou de la faire en deux parties pour la classe et de prendre le temps d’évaluer à l’oral ce que les 2 ou 3 élèves ayant une DYS, savent faire, sorte de simplification du travail demandé aux autres et dont la note ne pourrait dépasser 15, ou bien un niveau allant de A2 à A2+ au maximum pour les langues vivantes, ce qui serait expliqué à l’élève ainsi évalué.
    C’est vrai que c’est du travail en plus de donner des documents plus clairs aux élèves ayant des DYS, mais cela bénéficiera à tous les élèves (sauf lorsque les documents sont trop simplifiés). Mais, les photocopies de mauvaise qualité, les caractères écrits trop petit, les abréviations utilisées dans les contenus et qui, si elles n’ont pas fait l’objet d’une explicitation préalable, sèment le trouble dans l’esprit des élèves actuels et sont une torture pour leurs yeux (leurs yeux fatigués à cause de tous ces écrans, si tard le soir, et l’absence de suivi chez l’ophtalmo).
    Quand une formatrice spécialisé dans les DYS vous explique qu’il faut privilégier la police de caractère Arial de format 12 de préférence (ou 11 quand le 12 paraît trop gros), et bien, pourquoi ne pas le faire? Quand cette même formatrice ajoute qu’on doit éviter les activités avec des tableaux (surtout quand ils sont trop remplis d’informations ou de demandes d’informations), et bien, on garde ceux qu’on juge vraiment pertinent, et on trouve un autre moyen de transmettre ce qu’on voudrait transmettre. Les cartes heuristiques, cartes conceptuelles, les mind-map, (comme on voudra les nommer) sont des alternatives.
    Oui, c’est trop pour nous, avec le peu de temps dont nous disposons, mais, quand on trouve quand même ce temps, on se retrouve à devoir se « refaire » assez régulièrement, à revoir (voire à améliorer) ses pratiques, et à s’adapter aux élèves, même si nous devons garder à l’esprit qu’il y a des objectifs à atteindre. Ca fait partie des choses qui aident à établir un lien avec la classe, la prise en compte des spécificités de chaque élève.
    Quand on prend le temps de s’adapter aux élèves, il est alors plus facile d’exiger d’eux en retour. C’est en tout cas mon expérience. Cessons de créer de la frustrations dans le coeur de certains élèves en demeurant aveugles à leurs besoins. Sans y consacrer tout son temps, on peut commencer juste par admettre que tel ou tel élève a telle ou telle problématique de vie.
    Ce temps donné à faire plus et ce regard porté sur l’élève en tant qu’individu trouvera sa valorisation dans les rapports avec la classe en général.
    Désolée pour ce long commentaire, mais ce problème m’interpelle vraiment.
    Sandra LABRY

  • Bonsoir, je vois que d’une façon générale, vous aussi avez à coeur de soutenir nos élèves. Heureusement, c’est la cas de la plupart d’entre nous. Catherine a bien raison, au bac : les copies ne sont pas distinguées dans la notation et il est important de guider nos élèves vers l’autonomie mais au moins, ils ont droit à leur correcteur orthographique lors des épreuves…. Et surtout comme le fait remarquer Labry, accorder ces aménagements pendant leur scolarité permet d’éviter le décrochage scolaire, de leur donner confiance dans leurs capacités et leur donner envie de toujours progresser sans se bloquer… et je pense que cela , c’est vraiment notre rôle. ceci dit, c’est vrai qu’avec 35 élèves par classe, on se sent souvent submergé par le travail supplémentaire que cela nous demande… Rachelle

  • Bonjour,
    Formatrice en français, je suis moi-même confrontée aux dys. Le sujet est sensible, toutefois c’est un tout autre point qui m’a fait bondir : je n’ai pu manquer de relever la phrase « Eh bien s’il est trop handicapé pour être évalué comme ses camarades, il n’a rien à faire au lycée, il aurait dû faire un BEP ».
    Je travaille avec des jeunes en CAP et BAC PRO, je ne vois pas en quoi le fait d’envoyer un jeune en filière professionnelle (contre sa volonté de surcroît) pourrait l’aider. Il y a certes moins d’écrits mais il y en a tout de même et comprendre un énoncé est fondamental, même dans les matières techniques.
    À l’inverse, j’ai souvent entendu des élèves me raconter combien certains professeurs les avaient découragés d’entrer dans ces filières car « ce serait du gâchis avec leur moyenne ».
    Pour en revenir au sujet initial, je fais comme beaucoup : je m’adapte avec les moyens du bord. Ce qui compte avant tout, c’est de ne surtout pas dévaloriser un jeune déjà handicapé par les dys.

  • Oui, amusant. J’ai eu ce cas avec une petite demoiselle qui est sur Book-node (un site littéraire). Elle écrit comme une dys mais elle écrit comme une artiste aussi.
    Pour sa prof de Français, ses rédactions (3è) lui valent un zéro pointé…
    Ses écrits sur Book-node lui valent l’admiration de ses paires et toutes se battent pour corriger ses fautes d’orthographe.

    Elle en était malade, et j’en étais malade pour elle. Mais bref, il vaut mieux avoir des dyslexies d’écriture que de cervelle.

