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Des délégué(e)s sans candidat(e)s…

sans promesse, sans vote

Tous les ans, on recommence la ronde des élections. Les futur(e)s candidat(e)s arborent un sourire à faire pâlir les dentistes hollywoodiens, les uns gominent leur mèche, les unes domptent leur chevelure en la lissant. Le jour J, les futurs(e)s délégués(e)s s’apprêtent à revêtir un costume sans se soucier s’il est taillé à leur mesure. Elles et ils sont prêts(e)s à toutes les promesses, à toutes les compromissions pour pouvoir gravir la plus haute marche du podium.

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Cette année, ça va changer : désignation des délégués(e)s sans candidat(e)s, sans promesse, sans élection.
C’est possible et c’est génial !

Une animation pédago-politico-démocratique

On part du postulat que tous/tes les élèves ont des aptitudes et sont légitimes à remplir les fonctions de délégué(e)s. C’est le principe même d’une désignation démocratique.
Jonas, un jeune expert de la gestion des groupes et de l’éducation populaire, anime cette journée particulière. Il va tenter de souffler un vent de démocratie sur les classes, quitte à décoiffer les chevelures un peu trop disciplinées.
Pour préparer cette rencontre, on visionne un extrait du film documentaire #DATAGUEULE – la démocratie. On y voit un conseil de classe dans une école Freinet à Liège. C’est l’occasion de débattre et de s’interroger.

Puis arrive le jour J, le jour de Jonas. Il déroule l’organisation de cette animation pédago-politico-démocratique.
Les élèves listent les missions d’un(e) délégué(e) puis les attitudes attendues d’un bon représentant de classe.
La question du mandat fait débat. Dans cette classe de CM1/CM2, doit-on élire autant de CM1 que de CM2 ? combien ? Les deux sexes doivent-ils être représentés ? Pourquoi ?
Ces débats richissimes ont trouvé une belle conclusion : il faudra dans l’année autant de délégués(e)s filles que garçons, autant de CM1 que de CM2 et le mandat s’arrêtera après chaque conseil (5 dans l’année).

Ensuite, les citoyens en herbe se munissent d’un crayon et écrivent le nom d’une fille et d’un garçon pour tenir le poste de délégué(e). Ils peuvent écrire leur propre nom, bien évidemment. Après un temps de réflexion, ils doivent dire à haute voix et devant leurs camarades, les noms qu’ils ont écrits et en donner les raisons. Ces dernières doivent être en lien avec les missions et les attitudes listées précédemment.

Ils s’écoutent, se passent le bâton de parole puis ont à nouveau droit à deux minutes de réflexion durant lesquelles ils peuvent reporter leurs voix sur d’autres élèves s’ils ont été convaincus par les arguments de leurs camarades.
S’ensuit un rapide tour de table.
Une fois dites et entendues les remarques sur les élèves pressenti(e)s, certains(e)s se voient déjà « en haut de l’affiche » et ont du mal à dissimuler un sourire de satisfaction. Mais les dés ne sont pas encore jetés.

Une méthode innovante

Quelle n’est pas leur surprise lorsque Jonas efface les scores et annonce aux enfants que maintenant, on va désigner un nom pour le poste. Des objections pourront être faites et pour les lever, des conseils et des propositions pourront être donnés. Par exemple, « Tom » pourrait être délégué parce qu’il est attentif aux autres, gentil, drôle mais il ne respecte pas les règles… Son comportement n’est pas encore compatible avec la mission de délégué(e).
Si les objections sont trop fortes, on passe à un autre nom.
Les débats sont d’une finesse, d’une maturité et d’un intérêt incroyables pour l’enseignante que je suis. Le fait de laisser Jonas à la manœuvre m’a permis d’observer mes élèves, voire de les découvrir.
Deux noms sont sortis pour lesquels des objections ont été dites mais elles ont facilement pu être levées. Deux élèves discrets, un peu timides, ont accepté avec une certaine émotion de représenter la classe.

Évidemment, ce choix a soulevé quelques velléités. « On les a pas tous choisis ! », « J’aurais préféré que ça soit Untel ou Unetelle… ». Il est vrai qu’il est difficile de lâcher prise pour un enjeu de cette taille. Les enfants ont eu du mal à saisir que les élus(e)s proposé(e)s n’avaient pas été choisi(e)s par toute la classe ni par la majorité mais un enfant a donné leurs noms et rien ne pouvait concrètement s’opposer à leur désignation. Ils vont donc revêtir le costume de délégué(e)s, jusqu’au prochain conseil.
S’ensuivra une autre désignation pour que d’autres élèves tout aussi légitimes puissent à leur tour porter le costume.
Cet attribut n’a pas de prix, il représente toutes les attentes des enfants. C’est la plus belle marque de vêtement qui soit. À charge pour les nouveaux délégué(e)s de le porter dignement. À charge pour les autres d’adopter un comportement compatible avec les exigences de la classe pour être à leur tour désigné(e)s au prochain mandat.

Un grand bravo à tous/tes, surtout aux déçu(e)s qui ont su renoncer à leurs ambitions avec un fair-play que beaucoup d’adultes pourraient leur envier.

 

Une chronique de Fabienne Lepineux

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