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Le silence est un savoir

(ou un savoir-être au moins)

Au risque de plagier Saint-Exupéry pour qui « le silence est le seul espace dont l’esprit a besoin pour déployer ses ailes », je constate, ces dernières années, que le silence est chassé de nos modes de vie. Dans la ville, et même dans les rues de petites bourgades, des haut-parleurs diffusent de la musique, et pas seulement le Jingle bells de Noël ; les restaurants se sont tous équipés de téléviseurs, comme si on voulait (je ne sais pas qui serait ce « on » dont je parle) occuper tous nos sens, et ne plus laisser vagabonder nos âmes.

Dit comme ça, ça fait sérieux et pédant, mais je suis estomaqué de voir nos jeunes élèves du matin au soir avec des bruits plein les oreilles. D’autant que, si vous fermez les yeux, vous pourrez peut-être échapper à cet énième match de foot inintéressant alors que vous voulez juste dîner dans un troquet agréable (encore que, votre valentine pourrait vous trouver bizarre de faire cela, mais bon). Mais vous ne pouvez pas fermer vos oreilles. Au passage, si le chargé de mission pour le devenir de l’être humain à la manière de Darwin me lit, cela pourrait être une suggestion (je m’imagine déjà avec des paupières d’oreilles qui m’empêcheraient d’entendre les dialogues de Netflix pendant que je corrige mes copies).

Des activités silencieuses au collège

Plus sérieusement, j’ai lu qu’un certain nombre de collèges commençaient à mettre en place des activités silencieuses. Ce que dans les crèches on appelle les « temps calmes » deviennent des temps de lecture, de méditation… C’est carrément à contre-courant de ce monde qui va vite, de nos jeunes ados qui veulent devenir si vite de jeunes adultes (en tout cas en ce qui concerne la possession d’un iphone et d’une carte bleue). Mais cela semble une super idée, à condition de considérer le silence comme une forme de savoir.

Le temps de rien

Nous quadrillons le temps sous toutes ses formes, comme si l’ennui était un gros mot. Nos emplois du temps laissent peu de place aux errances. Le lundi, après la journée d’école, c’est le cours de musique pour apprendre la batterie. Avant de manger, il faut faire les devoirs, se doucher. Le repas est un éclair : je n’ai plus en tête le temps moyen des dîners en famille en France, mais le souvenir que j’en ai pour l’avoir lu au hasard d’un article me renvoie l’image d’une peau de chagrin. Si on ajoute à cela quelques échanges de réseaux sociaux, ou un peu de télé, on se met au lit avec un cerveau qui déborde. Et le lendemain, aux aurores, rebelote, et même (surtout) pour les plus jeunes d’entre nous. Et je ne parle pas pour tous les enfants qui ont un temps de transport conséquent pour rejoindre leur établissement. Je ne sais pas si c’était le propos de Proust dans À la recherche du temps perdu, mais il est temps de retrouver ces moments de vie… Ou alors, je me goure complet et la vie, c’est la vitesse, l’efficacité, le rendement à tout va et dès lors, rien de tel que de commencer au plus jeune âge pour être conditionné et faire son burn-out à quarante ans. Les plus sceptiques me mettront en avant les deux mois de vacances d’été, pour se reposer. Justement alors, pourquoi ne pas mieux équilibrer tout cela avec deux semestres et des périodes de repos de un mois, des sortes de demi-années…

Bon j’arrête avec mes idées de réformes dans l’éducation, on est en plein dedans depuis trente ans (au moins !) et une fois n’est pas coutume, je crois être celui qui a une bonne idée (comme sans doute tout ceux qui ont dirigé ce ministère depuis des décades). A minima, je pense que nous gagnerions du temps en polluant moins nos espaces sonores, à défaut de réorganiser nos modes de vie. Pour une fois, écoutons le silence et apprenons de lui.

 

Une chronique d’Octave

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