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EIP

Adapter pour les EIP 

Petit sondage

Sur un groupe de parents d’enfant intellectuellement précoce, j’ai proposé un sondage : Quelle adaptation en classe a été efficace pour votre enfant ?

EIP

Environ 500 réponses réparties ainsi :

saut de classe 32%
concertations avec l’enseignant(e) 19%

18%                     

7%

changement d’école (meilleure écoute de ses besoins)
un(e) maître(sse) exceptionnel(le)
lecture quand le travail est fini 6,5%
allègement de l’écrit 6%
travail plus approfondi 3,5%
autorisation de faire les devoirs pendant le cours 2%
instruction en famille 2%
aménagement du temps scolaire 1.5%
aucune, il a fini en phobie scolaire 1.3%

Le saut de classe

Le saut de classe arrive, à première vue, en tête du classement : c’est effectivement la solution la plus fréquente et la plus logique pour répondre aux besoins du haut potentiel. La peur du saut freine pourtant de nombreux parents ou enseignants, alors que dans la très grande majorité des cas, cette réponse permet un meilleur épanouissement de l’enfant.  C’est surtout une des rares solutions proposées par l’Éducation nationale qui permet de :

  •  respecter le rythme de l’EIP
  •  lutter contre l’ennui
  • conserver l’envie d’apprendre
  • donner le sens de l’effort

Mais avant tout : le rôle de l’enseignant

En réalité, ce n’est pas le saut de classe qui est en première position. Les trois réponses suivantes n’avaient pas été proposées initialement. Elles ont été ajoutées par les personnes ayant participé au sondage, comme toutes les réponses en italique dans le tableau. Ces réponses (concertation avec l’enseignant(e), changement d’école ou maître(sse) exceptionnel(le)) ne constituent pas des adaptations. Pourtant, elles représentent 44 % des solutions efficaces. Et elles  peuvent se regrouper sous un seul intitulé : le rôle de l’enseignant. Aucun doute possible, l’enseignant possède un super pouvoir ! Il est évidemment le premier capable de nourrir un haut potentiel intellectuel en offrant les connaissances mais surtout : la reconnaissance.

Haut potentiel émotionnel

Souvent, le HPI s’accompagne d’une grande sensibilité. Et les soucis à l’école sont souvent liés à un manque de reconnaissance ou de compréhension. Quand l’élève se sent apprécié, alors il se sent reconnu et peut s’épanouir. Un regard négatif et tout peut s’effondrer ! 

Comme le disent très bien les réponses du sondage, l’écoute, la concertation, le regard positif de l’enseignant seront la clé du bien-être à l’école. Le fait qu’un EIP sur 5 soit obligé de changer d’école pour trouver une meilleure prise en charge interpelle fortement. Est-ce que l’école n’est pas le lieu où les enfants les plus doués intellectuellement peuvent s’épanouir ? 

Les objectifs d’apprentissage dépassés 

Les enseignants ont l’habitude de travailler davantage pour les élèves les plus fragiles. C’est normal car il ne faut pas qu’ils décrochent. Mais parfois, l’élève à haut potentiel a aussi besoin d’une attention particulière. Un peu de reconnaissance, par exemple, de ses points forts.  En 2015, est apparue une nouvelle case dans les livrets d’évaluation : celle qui permet de reconnaître qu’un élève va plus loin que ce qui est attendu. Pourquoi cette case est-elle si peu utilisée ? Une évaluation peut comporter quelques questions très accessibles pour mettre les élèves les plus en difficulté en situation de réussite. Mais elle peut aussi proposer, à la fin, quelques questions plus difficiles qui permettent de reconnaître la compétence dépassée. Ce serait un moyen simple de motiver l’élève qui peut être performant, si seulement on lui en donne l’occasion, et de lutter contre l’ennui aussi. Juste offrir la possibilité d’en apprendre davantage, de faire quelques pas de plus. Tout en respectant la grande hétérogénéité de la classe.

Les adaptations « classiques »

Dans le tableau des réponses au sondage, il est surprenant de constater que les adaptations habituellement conseillées pour les EIP sont finalement si peu mises en œuvre. Ou alors, elles le sont, mais les parents l’ignorent. Je crois cependant que leur plus grand intérêt est de transmettre un message à l’enfant : on fait attention à toi !

Nous pensons qu’un élève doit obligatoirement répéter les mêmes exercices pour intégrer une notion, mais certains ont besoin de répéter 10 fois quand d’autres maîtrisent immédiatement le savoir ou le savoir-faire. Ces derniers peuvent se retrouver en échec quand on leur impose une répétition excessive de ce qu’ils savent déjà. Nous croyons aussi qu’un élève doit passer par un point A, puis B, pour atteindre un point C. Cette logique ne s’applique pas systématiquement pour ces enfants qui aiment sauter les étapes. Et qui nous obligent à nous remettre en question.

L’intelligence du coeur

Dans les salles des profs, on entend : « On n’est pas là pour aimer les élèves. Encore moins pour être aimé ! » Ou encore « Mettre de l’affect dans notre relation aux élèves n’est pas professionnel » Pourtant, tous les enfants ont besoin d’être aimés et de se sentir aimés, par leurs parents d’abord, mais aussi par leurs enseignants. Tous les élèves l’expriment d’une façon ou d’une autre: « Cette année, je suis fort parce que la maîtresse est sympa. » ou « Je suis nul en anglais parce que la prof ne m’aime pas. » Ces enfants sentinelles, comme les appelle Olivier Revol, nous disent à quel point il est important de mettre du cœur à l’ouvrage. Pour eux et pour tous. Aimer, c’est adapter !

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L’outil de référence sur éduscol: Scolariser les élèves intellectuellement précoces (EIP)

 

Une chronique de Claire Nunn

commentaire

  • Bravo pour la chronique et le travail réalisé.
    Parents d’un enfant EIP et travaillant en tant que profs dans l’éducation nationale et détenteur du CPLDS, je confirme que le parcours est très compliqué et fastidieux.
    Tests pour la déclaration d’IEP ;
    Rencontre avec le médecin scolaire pour avoir son avis ;
    Bilan psychomotricité imposé… et j’en passe.

    Le tout pour que les équipes enseignantes vous disent que non, on ne sautera pas de classe (contre l’avis du médecin scolaire) car l’enfant n’est pas assez mature (très émotif et ne supporte pas les injustices).
    Nous avons simplement gagné le fait d’être dans une classe double niveau (CM1-CM2) où quand les activités dédiées sont terminées, l’enfant peut suivre les cours du CM2.