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Dyssur10

Dys sur 10

Et même vingt sur 20 !

Même si vous ne vous en êtes pas aperçu, je me dois de commencer cette chronique par des excuses. En effet, sitôt Dys sur 10 de Delphine Pessin sur ma table de travail, sitôt disparu ! « Ah ! Tu as Dys sur 10 ? Il est super, j’en rêve depuis que j’en ai lu un extrait » s’est exclamée ma fille cadette. Et voilà le livre envolé. Impossible de le récupérer. Inutile de vous dire que j’étais encore plus impatient d’en commencer la lecture. Je ne suis pas un familier de ce type de littérature jeunesse et je dois aussi avouer que j’avais certains a priori. Et pourtant, je les ai tous oubliés, au fur et à mesure que je dévorais les pages.

Dyssur10

Tout d’abord, un grand coup de chapeau : la dyslexie est abordée de manière claire et sans raccourcis, ni chichis. Nous sommes à la place de Dylan, le héros de l’histoire, à nous coltiner des épreuves qu’Hercule lui-même aurait refusé : lire à voix haute un texte sans buter sur les mots, rédiger un texte sans faire trop de fautes d’orthographe, comprendre et appliquer une consigne qui paraît claire à tous.
Au début de la lecture, on peste un peu devant un tableau un peu trop attendu entre la caricature du personnel du collège et le trio inséparable constitué par le fort en thème, le garçon manqué (c’est la figure féminine !) et Dylan. Cependant, la finesse des situations, la grande précision des émotions décrites et des portraits savamment construits font oublier très vite ce qu’on a pris avec facilité pour une caricature destinée à un jeune public. Et surtout, au trois quart de l’ouvrage, le chapitre « désorientation » vient bouleverser, très finement, mes présupposés, mes constructions mentales (et sûrement les vôtres !) en proposant une autre manière de percevoir Dylan. Magistral !

C’est avec une très forte émotion qu’on partage véritablement les tourments de Dylan. Son immense mésestime de lui même (« Je devais vraiment me sentir paumé pour apprécier les compliments d’une prof », p. 136), renforcée par certains enseignants et, surtout,  son père qui le considèrent tous comme simplement feignant et incapable d’efforts. Son besoin de reconnaissance, son désir d’exister à tout prix au yeux de ses pairs, quitte à devenir le clown, le « guignol » de service et à enchaîner les bêtises qui le conduisent à être puni et exclu du collège.
Et, par un détour pédagogique – ici un atelier théâtre – Dylan prend conscience de ce qu’il est réellement, de ses qualités, et met en place des stratégies de contournement pour parvenir à réussir.

Le livre se termine par un saut temporel : Dylan a quitté le collège et il est en train de réussir son lycée. Il explique sa résilience. « Ce qui compte, ce n’est pas d’avancer tout droit », c’est de progresser.
Dys sur 10, une belle histoire de Delphine Pessin qu’il faut mettre entre toutes les mains, y compris celle des adultes, parents, professeurs et toute personne qui ne se rend pas compte de ce que signifie la dyslexie au quotidien et dans l’école.

 

« Les dates historiques, les tables de multiplication m’avaient toujours fait penser à ces bulles [de savon]. Elles étaient là, et puis l’instant d’après, elles s’éloignaient si vite que je devais courir pour les rattraper ». (p. 145).

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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pcremieu

Professeur en collège, Docteur en Histoire, spécialiste de la forêt (délinquance) et des mentalités (résistance à la justice), Travaille sur les usages pédagogiques du web 2.0. Anime la classe Médias du collège Dupaty (une classe PEM) Site Perso : miscellanees33.wordpress.com

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