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La roche Tarpéienne du prof

Tomber de haut

J’ai du mal à résister au plaisir de prendre mon ton le plus docte, le plus solennel, bref mon ton le plus clichément professoral pour rappeler à tout un chacun ce qu’était la roche Tarpéienne :

« Bien, vous n’êtes pas sans zignorer que la roche Tarpéienne se trouve à Rome, que c’est l’un des rochers du Capitole, depuis lequel certains condamnés à mort étaient précipités. C’est d’ailleurs de là que nous vient l’expression « Arx tarpeia Capitoli proxima » que l’on peut traduire par « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche »».

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Et, de fait, si l’on considère que le métier d’enseignant constitue le pinacle de la gloire professionnelle dans notre société (bah quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?), ce métier d’équilibrisme permanent nous amène à frôler de très près – de trop près parfois – les limites de la falaise.

Ou si vous préférez, il arrive régulièrement que l’on tombe de haut, de crès crès haut, sans avoir eu le temps de le voir venir et alors que nous pensions avoir en main toutes les cartes.

Tu crois être au Capitole ?

Je vous donne un exemple concret de moment « roche Tarpéienne » : il y a quelques temps, j’étais en classe avec mes zapprenants de moyenne taille et nous étions en train de travailler sur les nombres décimaux.

J’avais commencé ma séance par les faire réfléchir sur les circonstances dans lesquelles ils peuvent être amener à rencontrer ces nombres dans la vie quotidienne.

Nous avions ensuite travaillé sur l’écriture de la partie décimale dans le tableau de numération.

Ils suivaient tous, étaient attentifs, investis. Ouakatépé.

J’institutionnalise le vocabulaire rencontré lors de la séance : partie décimale, partie entière, dixième, centième. Tout ça passe crème et ils commencent à l’utiliser eux-mêmes à l’oral.

Bref, cette fois-là ma séance se déroule au delà de mes attentes et objectifs initiaux. Je valorise leur comportement collectif au travail de ce matin-là et leur dis que nous continuerons cette séquence le lendemain.

Ils protestent qu’ils ne veulent pas s’arrêter, que vraiment vraiment ils aimeraient continuer.

J’hésite un instant, surprise, mais je me dis que je ne vais quand même pas me plaindre que la mariée est trop belle, et qu’après tout je ne prends pas de grand risque puisqu’à cet instant je me sens au sommet du Capitole avec mon groupe de zapprenants : les nombres décimaux sont dans la place, yeah baby !

Plus brutale sera la chute…

Je leur propose donc d’apprendre dans la foulée comment additionner et soustraire avec des nombres décimaux, histoire de bien établir la valeur de chaque chiffre en fonction de sa position dans le nombre.

Ils sautent de joie comme si j’avais annoncé qu’il y aura des frites à la cantine.

Nous élaborons la règle de façon relativement intuitive, ils font quelques entraînements sur ardoise. Nous en étions là lorsque patatras, tout s’est effondré : un groupe de zapprenants a commencé à se prendre la tête mutuellement pour savoir « si c’est les dixièmes ou les centièmes les plus forts ».

Ils se sont excités bien évidemment, il a fallu interrompre définitivement et brutalement la séance pour revenir au calme avant de les laisser descendre en récréation. Impossible de faire l’exercice rituel au tableau normalement prévu tellement ils étaient passés du stade « Comtesse de Ségur » au stade « Gremlins » en un instant.

Bref, rien de fou, finalement, juste le quotidien professionnel. Ce quotidien qui amène à improviser et t’adapter en permanence… sauf que ce faisant, tu prends le risque à tout instant de passer du Capitole à la roche Tarpéienne.

La roche Tarpéienne : cet ennemi si proche avec lequel tu apprends à cohabiter quand tu es prof.

Une chronique de Sophie Pouille

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Sophie Pouille

Bonjour, je m'appelle Sophie, je suis T2, j'enseigne en CE1... et j'adoooooore raconter mon quotidien avec mes zapprenants de petite taille :-)

Depuis mon année de stage, je m'éclate à partager sur mon blog Blablaprof (et sur la page Facebook du même nom) ma découverte du "plus beau métier du monde".

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