  • je comprends mais je ne comprends pas. Nos classes sont surchargées, et il y a de plus en plus de dys truc et dys machins… et nous devons nous adapter comment franchement je n’en sais rien! En plus souvent les aménagements se font sur la demande des parents et souvent ça ne correspond pas au besoin de l’élève et j’ai des tas de cas dans mon collège. Bref ce que je veux dire, c’est que ton collègue en a surement marre de ces aménagements qui honnêtement ne servent pas vraiment. Avec son QI élevé ton élève devrait s’adapter, et ça j’ai déjà vu aussi, dans la vie active il devra s’adapter et est-ce lui rendre service que de tout lui passer, surtout l’orthographe, pas sur qu’il ait une secrétaire et honnêtement connais tu beaucoup de métier où il n’y a rien a écrire????
    Perso, je ne suis pas les demande des parent et encore moins celles des orthophonistes (qu’ils y viennent voir dans nos classes ceux la!!!) j’établis un dialogue avec l’élève et je m’adapte selon SA demande! et tout se passe bien. En tant que prof principale, je signale a mes collègues les problèmes et ils font comme ils veulent, après ils se débrouillent avec l’élève et la famille!
    Encore une chose: au brevet les copies dyslexiques et autres dys sont mélangées aux autres copies et donc notées comme les autres, je suppose qu’au Bac c’est pareil, donc en faisant des aménagements les prépare-t-on vraiment aux examens? et à la vie active!
    Par contre je ne suis pas d’accord de les orienter en Bac pro systématique, c’est évident mais je suis persuadée qu’on ne leur rend pas service à les protéger comme nous devons le faire pour être dans la légalité. Les aider et prendre en compte leurs difficultés mais surtout pas allé au devant de pseudo difficultés énoncées par la famille.

  • Je comprends votre colere mais je pense aussi comprendre celle de votre collegue… Je suis enseignante en langues et je trouve le poids de nos responsabilites dans nos classes epuisant. J’ai sept classes en college avec plusieurs « dys » dans chaque classe alors que le nombre d’eleve par classe ne baisse pas…loin de la. Comment voulez vous faire travailler des competences a l’oral de maniere correcte a 29 ou 30 eleves par classe? Comment se souvenir a chaque cours de prendre en compte le temps en plus auquel certains eleves ont droit. Comment faire des photocopies en jaune car c’est une couleur plus lisible pour les dyslexiques alors que nous avons deja du mal a obtenir des photocopies en noir et blanc aupres de nos administrations qui nous comptent chaque feuille… J’essaye, je fais de mon mieux, j’oublie, je rale… Et votre collegue aussi. Cherchez ailleurs l’origine de la colere de votre collegue et vous pourrez la comprendre… Dites lui que vous la comprenez et essayez peut etre de voir les parents de cet enfant avec elle afin de depasser le probleme et d’aider vraiment cet eleve. Oui, le metier de prof est dur et celui de prof principal sans doute encore plus…

  • Je comprend tout à fait ton irritation! Effectivement, ta collègue devrait revoir ses méthodes. Et qu’est-ce que c’est que cette façon de vouloir orienter les élèves en lycée pro dès qu’ils ont une difficulté? Ce qui conduit presque toujours à un décrochage scolaire. Je suis prof de lycée pro, et des élèves qui ont des « DYS » on en a plein et ce n’est pas plus évident pour eux car ils n’ont pas que des matières professionnelles. De plus, la réponse de ta collègue montre à quel point elle ne connaît pas la voie pro, il faut cesser de parler de BEP car il n’y en a presque plus. En tout cas, oui, les élèves dyslexiques ont des droits, essaie de voir si cet élève à un PPTSA, vérifié cela avec l’infirmière. Si c’est le cas, alors, il a droit à des aménagements, notamment pour les examens (tiers temps ou secrétaire). Mais il faut faire cela au plus vite si il n’a pas déjà un dossier de suivi.
    Et tu as raison, tant de grands hommes et de grandes femmes étaient dyslexiques. C’est dommage d’avoir à faire à ce genre de comportement fermé. Après, on s’étonne qu’une bonne partie de la société nous en veuille. Comment peut-on être détenteur de connaissance et être aussi obtus en même temps? Je ne sais pas. Bon courage. Sandra. Professeure d’Anglais-Lettres

  • Ce que je trouve aberrant c’est qu’on soit encore obligé de développer ce genre d’argumentaire alors que cela devrait être une évidence ! Si cette réaction de votre collègue est humainement révoltante, professionnellement incohérente, n’est-elle pas aussi illégale ? Aurait-elle besoin d’un petit cours sur les discriminations ?… Ou d’un petit cours sur la manière de prendre en compte les élèves dyslexiques ? Sa réaction relève autant de son aveuglement que de son incompétence. Réaction d’un professeur de Français.

  • Merci 🙂
    Si c’est injuste d’adapter pour un élève dys, alors c’est injuste que certains portent des lunettes pour mieux voir et d’autres non !
    Nous n’avons pas tous les mêmes besoins… et ça ne remet pas en cause nos capacités.
    Les textes officiels sont clairs sur l’obligation d’adapter : un prof qui refuse d’adapter est hors la loi 🙂 C’est possible, ça ?

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