LeWebPédagogique - Partagez la connaissance !
fredzarp

Faut-il revenir à l’école d’autrefois ?

Oui, tout à fait !

fredzarp

  • Car la sainte séparation entre filles et garçons résolvait bien des problèmes autrefois. Pas de regards libidineux sur le pantalon Tark de Jenna (qu’elle a d’ailleurs emprunté à sa mère avec son accord) dont Lucas arrive à déchiffrer la marque. Non, pas celle du Tark. Du tanga qui dépasse de 8,3 centimètres au-dessus du dit pantalon. Votre cours sur les modalisateurs apparaît bien futile par rapport à cette splendeur de la nature, dixit Johann. Les classes de gars, qui sentent la testostérone dès le pas de la porte. Oui, c’est un archétype assumé ! Mais il est ô combien facile de les intéresser à vos séances d’apprentissage : étude de « ramener la coupe à la maison » de Vegedream, ses assonances en [é]. La géographie vue par le prisme des différents championnats de foot ou de Fortnite. La Grande Guerre dans les représentations artistiques de Gautier, Betsellère ou de Call of Duty.
  • Mais quel plaisir de revenir aux fondamentaux ! Travailler la mémoire, voilà une excellente idée. Disons-le clairement. Si nos séquences d’apprentissage(s) sont de plus en plus pertinentes, nous travaillons en 3D, nous projetons, nous mettons nos apprenants en immersion linguistique. Face à nous des élèves de plus en plus intuitifs, qui manient les TICE avec dextérité.

Mais avec la capacité mémorielle d’un golden retriever. En fin de vie. Borgne.

Leur cerveau, sorte de puit sans fond dans lequel tombent nos consignes, nos conseils, nos méthodes d’analyse. Vous commencez à dicter. On vous demande de répéter. Mais vous avez juste dit : « Prenez vos stylos, je vais dicter. ». Ou encore le fameux jour de l’évaluation : «  Monsieur vous nous aviez dit y’avait éval ? ». Oui. Hier. À l’oral. À l’écrit. Sur école directe. En slam. En mime.

  • Car on avait à cette époque des jeux sain(t)s, qui reflétaient notre société et enrichissaient nos rapports humains, nous soudant les uns aux autres. Prenez le gendarme et le voleur, avec la claire identification de la Justice et du bon droit. Tout le monde voulait enfiler le képi et courir après les brigands. Pas ici de système de bavure, de remise en question du contrôle au faciès du voleur, du fait qu’il n’ait pas suivi parfaitement la réglementation dans l’arrestation, que tout ceci soit filmé et diffusé. Point ici de valorisation de l’acte repréhensible, et ce même si le voleur a sorti des disques de musique urbaine. Et s’il y avait une carabistouille, tout se réglait avec une bonne paire d’Agathe ; non pas dans l’œil du belligérant mais sur le sol, à l’ancienne. Ou bien une ronde. Ou une marelle. C’est très difficile de s’embrouiller sur une ronde du furet, je vous le garantis.

ecole-autrefois

Non pas du tout !

 

  • « Les leçons de choses », découvrir la « nature », faire des « expériences ». Je dois continuer ? Sérieusement ? Mais mes élèves parviennent à érotiser une séance sur l’agriculture productiviste ?? Comment espérer aujourd’hui, avec cette sexualisation aiguë de la société, pouvoir même prononcer l’expression « leçon de choses » ? Le temps de me tourner au tableau pour écrire et j’en aurais déjà deux torses nus, biceps tendus, prêts pour une quelconque démonstration manuelle. Demandez aux profs de PSE, qui doivent aborder la sexualité en seconde bac pro. Vous savez très exactement quand ils abordent cette partie du programme. D’abord car ils arrivent en vociférant, le regard dans le vague et le cheveu hagard. On sent qu’ils ont lutté. Vraiment lutté pour faire régner un semblant d’ordre. Ensuite car les élèves vous en parlent dans VOS COURS, même si le sujet ne s’y prête pas, vous expliquant qu’il y a des risques évidents de grossesse avec la fellation, et que c’est la prof de PSE qui l’a dit. Voilà. Et tout se passe en début d’heure. Bien évidemment.
  • Car les travaux manuels ne peuvent plus se limiter à cette dualité-là. La couture pour les filles, le dessin ou le bricolage pour les garçons. Une corde à sauter pour les unes, un ballon de football pour les autres. Imaginez la réaction d’une classe standard à l’annonce de ces activités :

«  Vous avez cru j’étais votre boniche que je vais coudre ? Vous allez à Primark y a des promos sur les robes si ça vous dit, allez filez-moi un ballon, j’vais le défoncer ce payot aux cages. »

 

« Excusez-moi mais je veux pas jouer au foot, je suis dispensé de sport à l’année. Oui, mes parents sont d’accord, ils disent le sport ça sert à rien et que vous êtes pas un vrai prof de toute manière »

 

«  Monsieur, Jennifer, elle a essayé de m’étrangler avec la corde à sauter ! »

 

«  Brice, cesse de t’enfoncer ces aiguilles sur le bras. Non mais je sais que ça fait partie de ton style, mais tu ne ressembleras pas plus à Edward aux mains d’argent. Viens là, on va parler toi et moi… »

  • Car vous l’aurez donc remarqué, ces pratiques sont désuètes, archaïsantes. L’école aujourd’hui ne pourrait plus être menée par des couples d’instituteurs, ou des enseignants vivants ensemble et partageant la même passion, je vous ai déjà expliqué pourquoi. Que dire de faire jouer les enfants dans les rues à la pause. Quand vous devez déjà mettre votre corps en opposition pour qu’ils ne sortent pas de votre cours DÈS LE DEBUT DE L’HEURE. Non, désormais le jeu de cache-cache, l’enseignant le vit in situ.

L’élève planqué dans le placard cherchant le monde de Narnia.

L’élève planqué dans les toilettes cherchant le monde de Rizla.

L’élève resté en C203, toujours sur le dossier du Tark à Jenna.

Une chronique de Frédéric Lapraz (et son double)

Commentaires

commentaires

Frédéric Lapraz

Enseignant depuis plus de quinze ans en lycée professionnel à Marseille.
Adepte de cynisme et de second degré. Et de métal aussi.
Sévit également sur sa page Facebook: Zarp'in LEP ou Instagram Zarpinlep Où il alterne images décalées et anecdotes d'élèves croustillantes.
Ne pas hésiter à commenter et partager

Un petit commentaire ?