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Collège : En attendant les quatre commandements

À qui le tour ?

Tout le monde vous le dira, je ne fais pas encore partie des conservateurs. Les parents se plaignent auprès du principal à cause de ma manière d’enseigner et les collègues me traitent avec dédain de pédago. Je préfère encore être considéré comme un vieux con(cerné).

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Le cheveu désormais blanchi sous le harnais, je peux me pencher sur une partie de l’évolution récente du collège. Et d’autant que notre bon ministre vient d’asséner un sérieux coup de bambou sur la tête des collègues du primaire. Pensez donc ! Chargés de mettre en œuvre des programmes de plus en plus obèses, jonglant entre toutes leurs obligations, ils prenaient moins de temps pour les fondamentaux ! Heureusement, maintenant ils ont des consignes claires et nos bambins vont enfin devenir performants.

Performants

Vous pensez que je me gausse ? Nullement car j’ai clairement le sentiment d’être le suivant. Moi aussi, il m’arrive de faire de l’histoire et de la géographie entre la sécurité routière, la lutte contre les discriminations, le développement durable et l’éducation aux médias.
Enfin, je fais de la géographie… En tous cas, pas celle de Vidal de La Blache ! Mes élèves d’aujourd’hui sont très performants. Ils n’ignorent rien du changement global, de la tertiairisation de la société ou de l’impact des paquebots sur la notion de développement durable.
En revanche, pas question de leur demander de situer les dix plus grands pays du monde ou trente-sept capitales européennes. Nonobstant cet écueil, ils sont incollables sur Cancùn ou sur le Miramar : ils ont eu droit à une étude de cas ! Mais, oui, aujourd’hui on ne fait plus de systématique ! On apprend en passant… Résultat ? Des élèves efficients, qui sont loin de raisonner comme le tambour de Knock. Mais, il ne faut pas leur poser des questions déplacées. De celles qui appartiennent à la catégorie du savoir utile ou de la culture générale de base. Ce sont des experts en raisonnement et en savoir-faire. Et ils auront le socle commun de connaissances et de culture. Dommage que le fameux classement machin n’en tienne pas compte !

Cas particuliers et tâches complexes

Alors, que faire ? Revenir en arrière ? Le conservatisme n’est jamais une solution et débouche souvent sur l’immobilisme. À force de vouloir naïvement imposer que l’élève soit acteur de son savoir, on a accouché d’un monstre. C’est certain que l’étude de cas va empêcher le professeur consciencieux de faire un cours magistral et général derrière !! N’aurait-il pas mieux valu investir dans la formation de la nouvelle génération et faire le pari que les vieux dans mon genre s’adapteront ? Comme souvent, chez le Mammouth, ce sont des solutions à la Shadok qui l’emportent ! Les élèves sont trop passifs en classe ? L’enseignement magistral ne convient plus au temps du collège de masse ? Rendons les élèves acteurs ! Désormais, ils étudieront des cas particuliers et feront des tâches complexes. Et hop ! Problème réglé. Au suivant ! Quel élève fait le lien entre les études de cas et la géographie descriptive, se construit des repères spatiaux ? Celui qui tourne entre sa cage d’escalier et le collège ? L’absentéiste qui part trois semaines au Laos ? Ce type de pratique creuse davantage encore les différences entre les élèves, entre ceux qui vont, par un travail de compilation des connaissances, se construire une représentation du monde, mixant les connaissances entre celles acquises au sein de la famille et de leurs déplacements, et celles provenant des enseignants. On peut toujours se lamenter sur l’ascenseur social en panne et les cages d’escalier comme unique horizon. Une des vérités gênantes est peut-être de constater que l’école ne construit plus un savoir générique – ah le fameux certif ! – mais conditionne la réussite des élèves à la capacité des familles à donner un savoir de base par ses pratiques : voyages de vacances, correspondant étranger, et sorties culturelles tout aussi obligatoires.
Il est vrai que mes élèves connaissent Las Vegas car c’est la villégiature des Marseillais et que le Paris-Dakar est une course automobile reliant deux villes d’Amérique du Sud.

Finalement, je suis devenu un vieux con et il est temps que je prenne ma retraite. J’hésite entre le 40 ou le 41. À moins que je ne choisisse la douceur angevine du 49 ? Mince, on a supprimé la numérotation des départements.

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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pcremieu

Professeur en collège, Docteur en Histoire, spécialiste de la forêt (délinquance) et des mentalités (résistance à la justice), Travaille sur les usages pédagogiques du web 2.0. Anime la classe Médias du collège Dupaty (une classe PEM) Site Perso : miscellanees33.wordpress.com

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