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Mort de l’EIP, l’EHP est arrivé ! Vive les surdoués ?

Changer les mots

C’est fini, on ne vous parlera plus d’élève intellectuellement précoce (EIP) : on a enfin modifié cette incohérence. L’Éducation nationale s’est alignée sur la dénomination employée par tous les spécialistes depuis quelques années : le « haut potentiel », qui semble mieux adapté pour décrire la particularité qui touche un petit pourcentage de nos élèves. Mort de l’EIP donc, vive l’EHP !

On pourra grogner car les termes et les sigles changent si souvent qu’il y a de quoi se perdre : école normale, puis IUFM devenu ESPE changé en INSPE. Ou parcours croisés, devenus parcours diversifiés puis IDD et EPI. Il faut bien avouer qu’on a parfois le sentiment que nos ministres n’ont que ça à faire pour marquer leur passage ou leur territoire : changer les mots et les sigles pour modifier le contenu, suivant la politique du moment. Quel dommage d’ailleurs, car à force de nous faire tourner à droite, à gauche, en avant, en arrière, on finit juste par nous faire tourner en bourrique ! Et nous comprenons vite, hélas, que le mieux est de rester immobile.

Mais là, le changement était justifié car plus personne ne parlait de précocité. Et l’approche du haut potentiel à l’école avait besoin d’être améliorée. Parce que le nombre d’enfants concernés et qui souffrent dans leur scolarité est insupportable.

Rénover le livret Éduscol

On supprime donc l’EIP pour le remplacer par l’EHP. Le livret d’Éduscol Scolariser les élèves intellectuellement précoces qui était si complet, si riche et instructif, mais qui n’a pas produit l’effet attendu (une amélioration suffisante dans la prise en charge des ces élèves) a été remplacé par un vade-mecum. Il se trouve à la même adresse, du coup on ne trouve plus l’ancien livret sur le net.

Le mot « vade-mecum », « viens avec moi », est plus sympathique, plus jovial que l’ancien « module de formation ». Ce vade-mecum est aussi plus agréable à regarder car il est en couleur. C’est bien.

Mais dans le contenu ? Qu’est-ce qui change ?

Tout d’abord, la nouvelle version contient une préface du DGESCO, qui parle de la loi et de l’école de la confiance. Préface à la gloire de notre ministre et du travail effectué par le ministère : ce qui n’apparaissait pas dans le précédent livret. On passe. Mais si c’était une copie, j’écrirais dans la marge : hors sujet !

Le sommaire est clair, efficace, bien structuré. Il promet des réponses, des outils. Et c’est l’essentiel.

Trop de cadre

Ensuite, un avant-propos nous rappelle que l’école doit être inclusive et accepter la diversité. Ces valeurs essentielles, fondamentales, humaines, sonneraient tellement mieux si elles n’étaient pas, une nouvelle fois, présentées comme un rappel à la loi. D’autant que le cadre législatif et réglementaire sera repris une troisième fois quelques pages plus loin, avec le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat en prime. L’objectif est-il de recadrer les profs ou de leur permettre de mieux comprendre l’EHP pour mieux le prendre en charge, de s’approprier les dispositifs possibles et les solutions ? Ce livret manquerait-il de pédagogie ? Pour les enseignants comme pour les élèves : éduquer à coups de règlements, former en réduisant les apprenants à des exécutants, ce n’est pas miser sur l’intelligence… et la confiance.

Une nouvelle approche ?

Ce vade-mecum reprend en grande partie ce qui se trouvait dans l’ancien livret. Mais des paragraphes entiers ont été supprimés, modifiés, simplifiés. Et le portrait de l’élève frôle parfois la caricature, revenant au cliché du surdoué d’autrefois. Déception. On ne construit du nouveau que sur l’ancien, mais pour l’améliorer, pas pour l’appauvrir. Pour s’adapter au présent, pas pour revenir à la mythologie de l’Antiquité.

La difficulté d’écriture était reconnue dans l’ancien livret, par exemple, mais elle est ici gommée, supprimée. En effaçant le souci d’écriture, qui se pose pourtant si fréquemment chez ces enfants particuliers, on nie le problème. Est-ce ainsi qu’on pourra le résoudre ? Il faudra donc poser un diagnostic de dysgraphie là où il n’y a qu’un petit souci qui pourrait être résolu aisément en le reliant au haut potentiel. C’est de l’incitation aux troubles !

La différence reste cependant subtile et probablement invisible pour l’oeil non averti. Les messages essentiels demeurent puisque ce vade-mecum insiste sur la prise en compte des particularités de l’élève, sur la nécessaire communication avec la famille. L’objectif reste le même : éviter l’échec, la souffrance, le décrochage. Même si j’y perçois, en filigrane, une dimension élitiste au service des inégalités. Car les enfants qui en ont le plus besoin risquent de ne pas rentrer dans les grilles de ce vade-mecum.

Hommage

Le document de 2013 était donc plus élaboré, plus riche, plus complet, plus proche de la complexité et de la diversité du haut potentiel. Mais il est possible que pour ces raisons, le vade-mecum soit mieux apprécié et plus efficace. La pensée facile serait-elle en vogue ? Elle a certainement plus d’impact.

Je veux donc rendre ici un dernier hommage à l’outil dont j’ai tant vanté les qualités dans toutes mes chroniques sur le haut potentiel. Aïe, aïe, aïe, le lien enregistré dans ces chroniques mène au nouveau vade-mecum !

Tableau caractéristiques EIP ou EHP 2013

Scolariser les élèves intellectuellement précoces (EIP) 2013

Et pour la note positive, une vidéo inspirante :

 

Une chronique de Claire Nunn

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