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La pétanque éducative

Les triplettes de Marseille

« Tu pointes ou tu tires ? » Si vous avez déjà été du côté de Marseille, vous aurez entendu cette fameuse réplique des terrains de boules. Cette pratique sportive, puisque désormais c’est un sport olympique je crois, semble avoir trouvé sa déclinaison pour orienter les jeunes lycéens français. En effet, les couloirs des classes de seconde grouillent désormais au rythme des : « Quelle triplette tu prends en première ? » ou encore : « Quelle doublette tu prends en terminale ? ». Ne vous y trompez pas, nous ne sommes plus en Provence, et il ne s’agit pas de pétanque mais d’orientation scolaire !

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Pour celles et ceux qui ont loupé une partie du film, je fais un petit reward. À compter de septembre 2019, les lycéens de seconde ne s’orienteront plus dans les filières traditionnelles mais devront choisir des disciplines pour concocter leur cursus scolaire. Finies les premières estampillées ES,L,STI2D… Le choix appartient à l’élève de mixer les disciplines qu’il veut, pour se faire un sur-mesure éducatif, et il doit choisir trois disciplines fortes, que nous appellerons les « majeures ». La tentation de quelques établissements sera sans doute de recréer, par des propositions ciblées, les filières d’aujourd’hui. Pourtant, beaucoup devraient jouer le jeu et l’offre devrait être très variée. Bien sûr, vous m’assaisonnerez tout cela d’un tronc commun, de quelques options et d’un zeste de spécialités. Il va sans dire que cela ressemble à un enseignement à la carte, et, qu’au-delà du côté séduisant de la chose, se cache une réalité bien moins drôle. L’hétérogénéité, le plus grand fléau dans les classes, va à mon avis s’amplifier, c’est inévitable. En outre, on devine aisément que la structure classe actuelle va disparaître pour laisser place à un groupe mouvant, un peu à l’américaine pour ce que j’en sais en regardant les séries (j’ai honte !). Et là encore, vous me direz : « pourquoi pas ? ». Sauf que cette gentille répartition va avoir des conséquences sur les emplois du temps de ces jeunes gens et de leurs non moins jeunes enseignants. Je ne parle même pas du casse-tête logistique quant à la gestion des classes. Alors ok, on fait les triplettes en première et ça roule, parce que de toute façon ça roulera. Vient ensuite la terminale. J’ai bien conscience en écrivant cela, que tout le vocabulaire du lycée va changer, mais comme à ce jour je n’ai pas de néologisme qui me vient, j’utilise le vocabulaire du siècle passé.

Accord mineur

En terminale donc, la triplette devient doublette : on perd un enseignement. Certes, on comprend qu’il sera remplacé par une option ou autre, une « mineur », pour rester dans le nouveau champ lexical. Et après ? Ah oui, mais aussi, si vous me cherchez des noises, on ne va pas s’en sortir. Cela risque en effet de créer quelques bizarreries dans le post-bac. Déjà aujourd’hui, avec un bac L, vous pouvez en théorie prétendre aux études de médecine : pour autant, combien de docteurs en médecine sont issus de cette filière ? Qu’on le regrette ou non, c’est une réalité, et je continue de penser que cela aura des conséquences. Notamment quand il s’agira de reprendre, après un an d’absence, un enseignement que l’on aurait délaissé l’année d’avant.

J’ai l’impression qu’il faudra avoir beaucoup de discernement en seconde et des conseils de qualité pour que les choix de triplettes soient pertinents. À la pétanque, lorsque j’y joue, je tire beaucoup, mais j’attrape peu ma cible. Gageons que les tirages de triplettes seront plus efficaces.

Une chronique d’Octave

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elise

Rédac'chef enthousiaste !

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